‹ Haeckel et la théorie de l'évolution en AllemagneChapitre 23 sur 36 · PALÉONTOLOGIE · texte numérisé non relu

PALÉONTOLOGIE

pieds en mille ans. Il résulte de ces diversités que toute appréciation d'une durée géologique ne peut être que relative.

Il faudrait d'ailleurs tenir compte des soulèvements et des affaissements du sol, qui, d'après Haeckel, seraient alternatifs et correspondraient à la différence minéralogiquc et paléontologique que l'on constate entre deux systèmes de terrains et entre deux formations de ces systèmes. Quand une certaine région est restée pendant plusieurs milliers de siècles au-dessous de l'eau et qu'elle en a ensuite émergé pendant un certain temps, si elle revient à en être couverte de nouveau, on admettra facilement que la couche qui s'y dépose après un tel intervalle doit offrir d'autres caractères que ceux de la couche inférieure, car le temps a dû amener un changement de toutes les conditions organiques et inorganiques. Cette théorie a été comhattue par Huxley, qui la trouve en contradiction avec l'existence d'un assez grand nombre de couches dans lesquelles se trouvent réunies des formes organiques, tenant le milieu entre celles des terrains adjacents; le naturaliste anglais cite par exemple les couches de Saint-Cassian, où se trouvent mêlées les formes des terrains primaires et secondaires.

Il est certain qu'aujourd'hui encore les connaissances paléontologiques sont très-insuffisantes, et loin de permettre d'écrire avec une exactitude complète l'histoire de la production des espèces organiques. On sait de quelles difficultés cette étude se trouve entourée. Les restes fossiles des plus anciens âges paraissent avoir été consumés par la grande chaleur des couches inférieures dans lesquelles ils étaient déposés; YEozoon canadense est la seule pétrification que l'on ait trouvée jusqu'à présent dans les terrains de la période laurentienne ; et cependant des gisements de carbone et de chaux cristallisés (graphite et marbre) nous donnent la certitude qu'il y a eu dans ces couches des pétrifications animales et végétales. Une autre difficulté tient à ce que le champ des explorations géologiques est resté jusqu'à présent fort restreint. En dehors de l'Angleterre, de l'Allemagne et de la France, très-peu de

terrains ont été sérieusement étudiés ; les explorations n'ont guère été favorisées que là où l'on a construit des chemins de fer. Un indice de ce que l'on pourrait découvrir ailleurs nous est fourni par les remarquables pétrifications qui proviennent de quelques recherches exécutées en Afrique et en Asie, aux environs du Cap et sur l'Himalaya : on y a trouvé des formes qui sont venues combler d'importantes lacunes dans la classification paléontologique. Il faut songer aussi que les parties dures et solides des organismes sont les seules qui aient pu être conservées, que des formes tout entières, comme les méduses, les mollusques sans coquilles, beaucoup d'articulés, presque tous les vers, n'ont pu laisser aucune trace. Les parties les plus importantes des plantes, les fleurs, ont complètement disparu. Les organismes terrestres n'ont pu, en outre, être pétrifiés que dans les cas accidentels où ils sont tombés dans l'eau el ont été ensevelis dans le limon; il ne faut donc pas s'étonner si le nombre des fossiles de cette espèce est relativement beaucoup moins considérable que celui des espèces ayant habité la mer ou les eaux douces. Cela explique aussi ce fait en apparence étrange que de beaucoup de mammifères fossiles, et en particulier de ceux de l'âge secondaire, onfne connaisse absolument que la mâchoire inférieure. Cela tient à ce que cet os se détache facilement du cadavre ; tandis que le reste nage à la surface de l'eau et se trouve porté au rivage, la mâchoire tombe au fond et s'enfouit dans la vase, où elle se pétrifie. Les traces de celles que l'on a constatées dans différentes couches de grès, et notamment dans le grès rouge du Connecticut, dans l'Amérique du Nord, appartiennent à des organismes dont le corps nous est entièrement inconnu et prouvent que nous sommes loin de posséder des restes de toutes les formes éteintes. Ce qui donne à penser qu'un nombre immense doit en rester inconnu, c'est que, de celles dont nous possédons les fossiles, nous n'avons le plus souvent qu'un exemplaire ou deux. Il y a seulement une [dizaine d'années que l'on a découvert dans le Jura un oiseau qui est d'une importance capitale ;

Page 1