‹ Habitations lacustres des temps anciens et modernesChapitre 86 sur 150 · GENRE DE VIE · texte numérisé non relu

GENRE DE VIE

La pèche et la chasse étaient une occupation dont l'importance résultait de l'abondance du poisson et du gibier. L'agriculture contribuait à faire préférer un établissement stable à la vie errante. Celui qui défriche le sol, qui le cultive et l'ensemence, tient à recueillir les fruits de ses labeurs; s'il change parfois de patrie, comme ce fut le cas des Helvétiens, on ne peut le confondre avec le nomade. Le grand nombre d'animaux domestiques dont on retrouve les ossements dans les lacs de la Suisse, dès l'âge primitif, disent assez la place qu'occupait la vie pastorale. L'industrie des divers âges se fait remarquer, soit parles difficultés vaincues, soit par les produits des arts métallurgiques. Quand on les examine de près, on est souvent frappé de l'élégance des formes, de la finesse des gravures et de l'amour de l'ornementation. Le commerce était aussi une branche importante de l'activité de ces anciennes populations.

Chaque famille ne pouvait se livrer à toutes ces occupations, qui demandaient ainsi l'exercice de professions diverses. La division du travail contribuait à la prospérité générale, de même qu'au développement de la société. On ne doit cependant pas oublier que les principaux éléments de progrès ont été importés de l'Asie; mais les peuplades lacustres s'approprièrent ces nouvelles connaissances, et l'on peut apprécier le chemin qu'elles ont parcouru, en rapprochant les débris de l'industrie des deux bourgades voisines de Concise el de La Tènc, la bâche de pierre de celle de fer, la pointe d'os ou de silex de la lance et de l'épée, ou le grossier tissu de Wangende la saie gauloise aux carreaux éclatants. Toutefois la recherche des ornements contraste avec l'indigence îles demeures, ce qui est l'indice d'un peuple encore enfant, et, malgré le développement incontestable du premier âge

DES PEUPLADES LACLSTRES. 579

du fer, les mœurs n'en étaient pas moins rudes et barbares.

Après avoir énuméré les diverses brancbes d'activité qui caractérisent le genre de vie des peuplades lacustres, il n'est pas hors de propos de rappeler que l'habitant de la bourgade avait aussi ses jeux et ses délassements. Le disque en pierre, trouvé dans les lacs, est pareil à celui dont les Indiens de l'Amérique du nord se servent encore dans leurs jeux. Un peuple chasseur devait aussi prendre plaisir au maniement des armes et rivaliser de dextérité ou de force pour atteindre le but, lancer le javelot ou demeurer vainqueur dans la course et la lutte. Comment celui qui vivait sur les eaux ne se serait-il pas fait souvent un jeu de l'habileté à manier l'aviron ou à fendre les flots de sa forte poitrine ? Les enfants de la bourgade, non moins que les riverains actuels, jouaient à la surface des lacs ou plongeaient du haut de l'esplanade. Devenus grands, auraient-ils pu se passer de l'élément sur lequel ils avaient été élevés? D'autre part, il est rareque celui qui a la passion des ornements personnels n'ait pas aussi celle des réjouissances. Quand on voit combien ces peuples aimaient à se parer d'anneaux, passés à tous les membres, de longues épingles, de chaînettes, de pendants et même de grelots, il parait évident qu'ils n'affectionnaient pas moins les divertissements et les fêtes. Les rondes et les danses qui jouaient un rôle dans le culte n'avaient certainement pas un caractère exclusivement religieux, et l'on peut supposer que les récréations et les jeux étaient ce qu'ils sont encore chez les peuplades qui n'ont pas dépassé le degré de développement atteint par les anciens Gaulois.

Les habitants de la bourgade, dispersés par les travaux du jour, venaient à la nuit chercher le repos dans leurs demeures ; mais, après les labeurs, la brise du soir ou la douce

Page 1