‹ Haendel, biographie critiqueChapitre 26 sur 38 · H. EX DEL · texte numérisé non relu

H. EX DEL

engagements d'artistes relevaient le niveau de son personnel chantant. Mais il était au bout de ses forces physiques, et. vers le milieu d'avril, un premier accident fit présager l'arrêt de la machine surchauffée ; comme s'achevait la saison théâtrale, le maître fut terrassé par une attaque d'apoplexie, qui le laissa privé de l'usage de sa main droite et menacé d'hébétude ou de folie. L'échafaudage que son énergie seule avait pu soutenir croula, et les deux entreprises rivales d'opéra périrent en même temps, ruinées l'une par l'autre.

A grand'peine, les amis de Htendel parvinrent à contenir la rag'e de ses créanciers; à grand'peine. ils réussirent à vaincre son propre découragement et à lui persuader d'aller chercher la guérison aux eaux d'Aixla-Chapelle.

Fut-ce par un effet merveilleux des eaux thermales ou plutôt par ce que les médecins psychologues modernes appellent une cure de la volonté, toujours est-il qu'au mois de novembre 1737 Hœndel revint en Angleterre si bien guéri que pendant son voyage de retour il put écrire une cantate à la demande des bourgeois d'Elbins: et toucher les orgues d'une ville flamande de façon à surprendre 1 organiste. Dès qu'il eut posé le pied sur le sol britannique, il se remit au travail et composa la Fanerai Anlhem chaulée à Westminster le 17 décembre pour les obsèques de la reine Caroline. Il avait « mis tout son cœur », disent ses commentateurs, dans cette splendide cantate en l'honneur d'une reine dont la constante protection ne s'était pas démentie, à son

égard, depuis plus de vingt-cinq ans ; le sentiment général de la composition, tout entière animée d'une grandeur tragique, se trouvait précisé par des détails descriptifs d'une acuité singulière, comme la lente progression ascendante des voix au moment où le texte proclame que la mémoire du juste sera d'éternelle durée, ou l'alternance solennelle du chœur et des instruments, en accords saccadés, étouffés, comme le bruit des pelletées de terre qu'on jette une par une dans la fosse, sur les mots : « their bodies are bwried in.peace. » Plusieurs fois déjà dans des œuvres précédentes, et notamment dans la Fête d'Alexandre, Haendel avait donné à des scènes de deuil une expression profonde. Plus émouvante encore, la poignante beauté de la Fanerai An! hem et de certains morceaux de ses derniers oratorios semble lui avoir été inspirée par le passage de lange de la mort, qui venait de le frôler de son aile. Quels que fussent d'ailleurs la gravité de ses [d'usées présentes et le souvenir des déboires essuyés dans ses campagnes théâtrales, Hauidel n'était pas en humeur de renoncer à la composition dramatique : et les réclamations de ses créanciers l'obligeaient à remonter sur la brèche. Son ancien associé, Heidegger, venait de louer le « King's theater » et de former une troupe italienne en réunissant les débris des deux compagnies rivales. Malgré le ressentiment mérité par la conduite passée de ce personnage, Hnuidel dut rentrer avec lui en relations d'affaires, et mo\ennant 1(10(1 livres sterling il s'engagea à lui fournir deux opéras inédits, Farainnndo et

Serse, et un pastiche, Alessandro Severo, qui fuient joués en janvier, février et avril 1738. Il lui fallut aussi, pour échapper à la prison pour dettes, se résigner à l'humiliation d'un concert à bénéfice. L'érection de sa statue, œuvre de Roubiliac, dans le jardin-concert du Vauxhall, mit fort à propos un peu de baume sur ses blessures, en lui montrant que ses revers n'avaient pas altéré l'estime en laquelle le tenaient ses admirateurs.

Ce fut dans l'été de la même année 1738 que Hoendel composa Saiïl ; l'ayant achevé le 21 septembre, il commença le 7 octobre d'écrire Israël en Egypte, qu'il termina le 28 du même mois. La puissance inouïe d'improvisation de ses jeunes années n'avait donc été ni épuisée ni ralentie par trente années de labeur, non plus que par l'âge et la maladie ; elle paraissait, au contraire, plus surprenante que jamais, depuis qu'au lieu de s'exercer sur les formes mélodiques de l'air d'opéra, elle se révélait par des chœurs en style fugué, dont la structure, les développements, l'orchestration semblaient devoir coûter un travail réfléchi.

Le nom de Charles Jennens est lié à l'histoire des grands oratorios de Hœndel. C'était un ami rencontré aux bains de Tunbridge, amateur de poésie et de beauxarts, à la fois instruit, pieux, généreux et vaniteux, qui jouait volontiers au noble seigneur, avait maison à Londres et château à Gopsall, Leicestershire, ne sortait pas sans quatre laquais accrochés derrière sa voiture, nourrissait toute une bande de parasites et se trouvait agréablement chatouillé par le surnom qu'on lui avait

donné de « Soliman le Magnifique ». Hainidel fut pendant de longs mois son hôte, ainsi qu'il l'avait été d'autres riches personnages, chez qui l'opinion du temps admettait qu'artistes et gens de lettres vécussent en permanence. Jennens, qui se piquait de poésie, se fit son librettiste et son conseiller, son inspirateur, dit-on, dans la voie nouvelle où son génie venait de s'engager. Il passe pour avoir eu part directe au poème de Saïil et très probablement ne fut pas étranger à relui à' Israël en Egypte, presque littéralement emprunté à la Bible.

Les deux œuvres furent exécutées en la même saison, dans la salle du « King's theater », louée à cet effet par Haendel à Heidegger : Saill, le 1b' janvier 173'.), Israël le 4 avril. Le public n'en comprit pas du premier coup la grandeur. On trouva trop de bruit dans Saùl, trop de chœurs dans Israël, où, pour contenter l'insatiable appétit des oreilles britanniques, le maître se vit obligé., dès la seconde audition, d'ajouter des airs et toute sa Flirterai Anthem sur de nouvelles paroles.

Un public suffisant n'était pas encore créé pour un tel répertoire et les « chaînes italiennes » enserraient toujours étroitement le jugement des amateurs, de ceux surtout, appartenant à l'aristocratie et à la riche bourgeoisie anglaises, dont le goût s'était accoutumé aux formules de l'opéra. La véritable popularité de Haendel devait dater seulement du jour où ses séances d'oratorios deviendraient accessibles à une partie plus profonde, plus nombreuse, mais moins fortunée, de la nation; et l'un des principaux éléments de l'influence

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