CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
rsrt
Si l'on admet la doctrine de la sélection naturelle, tout système de classification n'est plus qu'une généalogie, et l'étude des différentes formes organiques devient une véritable histoire de la nature, dans la plus rigoureuse acception du mot. La notion de l'espèce comme type absolu et immuable étant écartée, il ne reste plus qu'à chercher entre les différentes formes connues des rapports de filiation et à combler les lacunes par l'hypothèse de formes éteintes. Pour dresser cette généalogie, le naturaliste combine les données de l'embryologie, de la paléontologie et de l'anatomie comparée. Darwin s'était contenté de poser les principes de la théorie de l'évolution. Haeckel est allé plus loin, il a essayé de faire l'application de cette théorie à l'ensemble des organismes. Bien qu'on ne puisse affirmer qu'il est arrivé, dès la première tentative, à des résultats définitifs, il a du moins le mérite de n'avoir point reculé devant les innombrables difficultés dont l'entrée d'une voie scientifique nouvelle est ordinairement obstruée.
Le résumé de son système que nous allons présenter,
et dans lequel nous nous sommes attaché à n'omettre aucun détail important, fera ressortir toute la lumière que projette sur les sciences naturelles le principe de la sélection. On verra qu'il a suggéré à notre auteur un grand nombre de vues nouvelles. Sa classification s'écarte en effet sur plus d'un point de celles qui ont été fondées jusqu'à présent sur des clefs ou des bases de convention. On remarquera par exemple les idées de Haeckel sur les protistes dont il fait un troisième règne entre le règne végétal et le règne animal; sur les monères et les amœbes qu'il présente comme les organismes primitifs et spontanément engendrés , dont tous les autres sont sortis. Pour le règne végétal, son système rapproche de celui de Brongniart; mais c'est surtout à l'égard du règne animal que ses doctrines prennent un caractère personnel : il admet sept classes d'animaux au lieu des quatre embranchements classiques. Il sépare les vers des articulés, et leur rattache les bryozoaires et les tuniciers que l'on range ordinairement parmi les mollusques ; il explique d'une manière assez originale la formation des échinodermes par des agglomérations de vers ; il considère les ascidiens comme la souche des vertébrés. Il divise les vertébrés eux-mêmes en neuf classes au lieu de cinq; il sépare des poissons les leptocardiens, les monorrhines ou cyclostomates et les dipneustes ; il fait des halisauriens une classe à part, tire les poissons ganoïdes des sélaciens, et les téléostées des ganoïdes, considère les insectivores, les rongeurs, les chéiroptères et les carnivores comme quatre rameaux divergents de la souche des prosimiens et range l'éléphant et l'hyrax parmi les rongeurs et non parmi les ongulés ; enfin il affirme avec plus de précision qu'on ne l'avait fait jusqu'à lui la descendance simienne de l'homme.
La plus importante conclusion que l'on tire de l'étude de l'embryologie, c'est que tous les organismes ont leur point de départ dans un œuf, et que, pour les animaux comme pour les plantes, cet œuf n'est qu'une simple cellule, nue petite masse de matière albumineuse dans laquelle se
»MJ