‹ Haendel, biographie critiqueChapitre 7 sur 38 · KM) EL · texte numérisé non relu

KM) EL

Le premier étonnement du lecteur serait de constater que sur neuf personnages, le compositeur n'a disposé d'aucune voix de ténor, et a dû partager les rôles entre trois soprani, trois alti et trois basses ; puis, que la table des morceaux énumère trente-sept airs, deux ariosos et deux ariettes, contre un seul quartetto d'à peine douze mesures, un terzetto et deux chœurs, et pas d'autres pièces instrumentales que la sinfonia (ouverture) et les ritournelles des airs ; on remarquerait ensuite l'uniformité de coupe de tous ces morceaux, inévitablement coulés dans le moule du da capo, et dont la monotonie n'est palliée que par l'alternance tout artificielle des mouvements, des rythmes, des registres vocaux et de la tonalité. Si chacun, pris en particulier, répond d'un façon très générale et convenue à l'expression d'un sentiment déterminé, si même dans le choix des instruments d'accompagnement ou dans les dessins mélodiques, se font jour nettement quelques intentions descriptives, — comme l'emploi des cordes en sourdine et en pizzicati dans l'air d'Ottone, Yaghe fonti che murmurando , ou la chute de la voix à travers deux octaves, sur les mots Cade il ??iondo, dans un air de Claudio, — l'ensemble demeure étranger à toute conception antique ou moderne du drame, et l'on doit, pour en comprendre la beauté, adopter délibérément le point de vue de la musique pure.

C'est « un préjugé moderne », a dit très bien M. Lalov. que d'attribuer à la sonate seule et à ses dérivés, le privilège de la musique pure. En vérité, celle-ci « peut

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paraître en tous les genres, môme ceux où le sujet semble indispensable, comme au théâtre ou dans les airs chantés... On la reconnaît à l'émotion qu'elle donne, qui ne dépend ni de la situation, ni des paroles, ni d'une allusion quelconque, pas plus que des proportions, de l'ordonnance ou de la décoration extérieure, mais tient à la nature même de la musique, en telle sorte que les mots du langage ou les sentiments de la vie ordinaire ne la traduisent que par symbole. C'est l'émotion musicale ; le secret n'en a été révélé qu'au génie; aucune règle n'en contient la formule ; et les œuvres où elle fait défaut ne sont que jeux d'esprit. »

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