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et autres choses semblables, et de s'entendre avec les « médecins du corps » pour le traitement à appliquer : en échange de quoi le duc promet de récompenser ses peines par « un certain honorarium » dont le chiffre n'est pas indiqué, et par le paiement ajuste prix de ses médicaments. Etant donnée la pénurie fréquente des petits princes de ce temps, on est enclin à supposer que l'emploi était surtout honorifique. Mais le titre sonnait bien et Georges Hœndel ne manqua point de le faire inscrire sur la banderole enroulée autour de la lourde couronne de lauriers qui sert d'encadrement à son portrait gravé. L'effigie est celle d'un homme âgé, beaucoup plutôt laid que beau, aux traits accentués, à l'expression sévère. Des rapports écrits dépeignent le personnage comme obstiné dans ses desseins, rigoureux dans sa conduite, serviable à ses amis et bienfaisant aux pauvres. Il semble avoir été lier de la situation aisée et honorable qu'il occupait à Halle et qu'il ne devait qu'à lui-même. Depuis 1065 il était propriétaire de la maison à l'enseigne du Cerf jaune, où naquit, le 23 février 1685, son fils Georges-Frédéric, le futur musicien. C'était un enfant de son second mariage avec la fille d'un pasteur luthérien, Dorothée Taust, femme de « trempe solide » au physique et au moral, et dont l'oraison funèbre vante la piété et les vertus domestiques. Georges Haendel, qui avait soixante-trois ans au moment de la naissance de sou illustre (ils, mourut le 11 février 1697. Dorothée parvint à l'âge de quatre-vingts ans. et mourut aveugle en 1730.
L'inflexible sévérité que Ton croit lire sur les traits du chirurgien de Halle se traduisit, dit-on, par une opposition formelle aux premières velléités de la vocation du compositeur. Bien décidé à ne donner à son fils qu'une profession de bon renom, il en voulait faire un juriste: aussi retrouvons-nous à l'entrée de la biographie de Hamdel les mêmes anecdotes qui embellissent l'histoire de maint artiste célèbre, et nous faut-il admirer le petit Georges-Frédéric s'exerçant la nuit, dans un grenier, sur un clavecin aphone. On doit supposer cependant que l'interdiction des études musicales ne fut pas absolue, puisque les mêmes auteurs rapportent qu'à sept ans le petit garçon joua de l'orgue en présence du duc de Saxe, lequel conseilla ou enjoignit au père de ne pas laisser se perdre de si belles dispositions.
Un maître fut donc donné à l'enfant, et le choix de ses parents se porta fort heureusement sur Frédéric- Guillaume Zachow, organiste d'une des principales églises de Halle, âgé d'une trentaine d'années, regardé comme « très fort dans son art », et doué, en effet, tout ensemble, d'un grand talent de compositeur et d'une intelligence très vive d'artiste et de professeur. Matlheson nous apprend qu'aussitôt après avoir enseigné à son élève « les fondements de l'harmonie », Zachow lui fit lire et comparer les œuvres des maîtres italiens et allemands dont il possédait une riche collection. Une telle méthode d'éducation critique était merveilleusement adapté»' aux facultés d'assimilation de Hsendel et devait l'accoutumer de lionne heure à observer, à s'approprier
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et à fondre les particularités propres à chaque école. Zachow, en même temps, prêchait d'exemple, et celles de ses compositions que la curiosité des historiens modernes a recherchées et dont un large choix a été puhlié par M. Max Seiffert, ont montré en lui le véritable instigateur du génie de son élève. Zachow mourut à quarante-neuf ans, en 1712, sans avoir eu la joie d'assister aux victoires définitives du jeune musicien dont il avait dirigé l'essor avec autant de clairvoyance et de sûreté que d'affection et de sollicitude.
A première vue, Ton serait presque tenté de remarquer les analogies qui rapprochent, à leurs débuts, Haendel et Berlioz. Tous deux eurent pour père un médecin ou un chirurgien et pour maître un musicien ardent, hardi, épris de vastes descriptions sonores: Zachow est le précurseur de Ihendel, à peu près dans la mesure où Lesueur le fut de Berlioz. Mais l'éducation technique du musicien saxon fut autrement précoce et autrement complète que celle du grand romantique français, et à l'âge où Berlioz s'essayait encore maladroitement à chercher des accords sur une guitare, Ha?ndel avait déjà donné des preuves brillantes d'une virtuosité juvénile. Son premier voyage artistique s'accomplit vers 1696 et eut pour but Berlin, où le Grand Electeur l'écoula jouer de l'orgue et se montra tellement charmé de son exécution qu'il lit proposer au père de prendre l'enfant à son service et de l'envoyer à ses frais en Italie, pour y terminer ses études musicales. Le vieux chirurgien refusa, par fierté, dit-on. ne voulant pas que son Mis
revêtît de si bonne heure la livrée d'un prince, mais peut-être simplement par la continuation de son hostilité envers la carrière d'artiste, ou parce qu'il sentait le poids de l'âge et qu'il lui en coûtait de voir s'éloigner son enfant. Il mourut à peu de semaines de là, avant même que Georges- Frédéric fût de retour de Berlin. A douze ans, le jeune musicien se trouvait libre de suivre sa vocation : libre autant qu'il pouvait l'être sous l'autorité de sa mère et sous la pression d'une conscience droite et respectueuse des volontés paternelles. Il n'essaya point de quitter la voie où il se trouvait engagé, et, après avoir terminé ses classes au gymnase, il se fit inscrire, le 10 février 1702, comme étudiant, à la Faculté de droit, dans l'Université nouvellement inaugurée de sa ville natale.
Ce n'est jamais du temps perdu, pour un artiste, que celui où il apprend à regarder le monde par des fenêtres ouvertes sur ditFérents points de vue. En continuant ses études littéraires, en fréquentant les cours d'une Faculté où professaient alors des maîtres renommés, Hamdel acquérait la culture générale indispensable à la formation et à l'émancipation de son intelligence, que l'enseignement exclusif de la technique musicale et l'exploitation hâtive d'un talent de virtuose n'eussent pas suffi à largement développer. On ne dit pas cependant que le jeune étudiant se soit intéressé autrement que par devoir aux leçons qu'il suivait. Déjà la musique avait pris le meilleur de son âme, et les preuves qu'il donnait de ses extraordinaires dons de compositeur et d'exécutant
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étaient telles qu'à dix-sept ans, au dire de son ami Telemann, il passait pour un homme « important » dans son art.
A ce moment, la place d'organiste à l'église réformée de Halle, la Domkirche, vint à vaquer. Le titulaire de l'emploi, plusieurs fois réprimandé, avait déserté son poste et emporté les recueils de psaumes notés, nécessaires au service. 11 y avait urgence à son remplacement, urgence telle que, faute de rencontrer un musicien appartenant à la même confession, les Réformés annoncèrent à contre-cœur que, par intérim, ils consentiraient à engager un « sujet » luthérien. Hœndel se présenta et fut reçu « à l'essai, pour un an. » Sa nomination, datée du 13 mars 1702, n'est postérieure que d'un mois à son incription à la Faculté de droit.
Les fonctions qu'il assumait, aux appointements annuels de cinquante rheinthalers, allaient lui prendre la majeure partie de son temps et décider de sa carrière : car il ne s'agissait pas seulement de tenir l'orgue le dimanche ; il fallait enseigner le chant et la musique aux élèves du gymnase des Réformés, composer et faire exécuter par eux, à la Domkirche et en d'autres églises où ils se transportaient, tout un répertoire de psaumes, de chorals, de cantates, spécialement appropriés à l'ordre de l'année liturgique. Chrvsander estime qu'en douze ou quatorze mois Hœndel écrivit « certainement plusieurs centaines de cantates », ce qui eût été renchérir encore sur les exigences déjà fort grandes du service. Toujours est-il que ce fui pour le jeune musicien une période
d'activité fébrile. Il composait « comme un diable », dit-il plus tard., ce qui signifie vraisemblablement « à
la diable ». Lorsque Mattheson le connut, à peu de temps de là. il le jugea très fort exécutant sur l'orgue, plus fort même que Kulinau en fait de fugues et de contrepoint, et improvisateur merveilleux, mais médiocre « mélodiste », c'est-à-dire probablement peu difficile sur le choix ou la nouveauté des thèmes qu'il modelait à la hâte en des formes connues. Rien n'a été conservé de son abondante production religieuse de Halle : rien du moins d'entier et de reconnaissable, car, selon sa constante habitude, Ha?ndel dut plus tard faire place, dans d'autres compositions, à des fragments ou à des souvenirs de ses premières partitions.
A l'expiration de son engagement, au printemps de 1*703, soit de son propre mouvement, soit parce que les Réformés s'étaient procuré un organiste de leur secte. Haendel quitta la JJomkirche. et, abandonnant du même coup l'étude du droit, s'en fut chercher à Hambourg un champ plus vaste d'action musicale.
La route alors généralement suivie pour aller de Halle à Hambourg- passait par Halberstadt, Wolfenbïittel. Brunswick, Hanovre. Il faut admettre avec Thaver que Haendel, influencé parle tableau que d'autres musiciens avaient pu lui faire de la culture de la musique à Brunswick et à Hanovre, ne manqua point de s'arrêter en ces deux villes et fit, dans la dernière, la connaissance de Stelfani. Cette supposition s'accorde pleinement avec une conversation rapportée par Hawkins.