GENRE DE VIE
clarté de la lune les invitait à se grouper sur l'esplanade, où la gaîté n'était pas moindre que dans la veillée du village moderne. On peut se représenter aussi les membres de la famille réunis en cercle autour du foyer domestique placé au centre de la cabane. C'était là que se transmettaient de génération en génération des traditions dont les Gaulois et bien d'autres peuples avaient conservé le souvenir. Les premiers pionniers de l'Occident aimaient à raconter les voyages longs et périlleux entrepris par leurs pères depuis les contrées où se lève le soleil, et de quelle manière ils s'étaient acheminés à travers mille obstacles, vers de nouvelles rives. A ces récits s'en mêlaient beaucoup d'autres, et le chasseur n'était assurément pas celui qui avait le moins d'exploits à retracer.
Pendant la saison des orages, l'habitation, ébranlée parles rafales, offrait parfois peu de sécurité. Les flots soulevés roulaient avec grand bruit sous la frêle cabane plongée dans une obscurité profonde que les éclairs dissipaient par intervalles. Qui pourrait dire que la foudre n'ait jamais consumé la bourgade lacustre, et comment représenter la confusion de toute une population cherchant à sauver les enfants et les vieillards infirmes, et se jetant au milieu des flots pour gagner à la nage la rive que tous n'atteignaient pas? Plus souvent ces sinistres tableaux prenaient un autre aspect : c'était le sifflement du vent, les hurlements du loup, le cri lugubre des oiseaux de nuit; puis l'imagination craintive d'hommes crédules se tournait vers le merveilleux et donnait essor à la superstition, innée au fond de tous les cœurs. Alors le cercle de famille se resserrait en s'entretenant des mystères du surnaturel.
Monuments religieux et funéraires.
La première population de l'Europe recouverte, à différentes époques, par de nombreuses invasions, n'a guère laissé sur la religion qu'elle professait des traditions qu'on puisse lui attribuer avec certitude. Si les Lapons sont les derniers descendants de cette race d'hommes, il s'est écoulé tant de siècles, et ils ont pu subir tant d'influences qu'il est difficile d'admettre que leurs idées religieuses soient une image fidèle de celles de leurs ancêtres. Malgré l'absence de traditions et de tout renseignement écrit, on peut cependant arriver à quelques notions, fort incomplètes, il est vrai, sur la plus ancienne mythologie de l'Europe, en examinant les monuments religieux et funéraires du premier âge.
De même qu'on attribue le plus souvent aux Celtes tous les débris de l'industrie antérieure au développement de l'âge du fer, on est aussi porté à faire remonter aux druides tous les men-hirs et les autels en pierres brutes de l'Occident. Il est incontestable qu'un grand nombre de ces monuments ont été élevés parles Celtes, mais l'érection de piliers et de blocs informes, faite dans un but religieux, a été propre à des peuples très divers. Les Suèves, établis en Suède sur les bords du lac Mélar, bien qu'ils ne fussent point d'origine celtique, élevèrent dans la Norwége, après avoir peuplé ce pays, des enceintes et des men-hirs tout pareils à ceux qu'on attribue aux Celtes. Ces mêmes piliers ont été l'objet d'un culte de la part de nombreuses tribus de l'Asie, et on les retrouve encore en Amérique. L'antique usage des menhirs appartenait déjà à la première population de l'Europe,