‹ HaendelChapitre 29 sur 64 · Voir p. 60, note 3, les jugements cités de Séré de Rieux · texte numérisé non relu

Voir p. 60, note 3, les jugements cités de Séré de Rieux

4. Séré de Rieux : les Dons des enfants de Latone ; la Musique et la Chasse du cerf, poèmes dédiés au Roy, 1734, Paris. — p. i02-io3.

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tenter par le désir de reprendre, à lui seul, sans contrôle qui gênât sa liberté, l'entreprise de l'opéra italien. A la fin de l'été de 1728, il alla chercher en Italie de nouvelles armes pour" la lutte. Au cours de ce long voyage qui dura presque un an*, il recruta des chanteurs, renouvela sa collection de libretti et de partitions italiennes. Surtout, il rafraîchit son italianisme aux sources de la nouvelle école d'opéra, fondée par Leonardo Vinci ^, qui réagissait contre le style de concert au théâtre, et visait à rendre à l'opéra son caractère dramatique, au risque de l'appauvrir musicalement.

Sans sacrifier la richesse de son style, Haendel ne manqua point de profiter de ces exemples, dans ses nouveaux opéras : Lotario (décembre 1729), Parteiiope (février 1730), Poro (février 1731), Ezio (janvier 1732), qui frappent — surtout les deux derniers — par la beauté

I. Pendant ce voyage, où il séjoui'na assez longtemps à Venise, il apprit que sa mère avait été frappée de paralysie. Il accourut à Halle, et il put la revoir encore. Mais elle, ne le voyait plus. Depuis quelques années, elle était aveugle. Elle devait mourir, l'année suivante, le 27 décembre 1780. — Tandis que Haendel était à Halle, au chevet de sa mère, il reçut la visite de Wilhelm-Friedemann Bach, qui venait, de la part de son père, l'inviter à venir à Leipzig. Ou comprend qu'en de telles circonstances, Haendel ait décliné l'invitation.

1. Ké en 1690 à Strongoli en Calabre, mort en 1730. H fut maître de la chapelle royale à Naples, et le précurseur de Pergolèse et de Hasse. — Je parlerai de Yinci, dans un volume prochain.

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d'écriture mélodique et l'accent dramatique de certaines pages. Le chef-d'œuvre de cette période est le Orlando (27 janvier ijSS), dont la richesse et la perfection musicales vont de pair avec l'intelligence des caractères et la vie spirituelle ou passionnée. Si le Tamerlano de 1724 évoque l'idée des tragédies de Gluck, c'est aux beaux opéras de Mozart que fait penser Orlando.

Tout en continuant la lutte pour l'opéra italien, Haendel profitait du succès inattendu que le nationalisme anglais faisait à une reprise de son Acis et Galatée et de son Est]ier\ écrits sur des paroles anglaises ; et de nouveau il tentait, d'une façon plus consciente que dix ans auparavant chez Chandos, de fonder une forme de théâtre musical plus libre et plus riche, où le lyrisme des chœurs eût un large emploi. Pour la reprise d'Esther, en 1732, il introduisit dans l'œuvre de 1720 les plus beaux chœurs des Psaumes du Cou-

1. Acis et Galatée fut repris dès 1731, puis redonné en 173-2 au théâtre Haymarket, avec décors et machines, sous le titre de English Pastoral Opéra. La représentation avait lieu sans l'assentiment de Hœndel, qui, pour répondre à la concurrence, lit jouer lui-même son œuvre, un mois plus tard. — Quant à Esther, un membre de l'Académie d ancienne musique, Bernhard Gates, qui avait autrefois chanté dans la pièce chez le duc de Chandos, et qui eu possédait une copie, la fît jouei à V Hôtellerie de la Couronne et de l'Ancre, le 23 février 1732. A son tour. Haendel dirigea l'œuvre, le 2 mai 1732, au théâtre Haymarket, sous le titre d' « oratorio anglais ». Six auditions ne suffirent pas à satisfaire la curiosité du public.

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ronnement. Et l'année suivante, il écrivit Dehorah (17 mars 1783), e\ AtJialia (10 juillet 1733), où les chœurs tiennent la première place. Mais contre son attente, ces grands drames bibliques, qui auraient du trouver dans la nation anglaise un écho enthousiaste, se heurtèrent à une violente cabale, inspirée par des raisons personnelles, où l'art n'était pour rien. On fit le vide autour de Dehovali^ ; et si A^/m/^Vz réussit à Oxford", Htendel ne parvint à la faire jouer à Londres que deux ans plus tard.

Une fois de plus, Haendel dut revenir à l'opéra italien. — L'inimitié publique le poursuivit sur ce terrain. La famille royale de Hanovre était détestée. Elle ajoutait elle-même à son discrédit par les disputes scandaleuses qui mettaient aux prises le Roi et son fils. Le prince de Galles, par esprit de mesquine vengeance contre son père, dont il savait l'affection pour Hœndel, s'amusa

1. A la première, « il y avait en tout, dit un pamphlet, 260 personnes, dont pas une n'avait payé la moitié du prix ; quelques-unes avaient même reçu de l'argent pour venir ». Haendel essaya de redonner l'œuvre, à des prix moitié moindres : on ne vint pas davantage. Les patriotes anglais se répétaient déjà, en exultant, que le Saxon, découragé, allait retourner dans son Allemagne.

1. Athalia fut écrite pour les fêtes de l'Université d'Oxford, auxquelles Haendel avait été invité. On devait lui conférer le titre de docteur de l'Université. Mais on ne sait, au juste, ce qui se passa, Haendel ayant toujours refusé, par la suite, de s'expliquer là-dessus. Ce qui est certain, c'est que Hajndel ne reçut point le titre.

à ruiner celui-ci. Soutenu par Topposition, qu'enchantait ridée de faire échec au Roi, il fonda un Opéra rival. Et comme on ne pouvait plus opposer à Hiendel Bononcini, discrédité par une affaire de plagiat qui avait eu un retentissement européen', on s'adressa à Porpora, pour diriger le théâtre. Alors, dit lord Hervey, « l'affaire devint aussi sérieuse que celle des Verts et des Bleus à Gonstantinople, sous Justinien. Un anti-haendelien était regardé comme un anti-royaliste ; et, au Parlement, voter contre la cour était à peine plus dangereux que parler contre Haendel >k En revanche, l'immense impopularité du Roi retomba sur Haendel ; et l'aristocratie se coalisa pour le perdre.

Il accepta le défi ; et, après un troisième voyage en Italie, pendant Tété de i~^3, afin de recruter de nouveaux chanteurs, il engagea bra-

I. Bouonciui avait été reçu à Y Académie d' ancicntie musique de Londres; pour paj-er sa réception, il offrit à l'Académie en 1728 un madrigal à cinq voix. Or, trois ans après, un membre de lAcadémie trouva ce madrigal dans un livre de Duetti, Terzetti e Madrigali de Antonio Lotti, paru en 1703, à Venise. Bononcini persistant à se dire l'auteur de l'œuvre, on fit une longue enquête, où furent interrogés Lotti et un grand nombre de témoins. Le résultat fut écrasant pour Bononcini, qui fut abandonné de tous, et disparut de Londres, vers la fin de 1732. — Toute la correspondance relative à cette affaire fut publiée par l'Académie, en latin, italien, français et anglais, sous le titre : Letters from the Acadcmy of Antient Musick at I.ondon io Sig^' Antonio Lotti of Venice, with Answers and Testimonies, London, 1732.

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vement le combat avec Porpoi^a, auquel vint se joindre Hasse, en 1734. C'étaient les plus grands rivaux avec qui il se fut encore mesuré. Hasse et Porpora avaient un sentiment puissant du drame ; et, surtout, ils étaient les maîtres les plus parfaits de la mélodie italienne et de l'art du beau chant \

Nicolô Porpora, de Naples, avait quarantesept ans. C'était un esprit froid, mais vigoureux, intelligent, et possédant comme peu de musiciens toutes les ressources de son art, surtout possédant comme pas un — si ce n'est Hasse — toutes les ressources du chant italien. Son style est aussi beau, et il n'est pas moins large que celui de Haendel ; nul autre musicien italien de ce temps n'a sa respiration ample et tranquille '. Son écriture semble d'un âge postérieur à Haendel, du temps de Gluck et de Mozart. Tandis que Haendel, malgré son merveilleux sentiment de la beauté plastique, traite souvent la voix comme un instrument, et que, dans ses développements, les belles lignes italiennes soient parfois alour-

I. Porpora fut le professeur de chaut le jilus fameux du xYin^ siècle italien. Hasse fut un grand chanteur lui-même, et marié à l'une des plus célèbres chanteuses qui aient jamais existé, la Faustina.

1. Comparez le souffle menu et étriqué de Benedetto Marcello dans son Ariamia, à l'ampleur du style de Porpora dans le même sujet.

dies parla complication germanique, la musique de Porpora garde toujours la pureté classique et la netteté un peu sèche du dessin. L'histoire ne lui a pas encore rendu justice '. 11 était digne de se mesurer avec Haendel, et la comparaison entre VArianna de Haendel et celle de Porpora, jouées à quelques semaines d'intervalle-, ne tourne pas à l'avantage du premier. La musique de Haendel est élégante ; mais on n'y trouve rien qui ait l'envergure de certains airs de VArianna à Naxos de Porpora. La forme de ces airs est d'une régularité trop classique peut-être ; mais un souffle puissant circule au travers de ces temples romains^. On diraitd'un disciple italien de Gluck: — impression curieuse, que donnentparfois certains précurseurs, tel Jacopo délia Quercia, qui inspira Michel-Ange, et qui en semble issu.

Hasse était encore supérieur à Porpora par son charme mélodique, que seul Mozart égala, et par ses dons symphoniques, qui se révèlent dans son riche accompagnement instrumental, non moins mélodieux que ses chants \

1. Chrysander, qui le connaît mal. on parle avec un dédain absolument injustifié.

2. h'Arianna de Hœndel, le 26 janvier 1734. L' Ai-ianna a Naxos de Porpora, très peu de temps après.

3. Ainsi, l'invocation do Thésée à Neptune : Nume che reggi'l mare, et l'air ; Spettro d'orrore.

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