DOGME
attache les bras aux genoux, de sorte que le cadavre est tout ramassé, comme s'il était accroupi, et on l'enveloppe dans une grossière étoffe, faite avec de l'écorce d'arbre. On l'enterre ainsi, la tête en haut, en ayant soin dé l'entourer de quelques présents'. » — Dans la Nouvelle-Zélande, les membres du défunt sont rapprochés du corps de manière que la tête repose sur les genoux '.
La même attitude caractérise de nombreuses sépultures de l'Amérique du Sud, dans la Patagonie, dans le Pérou et dans le Brésil. André Thévet décrit dans sa cosmographie de l'an 1375 les usages funéraires des habitants de ce dernier pays. «Ils ont oppinion, dit-il, que le corps estant décédé, ne sçauroit estre plus honnestement que dans les entrailles de la terre, laquelle est si noble qu'elle porte les hommes, produit les fruits et autres choses nécessaires et profitables à iceluy. Quand donc leurs parents sont morts, ils les courbent dans un bloc et monceau dans le lictoù ils sont décédés, tout ainsi que les enfants sont au ventre de la mère, puis ainsi enveloppés, liés et garrottés de cordes, ils les mettent dans un grand vase de terre. » Ce mode funéraire se re trouve dans plusieurs états de l'Amérique du Nord, ainsi dans le Tennessee, dans le Missouri et dansl'Ohio. Chezcertains Indiens, les mères, après avoir donné à l'homme, avant de l'inhumer, l'attitude qu'il avait dans le sein maternel, épanchent leur lait sur la tombe 5. Cet usage des mères, qui
• La Nouvelle-Calédonie, par Ch. Brainne, pag. 256. Paris 1854.
1 Voyage autour du monde, par M. J. Duniont d'Urville, tom. II, pag. 542 ; III, pag. 119 et 643.
* Génie du christianisme, par de Chateaubriand, liv. IV, chap. i. — L'attitude assise, donnée à plusieurs idoles de l'Amérique, et que prennent parfois les Indiens, n'est pas sans quelque rapport avec celle du fœtus, mais elle
DE LA RÉSURRECTION DES CORPS. !î9i
assimile l'homme après sa mort au petit enfant qu'elles nourrissent de leur lait, s'est conservé, sauf l'attitude, il est vrai, jusqu'au commencement de ce siècle, dans le centre de l'Europe, dans la vallée alpestre des OrmontsV
On a vu que le dogme de la résurrection, connu des anciens Egyptiens, l'a été de plusieurs peuples païens, et qu'il en subsiste des traces chez les nègres du midi de l'Afrique, pour quelques-uns desquels l'attitude repliée est encore le symbole de cette foi. Les indigènes de la Nouvelle-Galles, malgré le vague de leurs notions religieuses, se préoccupent d'un autre monde où l'homme doit entrer, sous la forme d'un petit enfant. L'espoir d'une nouvelle naissance est implicitement renfermé dans les usages qui assimilent au jeune enfant les restes du défunt déposés dans le sein de la terre. L'absence de notions religieuses sur d'autres points, ou bien plutôt le manque de renseignements suffisants, ne saurait affaiblir ces données, quand on voit combien souvent l'idée qui a donné naissance h certains usages disparaît pour ne laisser qu'une forme sans signification apparente.
11 n'est pas sans intérêt de retrouver sous les fondements de l'antique Babylone le mode funéraire auquel se rattache intimement le dogme de la résurrection. Ce mode, importé en Europe par les premières migrations de l'Orient, remonte
doit en être distinguée, ce qui ressort assez d'un examen attentif des corps desséchés dans le sol et des usages encore en vigueur. Dans plusieurs cas, les bras, au lieu d'être croisés sur la poitrine ou sur les jambes, sont étendus sur 1»- ventre de manière que les mains passent entre les cuisses ramenées contre le corps et sortent vers les talon-; du mort, ce qui n'est assurément pas la position d'une personne assise, aussi n'ai-je jamais vu d'idole dans cette attitude.
* Communication de feu M. le pasteur Terrisse, témoin oculaire de ce curieux usage.