COMMERCE
que pendant un certain temps la population ait dû se contenter d'instruments en cuivre ; cependant ces pièces sont tellement rares qu'on ne saurait les envisager comme caractérisant une époque de transition entre la pierre et le bronze. Il est possible qu'on ait tiré l'étain de l'Asie, avant la découverte des mines de Cornouailles , mais encore comment affirmer qu'un commerce ait existé à cette époque avec les régions les plus méridionales de ce vaste continent, dans lesquelles se trouvent d'abondantes mines de ce métal, connues fort anciennement. Reste à savoir s'il n'en existe pas dans des contrées beaucoup plus rapprochées de l'Europe, et si elles n'ontpas été abandonnées peu à peu après l'exploitation des mines de l'Angleterre. Peut-être enfin que plus d'une famille du peuple envahisseur dut recourir momentanément à l'industrie primitive, ce qui expliquerait la présence d'instruments en pierre avec l'urne cinéraire. Quoiqu'il en soit, le bronze antique, dont on retrouve partout de nombreux restes, montre que le commerce a répandu l'étain assez abondamment, malgré la rareté de ses gisements, pour satisfaire aux besoins de l'industrie, et l'on ne peut douter de l'importance que durent acquérir, dans une haute antiquité, les riches mines de Cornouailles.
Les métaux précieux sont trop peu nombreux en Suisse pour avoir constitué une branche de commerce tant soit peu active. Il n'en a pas été de même dans toute la Gaule où l'on découvre sur quelques points l'or employé pour les anneaux massifs des bracelets et des colliers. Il était plus abondant encore en Irlande, en Danemark, en Suède et même en Sibérie1. L'analyse chimique d'ornements Scandinaves donne
• The Ulster Journal of archœlogy, n° 29, pag. 36. On the goldanliquUicx fourni in Ireland, by Robert MacAdam. — Afbildninger of. Worsaat 18S4 ,
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les mômes proportions d'alliage naturel que celui de quelques mines de l'Oural. Il en résulte que des voies de communications étaient ouvertes entre le nord de l'Europe et de l'Asie, et l'on sait d'autre part que les mines de l'Espagne n'étaient pas les seules à verser leurs richesses dans l'antiquité. L'exploitation de l'or, recherché pour son éclat, n'est pas moins ancienne que celle du cuivre. Il servait sans doute aux échanges comme tous les autres produits de l'industrie, mais, la monnaie n'étant pas encore connue, on le réservait de préférence pour les ornements personnels. Les métaux précieux accumulés dans les palais des rois homériques, l'étaient certainement aussi dans les demeures de bien des chefs; toutefois ce genre de richesse paraît avoir été inconnu des populations lacustres de la Suisse.
L'ambre, retrouvé dans quelques sépultures de l'âge du bronze, montre que les anciens rapports avec les côtes de la mer Baltique n'ont pas cessé d'exister dans le deuxième âge. Le graphite, dont on vernissait les vases * devait être aussi importé dans l'ancienne Helvétie, qui se procurait probablement les produits de l'industrie étrangère, avec les ressources que présentaient les troupeaux d'animaux domestiques.
Le commerce, toujours limité dans ses transactions pour les échanges, n'en a pas moins pris un certain développement pendant l'âge du bronze. Il en fut nécessairement de même des professions diverses qui ne pouvaient se multi-
pag. 48 et 52. — Les tombeaux de la Sibérie renferment aussi des ornements d'une grande richesse métallique. L'or a été répandu avec profusion en Crimée pendant le premier âge du fer. On évalue à 130 livres le poids des pièces de ce métal, découvertes dans un seul tumulus des environs de Kertsch.
♦ Le graphite n'est pas sans rapport avec l'anthracithe. Celui-ci se trouve dans le Valais, cependant il est douteux qu'il ait servi à vernir la poterie.
plier sans resserrer les liens de l'organisation sociale ou tout au moins les rapports indispensables pour faciliter à chacun les moyens de subsistance.
Animaux domestiques et sauvages.
La plupart des animaux domestiques ayant déjà été introduits en Suisse dans l'âge de la pierre, il n'est pas étonnant de les retrouver en assez grand nombre à l'époque du bronze sur les emplacements lacustres de la Suisse occidentale. Le cheval et le mouton, rares auparavant, se sont multipliés. D'après quelques dents, le cheval paraît avoir été de petite taille, toutefois cette observation a besoin d'être confirmée pour pouvoir être posée comme répondant à un fait général. On a vu que le chien seul se retrouve dans les dépôts de cuisine du Danemark, où les autres animaux domestiques n'apparaissent que dans la période suivante. D'après M. le professeur Steenstrup, ils sont déplus petite taille que ceux de l'âge du fer, pendant lequel des races plus fortes ont été introduites. En Irlande, les animaux domestiques doivent avoir été fort abondants, ce qui ressort, non-seulement des dépôts d'ossements sur les crannoges, mais aussi de ceux qui recouvrent plusieurs tumulus. L'àne est souvent mentionné dans les découvertes de l'Irlande; toutefois je ne puis dire s'il se retrouve avant le premier âge du fer.
On doit s'attendre à rencontrer les mêmes animaux sauvages que dans la période précédente. Quelques espèces cependant ont pu devenir rares. Tel a sans doute élé le cas de l'unis primigenius, qu'il faut distinguer de l'aurochs. Peut-être ena-til élé de même d'autres espèces. L'homme n'étend ses con-
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quêtes sur la terre qu'au détriment du règne animal. Indépendamment de la guerre faite directement aux animaux par la chasse, plus l'homme défriche de forêts, plus il extirpe les broussailles et cultive le sol, plus il enlève les moyens d'existence à une foule d'êtres qui ne tardent pas à disparaître ou à se retirer dans d'autres contrées. La terre ayant été donnée à l'homme, une partie des êtres qui l'ont précédé dans la création sont destinés à lui céder la place à mesure qu'il se répand sur la surface du globe et se multiplie en raison de sa civilisation. Quand on aura établi la disparition graduelle des animaux sauvages dans une contrée, on pourra aussi se faire une idée par le résultat de cette élude du développement progressif de la population qui l'a occupée.
Coup d'œil sur l'âge du bronze , sa durée et sa fin.
Un développement général de l'industrie caractérise l'âge du bronze en Europe , où un nouveau peuple importe un élément nouveau de civilisation. La première population, livrée à elle-même, eut progressé pi us lentement et peut-être eut-elle fini par dégénérer, quoiqu'elle ne fût point station naire. Généralement vaincue, elle est soumise au conquérant, refoulée sur quelques points ou protégée par la configuration du sol qu'elle occupe. Elle ne tarde pas à être au bénéfice des connaissances importées, mais il est difficile de relever sa part d'influence dans le second âge. L'agriculture, qui lui était déjà propre sur quelques points, se répand plus au nord avec l'invasion celtique. D'après les traditions finlandaises, c'est un homme armé de cuivre, qui défriche le
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sol et le livre à la culture. Elle pourrait encore ajouter que ce fut lui qui introduisit les animaux domestiques sans lesquels l'agriculture est incomplète.
Le midi de l'Europe fit des progrès plus rapides que le nord, grâces à un sol plus fertile et à des communications plus faciles avec les centres de la civilisation en Orient. La forme des armes offensives, en Italie et en Grèce, est la même que dans le Nord, et dans les pays intermédiaires *, mais l'armure est plus complète. Le casque, la cuirasse et les jam bières ne se trouvent pas moins dans les sépultures des Etrusques et des Hellènes que dans les poèmes d'Homère.
Au début, les éléments de l'art sont les mêmes. Le bronze et la poterie se couvrent de dessins identiques. Les disques, les chevrons et les fines stries ornent plusieurs pièces de Tltalie, ainsi que celles d'autres pays. L'ondulation des lames, les petites poignées et les hachettes fixées à des manches fendus se retrouvent partout; mais l'homme du Midi ne se borne pas à reproduire les prototypes importés de l'Orient, il perfectionne les instruments d'usage domestique; sensible à tout ce qui est beau, il cherche à imiter par le dessin la nature animée et prélude aux chefs-d'œuvre de l'antiquité.
1 On trouve en Italie de nombreuses épées en bronze parfaitement pareilles à celles du Nord. On n'a pu les attribuer aux Romains qu'en oubliant qu'ils possédaient le fer. Mêmes découvertes en Grèce et en Thrace. On voit, dans le Musée de Neuchâtel , un poignard en bronze trouvé dans l'île d'Ithaque, tout semblable à ceux de la Suisse et d'autres pays. On a souvent conclu de ces analogies que les peuples du Nord recevaient leurs armes et leurs ornements des Grecs et des Romains ; mais lorsque ceux-ci furent assez développés pour entreprendre un tel commerce, toutes leurs armes étaient en fer. C'est en Orient tout d'abord qu'il faut chercher l'origine de ces formes pareilles que la grande invasion celtique a répandues dans les divers pays de l'Europe.
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Au nord des Alpes , ces représentations n'apparaissent guère qu'avec l'introduction du fer. En Amérique, les Mexicains et les Péruviens en étaient encore à l'âge du bronze, lors de la découverte de Colomb, et, quand on voit leurs basreliefs et leurs constructions, les détails d'Homère sur les palais et les richesses artistiques des anciens rois de la Grèce acquièrent plus de vraisemblance, bien que le poète ait emprunté à son époque plus d'un trait dont il a enrichi la description d'un âge qui n'était pas le sien *. Cette période conserve jusqu'à la fin la plupart des formes introduites lors de l'invasion des Celtes ; mais , dans quelques contrées , d'autres sont ajoutées, et le métal travaillé par des mains plus habiles répond à de nouveaux besoins.
L'âge du bronze n'a pas eu la même durée dans tous les pays de l'Europe. Il a cessé d'exister en Grèce un millier d'années environ avant l'ère chrétienne. On l'envisage comme prenant fin, chez les Scandinaves, à la naissance de notre ère, mais il est probable que le fer y a pénétré plus anciennement. Dans tous les cas, cet âge a été de longue durée. Il suffit, pour s'en convaincre, de voir combien les sépultures de cette période sont nombreuses et combien de
' Homère , en composant ses poëmes , a utilisé les traditions qui remontaient à l'âge du bronze ou tout au moins à la fin de cette période, alors que le fer n'était pas encore d'un usage général. (Voir plus haut la page 173.) D'autre part, le poète, qui n'était point étranger à l'âge du fer dont parle Hésiode , a emprunté à son époque bien des détails qui n'ont pu lui être transmis de la période précédente. Les forges et les automates de Vulcain, la trempe du métal et l'expression de fer ( a&ripoç ) employée comme synonyme d'armes , montrent assez qu'il faut distinguer l'époque pendant laquelle vivait le poète de celle qu'il a décrite en conservant la couleur historique des traditions arrivées jusqu'à lui , mais non sans les enrichir d'éléments moins anciens.
débris de l'industrie ont été recueillis dans les collections publiques et particulières. On compte déjà plus de cinquante bourgades lacustres du deuxième âge dans la Suisse occidentale1, bien qu'on soit loin de connaître tous les emplacements occupés. Cet ensemble de monuments réclame une large place dans l'histoire de l'antiquité. S'il est difficile d'indiquer le nombre des siècles, on peut du moins apprécier quelque peu la durée de cette période en se rappelant que les pilotis du premier âge ont été usés par l'action lente des eaux, jusqu'à la surface de la vase des lacs, à Concise, à Estavayer et ailleurs, tandis que les pieux des bourgades détruites avant l'introduction du fer sont encore saillants d'un à trois pieds au-dessus du limon.
Les emplacements de l'âge du bronze ne portent pas moins que ceux du premier âge les traces de l'incendie et d'une destruction violente. Les pièces de bois carbonisées, les vases pris à moitié dans le limon et les nombreux objets dispersés entre les pilotis, témoignent qu'une catastrophe a mis fin à ces établissements. L'histoire nous apprend que les Helvétiens tentèrent d'émigrer après avoir brûlé leurs habitations, mais ils n'auraient pas abandonné aux flammes leurs armes, leurs haches, leurs ornements, et toutes ces pièces qui sont encore visibles au fond des eaux pour peu que celles-ci soient transparentes. D'autre part, du temps de César et de Divicon, les Helvétiens connaissaient le fer, en sorte que la destruction des bourgades lacustres de l'âge du bronze doit remontera une époque plus reculée et provenir d'une autre
' Je ne compte pas dans ce nombre les emplacements du premier et du troisième âge. J'ajouterai cependant qu'on n'a pas encore trouvé îles objets en bronze sur chacune de ces stations , mais l'usure des pilotis offre partout le même aspect de vétusté.
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cause. Les sinistres accidentels n'expliquent pas davantage cette destruction, qui a été générale, car, dans la période suivante, les points occupés sont fort peu nombreux. Pour que ces établissements aient été, non-seulement renversés, mais abandonnés, il faut qu'il se soit passé quelque chose d'analogue à ce qui a eu lieu dans la Suisse orientale à la fin du premier âge, et qu'un nouveau peuple ait apporté d'autres usages dans le pays. Il est assez remarquable que ces habitations aient aussi cessé d'exister au moment de l'introduction d'un nouveau métal, ce dont on peut se convaincre par les quelques objets en fer découverts sur divers emplacements, riches en débris de l'âge du bronze. C'est donc à la fin de cette période, alors qu'on commençait à recevoir les débris d'une nouvelle industrie, que la plupart des constructions sur pilotis ont été renversées, mais il reste à voir si l'étude des antiquités de l'âge du fer permettra de retrouver le nom du peuple auquel on doit attribuer cette nouvelle destruction.