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musiciens anglais. Le bel opéra de Purcell, Dido and Alinéas, joué en 1680, était resté isolé, et son auteur, impuissant à triompher du peu de goût ou du peu d'aptitudes de ses compatriotes, n'avait pu faire jouer, après ce chef-d'œuvre dédaigné, que des morceaux de scène pour des drames. En 1705, un musicien de la chapelle royale, Thomas Clayton, revenant d'Italie avec un lot de partitions, imagina d'arranger sur un vieux livret anglais, intitulé Arsinoê, une musique de sa façon, qu'il présenta comme « tout à fait dans la manière italienne », et dont le succès, sur le théâtre de Drury-Lane, dépassa ses espérances. « Il fallait, a dit Burney, que les Anglais de ce temps fussent en proie à une fringale extraordinaire de musique dramatique, pour s'être contentés d'une pareille friperie. » Toujours est-il qiïA?'sinoé « rompit la glace » et permit la représentation d'un véritable opéra italien traduit en anglais, Camilla, de Marc- Antonio Bononcini.
La môme année (1706) s'ouvrit sur le « marché à la paille » (Haymarket) le « théâtre de la Reine », où la comédie ne tarda point à s'effacer devant l'opéra, que la troupe musicale de Drurv-Lane y vint jouer en 1708. Gomme à Hambourg, mais pour d'autres causes, dont la principale était le manque de compositeurs et de chanteurs, cette troupe donnait des spectacles mêlés de langue anglaise et de langue italienne, et souvent formés de morceaux empruntés à des ouvrages différents. Lorsque le duc de Manchester eut ramené <le Venise le célèbre chanteur Nicolas Grimaldi, dit Nico-
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lini, on put représenter un opéra de Scarlatti, Pirro e Demetrio, et, dès le commencement de 1710, le nombre de musiciens italiens se trouva suffisant pour permettre l'exécution d'opéras de Maricini et de M. -A. B<>noncini, chantés en entier dans leur langue. En vain les moralistes, au nom des bonnes mœurs et de la religion, s'élevaient-ils contre les spectacles nouveaux; en vain Addison, par ses critiques, s'efforçait-il de s'opposer à l'invasion italienne : le flot montait. Rendu irrésistible par l'arrivée de Haendel, il allait submerger les ruines de la musique anglaise.
Le débarquement de Haendel sur les côtes britanniques marque donc une date mémorable non seulement dans sa propre biographie, mais dans l'histoire de la musique : car l'accueil qu'il y reçut, l'attirance qu'il éprouva pour cette terre hospitalière, le décidèrent à revenir plus tard s'y fixer; et le milieu dans lequel il se trouva implanté, les succès et les épreuves qu'il y connut, imprimèrent à son génie un élan définitif et provoquèrent l'éclosion des chefs-d'œuvre qui l'ont immortalisé. Nulle part ailleurs, en effet, il n'eût été amené à écrire ses grands oratorios, et, quelles que soient les beautés répandues dans ses opéras, la rapide caducité des conventions théâtrales devait entraîner leur disparition comme elle a entraîné celle des partitions de ses contemporains.
Quoiqu'il ne fût âgé que de vingt-cinq ans, Haendel arrivait à Londres précédé d'une réputation brillante. Il fut présenté à la reine Anne, qui, bonne claveciniste