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Sa musique d'orgue atteste sa maîtrise en ce genre

2. Voir l'intimité pénétrante, la suavité mélodique de la cantate : Ailes if'us ihr tut mit Worten oder Werken, — et la grandeur tragique, avec des moyens si simples, de la magnifique cantate : Golt hilf mir.

3. On trouvera, page 167 du volume des Deiikmàler, un Hallelujah de Buxtehude (pour 1 clarini (trompettes), 1 violini, 2 violes, violons, orgue, et cinq parties vocales), qui est du pur Hœndel, et du plus beau.

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penser. Ils n'étaient point perdus pour lui. Rien ne fut jamais perdu pour lui.

A la fin d'août 1708, Haendel entra, comme second violon, à l'orchestre de Hambourg. Il aimait à s'amuser des gens, et il s'était fait plus ignorant qu'il n'était. « 11 se présenta, dit Mattheson, comme s'il ne savait pas compter jusqu'à cinq : car il était pince-sans-rire ^ » — Cette année-là, l'Opéra de Hambourgjouaitle Claudius de Keiser, et la mémoire de Haendel en enregistra des phrases ■.

Quand la saison fut finie, Mattheson fit un voyage en Hollande, et Haendel profita de l'absence de son jeune mentor pour s'émanciper. Il avait fait la connaissance du poète Postel, qui, vieux, malade, et tourmenté de scrupules religieux, avait renoncé à écrire des libretti à'oi^évdiS et ne voulait plus composer que des œuvres pieuses. Postel fournit à Haendel le texte d'une Passion selon saint Jean, que Haendel mit en musique, et qui fut exécutée pendant la Semaine Sainte de 1704 ^ Mattheson, piqué de la désin-

I. Mattheson ajoute : « Je sais avec certitude que, s'il lit CCS pages, il rira dans son cœur : car, extérieurement, il rit peu. »

1. Entre autres, le motif d'un air en menuel, qu il reprit le.\.tuellement dans le menuet de son ouverture de Samson.

3. Dans la même semaine, Keiser et le poète Hunold donnèrent une autre Passion : Der Blutisre und Sterhende Jésus

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voiture avec laquelle son protégé s'était passé de ses conseils, critiqua la musique, sans aménité, mais non sans justesse ^ Malgré l'émotion concentrée de certaines pages et les chœurs dramatiques, l'œuvre était encore incertaine, et manquait de goût souvent.

A partir de ce moment, ce fut fini de la bonne harmonie qui régnait entre Haendel et Mattheson. Hsendel avait conscience de son génie, et ne supportait plus le ton protecteur de Mattheson. D'autres incidents ao-orravèrent la mésintelligence, qui aboutit à une querelle, dont l'issue faillit être fatale ". A la suite d'une altercation à

{Jésus sanglant et mourant), qui fît scandale : car ils avaient traité le sujet à la façon d'un opéra, supprimant les chorals, les chants religieux, le personnage de l'Evangéliste et son récit. Haendel et Postel, plus prudents, ne supprimèrent que les cantiques, mais conservèrent le texte de l'Evangéliste.

1. Cette critique, certainement écrite en 1704, fut reprise par Mattheson, dans son journal musical Critica Musica, en 1725, et encore vingt ans plus tard, dans son Vollkommener Capellmeister, en 1740.

2. Les deux jeunes gens étaient chargés de 1 éducation du fils de l'ambassadeur d'Angleterre, Mattheson en qualité de gouverneur [ffofmeister), Haendel de maître de musique. Mattheson profita de l'avantage de la situation pour infliger à Hœndel une semonce humiliante. Haendel se vengea, en le rendant ridicule. On donnait la Cleopatra de Mattheson à rOpéra. Mattheson dirigeait l'orchestre, au clavecin, et tenait le rôle d'Antoine. Pendant qu'il jouait son personnage, il laissait le clavecin à Haendel ; mais, comme Antoine mourait, une demi-heure avant la fin du spectacle, Mattheson se dépêchait de revenir au clavecin, en costume de théâtre, pour ne rien perdre des ovations finales. Haendel, qui s'était prêté à cette

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l'Opéra, le 5 décembre 1704, ils se battirent en duel, sur la place du marché de Hambourg ; et peu s'en fallut que Hgendel ne fût tué : car l'épée de Mattheson se brisa sur un large bouton de métal du justaucorps de son adversaire. Après quoi, ils s'embrassèrent ; et les deux compagnons, réconciliés par Keiser, prirent part ensemble aux répétitions de VAlmira, le premier opéra de Haendel ^ La première représentation eut lieu, le 8 janvier 170.5; et le succès fut éclatant. Un second opéra de Haendel, A^e/'O", joué le 20 février suivant, ne réussit pas moins. A lui seul, Haendel occupa l'affiche de TOpéra pendant toute la sai-

petite comédie pendant les deux premières représentations, refusa, à la troisième, de céder la place à Mattheson. A la sortie, ils en vinrent aux mains. — L'histoire a été racontée, d'une façon assez embrouillée, par Mattheson, dans VEhrenpforte, et par Mainwaring, qui la tenait de Haendel.

1. Der in Krohnen erlangte Glûcks-lVechsel, oder Almira, Kônigin von Castilien (Les vicissitudes de la fortune des rois, ou Almire, reine de Castille). — Le libretto avait été tiré d'une comédie de Lope de Vega par un certain Feustking, dont Chrysander a raconté la vie scandaleuse et la guerre de pamphlets orduriers avec Barthold Feind, au sujet de cette pièce. Keiser devait écrire la musique à' Almira ; mais, trop occupé par ses affaires et ses plaisirs, il passa le livret à Haendel.

Une fois pour toutes, je tiens à rappeler que l'exiguïté de ce volume, m'interdit l'analyse des opéras de Haendel; je remets cette analyse détaillée à un autre livre sur Hœndel et son temps {Musiciens d'autrefois, %^ série) .

2. Die durch Blut und Mord erlangte Liebe, oder Nero. (L amour obtenu par le sang et le crime, ou Néron.) Poème de Feustking. Mattheson jouait le personnage de Néron. — La partition musicale a été perdue.

son d'hiver. C'était un beau début. Trop beau. Keiser en devint jaloux.

L'Opéra de Hambourg était en train de couler. Keiser le menait gaiement à la faillite. Il vivait en grand seigneur libertin ; et tous les artistes, autour de lui, rivalisaient de folies. Seul, Haendel, retiré à l'écart, travaillait, et ne dépensait que le strict nécessaire \ Après le succès de ses deux opéras, il avait seulement laissé son emploi de second violon et de claveciniste à l'orchestre; mais il donnait des leçons; et sa réputation de compositeur s'accroissait de celle de professeur. Keiser s'inquiéta. Cette gloire naissante réveilla son amour-propre. Rien de plus sot que sa jalousie. 11 était directeur de l'Opéra, il avait intérêt à donner des pièces qui réussissent et à s'attacher les auteurs heureux. Mais la jalousie ne raisonne pas. 11 remit en musique VAlmira et le Nero, pour écraser Haendel ■. Et,

1. En 1703, Hœndel renvoie à sa mère la pension qu'elle lui faisait, et il y ajoute quelques présents, à Noël. En 1704, 1705, 1706, il économise 200 ducats pour sou voyage en Italie.

2. Le nouveau ^Yero fut joué sous le titre de : Die Rùmische Unruhe, oder die edelmùlhige Octcn-ia (Les troubles de Rome, ou la magnanime Octavie). La partition a été rééditée dans les Suppléments à la grande édition Hœndel, chez Breitkopf, par M. Max SeifTert. — ïj'Almira prit le titre : Der Diirchlauchtige Secrelarius, oder Almira, Kônigin in Castilien (S. E. Monsieur le Secrétaire, ou Almire, reine de Castille).

En outre de ces deux œuvres, Keiser écrivit, en deux ans, sept opéras, et des plus beaux qu'il ait faits ; preuve

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bien qu'il n'eût pas l'habitude de publier ses opéras, il se hâta d'éditer les plus beaux airs de ceux-ci \

Mais si vite qu'il allât, la ruine allait plus vite. Avant que parût le recueil de ses airs d'opéra, il lui fallut prendre la fuite, à la fin de 1706-. Haendel et lui ne devaient plus se rencontrer.

Keiser entraînait dans sa ruine l'Opéra de Hambourg ; et Haendel n'avait plus rien à faire dans cette ville. La direction du théâtre était tombée dans les mains d'un philistin, qui, pour gagner de l'argent, joua des farces musicales. n commanda bien à Haendel l'opéra Florindo uiid Daphiie\ mais il mutila l'œuvre pour la jouer, « de peur, dit la préface du libretto^ que la musique ne fatiguât les auditeurs » ; et, dans la crainte que le public ne trouvât le spectacle

évidente de son génie, auquel il ne manqua guère qu'un caractère digne de lui.

1 . Sous le titre : Componimenti musicali, oder Teutsche und italiànische Arien, nebst unterschiedlichen Recitdtiven ans Almiraund Octavia, 1706, Hambourg.

2. Pendant deux ans, on ne sut plus ce qu'il était devenu, tant il avait pris soin de se garer de la meute de ses créanciers. Au commencement de 1709, il reparut tranquillement à Hambourg, y reprit sa situation, sa considération, sa gloire, sans que personne songeât à lui rien reprocher. Mais alors, Haendel depuis longtemps n'était plus à Hambourg.

encore trop sérieux, il y mêla une farce en platt deutsch : Die lustige Hodizeit (La noce joyeuse). On comprend que Haendel se soit désintéressé de sa pièce, ainsi défigurée, et qu'il n'ait mêm,e pas attendu la représentation pour quitter Hambourg. Vers l'automne de 1 706, à ce qu'il semble, il prit le chemin de l'Italie ^

Ce n'était pourtant pas qu'il fût attiré par elle. Chose curieuse, — et qui n'est pas unique dans l'histoire de l'art, — cet homme qui allait subir la fascination de l'Italie et faire triompher dans l'Europe musicale le beau style latin, avait alors des répugnances très marquées pour l'art welche. Au temps des représentations à'Almira, il avait fait la connaissance d'un prince italien ; Jean Gaston de Médicis, frère du grand-duc de Toscane", s'était étonné que Haendel ne s'intéressât point aux musiciens italiens, et lui

I. Outre ses opéras et sa Passion, Hœndel avait écrit à Hambourg un grand nombre de cantates, de lieder, et d'œuvres de clavier. Mainwaring assure qu'il en avait deux caisses pleines. Mattheson a douté de l'exactitude du fait ; mais l'ignorance qu'il témoigne à ce sujet ne prouve rien de plus que l'éloignement dans lequel le tenait alors Hœndel : car on a retrouvé depuis, soit dans le Klmierhuch ans der Jtigendzeit (t. XLVIII des œuvres complètes), soit dans les Sonatas (t. XXVII), nombre de compositions qui datent certainement de 1705 ou de 1706, à Hambourg.

1. Ce fut le dernier des Médicis. Il prit le pouvoir en 1723, puis, après quelques années d'éclat, il se retira dans la solitude, malade de corps et d'esprit. (Voir Reumont : Toscana, et Robionv ". Gli Ultimi dei Medici.)

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avait prêté une collection de leurs meilleures œuvres, en lui offrant de l'emmener les entendre à Florence. Mais Haendel avait refusé, disant qu"il ne pouvait rien trouver dans ces œuvres qui méritât les éloges du prince, et qu'il fallait que les acteurs fussent des anges pour faire paraître agréables de telles médiocrités ^ Ce dédain de l'Italie n'était point spécial à Haendel ; il caractérisait sa génération et surtout la poignée de musiciens allemands qui vivaient à Hambourg. Avant eux, après eux, la fascination de l'Italie s'imposa à l'Allemagne. De même que Hassler et Schiitz, Hasse, Gluck, Mozart y firent de longs et fervents pèlerinages. Mais pas plus que J.-S. Bach, Keiser, Mattheson, Telemann n'allèrent en Italie. Les musiciens de Hambourg voulaient bien s'assimiler l'art italien, mais ils ne voulaient pas aller se mettre à l'école de l'Italie. Ils avaient l'honnête ambition de créer un art allemand, indépendant de l'étranger. Hœndel partageait ces grands espoirs, suscités un instant par le théâtre de Hambourg. Mais la ruine subite de ce théâtre lui fit voir le peu de fonds qu'il fallait faire sur le goût public en Allemagne. Et, en dépit de lui-même, il tourna

I. Plus lard, Hœ-udel disait encore que jusqu'à ce qu'il vînt en Italie, il n'avait jamais pu se figurer que la musique italienne, qui paraissait sur le papier si médiocre et si vide, put faire un tel effet sur le tJiéâtre.

les yeux vers le refuge habituel des artistes allemands : cette Italie, que la veille il affectait de dédaigner. Quelle que fût la musique italienne, à tout le moins, là-bas, la musique s'épanouissait au soleil ; on ne lui chicanait pas le droit à l'existence, comme faisaient les piétistes de Hambourg; elle soulevait dans toutes les villes, dans toutes les classes de la société, des transports d'amour. Et, autour d'elle, c'était une floraison des arts, une civilisation supérieure, une vie lumineuse et riante, dont Haendel avait eu l'avant-goùt par ses entretiens avec les nobles Italiens de passage à Hambourg.

11 partit. Son départ fut si brusque que ses amis n'en surent rien. Il ne dit même pas adieu à Mattheson.

L'époque où il arriva en Italie n'était pas des plus heureuses. On était en pleine guerre de la Succession d'Espagne ; et Hœndel put rencontrer à Venise, dans l'hiver de 1706, le prince Eugène avec son état-major, se reposant de la victorieuse campagne de Lombardie. Il ne s'arrêta point; il alla droit à Florence, où il était à la fin de l'année*. Sans doute se souvenait-il des offres

I. M. R.-A. Stroalfeild croil même qu'il était à Florence, dès octobre 1706 : car le prince Gaston de Médicis, qui dut le présenter au grand-duc, quitta Florence en novembre 1706. 11 place aussi, dès ce premier séjour à Florence, la représentation du Rodrigo de H»ndel, sur lequel manque tout ren-

de protection, que lui avait faites le prince Gaston de Médicis. Cette protection fut-elle aussi efficace que HaendelTespérait? Il est permis d'en douter. A la vérité, le fils du grand-duc de Toscane, Ferdinand, était musicien; il jouait bien du clavecin^; il avait fait bâtir un théâtre d'opéra dans sa villa de Pratolino ; il choisissait les libretti, conseillait les compositeurs, correspondait avec Alessandro Scarlatti. Mais il n avait pas le goût très sûr. Il trouvait le style de Scarlatti trop savant; il le priait d'écrire une musique « plus facile et, autant que possible, plus gaie »■. Il n'avait pas non plus l'humeur fastueuse des Médicis, ses ancêtres. Il lésinait sur la musique. Il ne se décidait pas à nommer Scarlatti son maître de chapelle ; et aux demandes d'argent du grand artiste, alors dans la gêne, il répondait « qu'il prierait pour lui))^ — On peut croire qu'il ne fut pas moins économe à l'égard de Haendel. Haendel était loin d'avoir la notoriété de Scarlatti. Il semble que Ton ait peu fait attention à lui,

seignement précis dans les archives des Médicis et les papiers du temps. Je suis plutôt porté à suivre l'opinion traditionnelle, d'après laquelle le Rodrigo date du second séjour de Hœndel à Florence, quand il commençait à se faire à la langue et au style musical italiens.

1. Bartolommeo Cristofori, l'inventeur du pianoforte, exécuta pour lui des instruments intéressants.

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