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bizarres de trente à quarante pieds de longueur. Le squelette de leurs quatre membres, qui avaient la forme de nageoires courtes et larges, prouve clairement que les halisauriens ont pris naissance antérieurement aux batraciens : ces derniers, en effet, procèdent, de même que les trois classes supérieures de vertébrés, d'un type primitif, qui ne possédait à chaque membre que cinq doigts. Les halisauriens, au contraire, en ont plus de cinq, comme les sélaciens. Bien qu'ils vécussent continuellement dans la mer, ils respiraient Tair par des poumons comme les dipneustes. Aussi devons-nous supposer qu'ils étaient, comme les dipneustes eux-mâmes, sortis des sélaciens, mais n'ont pas réussi à s'adapter aui conditions d'une existence plus élevée.
VI. — Les quatre dernières classes de vertébrés, batraciens, reptiles, oiseaux et mammifères sont caractérisés par cinq doigts à chaque membre, et peuvent^ par conséquent^ recevoir la dénomination commune de pentadactyles. Gomme ils sortent d'animaux qui en possédaient davantage, les doigts manquants ont dû se perdre graduellement par suite de l'adaptation. Les plus anciens de ces vertébrés pentadactyles paraissent être les batraciens, auxquels notre auteur réserve exclusivement le nom d'amphibies, étendu abusivement aux reptiles par Linné : il les subdivise en batraciens cuirassés et batraciens nus. Les premiers, qui ne sont plus aujourd'hui représentés que par les cécilies, sont les plus anciens habitants de la terre ferme dont nous ayons conservé les restes fossiles ; on en trouve déjà dans les terrains de formation houiUère. Les batraciens nus comprennent trois autres ordres : les perennibranches, les urodèles et les anoures. Les perennibranches qui, pendant toute leur vie, conservent leurs branchies, paraissent être les plus anciens ; ils ressemblent aux dipneustes, dont ils diffèrent cependant par le manque d'écaillés. L'ordre des urodèles a pris naissance du précédent ; ils conservent leur queue pendant toute leur vie, mais perdent leiu% branchies à l'état adulte : les tritons ne les perdent point toutefois quand on les oblige à rester continuellement dans
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Feau. Le troisième ordre, les anoures, perdent dans leurs métamorphoses non-seulement leurs branchies, mais aussi leur queue ; ainsi, dans leur développement individuel, ils reproduisent les trois phases de révolution de la classe : ils sont batraciens à branchies dans leur premier âge, de\-iennent ensuite urodèles et finissent par être des anoures.
Vn. — Quand nous passons à la classe des reptiles, nous constatons, dans Torganisation des vertébrés, un perfectionnement très-caractéristique. Dans cette classe et les deux dernières, Fembryon, étant encore dans l'œuf, s'entoure de cette membrane que les anatomistes désignent sous le nom à'amnios, Haeckel les désigne par conséquent sous le nom de vertébrés amnioles, tandis que les autres classes que nous venons de passer en revue représentent les vertébrés ananmiens. L'apparition de l'amnios coïncide avec d'autres changements de conformation et notamment avec la disparition des branchies : les rudiments de ces organes reçoivent une tout autre application, ils deviennent des parties de l'appareil maxillaire ou des organes auriculaires. Tous les amniotes possèdent dans l'organe de l'ouïe « un limaçon » et une « fenêtre ronde » qui lui correspond, parties qui manquent aux anamniens. Tandis que le crâne des anamniens continue la ligne droite de la colonne vertébrale, celui des amniotes forme un angle de telle façon que la tête s'abaisse vers la poitrine. Tous les restes connus d'amniotes appartiennent aux âges secondaire, tertiaire et quaternaire. Il y a cependant deux types fossiles, le Proterosaurus et leRhopalodon, qui ont été trouvés dans les couches permîennes ; mais on ne possède leur squelette que d'une manière incomplète et l'on ignore encore si ce sont véritablement des reptiles ou si ce ne sont pas simplement des batraciens analogues aux salamandres. Les premières traces certaines d'amniotes se rencontrent dans le terrain triasique, au moment où un changement important s'accomplit aussi dans la végétation et où apparaissent les forêts de conifères. Le type primordial des amniotes, le protamnion, fut peut-être le Protero8aurus;len tout cas ce dut être, suivant
Haeckel, une forme intermédiaire entre la salamandre et le lézard. Sa postérité dut se diviser en deux directions différentes et donner naissance d'un côté aux reptiles et aux oiseaux ) de l'autre aux mammifères.
Les quatre ordres de reptiles qui subsistent encore aujourd'hui (lézards, serpents, crocodiles et tortues) ne représentent qu'une très-faible partie des types de cette classe qui peuplaient la terre à l'époque secondaire. Haeckel considère tous les types de reptiles comme des thécodontiens modifiés suivant différentes directions.
VIII. — Par leur construction anatomique et leur développement embryologique les oiseaux se rapprochent tellement des reptiles qu'il est impossible de ne pas chercher leur origine dans cette classe. A un âge où les embryons des oiseaux diffèrent déjà beaucoup de ceux des mammifères, c'est à peine s'ils se distinguent de ceux des reptiles. Chez les oiseaux et les reptiles, la segmentation du vitellus n'est que partielle, tandis qu'elle est totale chez les mammifères. Les globules rouges du sang sont, chez les premiers, des cellules munies d'un nucléus, tandis que ceux des mammifères en sont dépourvus. Les poils des mammifères se forment dans de petites poches ovoïdes logées dans l'épaisseur du derme ou immédiatement au-dessous de lui; les plumes des oiseaux au contraire, de môme que les écailles des reptiles, se produisent à la surface de la peau. La mâchoire inférieure de ces derniers est beaucoup plus développée que celle des mammifères. Les mammifères n'ont pas l'os carré ou tympanique des reptiles et des oiseaux. Tandis que chez les mammifères (comme d'ailleurs chez les amphibies), le crâne est réuni à la première vertèbre du cou au moyen de deux condyles, il n'y en a qu'un seul chez les oiseaux et les reptiles ; aussi peuton désigner ces deux dernières classes sous le nom de monocondyliens par opposition aux mammifères ou dicondyliens. Les oiseaux paraissent avoir commencé leur évolution pendant la période secondaire et vraisemblablement à l'époque triasique. Les plus anciens oiseaux fossiles ont été .
trouvés dans le terrain jurassique (Archœopteryx) ; mais déjà à l'époque triasique vivaient différents sauriens (anomodontes), qui à plus d'un égard semblent marquer la transition des tocosauriens . aux tocomithes, souche hypothétique de toute la classe des oiseaux. L'archseopteryx possédait ime queue semblable & celle des lézards, composée de vingt vertèbres minces et longues, à chacune desquelles était attachée une paire de plumes rectrices. On retrouve les traces de ces vertèbres dans les embryons des autres espèces d'oiseaux ; aussi cette queue de l'archaeopteryx paridt-elle être la forme primitive de la queue des oiseaux, qu'ils ont héritée des reptiles. Huxley a sur cette généalogie une autre opinion que Haeckel : tandis que ce dernier fait dérivet les oiseaux coureurs des oiseaux qui volent, Huxley considère les oiseaux coureurs (eepyornis, dinornis, i^iteryx, casoar, autruche), comme les plus anciens ; il les rattache aux dinosauriens et particulièrement au Compsognathus,
IX. — Pour la classe des mammifères , Haeckel adopte la distinction proposée dès 1816 par de Blainville, et qui est fondée sur des différences dans les organes de reproduction : il les divise par conséquent en ornithodelphiens , didelphiens et monodelphiens.
Des ornithodelphiens il ne reste plus aujourd'hui que deux espèces vivantes , qui habitent la Nouvelle-Hollande et la terre voisine de VanDiémen ; ce sont YOmilhorhynchus paradoxus et YEchidna hystrix. On peut ajouter à ces animaux quelques formes connues par des dents fossiles trouvées dans le terrain triasique, le Microlestes antiquus et le Dromatherium sylvestre. Les ornithodelphiens pourraient être également appelés monotrèmes à cause du cloaque qu'ils ont en commun avec les oiseaux, les reptiles et les amphibies, tandis que les deux autres espèces de mammifères ont l'orifice anal séparé de l'appareil génito-urinaire. Comme, dans les embryons des didelphiens et des monodelphiens, il existe d'abord un cloaque et que la séparation des deux orifices ne se réalise qu'après un certain temps (dans l'homme par
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exemple après douze semaines), on tire de ce fait la preuve que ces espèces de mammifères sont des ornithodelphiens transformés. Les monotrèmes ont, comme les oiseaux, les deux clavicules soudées ensemble au milieu du sternum de manière à ne former qu'un seul os avec lui ; les clavicules et le sternum sont au contraire séparés chez les autres mammifères. De même que tous les mammifères, les monotrèmes sont vivipares ; mais tandis que chez les didelphiens et les monodelphiens le lait est exprimé des glandes mammaires à Faide de mamelons, le lait sort simplement chez les monotrèmes par un endroit de la peau qui est percé comme un crible.
Les didelphiens ou marsupiaux sont les intermédiaires entre les animaux à cloaque et les animaux à placenta. Les seules espèces actuellement vivantes habitent la Nouvelle- Hollande, les îles de l'Océanie et quelques Iles de l'Archipel asiatique. Mais de nombreux fossiles prouvent qu'à la fin de l'âge secondaire et pendant toute la durée de l'âge tertiaire, cette classe de mammifères s'était répandue sur toute la terre. Ils sont caractérisés par une poche (marsuptum) dans laquelle la mère porte ses petits pendant un certain temps après leur naissance. Ces petits naissent dans un état d'imperfection extrême.
La troisième sous-classe desmonodelphiens est de beaucoup la plus nombreuse et la plus parfaite. Ils se distinguent par la possession d'un placenta, c'est-à-dire d'un lacis de vaisseaux sanguins dont les petits, avant leur naissance, tirent leur nourriture. Ils n'ont point la poche des marsupiaux. Leur cerveau est plus développé et ses deux hémisphères sont liés entre eux par une large commissure nommée corps calleux. Ils n'ont pas l'apophyse crochue de la mâchoire inférieure qui caratérise les marsupiaux. Haeckel adopte la subdivision proposée par Huxley, d'après laquelle les mammifères à placenta sont partagés en décidués et indécidués.
Les indécidués sont ceux qui ne possèdent pas cette membrane caduque appelée decidua et divisant le placenta en deux parties, le placenta maternel et le placenta fœtal. Les décidués
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au contraire sont ceux qui en sont doués. Chez les indécidués, les villosités du placenta sont disséminées, tandis que chez les décidués elles sont réunies en une seule masse. C'est ordinairement dans la période éocène que l'on place le commencement du développement des monodelphiens. Haeckel fait sortir les décidués des indécidués, tandis que Huxley fait descendre les décidués et les indécidués, de deux formes différentes de marsupiaux. Mais ici, comme partout, l'hypothèse monophylétique est plus vraisemblable que l'autre, et il nous paraît difficile de comprendre comment la formation d'un organe tel que le placenta aurait pu se produire de la môme manière dans deux séries d'évolution complètement distinctes.
La forme primitive des indécidués est l'ordre de» ongulés dont les deux ordres des édentés et des cétacés ont dû sortir dans la suite, comme deux groupes divergents dont les différences de développement proviennent de l'adaptation à diverses conditions d'existence. Huxley croit au contraire que les édentés doivent former une classe à part et que les cétacés sont des carnivores très-modifiés ; le passage des veaux marins aux cétacés serait, selon lui, parfaitement marqué par le Zeuglodon,
Si nous passons aux décidués, nous trouvons d'abord un petit groupe qui est éteint pour la plus grande partie et auquel ont dû appartenir les ancêtres éocènes de l'homme. Ce sont les lémures ou prosimiens. Ces animaux doivent s'éloigner très-peu de ceux qui ont été la souche commune de toute la classe des décidués. C'est pour cette raison que Haeckel a cru devoir les détacher des quadrumanes avec lesquels on les avait toujours confondus jusqu'à présent. Les prosimiens sont sortis des marsupiaux pédimanes {Didelphys, Opossum, etc.), dont les pieds de derrière sont développés en forme de mains. On n'a jusqu'à présent trouvé aucun prosimien vivant ou fossile sur le continent américain.
Parmi les six autres ordres de décidués, qui tous procèdent vraisemblablement de lémures éteints, le moins élevé est
Arbre généalof^iqne ûen Mainiiilfère»
Hommes.
Pithecanthropi. Satyms. Hylobatet.
Engeco. Gorille.
Anthropoïdes africains. Anthropoïdes asiatiques.
■g ë en Z c3 Arctopitheci. I^bidocerca. ^ û "-"^^ô*
Aphyocerca, I^mniiDgia. Proboscidea.
■--— — V— .-^ Platyrrhinfi!.
Chélophores.
Sarcnceta.
Menocerca.
Catarr
Nycterides. Pinnipédia.
iiQa>.
Ptérocynes. Carnivores.
SlMIiB.
Sirenia. Rongeurs. Leptodactyle?.
CÉTACéS.
Chiroptères. Carnassiers.
Brachytarsi.
Insectivores.
Ongulés.
ÉOENTÉS.
IXDÉCIDUÉS.
Prosimiop.
DÊCIDUéS.
Monodelphiens.
Placentalia.
Botanophages.
Zoophages.
Ornithooelphiens. Marsupiaux.
Promammalia.
MONOTRI^UES.
ii^6 LA THÉORIE DE L'ÉVOLUTION
celui des rongeurs, auquel se rattache étroitement, selon Haeckel, celui des chélophores (éléphant, hyrax). On avait jusqu'à présent rapporté les chélophores aux ongulés ; mais Haeckel fait remarquer avec raison que ces animaux possèdent la membrane caduque ou décidua, tandis que tous les ongulés sont indécidués. La conformation des ongles sur laquelle on s'était fondé se retrouve chez des animaux qui sont incontestablement des rongeurs , conmie les cochons d'Inde (VHydrochœrus capibaray etc.) Le squelette de l'éléphant et de l'hyrax les rapproche également des rongeurs ; enfin un dernier allument, c'est que plusieurs formes éteintes, notamment les toxodontiens , marquent la transition entre les éléphants et les rongeurs.
L'ordre des insectivores paraît très-voisin des prosimiens et en particulier des macrotarses qui vivent encore aujourd'hui. De cet ordre parait être sorti, au commencement de la période éocène, celui des carnassiers. L'ordre des chéiroptères présente une grande analogie avec celui des rongeurs, et parait se rattacher directement aussi aux prosimiens ; ils ressemblent beaucoup aux galéopithèques.
Des prosimiens descendent enfin les singes proprement dits dont l'homme serait la forme la plus développée. Haeckel les divise en singes du nouveau monde et singes de l'ancien continent ; les premiers ont le nez plat et les narines tournées vers le dehors, aussi les appelle-t-on platyrrhiniens ; les seconds, singes de l'ancien monde, ont au contraire les narines séparées par une cloison mince et s'ouvrant en dessous, comme celles de l'homme ; on les appelle pour cette raison singes catarrhins. Les catarrhins ont deux paires de dents incisives à chaque mâchoire, une paire de canines et cinq paires de molaires divisibles en deux fausses molaires et trois grosses, en tout trente-deux dents, comme l'homme. Les platyrrhins possèdent deux paires de molaires en plus, trois paires de fausses et trois paires de grosses à chaque mâchoire, ce qui donne en tout trente-six dents ; il y a toutefois une exception à admettre pour les arctopithèques chez
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lesquels la troisième paire de grosses molaires reste à l'état rudimentaire et qui d'ailleurs diffèrent encore des autres platyrrhins en ce qu'ils ont des griffes au lieu d'ongles, aux doigts des pieds et des mains. Ou bien les singes du nouveau monde sont dérivés des singes de l'ancien monde, ou bien ces deux espèces sont deux rameaux divergents d'un seul et môme tronc.
Des catarrhins à queue (menocerques) sont sortis les catarrhins sans queue (lipocerques) ou singes anthropoïdes dont quatre espèces vivent encore aujourd'hui : le gorille, le chimpanzé (En^eoo Troglodytes)^ l'orang-outan {Satyr us ou Pithectis) et le gibbon {Hy lobâtes), L'honmie a dû provenir d'une espèce éteinte d'anthropoïdes, que Haeckel appelle Pithecanthropi ou hommes-singes.
Avant que Darwin eût publié son dernier ouvrage : De la descendance de r homme f on ne savait pas avec précision quelles étaient ses vues sur l'origine de notre espèce ; on ignorait s'il faisait descendre l'humanité de quelque forme de singes éteinte ou encore vivante, ou bien s'il considérait les hommes et les singes comme étant deux rameaux divergents, sortis plus ou moins indirectement d'une seule et même souche. Darwin avait d'abord évité avec le plus grand soin de toucher à ces questions : « J'ai, pendant bien des années, dit-il, recueilli, sur l'origine et la descendance de l'homme, des notes sans avoir aucune intention de faire quelque publication sur ce sujet ; bien plus, pensant que je ne ferais ainsi qu'augmenter les préventions contre mes vues, j'avais plutôt résolu le contraire. » Mais les disciples du grand naturaliste se montrèrent beaucoup moins réservés et n'hésitèrent pas à appliquer à l'espèce humaine les conséquences les plus rigoureuses de la doctrine de la sélection. Huxley en Angleterre, Vogt en Suisse, Haeckel en Allemagne, affirmèrent nettement l'origine simienne de l'homme, de telle sorte que Darwin se vit entraîné à venir fortifier de son immense autorité les vues
de ses propres élèves. Celles de Haeckel sont celles qui se rapprochent le plus des siennes et dont il fait le plus grand éloge. Il y a cependant une différence importante à signaler entre le livre de Darwin et les chapitres que Haeckel a consacrés à l'étude de l'homme : chez Darwin, c'est le point de vue théorique qui prédomine, tandis que chez Haeckel c'est le point de vue historique. Darwin insiste principalement sur la sélection sexuelle, qui joue un rôle capital dans la formation des races humaines ; Haeckel a surtout essayé de reconstiuer dans sa totalité l'arbre généalogique de l'humanité, detpuis la simple monère jusqu'à la race indo-germanique, qui se trouve aujourd'hui à la tête du progrès et de la civilisation. Linné avait déjà, sous le nom depriinates^ réuni les singes proprement dits, les prosimiens, les chéiroptères et l'homme. Blumenbach, au contraire, fit des hommes un ordre à part, sous le nom de bimanes, et leur opposâtes singes et les prosimiens sous le nom de quadrumanes, Cuvier et la plupart des zoologistes après lui adoptèrent cette dernière classification. C'est seulement en 1863 que Huxley, dans son excellent livre sur La place de Vhomme dans la nature, prouva que la distinction des bimanes et des quadrumanes était sans fondement, et que les singes sont tout aussi bimanes que l'homme lui-même. La différence entre le pied et la main n'est point de nature physiologique, mais simplement une différence morphologique ; elle ne consiste point en ce qu'à la main le pouce peut être opposé aux quatre autres doigts, tandis qu'au pied ce mouvement serait impossible : car il y a des peuples sauvages chez lesquels le pouce du pied peut se replier sur les autres doigts de même que celui de la ma^n. Leur pied peut, par conséquent, être appelé une main postérieure, comme pour les singes ; avec cette main postérieure, les matelots chinois rament, les ouvriers bengalais tissent. Les nègres, quand ils grimpent aux arbres, saisissent les branches avec les pouces des pieds tout aussi bien que les singes. Dans les races les plus civilisées, les enfants nouveau-nés empoignent les objets qu'on leur présente aussi facilement
avec les pieds qu'avec les mains. D'un autre côté, chez les singes supérieurs, notamment chez le gorille, il y a entre la main et le pied la môme différence que chez l'homme. La véritable différence entre le pied et la main tient à la conformation du squelette et aux muscles qui s'y rattachent ; les os des pieds sont autrement disposés que ceux des mains, et le pied possède trois muscles particuliers qui manquent à la main ; mais ces dispositions- caractéristiques se retrouvent aussi bien dans la main postérieure du singe que dans le pied de l'homme.
On pourrait en dire à peu près autant de tous les signes sur lesquels on a voulu se fonder pour établir entre l'homme et le singe une séparation essentielle : de la longueur relative des membres, de la forme du crâne, de celle du cerveau, etc. En somme, toutes les différences entre l'homme et les singes supérieurs sont beaucoup moins grandes que celles qui existent entre les différentes espèces d^ singes.
Haeckel ne se sépare de Huxley que sur un point : Huxley avait divisé les primates en sept' familles : les hommes, les catarrhins, les platyrrhins, les arctopithèques, les lémuriens, les chéiromiens et les galéopithèques. Haeckel réunit sous le nom de prosimiens les trois dernières familles et les sépare complètement de l'ordre des simiens comprenant les quatre premières. Selon lui, les prosimiens doivent être considérés comme les restes d'une forme qui aurait donné naissance non- seulement aux simiens, mais à d'autres ordres d'animaux discoplacentaires (rongeurs, insectivores), et peut-être à tous les décidués.
Si Haeckel pense avec Huxley, Vogt, Bûchner; Rolle et Darwin lui-môme que l'homme descend des singes catarrhins, il croit, d'un autre côté, que l'espèce particulière de singes dont il est une transformation n'existe plus aujourd'hui ; il fonde cette assertion sur ce que des quatre espèces de singes anthropoïdes connues, aucune ne se rapproche de l'homme plus que les trois autres ; l'orang est le plus près de l'homme par la forme du cerveau ; le chimpanzé, par certaines parti-
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cularités du crâne ; le gorille, par la structure des pieds et des mains ; enfin le gibbon, par la conformation du tliorax.
LES ANCÊTRES DE L*HOMMfi.
Haeckel a dressé le tableau suivant de tous les degrés par lesquels ont passé, selon lui, nos ancêtres, depuis la monère primordiale jusqu'à Thomme-singe et Thomme proprement dit.