‹ HaendelChapitre 12 sur 64 · Critica Musica · texte numérisé non relu

Critica Musica

3. « Quand je pense à un Tondichter (à un poète musical), disait-il, je pense à quelque chose de plus qu'un grand moraliste, qu'un grand penseur... Autrefois, les musiciens étaient poètes et prophètes. » — Et ailleurs : « C'est le propre de la musique d'être entre toutes les sciences une école d'honnêteté », « eine Zuchtlehre ». [Vollk. Kapellm.)

cipaux maîtres allemands, avec Keiser. Usendel et J.-S. Bach, par sa riche expérience pratique, son sens critique aiguisé, son ardent patriotisme, sa langue saine et savoureuse, il était désigné pour être le grand éducateur musical de lAllemagne; et il le fut. Dans la dispersion des artistes allemands d'alors, [)armi les vicissitudes de leurs œuvies, auxquelles manquait l'appui dune centralisation politique, et qui subissaient les fluctuations du goût des petites villes et des petites cours, Mattheson fut, à lui tout seul, pendant près d'un demisiècle, la tribune de la musique allemande, le cerveau oii se concentraient ses pensées, venues de tous les coins du pays, et d'où elles rayonnaient ensuite sur tout le pays. C'est ainsi que se conservèrent les idées de Keiser, qui sans lui fût tombé dans l'oubli, sans laisser aucune trace ; c'est ainsi qu'ont surnagé du naufrage, jusqu'à nous, une multitude de souvenirs inappréciables pour l'histoire musicale du xviii^ siècle, queMattheson recueillit et publia dans sa monumentale Ehrenpforte^. Il agit puissamment sur son temps. Ses livres faisaient loi auprès des Kapellmeistei\ Cantoves^ organistes, professeurs.

I. Grundlagen einer Ehrenp forte, worin der tùcktigsten Kapellmeister, Komponisten, Slusikgelehrten, Tonkûnstler, etc. Lehen, Werke, Verdiensfe, etc., erscheiiien sollen, 1740.

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Ses critiques et ses conseils pour le style du chant, pour le jeu des acteurs, ne furent pas moins efficaces. Il avait le sens du théâtre. 11 voulait la vie sur la scène, l'action ; il attachait une importance considérable à la pantomime, « qui est une musique muette' ». Il faisait campagne contre le jeu impassible ou inintelligent des chanteurs et des choristes allemands ; et il voulait que le compositeur pensât toujours, en écrivant, au jeu des acteurs. « La connaissance des jeux de physionomie des acteurs sur la scène, dit-il, peut souvent être une source de bonnes inventions musicales -. » — C'était là le langage d\in vrai homme de théâtre^ Au reste, Mattheson était trop musicien pour asservir la musique à la parole. Il cherchait à les unir, en sauvegardant leur indépendance à toutes deux, mais en donnant le pas à l'âme sur le corps, à la mélo-

1. Vollkommener Kapellmeister, 1739. — Il consacre, dans cet ouvrage, une étude très importante à ce qu'il nomme \ Ilrpokritik (Pantomime).

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