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Hamdel se disait charmé de «la politesse de cette généreuse nation » et laissait son correspondant juge du bonheur qu'il éprouvait à « passer son temps avec honneur, profit et plaisir ». Les six concerts annoncés n'épuisèrent pas la curiosité des amateurs, et il fallut en ajouter six autres.
La première audition du Messie fut donnée le 13 avril 17 i2, au profit de trois œuvres charitables, — l'Assistance aux prisonniers, le Mercer's Hospital, et l'Infirmerie de Inn's quay, — avec un succès présagé déjà par celui de la répétition générale. La salle de Fishamble Street, qui fut le berceau de cette partition fameuse, a été démolie vers 1850. Elle était alors de construction récente et contenait environ 600 places. La recette atteignit 400 livres sterling, que l'on sut gré au compositeur d'avoir spontanément abandonnées à des institutions de bienfaisance. Une seconde audition du Messie eut lieu le 3 juin, précédée le 25 mai d'une exécution de Saùl. Hœndel quitta Dublin le 13 août 1742. Il rentrait à Londres, après une absence de huit mois, réconforté par l'accueil flatteur du public irlandais.
Son premier soin fui d'achever la partition de Samson, qu'il avait commencé d'écrire, sur un livret imité de Milton par Newburgh Hamilton, avant le voyage d'Irlande, et dont l'exécution à Londres, le 17 février 1743, précéda celle du Messie, donnée le 23 mars. Le succès de celle-ci fut entravé, dit-on, sous des prétextes de convenance religieuse, par un groupe de trop scrupuleux dévots, ou plutôt par le parti toujours obs-
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tiné des ennemis de Haendel, faisant contre lui l'essai de nouvelles machines de guerre. On avouait bien qu'au milieu d'une assistance ainsi que lui saisie d'admiration le roi, cédant à un mouvement instinctif, s'était levé tout à coup pour écouter debout le chœur : « For the Lord God omnipotent », mais la gent musicale de Londres all'eeiait l'indifférence. Le Messie n'eut que trois auditions en 1743, aucune en 1744, deux en 17i'">, et disparut jusqu'à 1740. A partir de 1750, Haendel le fit entendre tous les ans dans la chapelle du Foundling's Hospital et au bénéfice de cet établissement, — un vaste orphelinat fondé par le capitaine Coram, et auquel Haendel avait fait don d'un orgue. Chaque fois, le maître venait y exécuter, en guise d'intermède, un de ses concertos, avec des cadences improvisées. Après sa mort, les auditions annuelles continuèrent longtemps de sç renouveler dans le même local. C'est là qu'en 1894 furent découvertes par l'organiste Mann les parties séparées, léguées à rétablissement par ILendel, avec une « bonne copie » et qui, jointes à l'étude du manuscrit autographe, auquel elles sont conformes, donnèrent enfin une base authentique aux exécutions modernes, en faisant connaître exactement la composition et la proportion de l'orchestre el du chœur. Les véritables traditions s'étaient, en effet, perdues, et les plus beaux. les plus fameux ouvrages de Haendel subissaient les affronts répétés d'arrangements et de « reconstitutions », dont particulièrement le Messie nous amène à dire, en passant, quelques mois.
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Le plus grand, sinon le premier coupable, fut Mozart qui consentit vers 1789, en vue des soirées du baron van Swieten, à remanier l'instrumentation du Messie, de la Fêle d'Alexandre, à'Acis et Galathée et de YOde à sainte Cécile, tant pour les mettre à la mode que pour en faciliter des exécutions sans orgue. L'un de ces deux motifs dicta des suppressions et des changements de fond et de forme ; le second aboutit à une complète transformation de coloris. Il y eut bien quelques avis défavorables quant à l'opportunité de l'opération et à la manière dont elle avait été effectuée : mais la commodité des arrangements et la confiance attachée au nom de Mozart firent bientôt partout accepter son travail et suivre son exemple. Par la brèche ouverte se précipitèrent les « réparateurs d'objets d'art », la pioche dans une main, le pot de badigeon dans l'autre. J.-A. Hiller marchait en tète. Puis venaient, s'attaquant tantôt au Messie et tantôt aux oratorios, aux cantates, aux odes, aux Te Deam, Ignace von Mosel, qui ne se contentait pas d'ajouter de nouveaux instruments, mais qui découpait, rapiéçait, recousait en un habit d'Arlequin les débris des partitions mélangées ; Mendelssohn, qui se faisait la main dans la riche « pâte sonore » de Hœndel, et dont on a déclaré « mille fois regrettable » que les exercices d'écolier aient été mis au jour ; Berner, Schwencke, Schaum, Klasing, Wilsing-, Klage, Riotte, Breidenstein, taillant chacun les œuvres à la mesure de sa chapelle ou de sa société de chant ; Robert Franz, surtout appliqué aux « reconstitutions » de Bach, mais qui produisit aussi
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« son » Messie, en 1891 ; Ghrvsander, le meilleur el le plus informé des haendeliens, prétendant s'autoriser des propres exemples du maître pour agir « comme il l'eût fait lui-même » ; en Angleterre, Macfarren, Michael Costa, Arthur Sullivan, et M. Ehenezer Prout, qui avoue franchement n'avoir en maints détails pris conseil que de son sentiment, et qui professe qu'en telle matière, « le seul critérium, c'est le succès ». Les plus récents arrangements sont ceux de Belshazzar, par M. Straube, et de Jephta, par M. Stephani (;1910). Ce dernier, dont le principal et sage dessein était de réduire à trois heures au plus la durée de l'exécution de l'oratorio en concert, et qui ne voulait point cependant, par des suppressions de morceaux entiers, lui enlever l'apparence d'une action dramatique, n'a pas craint d'ahréger certains airs, d'en faire passer quelques-uns à d'autres parties vocales, de dramatiser des récits et de changer le dénouement, texte et musique, en adaptant à un largo instrumental tiré du deuxième concerto d'orchestre de Hsendel des paroles qui annoncent l'avènement du Christ, et en substituant au chœur final de la partition originale un chœur choisi dans les Antiennes du couronnement.
Il y a de meilleurs façons d'honorer la mémoire d'un musicien de génie : et l'impression profonde qu'a produite le « vrai » Messie, lors des auditions données à Paris parla « Société Hœndel », sous la direction de M. Félix Raugel, a irréfutablement prouvé que le monument n'a hesoin ni d'étais, ni de replâtrages, et que sa
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beauté apparaît d'autant plus noble et imposante qu'on a su mieux la respecter.
Tous les documents qui concernent la question de l'exécution, chez Haendel, concordent a certifier : la séparation de l'orchestre en concertino (orchestre restreint de solistes accompagnant les airs) et concerto grosso orchestre complet de cordes, avec contrebasses, hautbois, bassons, trompettes, timbales, accompagnant les chœurs ; — • le simple redoublement des voix par les hautbois et les bassons ; — le remplissage de la basse chiffrée par l'orgue et par le cembalo (celui-ci, d'après une gravure contemporaine, découverte au British Muséum, étant un instrument à deux claviers, de grandes dimensions et par conséquent de forte sonorité, mieux représenté de nos jours par un piano à queue que par un petit clavecin) ; — la presque égalité du nombre des voix et des instruments, ceux-ci même l'emportant de quelques unités ; — la forte proportion des hautbois employés en chœur, et des basses en général, orgue, contrebasses, bassons, soutenant solidement tout l'édifice sonore.
L'estampe du British Muséum renseigne, avec des comptes relatifs à quelques exécutions d'oratorios, sur le nombre total des musiciens réunis d'ordinaire sous la direction de Haendel. Ce nombre paraît infime, par comparaison avec les « masses » démesurées et disproportionnées, qui, dans les grands festivals anglais, opposent parfois à quatre ou cinq cents instrumentistes plus de trois mille chanteurs. Mais il faut se rappeler que Haendel