CHAPITRE IV
Le fer est le métal qui joue le plus grand rôle dans l'industrie, aussi sa découverte a-t-elle profondément réagi sur la vie des peuples. L'importance de ce métal, connu en Orient dès une très haute antiquité, aurait dû, semble-t-il, contribuer à le répandre beaucoup plus rapidement. Il n'en fut cependant pas ainsi. Pour qu'il devînt d'un usage général, il fallait que les peuples qui le recevaient fussent capables de se l'approprier et de le produire à leur tour. J'ai cherché à retracer les divers moments de son introduction en Europe. Bien qu'il ne soit pas facile de donner des dates précises, on a vu que le fer a commencé à être connu dans les Gaules environ six siècles avant l'ère chrétienne, et encore n'est-il point certain qu'il ait été ignoré jusqu'à ce moment-la. Quoiqu'il en soit, c'est à celte époque que les Phocéens s'établissent à l'embouchure du Rhône et que les Kimris occupent
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une partie de l'Occident, après avoir quitté les bords de la mer Noire ; or la connaissance du fer remonte à un âge beaucoup plus ancien sur les côtes du Pont-Euxin et de l'Asie-Mineure, en sorte que ces peuples ont, dans tous les cas, importé avec eux l'art de travailler ce métal dans les contrées où ils se sont établis. Si les Gaulois étaient restés étrangers à cette industrie, dans laquelle excellaient les Celtibériens, ils l'auraient certainement apprise des Phocéens et des Kimris. Quoiqu'il en soil, les Gaulois et les Bretons possédaient le fer avant les conquêtes de César, et ce n'est pas du temps de Tacite seulement que les mines de la Norique furent exploitées.
Invasion des Helvétiens.
Les antiquités du premier âge du fer, qu'on découvre dans les lacs de Bienne et de Neuchâtel, diffèrent sensiblement de celles qui accompagnent les ruines romaines de la Suisse, mais, en revanche, elles sont exactement les mêmes que dans les tombeaux les plus anciens du troisième âge. Les sépultures de cette période présentent en général une assez grande variété, qui est, du reste, propre à la plupart des pays de l'Europe *. Dans la Suisse occidentale, et tout particulière-
1 La Norwége donne lieu à une exception intéressante, parce que ce pays dans lequel l'âge du bronze est à peine représenté, n'a été généralement habité que dès le premier âge du fer, en sorte que les sépultures de Christiania à Drontheim offrent une très grande analogie. — Communication de M. Kaiser, professeur à Christiania. — Cette observation justifie l'idée émise plus haut que les variétés du mode funéraire dans le même âge , proviennent de la réunion ou de la juxtaposition de peuples d'origines différentes dans le même pays.
ment dans le canton de Vaud, c'est à ce moment seulement qu'apparaissent le tumulus et l'incinération. D'après les observations précédentes, relatives aux sépultures de l'âge du bronze, l'apparition de ce mode funéraire doit répondre à celle d'une nouvelle population dont il faut rechercher l'origine.
Le mode introduit remonte à l'invasion des Celtes; il se retrouve chez les Grecs, les Romains, les Gaulois, les Bretons, les Germains, les Scandinaves et chez beaucoup d'autres peuples; mais le tumulus, monument encore barbare, était étranger aux Romains ' qui déposaient l'urne dans le columbarium ou sous la surface du sol, en dressant un marbre plus en rapport avec leur civilisation. Cette circonstance est importante parce que le tumulus, introduit avec le fer dans la Suisse occidentale, a été encore en usage sous la domination romaine en Helvétie. A cette époque, ce genre de colline artificielle n'étant point le tombeau du Romain, devait être nécessairement la sépulture de l'indigène, qui n'était autre, que l'Helvétien. Il faut donc reconnaître que le tumulus et l'incinération, qui n'apparaissent sur les bords du Léman qu'après l'âge du bronze, désignent nettement l'établissement de ce peuple au pied des Alpes.
Les Helvétiens ne sont pas les premiers habitants de la Suisse. Ils conservaient du temps de César le souvenir d'une contrée qu'ils avaient occupée avant de se fixer dans le pays d'où ils voulaient émigrer de nouveau. Après la bataille de Bibracte, six mille Urbigènes cherchèrent â fuir, en se di-
1 Si les Romains recouvrirent parfois d'un tumulus les restes des guerriers tombés sur le champ de bataille, cet usage n'était pas adopté pour les sépultures ordinaires, surtout à l'époque où ils s'établirent dans les Gaules.
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rigeant vers le Rhin, sur les frontières delà Germanie4. Dion Cassius ajoute qu'ils prirent cette route dans l'espoir de regagner leur ancienne patrie2. Tacite la place entre le Rhin, le Mein et la forêt Hercynienne, et Ptolémée donne le nom de désert des Helvétiens à la contrée qui s'étend depuis la source du Necker jusqu'aux Alpes3. Il résulte de ces passages que les Helvétiens avaient habité la Germanie avant de faire invasion dans le pays auquel ils ont donné leur nom. Cette invasion ne devait pas remonter à une bien haute antiquité puisque la tradition n'en était pas perdue du temps de César. Leur séjour sur la rive droite du Rhin n'indique pas nécessairement qu'ils soient Germains. Les auteurs anciens leur attribuent une origine gauloise; ce que paraissent confirmer les dénominations celtiques conservées en Suisse4, ainsi que les tumulus qui reproduisent parfois tous les détails des cérémonies funèbres des Gaulois, dans lesquelles les sacrifices humains jouaient souvent un grand rôle. Les Helvétiens avaient probablement passé de la Gaule en Germanie et, de là, entre le Jura et les Alpes d'où ils voulaient émigrer de nouveau. Tous ces mouvements disent assez combien ils changeaient facilement de patrie et combien peu on doit les envisager comme les premiers habitants de la Suisse. D'une grande valeur et fortement épris de la guerre, d'après le témoignage de César, c'était, les armes à la main,
1 César I, 27.
« Dio, lib. XXXVIII.
s Ptolem., lib. II.
4 Noviodunum, Eburodunum, Minnodunum, Tmiredunum, etc. On voit que les dénominations de ce genre ne se trouvent pas exclusivement sur les rives des lacs. Les noms propres parvenus jusqu'à nous sont peu nombreux ; dans tous les cas, celui d'Orgétorix est bien gaulois. Il existe, dans la vallée du Rhône, quelques familles dont les noms ont la même terminaison.
qu'ils conquéraient de nouvelles contrées. Leur établissement au pied des Alpes n'a pu s'opérer qu'après avoir vaincu la population qui occupait le pays. Ces premières considérations permettent déjà de présumer que c'est aux Helvétiens qu'il faut attribuer la destruction des bourgades lacustres qui s'élevaient en grand nombre de Bienne à Genève.
Cette destruction a eu lieu, ainsi qu'on l'a vu. au moment où quelques objets en fer commençaient à se répandre. Cependant on ne trouve pas de traces de ce métal sur un grand nombre d'emplacements qui ont ainsi cessé d'être occupés avant son introduction générale. D'autre part, les tumulus du canton de Vaud, fouillés jusqu'à présent, appartenant tous à l'âge du fer, il en résulte que l'invasion des Helvétiens remonte à la fin de la période du bronze en Suisse, ou tout au moins à l'époque de transition , et qu'elle se répandit sur le pays en même temps qu'une nouvelle industrie caractérisée par le fer. A la suite de cette irruption, la population antérieure fut dans la même position que les premiers babitants de l'Helvétie orientale, lors de l'invasion des Celtes. Les emplacements primitifs avaient été abandonnés, et de rares habitations lacustres ne s'élevaient plus qu'à l'écart, comme sur le lac de Sempach. Il en fut de même après la conquête des Helvétiens. Ce peuple, d'origine celtique, qui avait occupé une contrée privée de lacs, circonstance importante à noter, ne construisit évidement pas ses demeures sur les eaux, en sorte qu'on ne saurait lui attribuer les antiquités lacustres de la Suisse occidentale. Les habitants primitifs, décimés et soumis, peut-être aussi refoulés en partie dans quelques vallées alpestres, durent généralement renoncera leurs antiques bourgades. Ils ne relevèrent que sur un petit nombre de points leurs établissements
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ravagés. Les deux seuls emplacements de quelque importance, retrouvés jusqu'à ce jour, sont ceux du Steinberg et de La Tène1. Ces bourgades survécurent pendant un certain temps, mais elles portent aussi les traces d'une destruction violente qui n'est peut-être pas sans rapport avec celle de la cité lacustre de Tondano, dans l'île Célèbes. On a vu que les habitants de cette dernière ville, ayant voulu secouer le joug des Hollandais, furent battus, mais non sans peine, et qu'ils reçurent la défense de construire sur les eaux. Cependant les indigènes cherchent encore à se réfugier dans les ruines chancelantes de leurs anciennes demeures, qui ont pour eux un attrait tout particulier. Ce récit, quelque moderne qu'il soit, rend bien compte de ce qui a dû se passer en Suisse, il y a environ deux mille ans. Plus d'un indigène chercha longtemps aussi un abri dans les ruines des antiques bourgades que quelques familles occupaient encore sous la domination romaine.
Les Helvétiens, qui n'avaient pas l'habitude de construire leurs demeures sur les eaux, ayant pénétré dans la Suisse occidentale en même temps que le travail du fer et au moment où disparaissent les bourgades lacustres du deuxième âgé, il est évident que c'est à la suite de leur invasion que ces établissements ont été détruits.
Les descendants de la population lacustre des bords du Léman ont laissé , comme traces de leur existence , des tombeaux d'une construction identique à celle des sépultures de l'âge précédent, dans lesquelles ils ont déposé les mêmes objets d'industrie que contiennent les tumulus de la période
* Peut-être faut-il ajouter à ces stations , celle de Graseren , voisine du Steinberg. Voir plus haut à la page 182.
du fer. Si la population conquise tomba dans la servitude, il y eut sans doute des exceptions, car plusieurs de ces tombeaux renferment des ornements qui révèlent une certaine position sociale. Peut-être même que quelques familles s'allièrent à celles du vainqueur, ce qu'on pourrait supposer quand on trouve réunis sous le même tumulus l'inhumation et l'incinération, mais il est possible que ces deux modes fussent déjà propres aux Helvétiens, avant d'avoir franchi le Rhin, car ils s'étaient sans doute incorporé plus d'un indigène des diverses contrées qu'ils avaient occupées , de même qu'ils s'associèrent, lors de leur émigration sous la conduite de Divicon, plus d'une peuplade voisine. Ces migrations fréquentes eurent pour résultat d'introduire chez le conquérant plus d'un élément étranger, ce que confirme la confusion apparente des modes funéraires, conséquence naturelle de la réunion en un seul peuple de familles d'origines diverses. Les Romains ne furent certainement pas les seuls à ériger en loi le respect des différents usages funéraires, mais on doit aussi renonnaître que les idées religieuses qui s'y rattachaient primitivement s'altérèrent peu à peu, et qu'on put, dans certains cas, passer sans scrupules d'un mode à l'autre. C'est ainsi qu'on vit à Rome, dans les derniers temps de la république, Sylla ordonner de livrer son corps aux flammes après sa mort, et cela contre l'usage de sa famille, par la crainte qu'il avait qu'on ne jetât ses ossements au Tibre, comme il l'avait fait de ceux de Marius.
Industrie.
Les habitants primitifs de l'Helvétie occidentale, qui s'étaient approprié l'industrie celtique, ne tardèrent pas à s'as-
similer celle du premier âge du fer. Celte industrie nouvelle, à laquelle répond en Suisse l'époque helvétienne, ne saurait recevoir le nom du même peuple sur tous les points où elle se répand. Formée d'éléments divers, elle présente de grands rapports dans la plupart des pays de l'Europe, et entre autres deux caractères bien distincts, qui se reproduisent à peu près partout. Le premier exprime la transition naturelle entre deux périodes, de manière que les formes de l'âge du bronze passent en partie dans celui du fer, pour autant, toutefois, que ce dernier métal, qui ne se prête pas au moule comme le précédent, permettait au début de l'art de reproduire, par le martelage, les lignes souvent élégantes de la deuxième période. L'autre caractère ressort nettement de formes nouvelles tout à fait étrangères à l'époque du bronze, et dont on doit rechercher l'origine en Asie où prennent naissance les principaux prototypes de l'art destiné à recevoir en Europe son plus haut degré de développement. Pour avoir une idée nette de ces divers éléments, il importe de jeter de nouveau un coup d'œil sur les débris de cette industrie retrouvés soit dans les eaux, soit sous la surface du sol, et de mentionner tout d'abord en quelques mots les principales découvertes qui servent à compléter celles qu'on a faites dans les lacs.
Les tombeaux helvétiens enrichissent depuis longtemps les collections de la Suisse d'armes en fer, de ferrements de roues , de vases formés de minces feuilles de bronze, de larges lamelles du même métal découpées à jours, gravées, cannelées ou repoussées, d'ornements en or et en verre, ainsi que de quelques poteries d'un genre nouveau. Des sépultures contenant des antiquités pareilles se retrouvent en Italie, en France, en Allemagne et dans les pays du Nord,
mais trop souvent la classification de ces pièces les sort de la place qu'elles devraient occuper dans les musées. — Un champ de bataille de la même période, constaté à la Tiefenau, près de Berne, est remarquable par le grand nombre d'objets en fer enfouis sous la surface du sol . Des débris de chariots, une centaine d'épées, des restes de cottes de mailles, des pointes de lance, des anneaux, des fibules, des ornements, des ustensiles divers, des poteries grossières et des fragments de bracelets en verre étaient accompagnés de plus d'une trentaine de monnaies gauloises et massaliotes antérieures à notre ère, sans qu'aucun objet de ce champ de bataille puisse être attribué à l'époque delà domination romaine en Helvétie1. — Une autre découverte des derniers temps de l'indépendance gauloise est celle d'Alaise, près de Besançon. Ce n'est pas ici le cas d'entrer dans la discussion soulevée par la. question de savoir si ce point est bien VAlesia dont parle César. Quelle que soit l'opinion des savants à ce sujet, on ne peut méconnaître que la plupart des objets découverts ces dernières années caractérisent le premier âge du fer. 11 est évident que cette localité a été le siège d'un établissement gaulois d'une grande importance. Les nombreux tumulus d'Alaise recouvrent sans doute les restes de générations diverses inhumées dans l'âge du bronze et pendant la période romaine. Quoi qu'il en soit, l'époque intermédiaire est largement représentée. La plupart des pièces recueillies prennent place entre ces deux périodes, et donnent lieu à d'importants rapprochements avec les antiquités helvétiennes*. — Un champ de sépultures non moins caractérisque se trouve à
* Voir la note 1 de la page 193.
» Alesia, par A. Delacroix, 1856. — Conclusion pour Alaise, par J. Qui-
Hallstadt, près de Salzbourg, en Autriche l. Il représente d'une manière particulièrement complète la transition du bronze au fer. L'épée, le poignard, le couteau et le celt de bronze , y sont accompagnés des mêmes pièces en fer. Des ustensiles et des ornements divers permettent d'apprécier avec certitude les éléments anciens et nouveaux qui président à cette époque transitionnelle pendant laquelle se sont accumulés les tombeaux de ce vaste cimetière. L'analogie de ces antiquités avec celles des découvertes précédentes montre suffisamment qu'elles sont le produit d'une industrie qui , si elle n'est pas contemporaine sur tous les points où on en retrouve les traces, a du moins pris naissance dans des conditions et sous des influences analogues. — Ce qui a été dit précédemment des enfouissements de la troisième période dans les tourbières des pays du Nord, dispense d'entrer dans de nouveaux détails à ce sujet.
C'est d'après l'ensemble de ces diverses découvertes qu'on peut saisir les traits caractérisques mentionnés plus haut. Entre les objets en fer qui reproduisent les formes de l'âge précédent, il faut citer les haches de La Tène (PI. XIV, II, 42, 48), dont la douille exigeait un manche coudé, de même que celui des celts en bronze. Une pièce pareille, découverte dans le canton d'Argovie, fait partie de la collection des antiquaires de Leipsick. Des haches du même genre se trouvent dans les musées du Danemark, de la Suède et de la Norwége.
cherat, 1858. — Les tombelles d'Alaise, par M. Auguste Castan, rapports insérés dans les Mémoires de la société d'émulation du département du Doubs et dans la Revue archéologique, XVe année, pag. 298 et 589.
1 Die Gràber bei Hallsladt, von Joseph Gaisberger. Linz, 1848. — M. N. G. Bruzelius a eu l'obligeance de me communiquer les dessins inédits d'un grand nombre d'objets de ce cimetière, découverts ces dernières années.
On rencontre aussi, près d'Alaise et de Hallstadt, le celt en fer fixé à un manche fendu. — Les débris de chaînes de La Tène (PI. XV, 5) composés d'anneaux circulaires réunis par des liens plats ou cannelés, sont pareils à quelques chaînettes de l'âge du bronze. — Divers fers de lance conservent les formes connues, mais plusieurs offrent des variétés d'un genre nouveau. — Les antiquités en bronze, sorties des emplacements lacustres du premier âge du fer, n'indiquent pas avec certitude la transmission de l'art purement celtique, parce qu'elles peuvent être tombées à l'eau pendant l'époque précédente; aussi, pour compléter cette liste, doit-on recourir aux découvertes faites dans le sol.
Les tombeaux de la troisième période renferment des épingles à cheveux semblables à celles qui ont été importées avec le bronze. — Divers anneaux, les bracelets entre autres, reproduisent les formes et les gravures usitées précédemment, mais d'autres, non moins nombreux, sont d'un genre très différent. — Les antiquités en fer de Hallstadt conservent plusieurs types anciens qui ne tardent cependant pas à disparaître. Le tranchant d'un couteau est ondulé comme dans la deuxième période. Une lame de poignard en fer présente vers la poignée la largeur caractéristique de l'âge précédent. Une épée en fer, droite et à deux tranchants est munie d'une poignée en bronze qui offre plus d'une réminiscence de l'art celtique ; la partie inférieure dessine un arc de cercle, et le pommeau se termine par deux tiges en forme d'antennes portant un disque à leur extrémité. La collection de la Société des antiquaires de Zurich possède une épée pareille qui provient d'un tumulus de Dôrflingen près de Schaffhouse , seulement la poignée est en fer et les disques
sont remplacés par des boulons1. Deux épées de petites dimensions, mais du même genre, ont été découvertes à Alaise. La poignée de l'une est en bronze massif. « De sa partie supérieure, dit M. Aug. Castan, s'élancent gracieusement deux antennes, terminées par des boutons ouverts, dont les alvéoles sont encore remplies d'une substance rosaire que l'on suppose être du corail décomposé. La lame en 1er, tranchante des deux côtés et d'une largeur de 3 centimètres à sa naissance, est restée dans son fourreau de bronze3. » Ces poignées ne sont pas sans rapport avec celles du Luissel et de Concise qui ne diffèrent que par l'enroulement de leurs antennes en volutes ou spirales.
Les formes du premier âge du fer, étrangères à l'époque du bronze, sont de beaucoup les plus nombreuses. Le tranchant des lames d'épée et de poignard est généralement droit, celui des couteaux n'est plus ondulé. Les faucilles se distinguent des précédentes par leurs grandes dimensions, par leur fabrication et par la courbure de la lame. Le tranchant, parfois dentelé en scie , répond à un usage fréquent dans le Nord. La faulx constate un progrès réel en agriculture ; l'une de ces pièces, trouvée sur le champ de bataille de la Tiefenau, peut avoir servi en guise d'arme. La pelite fourche, le trident ou harpon, le mors de cheval et l'étrille sont des pièces nouvelles (Voir les PI. XIV à XVII. La PL XVII est consacrée aux antiquités tumulaires). Des mors du même genre ont été retrouvés en grand nombre à
• Mittheil. der antiq. Ges. in Zurich. UU Band, II" Heft. Taf. V, 6. 1845.
* Les tombelles celtiques du massif d'Alaise, par M. Auguste Castan, pag. 9, PI. I , fig. 3 , 1858. — L'auteur ajoute : « Nous savons par le témoignage de Pline que les Gaulois ornaient de corail les épées, les boucliers et les casques. » Priusquam hoc notesceret, Galli gladios, scula, galeas adornurbant eo (curalio). Hist. nat., Lib. XXXIII, cap. 11.
la Tiefenau , mais le fer de cheval n'y a pas été remarqué. On en a cependant découvert un fragment dans l'une des tombelles d'Alaise', les étampures sont oblongues , et le clou, dont la tête est usée, a la forme du T. Un tumulus de Gràchwyl, dans le canton de Berne, recouvrait un de ces fers intact, avec un éperon sans molette, une épée et un magnifique vase en bronze d'origine étrusque*. Il est possible cependant que ce tumulus helvétien n'ait été élevé que pendant la période romaine.
Les ornements personnels ne présentent pas moins de formes nouvelles. Les anneaux en bronze sont toujours usités comme bracelets et colliers. Si quelques-uns portent encore les gravures celtiques, plusieurs, coulés de manière à imiter de larges ciselures, accentuent plus fortement les ornements de détail. Parfois l'anneau granulé reproduit les perles d'un collier 3. Les renflements variés et les dessins nettement accusés ne sont pas sans élégance. L'ambre rouge traversé
1 Les tombelles celtiques et romaines d'Alaise, par Aug. Castan. PI. I, fig. 9, 1859. — J'ai trouvé des fers de chevaux pareils dans la colline de sacrifices de Chavannes-sur-le-Veyron. Arcliœlogia,\o\. XXXV, PI. XVIII, (ig. 2, 3 et *; 1854.
» Mitlheil. der antiq. Ges. in Zurich , VII' Band, 1853. Die Ausgrabungen zu Gràchwyl im Kanton Bern , von A. Jahn. — Il n'est pas rare de retrouver le fer de cheval dans les ruines romaines «le la Suisse. On y découvre aussi la solea dont on a fait tantôt un strigile , un étrier ou un support de lampe. Si l'on pouvait avoir des doutes sur la destination de ces plaques dont le prolongement se. repliait sur la botte du cheval, il suffirait de dire qu'un squelette de cheval pris bous les ruines romaines de Granges, dans le canton de Vaud. portait à chaque pied ce genre de fer Voir les dessins de plusieurs fers pareils dans le bel ouvrage de M. l'abbé Cochet sur le Tombeau de Childéric !«*, pag. 158 el 158; 18 19
Ce genre de bracelet se retrouve dans les tombeaux d'Echallena, de la forêt de Vernand-dessous, près Lausanne, de Uallstadt, etc., etc.
par le fil du bracelet l , ou l'émail incrusté sur le bronze des colliers* ajoutent un nouvel élément à l'ornementation. Des anneaux sont revêtus de lamelles en or sur un noyeau d'argile. On peut envisager comme des brassards de grandes pièces, longues de o à 6 pouces, passées à l'avant-bras des squelettes, bien qu'elles aient été fabriquées avec des feuilles de bronze si minces qu'elles ne devaient guère résister sous les coups de l'agresseur. Ces brassards, renflés comme un fuseau sur le milieu de leur longueur, sont couverts de fines gravures, de disques , de lignes parallèles et de chevrons3. Le jais, les lignites et le verre ont aussi été employés pour les bracelets. Les premiers , bombés et en général assez lourds, mesurent jusqu'à trois pouces et demi de hauteur*. Le verre a été utilisé pour des anneaux circulaires , souvent plats à l'intérieur et ornés sur l'autre face de lignes en relief ou d'espèces de larmes disposées en torsades. Les uns sont blancs, d'autres bleus ou bruns. La teinte jaune, plus difficile à donner, ressort au moyen d'une pâte de cette couleur étendue sur la face interne de l'anneau. Des fragments de bracelets en verre ont été retrouvés à La Tène, sur le
« Les tombes celtiques de la forêt communale d'Ensisheim et du Hubehualdele, par Maximilien de Ring, PI. VI, fig. 7. Strasbourg, 1858.
1 Les lombes celtiques situées près d'Heidolsheim , par Max. de Ring. PI. III, fig. 5. 1857. — Recueil d'antiquités suisses, par M. le baron G. de Bonstetten. PI. VII, fig. 4. 1855.
3 Recueil d'antiquités suisses, par M. G. deBonstetten. PI. X,fig. 1 et 2. — M. Edouard Mabille a fait don au Musée de Lausanne d'une pièce du même genre trouvée dans un tombeau près de Baulmes , avec une boucle d'oreille et une fibule en bronze.
* Ma collection renferme deux de ces bracelets en jais, des environs de Payerne, dont, l'ouverture n'a que 19 lignes de diamètre. Leur destination ne peut être douteuse l'avant-bras du >quelette étant encore pris dans la terre qui remplissait ces anneaux.
Steinberg et à la Tiefenau. Plusieurs, sortis intacts des sépultures, étaient passés à l'avant-bras des squelettes. Dans trois localités de la Suisse, on les a découverts avec des monnaies celtiques qui ne permettent pas de douter de leur origine antéromaine, ce qui ne veut point dire qu'ils n'aient pas été en usage plus tard1.
Le verre coloré et des pâtes émaillées faisaient aussi l'ornement des colliers, non plus sous la forme d'anneaux, mais en grains de grosseurs diverses souvent mélangés avec l'ambre de la Baltique, et passés à un cordon. Ces perles nombreuses dans quelques tombeaux se retrouvent sur le Steinberg. Leur présence dans le premier âge du fer est d'autant moins surprenante qu'on les rencontre à l'époque du bronze. Du temps de Pline, d'après le témoignage de cet auteur, les Gaulois étaient habiles à travailler le verre. Ce n'est cependant pas à cette industrie, sans doute importée par les Phocéens, qu'on doit attribuer les verroteries les plus anciennes découvertes en Suisse et dans le Nord. Les Phéniciens, dans leurs expéditions commerciales, les utilisèrent souvent comme
* On en a retrouvé en France et en Angleterre, dans des ruines romaines. Communication de M. Adrien de Longpérier et de M. J. Y. Akerman. — De nos jours on les porte encore comme ornements dans l'île de Pathmos et dans quelques contrées de l'Orient. — Les bracelets de verre , découverts en Suisse , l'ont été , dans le canton de Genève , entre Avully et Chancy , par M. Blavignac , à Echallens et près de Bex, dans le canton de Vaud , à Morat, par M. le Dr Engelhardt, dans une tombe de l'Engi, près de Berne, par M. A. Jalin, sur le Lindenfeld sur la rive droite de l'Aar, à Horgen , sur les bords du lac de Zurich , et à Meppenstetten, près de l'Albis. Je dois à l'obligeance de M.Sharman un de ces bracelets découverts à Kœnigshofen, au nord de la Bavière. — Voir ma Description des Bracelets et Agrafes antiques du canton de Vaud. PI. Il, tig. 7, 8. Zurich, 1842. — Heidnisches Grab in Horgen bei Zurich, von D. Ferd. Keller. PL l, A, B. 1846. — Der Kanton Bern, von Alb. Jahn. S. 188 und 383. 1850.
moyen d'échange. Plus tard on les imita, et, longtemps après l'ère chrétienne, elles avaient encore le même caractère. C'est ainsi qu'on retrouve des grains de collier en verre ou en pâte émaillée présentant les mêmes formes et la même disposition de couleurs dans les tombeaux de l'Egypte, de la Crimée, de plusieurs gouvernements de la Russie, de l'Allemagne, des Pays Scandinaves, de l'Angleterre, de la France, de la Suisse, de l'Etrurie et de la Grande Grèce '.
L'usage des ceintures, des bagues et des boucles d'oreilles commence à se répandre. L'une de ces dernières, trouvée à Baulmes, est ornée sur son pourtour de cinquante trois petits anneaux de deux lignes de diamètre à peine 2. Une ceinture, formée d'un grand anneau dont les extrémités sont reliées par des chaînettes provient des environs d'Aubonne \ Un anneau pareil, mais torse, est conservé dans le musée de Stockholm. Parfois une large lamelle en bronze, recouvrait le cuir de la ceinture en tout ou en partie. Deux pièces identiques, cannelées sur leur longueur sortent des tumulus d'Alaise et de Rances, en France et en Suisse. D'autres, bosselées, reproduisant en relief des disques, des losanges, des oiseaux, des quadrupèdes et des hommes dans des enca drements de lignes parallèles , ornent plusieurs tombeaux helvétiens ainsi que ceux de Hallstadt. Quelques-uns de ces
' On découvre même en Amérique , dans les tombeaux du Canada et de l'état de New-York , des grains de collier en verre tout pareils à ceux qui ont été répandus dans l'ancienne Europe. Comme on ne connaît aucune fabrique de ce genre en Amérique, il est probable qu'ils y ont été importés. — Schoolcraft. Indian Tribes. Vol. I. PI. XXIV, no 7 à 13.
* Voir plus haut la note 3 de la page 339.
s M. Ernest Griolet a enrichi ma collection de cette pièce , ainsi que de petites fibules en bronze et de grains de colliers en verre provenant de la même localité.
dessins variés se retrouvent sur des lamelles d'Alaise ; s'ils pouvaient faire douter de l'antiquité de ces pièces, il suffirait de rappeler que les Gaulois aimaient à orner leurs boucliers et leurs casques d'animaux et de figures fantastiques. L'une des ceintures les plus remarquables est assurément celle des environs d'Arles, qui a été déposée dans le musée de Copenhague. Elle est composée d'une double rangée de plaques carrées, bosselées sur le centre et réunies les unes aux autres par de petits anneaux; entre chaque plaque de la rangée inférieure, sont suspendues des lamelles triangulaires, ornées de fines gravures.
Les pendants et les chaînettes jouent un grand rôle dans le premier âge du fer. Celles-ci, formées d'anneaux passés les uns dans les autres ou réunis par des liens, se doublent et se triplent parfois vers leurs extrémités auxquelles sont suspendus des glands en bronze ou des grelots de forme ovoïde, découpés en bandes longitudinales à l'intérieur desquelles est ordinairement un petit caillou blanc, qui tient lieu de battant '. Nulle part cependant ces chaînettes et ces pendants ne se trouvent en plus grand nombre que dans la Livonie et dans les provinces voisines, où elles ont été en usage jusque dans les derniers temps païens 2.
Les fibules, rares en Suisse pendant l'âge du bronze, se retrouvent assez fréquemment dans la période suivante. Celles en fer provenant de La Tène, identiques aux nombreu-
1 Un de ces grelots, suspendu à une longue chaîne en bronze, a été découvert dans un tombeau de Bauteville , près de Vevey. J'en ai trouvé un dans un tumulus du Bois-Genou, près de Lausanne. Il en existe d'autres pareils dans quelques collections de la Suisse.
1 Necrolivonica , von Kruse , Dorpat , 1842. — Die Gràber der Liven , von i. K. Bajhr. Dresdcn, 1850. — De nombreux grelots ont été trouvés en Irlande avec divers objets de l'âge du bronze. Communication de M. A. W. Franks.
ses broches de la Tiefenau, montrent que le nouveau métal, bien qu'il fût abondant, n'était point dédaigné pour les ornements. Cependant, la plupart de celles qui proviennent des tombeaux sont en bronze. Quelques-unes ne mesurent qu'un pouce de longueur, tandis que d'autres sont deux à trois fois plus longues. La variété des formes est très grande; l'os et l'émail s'incrustent sur le métal ; l'une, trouvée à Baulmes, est surmontée d'un oiseau en relief1.
On découvre parfois en Suisse, sur la poitrine du mort, de nombreuses perles en bronze prises dans l'étoffe de manière à couvrir de brillants cette partie du vêtement que les Livoniens ornaient aussi de la même manière2.
L'or, sans être abondant chez les Helvétiens, est cependant bien moins rare que dans la période du bronze. Suides grains de collier de ce métal, ressortent des espèces de méandres ou de petits triangles avec trois points saillants à l'intérieur, genre d'ornement très fréquent sur les objets en argent du Danemark et de la Suède s. Des colliers et des bracelets évidés sont en or. Quelques anneaux n'ont que 4 à 7 lignes de diamètre. Une chaîne en filigrane est d'un joli travail, mais l'ornement le plus riche, sinon le plus artistique, des tumulus helvétiens est une coiffure en feuille d'or de la forme de calotte, ornée de triangles, de disques et de carrés en relief disposés sur des lignes parallèles *.
* Une fibule antique de Crémone, qui m'a été remise par M. Griolet, porte trois oiseaux du même genre.
• Die Gràber der Liven, von J. K. Bâhr. Taf. XVI, 12, 13.
s L'argent n'apparaît chez les Scandinaves que dans l'âge du fer. Ces triangles, frappés avec un poinçon, se retrouvent encore sur les ornements des tombeaux helvéto-burgondes de Bel-Air, près Cheseaux.
4 Notice sur les tombelles d'Anet, canton de Berne, par G. de Bonstetten. 1849.
La poterie reproduit bien des formes de l'âge précédent. L'argile pétrie avec des grains siliceux se retrouve dans les tumulus de même que dans les lacs, cependant l'art du potier a fait des progrès incontestables et l'on connaît aussi des pâtes plus fines et plus compactes. Le vernis, au lieu d'une teinte uniforme, reçoit sur le même vase des couleurs diverses, noires, blanches, rouges, brunes et jaunes, disposées en damier, en triangles et en figures géométriques diverses qui doivent avoir quelques rapports avec le sagum gaulois aux carreaux de couleurs éclatantes. Ces dessins ornent l'extérieur de l'urne et l'intérieur de pièces de vaisselle évasées, employées sur le Steinberg ou déposées dans des tombeaux l. La poterie belvétienne caractérise une phase particulière des arts céramiques, qui prend place entre le genre celtique proprement dit et celui dans lequel ont excellé les Etrusques. — La pierre ollaire, travaillée à l'aide du tour, était aussi utilisée pour des vases et pour quelques ornements.
Il n'est pas rare de trouver dans les tumulus helvétiens des vases en bronze de dimensions parfois assez considérables2 . Leur forme est en général celle du cylindre, du cône tronqué ou du chaudron. Ils se distinguent par le peu d'épaisseur de la feuille de métal qui est souvent ajuster avec des clous rivés. Quelquefois on appliquait une mince plaque de fer pour réparer la feuille endommagée. Un tumulus du Grauholz, dans le canton de Berne, fouille par M. 'e Dr. Uhlmann recouvrait un vase cylindrique de 8*/« ponces de hauteur sur ll'/j de diamètre. Deux anses sont clouées sur les flancs du vase qui est entouré de dix cercles produits par le
* Voir plus haut la 2™e note de la page 184.
* Ces vases apparaissent déjà dans l'âge du bronze.
bosselage de la feuille de bronze; un anneau en fer destiné à consolider celle-ci est pris dans l'enroulement du bord supérieur 4. C'est dans le tumulus de Gràchwyl, mentionné plus haut, qu'a été trouvé l'un des vases les plus remarquables de cette période. Il portait sur le flanc un groupe de figures dont le personnage principal est une femme qui tient de chaque main les pattes d'un lion et d'un lièvre. De la tête de cette figure ailée, partent horizontalement deux serpents sur chacun desquels est assis un lion ; un aigle posé sur la coiffure de la femme domine le groupe8. Bien que ce vase, d'origine étrusque, soit étranger à l'art helvétien, il n'en appartient pas moins au premier âge du 1er et il témoigne de rapports avec l'Italie qu'il n'est pas hors de propos de constater. Cette importation n'est d'ailleurs pas un fait isolé. Sans parler du miroir étrusque découvert dans les ruines d'Avenlicum, un vase pareil à celui de Gràchwyl a été trouvé à Neyruz, près de Moudon 3, et d'autres, provenant de l'Italie, ont été transportés jusque dans le nord de l'Allemagne et dans les Pays Scandinaves.
* M. le Dr l'hlmann, à l'obligeance duquel je dois ces détails, a découvert dans le même tumulus les fragments de 4 bracelets en bois, 2 petits anneaux en or d'environ 5 lignes de diamètre , 28 ornements de colliers du même métal, qui , réunis deux à deux, forment des perles ou des grains de 7 à 9 lignes de diamètre, et des fragments en fer de cercles de roue d'un diamètre de 28 pouces. Ces débris de chariots se trouvent assez fréquemment dans les tumulus de la Suisse. — Indicateur d'antiquités p. 6, pi. 1. Zurich, 1859.
1 Voir plus haut la note 2 de la page 338.
1 II ne reste de ce vase qu'un ou deux petits fragments. M. le notaire Tissot, ayant appris la découverte de Neyruz, se rendit immédiatement sur les lieux où un chaudronnier venait de le précéder. Malgré son empressement à rejoindre l'acquéreur, M. Tissot n'arriva qu'au moment où le vase brisé était déjà dans le creuset. Deux morceaux purent encore être retirés. L'un porte une tête de lion en relief dont le style est identiquement le même que celui des lions de Greechwyl.
Les armes du premier âge du fer ne montrent pas moins que les pièces précédentes l'importation d'une industrie étrangère à la deuxième période. On a vu combien les épées de La Tène diffèrent de celles en bronze par leur forme et par l'ornementation de leurs fourreaux. 11 ressort de la dé couverte d'épées pareilles dans les tumulus de la Suisse et d'autres pays qu'elles ont été d'un usage général, et qu'elles remontent au moins aux derniers temps du paganisme. On ne les a peut-être retrouvées nulle part en plus grand nombre que sur le champ de bataille de la Tiefenau d'où l'on a retiré au delà d'une centaine de ces armes, le plus souvent mutilées comme on peut l'attendre à la suite d'un combat acharné.
Ces épées, on le voit, sont loin d'être rares, mais il n'en est pas de même des fourreaux en fer. assez conservés pour permettre d'en distinguer tous les ornements. Les dessins que M. le Dr Keller reconnaît avec raison n'être ni celtiques, ni romains, ne sont pas sans quelque rapport avec ceux qu'on remarque sur plusieurs objets Scandinaves. La figure 8 de la planche XIV représente, sinon intentionnellement du moins de fait, deux têtes fantastiques dont la gueule ouverte et historiée rappelle celle des dragons entrelacés des antiquités du Nord. Les figures 2, 3 et 17 offrent encore quelque chose de pareil. L'ornement circulaire que la première figure de la même planche reproduit quatre fois retrouve, dans ses traits essentiels, sur divers objets des bords 'le la mer Baltique. Enfin, la partie inférieure du fourreau n'est pas étrangère à quelques pièo - danoises
On ne conclura point de ces rapprochements que les épées des tumulus et des bourgades lacustres de la Suisse soienl empruntées au\ peuplades du Nord, ni que celles-ci aient
subi l'influence des Helvétiens ou des Gaulois ; il en résulte plutôt que ce nouveau genre de dessin apparaît sur plusieurs points de l'Europe avec le premier âge du 1er, et qu'il a été introduit par les invasions incessantes dont l'Asie a été le point de départ. L'art des derniers temps païens chez les Scandinaves doit avoir la même origine que le culte d'Odin et des Ases. Les Suèves, en s'établissant sur les bords du lac Mélar, eurent assurément une large part dans l'importation de ces éléments nouveaux, mais ils ne furent pas les seuls à les introduire en Europe, et leur pays n'est pas le seul non plus où une partie de ces types ont été reproduits jusque dans le moyen âge.
La forme des épées n'est pas moins caractéristique que celle des fourreaux. Les lames droites et à deux tranchants sont arrondies à leur extrémité ou terminées en pointe peu prononcée. Les premières rappellent ce que dit Tite-Live des épées des Gaulois à la bataille de Cannes, avec lesquelles ils ne pouvaient frapper que de taille l. Les épées de laTiefenau, longues relativement au glaive romain, n'étaient pas mieux trempées que celles des alliés d'Annibal, qui, d'après Polybe 2, se faussaient au premier coup et se redressaient avec le pied en les appuyant sur le sol. Plusieurs sont en effet faussées, et l'on voit, par la double courbure de quelques lames, qu'elles étaient aussi redressées sur le champ de bataille3.
1 Lib. XXII, cap. 46. Gallis prœlongi ac sine mucronibus ijladii.
1 Lib. II, cap. 33.
3 On découvre depuis longtemps ces épées en Suisse et certainement aussi dans d'autres pays. Entre les armes réunies dans les collections , aucune ne répond mieux à la description que les auteurs anciens ont donnée de l'épée gauloise. Ces rapports m'avaient déjà frappé, il y a bien des années. Voir ma description des Antiquités du canton de Vaud, insérée dans les Gemàlde der
Rien de pareil ne pouvait avoir lieu avec l'épée de bronze. Parfois celle-ci volait en éclats entre les mains des héros d'Homère, mais elle ne se recourbait pas. L'habitant du Nord brisait sur la tombe du guerrier l'épée qu'il avait portée; on en retrouve souvent les tronçons en bronze jetés auprès de l'urne cinéraire. Plus tard, l'épée de fer est pareillement mise hors d'usage le jour des funérailles, seulement, au lieu d'être en fragments, elle est enroulée ou même nouée comme un ruban '.
La différence de ces armes ne consiste pas seulement dans le métal et dans la forme, mais aussi dans la manière de les manier. L'épée de bronze, svelte et acérée, frappant d'estoc et de taille, demandait en général plus de dextérité que de force ; celle de fer se prêtait moins à l'escrime et rappelle le jugement de Plutarque sur la manière de combattre des compagnons de Brennus qui assiégeaient le capilole. « Leur plus grande force, dit-il, consistait dans leurs épées, qu'ils maniaient à la barbare, lourdement et sans dextérité, entaillant presque uniquement les tètes et les épaules. Camille arma en conséquence la plus grande partie de ses soldais de casques de fer poli, sur lesquels les épées des Gaulois ne pouvaient manquer de glisser ou de se rompre. » Plutarque corrige celte dernière expression en ajoutant un peu plus loin que « les épées des barbares, qui étaient de fer non trempé, et qui avaient les lames minces et applaties, pliaient aisément et se courbaient en deux sur l'armure romaine. »
Celte épée, que les Gaulois sénonais portaient déjà quatre
Schweh. Der Kanton Waat, von L. Vulliemin Ir Band, S. 14. I8i7. — Revue archéologique, 12mf année, pag. 52. Paris, 1855.
1 La collection d'antiquités de Halle possède un curieux spécimen de ce dernier genre. Neuc Mittheil. von Halle, 11er Band, Ie» Heft. Taf. I, 14.
siècles environ avant l'ère chrétienne, est exactement la même que celles de la Tiefenau, de Moringen et de La Tène. Des lames longues, larges, plates et flexibles se retrouvent dans le nord de l'Europe avec les antiquités du premier âge du fer. On voit ainsi qu'elles caractérisent bien plutôt une époque qu'un peuple, ou tout au moins qu'elles se répandent d'une manière générale en Occident dès le commencement du troisième âge. Il est probable qu'elles étaient déjà entre les mains des Kimris. Dans tous les cas, des éléments étrangers se sont introduits dans l'ancienne famille celtique, à la suite d'invasions nouvelles et des fréquents déplacements d'un grand nombre de peuplades.
L'épée de fer présente encore une particularité qui trahit des modifications même dans la constilution physique de la population, c'est la grandeur de la poignée, relativement à celle des armes en bronze. Ces dernières ne laissent pour la main qu'un espace de 2o lignes à 3 pouces, tandis que la poignée des épées de fer a une longueur de k à 5 pouces. L'épée de bronze ne pouvait convenir qu'à des mains effilées, celle de l'âge suivant est maniée par une main plus large et plus forte qui frappait rudement, ainsi que le rapporte Plutarque. La différence de dimensions qu'on remarque sur la plupart des instruments répond à rintroduction de nouvelles familles qui modifient profondément la population précédente4. Cette action ne paraît pas avoir été aussi soudaine
1 Ce n'est pas à dire que les mains effilées de l'époque du bronze disparaissent tout à fait dans le troisième âge. On trouve encore bien des bracelets, trop peu ouverts pour y avoir passé de larges mains, trop lourds pour avoir pu être portés dès l'enfance , ou trop massifs pour les avoir fermés sur le bras, ce qui ne pouvait, du reste, avoir lieu quand ils étaient en bois ou en jais. Cette observation conduit encore à admettre l'introduction de nouvelles familles plutôt qu'une modification générale de la population précédente.
que lors de l'invasion des Celtes, mais l'infiltration d'éléments étrangers à la deuxième période n'en a pas moins été générale.
La forme introduite dans le premier âge du fer a subi des modifications chez la plupart des peuples. Les Grecs la changèrent plus d'une fois. Les Romains adoptèrent le glaive celtibérien, à la place de la longue épée qu'ils portaient avant les guerres puniques. Les Gaulois donnèrent aussi à leurs lames une pointe moins arrondie *, mais celles qu'on découvre à La Tène et à la Tiefenau se conservèrent sur bien des points. La domination romaine ne fit pas disparaître entièrement le genre d'art propre aux peuples conquis; aussi l'épée d'ingelheim, qui, d'après la description de M. Lindenschmidt, porte deux lettres latines, n'est au fond que la reproduction d'une forme antérieure. Ces lames longues, larges et flexibles se retrouvent encore dans les tombeaux des Alemani *, des Francs 3, des Anglo-saxons4 et des Nor-
' Cette modification de la pointe de l'épée se retrouve sur la Tiefenau et dans les lacs de Bienne et de Neuchâtel. Il suffit, pour s'en faire une idée, de rapprocher l'extrémité arrondie de l'épée de Mœringen, PI. XIV, fig. 5 , de celle de La Tène, fig. 1.
* Les Alemani et quelques autres peuples ont laissé en Allemagne de nombreuses lames de ce genre. Plusieurs ont été sorties des tombeaux de Nordendorf, près d'Augsbourg, d'Oberflacht, dans le Wurtemberg, de Selzen, près Mayence , etc., par MM. de Raiser, Seldineyer, Menzel , Lindenschmit, etc.
1 M. l'abbé Cochet donne les dessins de quelques lames pareilles dans La Normandie souterraine, PI. VII. 1, 1854 ; dans Le tombeau de Childéric Ie', 1859; dans les Sépultures gauloises, romaines, franques et normandes, pag. 162, 406 et 407. L'épée représentée sur cette dernière page, découverte dans les sépultures romano-franques d'Eslcttes, est repliée et porte les débris d'un fourreau de fer dont la partie supérieure reproduit les détails caractérisliques des épées de La Tène. — Recherches sur le lieu de la bataille d'Attila, en 431, par Peigné-Delacourt, PI. II, fig. 15, 1860.
4 Notes on Saxon Sepulchrul liemuins found ut Fairford, Gloucestershire,
DU PREMIER AGE DU FER. 3ol
mands*. L'une, découverte dans un cimetière helvéto-burgonde de Romanel, sur Lausanne (PI. XIV, 21), porte la partie supérieure d'un fourreau de fer tout pareil à ceux de La Tène2, où l'on ne découvre cependant aucune des pièces caractéristiques de l'époque burgonde. Les détails précédents montrent assez que l'épée avec laquelle les Gaulois firent trembler les anciens Romains n'est autre que celle de la Tiefenau ou du lac de Neuchàtel, et qu'elle conserve sa forme bien des siècles plus tard, après avoir caractérisé le premier âge du fer.
Ce fut sans doute la disposition des lames d'épée à se fausser qui amena l'usage du coutelas à un seul tranchant, fortifié par l'épaisseur du dos de la lame. Le poignard devint plus acéré et moins large vers la poignée que dans la période précédente. La pointe de lance reçut de grandes dimensions; si elle conserva parfois les gravures celtiques, la douille se releva en arête vive et tranchante entre les ailerons (PI. XV), chez les Helvétiens et chez les Scandinaves. Les pointes de pique, lourdes et massives, sans aileron, ne sont pas rares dans les lacs, et celles de trait à quatre pans, conservées à l'époque romaine, deviennent les carreaux du moyen-âge, en recevant une pointe moins acérée.
by C. Roach-Smith. Archœologia, vol. XXIV. PI. X, 3. — Saxon Obsequies, by R. C. Neville, PI. XXXIV, 96, 1852. — Fairford Graves, by W.-M. Wylie, PI. X, 1, 1852. — L'Angleterre possède aussi des épées du premier âge du fer avec des fourreaux de bronze très caractéristiques.
'Le musée d'antiquités de Christiania renferme des lames du même genre. Dans le second âge de fer, elles sont munies d'un lourd pommeau et d'une croisière de fer, parfois damasquinée en argent.
1 Cette épée a été trouvée par M. H. Rovey, sur une hauteur entre Romanel et les plaines du Loup, avec de grandes plaques d'agrafe, richement damasquinées, qui ne peuvent laisser aucun doute sur l'époque à laquelle remontent ces antiquités.
Les Gaulois qui affectaient de se dépouiller d'une partie de leurs vêtements sur le champ de bataille pour braver les coups de l'ennemi, n'en avaient pas moins des armes défensives. On a retrouvé sur le champ de bataille de la Tiefenau des restes de cottes de mailles, formées de petits anneaux en fer passés les uns dans les autres, et quelques débris en bronze, mais fort incomplets, qui semblent provenir du casque. M. A. Jahn a recueilli avec ces fragments une pièce, longue de 3 lJz pouces, représentant le cou et la tête d'un oiseau qui rappelle le genre de cimier en usage chez les Gaulois, mais dont l'aspect n'a assurément rien d'effrayant bien qu'ils cherchassent à inspirer la terreur par la reproduction, sur leurs armes, d'animaux sauvages ou fantastiques. Le casque a été découvert dans les tombeaux deHallstadt ainsi que l'umbon du bouclier. La tourbière de Brarup, dans leSchleswig, contenait plusieurs boucliers circulaires en bois, revêtus sur leur pourtour d'un petit rebord en bronze, et, sur le centre, d'un umbon du même métal, dont la forme reproduit déjà celle des umbons en fer des Suèves et des Alemani. Un petit bouclier circulaire en bronze , conservé dans la collection de l'Institut archéologique de Londres, a été sorti du limon de la Tamise avec un grand anneau évidé; il est orné de fines gravures et surtout de lignes bosselées, disposées par enroulement dans le genre de rinceaux.
On trouve dans quelques tumulus des Helvétiens, de même qu'à Alaise, des anneaux concentriques en bronze, applatis et généralement au nombre de six, qui entourent une plaque circulaire et à jours, dont le centre fait saillie sur les deux faces. La réunion de ces pièces forme un disque fort peu épais d'un diamètre total de 7 à 8 pouces. Les anneaux por tent des gravures celtiques de chaque côté, et sont reliés les
uns aux. autres par des lanières de cuir entrelacées. La destination positive de ces pièces est encore inconnue1.
Des chariots ont laissé sur le champ de bataille de la Tiefenau de nombreux débris de cercles de roue et de ferrements divers. Ce n'est pas ici le lieu de rechercher s'ils avaient servi à l'attaque ; quoi qu'il en soit, le vaincu s'en faisait un rempart au besoin. C'est ainsi qu'à Bibracte, les Helvétiens, obligés de céder le terrain, combattirent longtemps encore, les uns du haut de leurs chariots, les autres en lançant des traits à travers ce retranchement improvisé. L'usage de placer dans la tombe du guerrier une ou deux roues avec le harnachement du cheval de guerre existait chez les Helvétiens, de même que chez d'autres peuples. Le tumulus recouvre parfois les ferrements plus ou moins endommagés de ces roues de dimensions diverses, dont quelquesunes mesurent à peine trois pieds de diamètre. Les cercles portent ordinairement les clous qui les fixaient aux jantes ; leur largeur de 8 à 9 lignes montre que le bois était d'une grande légèreté, ce qui exigeait de la part du charron un art déjà fort avancé. On sait du reste combien est surprenante l'exécution du chariot en bois de bouleau, découvert dans un tombeau égyptien et conservé à Florence ; dépourvu de toute garniture de métal , on l'a attribué aux Scythes à cause de l'espèce de bois employé. Il est vraisemblable que les peuples de l'Occident n'étaient pas moins habiles dans le charronnage. La roue du chariot gaulois se retrouve à Alaise, mais je ne sais si l'on en a découvert de plus ornées que dans les tombelles d'Anet où les moyeux et les rais
1 Un disque de ce genre, dérouvert dans un tumulus de Croix, sur La Sarraz, avec les fragments d'un bracelet en bois, a été déposé dans le cabinet d'antiquités, à Lausanne.
étaient revêtus de feuilles en bronze. Des espèces de treillis du même métal, avec des jours de la forme de cercles, de triangles et de losanges, étaient accompagnés des restes en cuir du harnais orné de nombreux clous ou boutons de bronze disposés en figures géométriques l.
Cette énumération des antiquités du premier âge du fer pourrait être complétée par les passages des auteurs anciens sur les ornements, les armes et les vêtements des Gaulois, des Bretons et des Germains, mais quelque restreints que soient les détails qui précèdent, ils suffisent pour donner une idée du développement des arts métallurgiques et de l'industrie en général. Il est facile de s'assurer que ce développement ne s'est pas opéré en Occident sans le concours de nouveaux éléments arrivés de l'Asie. Si quelques formes passent naturellement d'une période à l'autre et accusent une transition plus complète qu'à l'époque de l'introduction du bronze, il existe assez de traits distinctifs qui indiquent nonseulement l'impulsion imprimée par le travail d'un nouveau métal, mais aussi l'introduction d'un genre d'art entièrement étranger à l'âge du bronze. Tandis que la gravure celtique est reproduite sur plusieurs ornements et sur des fers de lance, la décoration des épées de La Tène et des ceintures trahit un art différent. Dans la seconde période, les anneaux finement striés jouaient le rôle principal comme ornement personnel. Dans l'âge suivant, ils ne sont pas hors d'usage, mais la ciselure large et profonde, les creux et les reliefs fortement accentués leur donnent tout un autre aspect. Le collier massif commence à être remplacé par les verroteries et les pâtes émaillées. Les larges lamelles de bronze striées.
1 Notice sur les tombelles (TAnel, par G. de Bonstetten, 1849.
bosselées ou cannelées, recouvrent l'avant-bras et la ceinture. Les fibules de formes variées sont beaucoup plus nombreuses que précédemment. Les chaînettes avec leurs pendants et leurs grelots deviennent l'un des ornements de prédilection, et rappellent, ainsi que les figures d'hommes ou d'animaux plus ou moins fantastiques, les passages des auteurs anciens sur les Gaulois. La plupart des instruments reçoivent de plus grandes dimensions. Il en est de même des armes qui, dans des mains plus fermes, caractérisent le sabreur et les grands coups portés à la barbare, comme le dit Plutarque. Il est difficile de préciser le moment de l'introduction de ces armes et de cette industrie prise dans son ensemble. Cependant l'établissement des Phocéens à l'embouchure du Rhône et l'invasion des Kiraris dans le Nord durent exercer une grande influence sur le premier âge du fer, dès le sixième siècle avant l'ère chrétienne. Ce fut sans doute des Phocéens que les Gaulois reçurent l'art de travailler le verre ainsi que d'autres connaissances empruntées à l'Asie mineure. Les Kimris, qui venaient des côtes de la mer Noire sur lesquelles on a constaté les traces d'une antique civilisation ', possédaient le fer dès longtemps; peut-être est-ce à eux qu'il faut attribuer l'importation de l'épée adoptée par les Gaulois. Cette arme se retrouve du reste entre les mains de la plupart des peuples qui envahirent l'Europe, sous l'empire romain, confirmation suffisante de son origine orientale, mais encore est-il bien certain que les Kimris aient été les premiers à l'introduire dans les pays où ils se sont établis? Il est à remarquer que les formes caractéristiques du premier âge du fer ne disparaissent pas entièrement sous la do-
• Voyage autour du Caucase, par Dubois de Montpéreux.
mination des Romains. Plusieurs sépultures de cette dernière période conservent des traces non équivoques de l'art national des Gaulois dont l'influence subsiste même après la chute de Rome.
Les numismates ont déjà fait observer combien les tiers de sol mérovingiens empruntent de traits aux monnaies gauloises. Il en est de même des autres produits de l'industrie du Ve au IXe siècle de notre ère, sur lesquels il est facile de constater une transmission analogue. Le nouveau genre d'art qui se forme, à l'origine du monde moderne, a bien plus d'affinité avec le premier âge du fer et le Barbare des dernières invasions qu'avec la civilisation romaine. Les prototypes de la plupart des formes nouvelles se retrouvent sur les bords de la mer Noire et entre autres dans les lom beaux de la Sibérie. C'est là qu'il faut chercher les agrafes et les plaques de ceinturon, la ciselure large et profonde, les verroteries cloisonnées d'or et plusieurs des animaux fantastiques reproduits jusques dans les temples chrétiens. Cette région de l'Asie n'est pas la seule sans doute qui donne lieu à ces rapprochements , mais les vastes contrées, au nord de l'Altaï, ont servi de station à bien des peuples qui, de là, se sont répandus sur l'Occident.
On trouvera peut-être que c'est trop limiter l'influence des Grecs et des Romains sur cette période de développement. Nul ne méconnaîtra combien ils ont en effet réagi sur les arts, sur les institutions et sur les langues. Partout où les Romains étendirent leur domination, ils couvrirent les pro vinces de monuments qui témoignent assez de la grandeur du conquérant. Toutefois cette influence qu'il n'est nullement question de contester ne s'est pas l'ait sentir sur les Barbares aussi anciennement qu'on le suppose parfois, et elle a laissé