Voir les belles études de M. Pirro sur J.-S. Bach
H.ÏNDFL . 2
i8 H.ïlNDEL
ment le droTt. Cependant, il avait pour maître le professeur le plus remarquable de l'Allemagne, Christian Thomasius, l'adversaire des procès de sorcellerie ^ le réformateur de l'enseignement du droit, celui qui y fit rentrer l'étude des coutumes germaniques, celui qui ne cessa de livrer bataille aux abus grossiers ou stupides des universités, à l'esprit de caste, au pédantisme, à l'ignorance, à l'hypocrisie et à la férocité juridique et religieuse. Si un tel enseignement n'a pas été de nature à retenir Haendel, ce n'était certes pas la faute du professeur : nulles leçons plus vivantes dans toute l'Allemagne d'alors, rien qui put offrir à lesprit d'un jeune homme un champ d'activité plus féconde. Soyons sûrs qu'un Beethoven n'y fût pas demeuré insensible. Mais Haendel était pur musicien, il était la musique même ; rien ne put jamais en distraire sa pensée.
Dès cette année, où il suivait les cours de la Faculté de droit, il avait trouvé un poste d'organiste à Halle : — et cela, bien que luthérien, dans une église du culte « réformé », où
I. Ou sait que les procès de sorcellerie étaient une des manies meurtrières de Tépoque. On évalue à plus de cent mille le nombre des victimes faites par les bûchers de sorcières, en un siècle . Frédéric II disait : « Si les femmes peuvent vieillir et mourir en paix en Allemagne, c'est à Thomasius qu'elles le doivent. »
l'organiste devait expressément appartenir à la religion réformée. Or, il n'avait (|ue dix-sept ans^ Ce simple fait montre de quelle autorité musicale jouissait déjà dans sa ville le petit étudiant en droit". Non seulement il était organiste, mais professeur au gymnase des Réformés ; il y enseignait la musique vocale, deux heures par semaine; il prenait chez lui les mieux doués de ses élèves, et formait avec eux des chœurs vocaux et instrumentaux, qui se faisaient entendre, le dimanche, dans l'une ou l'autre église de la ville. Il devait pourvoir au répertoire musical — chorals, psaumes, motets, cantates, — qui changeait chaque dimanche. Excellente école, pour apprendre à écrire vite et bien. Haendel y forma sa fécondité créatrice ^ Des centaines de cantates qu'il composa alors, aucune n'a été conservée par lui*; mais il est
1. Le contrat pour un an avec la Domkirche est du i3 mars 1702, un mois après avoir signé à la Faculté de droit.
2. Telemann, passant par Halle, en 1701, dit qu'il y lit la connaissance de Hœndel, qui « y était déjà un homme important, — un personnage de marque ». (« Dem damahls sclion wichtigen Herrn Georg Friedrich Haendel »). — Épithète singulière, appliquée à un enfant de seize ans ! Chrysander a raison d'insister sur la maturité précoce de Haendel. « Personne ne l'a égalé en cela, même pas J.-S. Bach, qui s est développé plus lentement. »
3. Depuis plusieurs années déjà, il composait, « comme un diable », ainsi qu'il dit lui-même.