‹ HaendelChapitre 13 sur 64 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. En théorie, sinon en pratique : car ses opéras sont médiocres. D'ailleurs il se dégoûta vite du théâtre. Des scrupules relio^ieux lui vinrent. Il voulut d'abord épurer l'opéra, faire du théâlre quelque chose de sérieux et de sacré (« ertisthaftes und heiliiies v), qui agit sur les masses, d'une façon instructive et moralisatrice. (Miisikalischer Patriot, 17^8.) Puis il s'aperçut que sa conception d'un opéra moral et édifiant n'avait aucune chance de se réaliser. Alors, il s'en désintéressa, et se réjouit même, en 1760, de la ruine définitive de l'Opéra de Hambourg.

die sur la parole. « Les mots, écrivait-il, sont le corps du discours. Les pensées en sont Tàme. La mélodie est le soleil doré des âmes » (« gûldene Sonne diser Seelen »), Tatmosphère merveilleuse qui les enveloppe.

Nous en avons assez dit pour donner une idée de ce grand critique, intelligent et intrépide, qui, avec beaucoup d'erreurs, a semé beaucoup de vérités. On voit assez de quelle importance put être pour le jeune Hsendel la rencontre d'un tel guide, encore qu'ils fussent trop originaux et trop orgueilleux tous deux pour que leur association put être de longue durée.

Mattheson fit à Hsendel les honneurs de Hambourg. Il l'introduisit à l'Opéra, aux concerts; et ce fut par lui que Hsendel entra, pour la première fois, en rapports avec l'Angleterre, qui allait devenir sa seconde patrie'. Ils s'instruisirent mutuellement. Haendel était déjà « d'une force exceptionnelle sur l'orgue, et dans les fugues et contrepoints, sv\v\.o\xi ex tempore [à^iia-

I . Mattheson, qui parlait parfaitement l'anglais, et qui devint peu après secrétaire de la légation anglaise, puis résident par intérim, présenta Hsendel à l'ambassadeur d'Angleterre John Wioh, qui les chargea tous deux de l'instruction de son fils.

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provisation) » : il fit part de sa science à Mattheson, qui l'aida en revanche à perfectionner son style mélodique. Il était très faible mélodiste, à en croire Mattheson, « 11 faisait alors des airs longs, longs, longs [sehr lange lange Arien) ^ et des cantates à n'en plus finir, qui n'avaient ni habileté ni bon goût, mais une harmonie parfaite \ » — Il est assez remarquable que la mélodie n'ait pas été une langue naturelle chez Haendel, qui nous apparaît aujourd'hui comme un génie mélodique. Mais il ne faut pas croire que les belles et simples mélodies jaillissent sans travail d'un génie. Les mélodies de Beethoven qui semblent les plus spontanées lui ont souvent coûté des années de travail intérieur où il les couvait en lui. Et si Haendel parvint à sa puissance d'expansion mélodique, ce fut après des années de sévère discipline, où il apprit, comme un apprenti ciseleur, à modeler les belles formes, et à n'y rien laisser de compliqué ni de vulgaire.

Haendel et Mattheson vécurent quelques mois d'intimité fraternelle - ; Haendel partageait la table

1. Ehrenpforte . — Telemann, condisciple de Haendel. dit aussi « qu'ils travaillaient constamment à la mélodie, Haendel et lui » .

2. Avec une nuance protectrice de la part de Mattheson. Pendant les premiers mois, Haendel ne songea pas à s'en offenser. Le style des lettres qu il lui adressait encore en

de Mattheson, et ils tirent ensemble, en juilletaoût 1703, un voyage à Lûbeck, pour entendre l'organiste Dieterich Buxtehude^ Buxtehude songeait à se retirer, et cherchait un successeur. Les deux jeunes gens furent émerveillés de son talent, mais ils ne briguèrent pas sa succession : car il eût fallu, pour avoir son orgue, épouser sa fille-; et, dit Mattheson, « ni l'un ni l'autre n'en avait la moindre envie ». — Deux ans plus tard, ils eussent pu rencontrer sur la route de Lûbeck un petit musicien, allant comme eux faire visite à Buxtehude, mais non pas en voiture comme eux, modestement à pied : J.-S. Bach^ — Rien ne fait mieux sentir l'importance de Buxtehude dans la musique allemande que cette attraction exercée sur les hommes qui allaient dominer tout l'art allemand du xv!!!*" siècle.

mars 1704 était extrêmement respectueux. En fait, Mattheson était alors plus avancé que lui, et son supérieur, comme situation sociale.

1. Voir dans V Ehrenpforte le récit de ce voyage et des folies que firent en chemin les deux joyeux compagnons.

Buxtehude était Danois, né à Elseneur en 1637. Il s'était établi à Lûbeck, où il resta, depuis l'âge de trente ans jusqu'à sa mort en 1707, organiste à la Marienkirche.

2. C'était chose habituelle que l'orgue d'une église fût cédé avec la fille, ou la veuve de l'organiste. Buxtehude lui-même, en succédant à l'organiste Tunder, avait épousé sa fille.

3. J.-S, Bach vint à Lûbeck, en octobre 1705 ; et, au lieu de quatre semaines qu'il devait y rester, il y passa quatre mois ; ce qui faillit lui faire perdre son emploi à Celle.

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M. Pirro a signalé, dès longtemps, son influence sur le style d'orgue de J.-S. Bach. J'estime qu'elle n'a pas été moindre, quoique toute différente, sur le style d'oratorio de Hcendel^

Buxtehude donnait, à la Marienkirche, de célèbres Abendiuusiken , des concerts du soir, qui avaient lieu le dimanche, entre la Saint-Martin et Noël ^, sur le désir des corporations des marchands de Lûbeck, très épris de musique ^ Ses cantates, dont le nombre est considérable^ furent composées à cette occasion. Ecrivant pour un public de concert, et non pour un service religieux, il devait faire en sorte que sa musique fût accessible à tous. Haendel se trouva plus tard dans des conditions semblables ; et la même nécessité devait les conduire tous deux à une

1. Les œuvres d'orgue de Buxtehude ont été rééditées par SpittaetMax SeifFert, en deux volumes, chez Breitkopf. (Voir la courte, mais substantielle étude de M. Pirro, dans son petit livre sur l'Orgue de J.-S. Bach, Paris, 1895, et Max Seiffert : Buxtehude, Hseiidel, Bach, dans le Jahrhuch Peters, 1902). Un choix, trop restreint, des Cantates a été publié, en un volume des Denkmciler deutscher Tonkunst. — M. Pirro prépare un grand ouvrage sur Buxtehude.

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