RELIQUES ET MIRACLES POSTHUMES
Le moine Isembard, écrivain du X' siècle, dont le précieux manuscrit nous a été prêté par M. Ch. Henneguier,
i Nous trouvons un fait analogue dans l'autobiographie de Guibert de Nogent. Il raconte (Coll. Guizot, 1. ni, p. 125) que deux moines furent frappés de paralysie, en punition de ce qu'ils avaient voulu s'assurer par eux-mêmes si le corps de S. Edmond était resté intact, comme on le prétendait.
• Crespigny, lieu disparu qui était situé entre Gouy et Beaurain, comme le témoigne une charte de 1163 du petit Cartulaire de Dommartin, f> 48 et 49.
* Ordéric Vital nomme Netreville, Malbrancq écrit Métrovillam.
106 s. IO8889 ERMITB BN PONTHIBU.
a rédigé le récit suivant de l'invention des reliques de S. Josse en 977.
Quarante ou soixante ans après la mort de S. Josse, son corps tomba en poussière. On mit alors sa tête et ses ossements dans une châsse de bois revêtue de trois lames de plomb, avec inscription, et le reste des cendres dans une plus petite boite '. On enterra la première au côté droit da grand autel et la seconde dans Tintérieur du gros mur de Téglise. Ceux qui se chargèrent de ce soin ne confièrent leur secret qu'à une seule personne qui devait le transmettre à sa mort. Mais, par suite de négligence, il arriva un temps où personne ne savait plus dans quel endroit gisaient les précieuses dépouilles '.
Un vertueux ecclésiastique, nommé Sigeman ', s'était constitué le gardien de l'église, vers la fin du X* siècle. Une nuit, il vit en songe S. Josse, le visage resplendissant de lumière, sortant du lieu où reposait son corps. Le Saint, s'avança vers l'autel, décocha de l'arc qu'il portait une flèche vers le ciel *, se coucha ensuite à terre et se laissa reporter par ses deux neveux Arnoc et Winoc, vêtus également de blanches robes, à l'endroit où gisaient ses reliques. Un dernier regard, adressé à Sigeman, semblait lui dire : Tu sais maintenant où je repose.
* Isembard fait remplir ce devoir par S. Winoc et S. Arnoc, ce qu'il est difficile d'admettre : car le premier devait être alors abbé de Wormhoud et le second de Bergues. Il faudrait supposer que tous deux seraient revenus à Saint-Josse pendant quelques jours pour procéder à cette tumulation.
* M. Harbaville a supposé à tort que les moines de Saint-Josse se seraient retirés à Ferrière, pendant les invasions des Normands, y auraient transféré le corps de S. Josse et l'auraient rapporté en 977.
' Sigemanus pridiantis. Malbrancq a fait un nom propre de pridianys^ qui signifie ici sacristain, gardien.
^ Malbrancq explique cette symbolique apparition en disant que S. Josse voulait faire connaître par là que de même que la flèche s'élève rapidement dans les airs, ainsi sa réputation franchirait bien vite l'espace, si ses reliques étaient mises à la lumière (???).
s, J088B, ERMITE EN PONTHt^U. 107
Quelques jours après, un paysan nommé Etienne, manœuvre dans un moulin voisin, eut un songe analogue. Un personnage aux habits lumineux lui ordonna de se faire cl^rc dans la cellule de S. Josse et d'y chercher le corps du saint ermite. Etienne s'empressa d'aller trouver Sigeman et de lui communiquer cette vision. Ils réunirent leurs efforts, fouillèrent le soi et finirent par découvrir la caisse revêtue de trois lames de plomb, d'où s'échappa une merveilleuse odeur. Ces reliques furent bientôt solennellement déposées derrière Tautel de S. Martin, après avoir été placées, dit Jehan Mielot, a dans un paliot noef, moult bel et de grant pris et couvert par dessus d'un cuyr de cerf *. » Le chroniqueur, en parlant de la foule immense qui assista à cette translation du 25 juillet, ajoute que les fenêtres a estoient plaines de roinsses et d'erbes, au lieu de verrières. Et là, pooit-on regarder de toutes pars, par lez places, lez peuples des régions voisines acourir, atout [avec) leurs offrandes, à la tombe du corps saint, comme font ez (abeilles)^ quant elz issent {so7*tent) de leurs cathoîres [ruches) et de rechief y rentrent. »
Pour perpétuer le souvenir de cette invention, on plaça à l'endroit où elle avait eu lieu, une grande table de pierre, soutenue par quatre courtes colonnes. C'est sur ce monument, désigné sous le nom de Tombeau de S. Josse^ que s'accomplit une partie des miracles que nous allons bientôt raconter.
Peu de temps après, on mit quelques-unes des reliques du Bienheureux dans une châsse qu'on porta dans les pays voisins pour recueillir des aumônes, avec lesquelles on pût restaurer les ruines de l'église Saint-Martin et construire, non pas un monastère proprement dit, mais une habitation convenable, à la place des petites cellules qui^avaient jusque là servi d'abri à quelques clercs.
Isembard, moine de Fleury, à la sollicitation du moine
* Mielot se trompe d'un siècle et demi en ajoutant que c'était un don de Mahaut, femme d'Etienne de Blois, qui ne fut fait comte de Boulogne qu'en 1125,
108 s. JOSSE, ERMITE EN PONTHIED.
AdeJelme, dédia à l'abbé Herbold, vers la fin du X* siècle, un récit des miracles de S. Josse advenus sous les règnes de Hugues Capet et de Robert. Son texte a sans nul doute été remanié et continué par divers copistes : car le manus* crit du XVI* siècle, que nous allons analyser, contient des événements qui se réfèrent au XIP, au XV« et au XVI* siècle. Nous avons conféré ces récits inédits avec ceux que nous ont laissés l'abbé Florent, Orderic Vital, avec ÏBis*toria Sancti Judoci supra mare, de la Bibliothèque nationale, et aussi avec un autre manuscrit du XVIIP siècle, dû à Jacques Lefebvre, religieux de Dommartin.
Nous n'avons pas besoin de répçter ici que beaucoup de ces prodiges sont dénués de vraisemblance, mais que ce n'est pas là pour nous une raison de les passer sous silence.
Les reliques de S. Josse, transportées, comme nous l'avons dit, dans diverses parties de nojre diocèse, avaient été déposées temporairement dans l'église Notre-Dame de Centule. Une femme de noble origine, nommée Hersinde ou Alsinde, s'empressa d'y conduire sa fille nommée Bertsende, qui se trouvait depuis deux ans dans un tel état de langueur qu'elle ne pouvait marcher qu'à l'aide d'un bâton. La jeune fille, après avoir prié devant la châsse, recouvra toute l'agilité de ses membres, et sa mère, reconnaissante, fit don d'un précieux manteau à celui qu'on désignait déjà sous le nom du médecin Josse (Orderic Vital et Malbrancq).
Ce n'est point à cette époque, comme on pourrait le croire, qu'une phalange de la main du Saint fut donnée au monastère de Saint-Riquier, mais seulement en 865, sur la demande du trésorier Odulfe (Hariulfe, Chron, Cent,^ 1. III, c. 12).
La châsse, portée à Abbeville, opéra, là aussi, diverses guérisons : elle fut rencontrée par un soldat que l'on conduisait étroitement enchaîné. Le malheureux invoqua S. Josse, vit tomber ses fers et put reconquérir sa liberté. Ce jour là même, une femme en couches qui souffrait horriblement, obtint une heureuse délivrance, et un malade
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fut guéri en vomissant plusieurs serpents * (Ms. d'IsEMbard).
Sigeman dormait la nuit près du tombeau de S. Josse éclairé par des cierges. Une nuit le vent les souffla. Le pieux gardien hésite sur ce qu'il doit faire. Ira-t-ii à sa cellule chercher du feu? Attendra- t-il que le jour se lève pour ^ lire ses matines ? Le désir de réciter Toffice à Theure canonique remporte sur la paresse. Sigeman sort de son lit, prend les clés, ouvre la porte de Tégli^e ; mais, en retournant la tête, il voit tout le temple éclairé par un cierge qui s'était rallumé de lui-même (Ms. de J. Lefebvre).
On avait constaté depuis longtemps qu'on ne pouvait entretenir aucun autre luminaire que celui produit par la cire, œuvre de la virginité des abeilles ' ; quand les fidèles apportaient des chandelles de suif, on avait beau les allumer, elles s^éteignaient tout de suite. Trois religieux, qui n'avaient pas sans doute été témoins de ce phénomène, voulurent constater par eux-mêmes la vérité du fait, et essayèrent en vain d'allumer des chandelles de graisse. Leur indiscrète curiosité fut aussitôt punie. Deux d'entre eux furent frappés d'une mort subite, le troisième fut affligé d'une telle contraction des lèvres qu'on lui donna le surnom de BeC'tort (Orderic Vital et Historia Sancti Judoci supra mare) .
Il y avait ordinairement sept cierges qui brûlaient devant le tombeau de S. Josse. Une nuit où le sacristain n'en avait allumé qu'un, les six autres, pendant le sommeil des gardiens, s'allumèrent d'eux-mêmes, et ce qu'il y a de plus merveilleux, ajoute le légendaire, l'un d'eux brûlait par les deux bouts (Ms. d'IsEMBARD et de J. Lefebvre).
Un prêtre de Lorraine, nommé Gunzon, éprouvait depuis longtemps une faiblesse douloureuse dans les mains et les pieds. Un personnage inconnu lui apparut dans une
^ Serpentes plurimos, probablement des vers solitaires.
» « Dieu a voulu, dit un vieux légendaire, que par telle pureté et odeur de cire, bâtie par les abeilles ou avettes qui sont vierges, ouvrières ou artizannes admirables du miel doucereux, sa chas«> teté virginale fût toujours signifiée. »
yision et lui ordonna d'aller invoquer k médecin Josse qui illustrait le Ponthieu par ses prodiges. Docile à cet avis, Gunzon arriva le dimanche, de grand matin, dans Téglise du Saint, baigna le pavé de ses larmes et se releva parfaitement dispos. Après avoir célébré les saints mystères, bonheur dont il était privé depuis sept ans, il raconta aux assistants les circonstances de sa guérison (Isembard et. Orderic Vital) .
Un autre habitant de la Lorraine, nommé Wandelmar, avait perdu l'œil droit à la suite d'une maladie. Il voulut aller prier sur le tombeau du Bienheureux; mais, s'étant trompé de chemin, il arriva à la Fontaine des Chrétiens, que S. Josse avait fait jaillir en plantant son bâton dans la terre. Après s'être lavé la figure avec cette eau, le jour de l'Annonciation, il retrouva l'usage de l'œil qu'il avait perdu et alla rendre grâce à Dieu dans le monastère de son bienfaiteur (Orderic Vital).
Un troisième Lorrain, aveugle depuis vingt-deux ans, allait en vain tenter l'efficacité de tous les pèlerinages. Se trouvant à Saint-Jacques de Compostelle, une voix mystérieuse l'avertit par trois fois de se rendre au sanctuaire de S. Josse où il recouvrerait la vue. Il accomplit ce long voyage, conduit par un enfant, assista à une messe solennelle dans le sanctuaire désigné, et g'écria tout à coup, d'une voix frémissante : Ah I S. Josse ! C'est qu'une colombe d'une blancheur admirable lui frappait les yeux de ses ailes. On s'empressa autour de lui, et on vit qu'un sang abondant coulait de ses paupières, qui s'ouvrirent bientôt à la lumière du jour (Ms. de J. Lefebvre).
Le fils d'une pauvre femme, lequel était aveugle depuis sept ans, fut amené par sa mère, le mercredi de la Pentecôte, à Bavémont, où s'était accomplie la guérison de la fille du seigneur d'Airon, et de là à la Celle de S. Josse; il fut guéri, et plus tard il se voua au service du monastère
(Ms. d'ISEMBARD).
Le démon troubla l'esprit d'un bûcheron du Boulonnais qui avait été couper du bois dans une forêt, bien que ce fût fête chômée de S. Josse. L'énergumène, reconnaissant
s. 1088E, ERMITE EN POKTHIEU lll
sa faute, demanda à grandâ cris qu'on le conduistt au sanc^ tuairé de celui dont il avait outragé le culte : c'est là qu'il fut délivré de sa cruelle obsession {Hisioria SancH Judùci supra mare) é ^
Un autre habitant du Boulonnais fut accosté en voyage par le démon qui avait pris la forme humaine, et fut saisi par un inconnu qui voulait l'entraîner avec lui^ Le voyageur résiste eu invoquant la sainte Vierge ddht il apercevait un sanctuaire dans le lointain. L'agresseur s'évanouit comme une légère fumée, mais en laissant paralysé le bras qu il avait touché. Le pauvre affligé se rendit à S. Josse> le jour de Noél, et fut guéri tandis qu'on chantait la douzième leçoû des matines (Ibid).
C'est aussi en voyageant seul, vers l'heure de midi, qu'un habitant du Ponthieu, nommé Robert, rencontra l'Esprit d'erreur, sous la figure d'un homme, et devint subitement aveugle. Il se rendit à la cellule de S. Josse et lui promit de se constituer son serf, lui et son fils, et de lui donner la moitié de ses biens. Il fut guéri dès leleùdemain, pendant les vêpres, et déclara tout haut qu'il apercevait les moines assis sur leurs bancs {Orderïo Vital).
Une autre victime du démon qui portait le môme nom, mais qui était de Térouanne, était tellement obsédé qu'il voulait tout briser et qu'il aurait volontiers dévoré ses semblables. Ses trois frères, après le jeûne des Quatrè- Temps, le conduisirent enchaîné au tombeau de S. Josse où ils prièrent pendant trois jours. Le malade reconquit sa liberté morale et devint à perpétuité le serviteur du Saint. Le jour de la fête de S. Jean-Baptiste, l'abbé Guy, prédécesseur de S. Florent, prit cet événement pour thème cte son homélie et invoqua le témoignage de Robert qui était présent (Ibid).
Un habitant de la Bourgogne, qui était devenu possédé du démon, tandis qu'il graissait ses soiïliers, vit lui appa^ raître en songe un jeune homme revêtu d'un habit blanc; ce mystérieux personnage l'avertit qu'il ne retrouverait la plénitude de son libre arbitre dans aucun autre pèlerinage qu'à celui de Saint^osse^ et, pour him précisa: sa prédie-
112 s. JOSSE, ERMITE EN PONTHIEU.
tioQ, ajouta qu'il s'agissait de Saint-Josse-sur-Mer et pas de Saint-Josse-au-Bois. L'énergumène suivit ce conseil et fut guéri pendant la messe qu'on célébrait en Thonneur des saints apôtres Philippe et Jacques (Ms. dIsembard).
Deux autres démoniaques, portant le nom de Maginard, furent également délivrés de leurs obsessions dans le même sanctuaire (Orderic Vital).
L'avoué du châtelain de Béthune retenait injustement en prison un homme du peuple. Le malheureux captif, désespérant de tout secours humain, recourut à S. Josse. Le Bienheureux lui appafut la nuit suivante, en disant : Que fais-tu là ? lève-toi, brise tes liens et marche"! Le prisonnier étonné, ne pouvant croire à la réalité de cette mjonction, se borna à redoubler de prières. La nuit suivante, même apparition et mêmes ordres. Animé alors d'une confiance surnaturelle, le pauvre homme brise facilement ses chaînes, s'échappe par une fenêtre et parvient à se sauver en trompant la vigilance des gardiens. Plus tard il fit don à l'église de Saint-Josse d'une partie dcg chaînes qu'il avait conservées (Ms. d'Isembard).
Ce même autel s'enrichit également des chaînes qu'y déposa un nommé Grégoire qui ne manquait jamais, le jour de la Pentecôte, d'aller visiter le sanctuaire de Saint-Josse. Fait prisonnier, il avait été enchaîné les fers aux pieds, sous la garde de quatre geôliers, dans un château de Normandie. Il invoqua le saint ermite du Ponthieu, qui lui apparut soudain, brisa ses liens *, le fit sortir de son cachot et rendit infructueuse la poursuite de ses gardes. Le soldat reconnaissant arriva à Saint-Josse le mercredi de la Pentecôte et s'empressa de raconter le prodige qui s'était opéré en sa faveur (Ibid).
« Ung enfant bel comme un angle, de XIIII ans ou environs, né du ventre de sa mère sans langue ou n'avoit en sa bouche seulement que ung peu de char, gros comme
* Ce miracle de chaînes brisées, dont voici deux exemples, se retrouve dans les légendes de S. Apollonius, S. Roch, S. Saturnin, S. Servais de Tongres, S. Victrice, etc«
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une noix, au lieu de langue » fut amené à Saint-Josse, y pria dévotement, recouvra la parole et se mit à bénir son bienfaiteur, non pas dans l'idiome anglais de sa patrie, mais en français (Mss. d'Isembard et de Jehan Mielot).
Sieburge, femme de Bertrand, personnage fort distingué de Bretagne, se rendit au même pèlerinage pour être guérie d'une perte nasale de sang, qui lui durait depuis dix mois. Comme ses vœux ne furent pas immédiatement accomplis, elle quitta l'église en se plaignant hautement de l'indifférence du Saint à son égard; mais comme elle passait devant la Croix ^ le sang cessa de couler de ses narines et elle retourna bénir le Bienheureux de sa miséricorde (Ms. d'Isembard).
Un homme d'un âge mûr était complètement sourd depuis sept ans. Sa femme le conduisit d'abord au tombeau du saint ermite et ensuite à sa célèbre fontaine. Elle lui arrosa trois fois la tête de l'eau miraculeuse, et l'ouïe fut rendue au suppliant (Orderig Vital) .
Un dimanche, tandis que le prêtre-sacristain célébrait la messe solennelle, un vassal du comte Hilduin, nommé Garembert, fut frappé par une main invisible, comme on lisait ces paroles de l'Evangile / Pourquoi médiêez-vous le mal au fond de votive cœur? Ce malheureux nourrissait le projet de dépouiller le sanctuaire et aurait voulu faire remplacer par un complice le sacristain Sigenaire. On le transporta hors de l'église, vomissant des flots de sang. Repentant de sa faute, il fut guéri par les mérites de S. Josse (Ibid.).
Ce même jour, une femme nommée Ostrechilde, ne put sortir de l'église ; ses pieds glacés semblaient rivés au sol dont on ne pouvait l'arracher; le lendemain, elle se voua comme serve à Saint- Jossô et, soudain guérie, accomplit fidèlement sa promesse [Ibid,),
Un berger des environs de Saint-Josse avait abandonné son troupeau pour aller assister à l'office de la Trinité. A son retour, il aperçoit un loup qui emportait une de ses brebis ; c'est en vain qu'il court après l'animal ravisseur...
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mais tout à coup il songe à invoquer S. Josse ; le loup tourne alors ia tête et, après quelques moments d'hésitation, dépose la brebis saine et sauve (Ms. d*Isembard).
Des pèlerins de la ville de Saint-Quentin rencontrèrent sur la route une canne et ses cannetons. L'un d*eux s'ima* gina de leur ordonner, en vertu de la puissance de S. Josse, de les accompagner jusqu'à son monastère, encore éloigné de douze milles. Les intelligents oiseaux s'empressèrent d'obéir, moitié volant, moitié trottant, et servirent de guides à la caravane, au grand ébahissement des villageois, qui voyaient passer ce singulier cortège {Ibid,).
Un enfant nommé Jean était tombé à l'eau, dans un endroit fort dangereux ; ses parents désolés ne purent retrouver son corps qu'au bout de deux jours, après avoir invoqué le secours de S. Josse. Cette première grâce obtenue leur fît concevoir une espérance surhumaine; ils portèrent le cadavre sur l'autel du Saint et lui redemandèrentla viede leur enfant. Leur ardente prière fut exaucée. Quand l'enfant fut devenu homme, il se fît moine h Tabbaye de Saint-Josse. Le copiste continuateur d'Isembard ajoute qu'il mourut en 1224, ce qu'il est impossible d'admettre puisque l'abbé Florent, qui raconte le même fait, vivait en l'an 1015 et dit que ce religieux existait encore de son temps.
Le feu ayant pris à une ville voisine où était logé un pèlerin, celui-ci n'eut que le temps de prendre le berceau de son enfant et de courir le déposer dans un des bas-côtés de l'église où il le croyait en sûreté. Cependant, la flamme activée par le vent gagna bientôt les combles et la charpente de l'édifice qui s'écroulèrent tout embrasés sur le berceau de l'enfant. Le malheureux père, arrivé trop tard pour conjurer ce danger, s'écria naïvement qu'il n'irait plus jamais visiter S. Josse s'il ne lui rendait son fils. On retrouva bientôt l'enfant au milieu des brasiers, sain et sauf, et jouant avec des charbons ardents. Quand on l'eut retiré du foyer incandescent, on vérifia qu'il n'avait aucun mal, bien que ses langes et son berceau eussent été com-
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plétement carbonisés. Cet enfant fut appelé Dieudonné, et plus tard il se fît religieux dans l'abbaye de son sauveur (l'abbé Florent).
Orderic Vital, qui, vers Tan 1086, entra au monastère de Saint-Evroust (diocèse de Lisieux), possesseur depuis peu des revenus de Téglise de Pernes en Vexin *, a consacré un assez long chapitre de son Histoire de Normandie flib. m) à raconter la translation qui aurait eu lieu dans cette église du corps de saint Josse, sous le règne de Henri P^ Nous lui laisserons narrer ce récit fort suspect, avant d'en contrôler la véracité.
a Les princes du royaume ayant changé et les grands seigneurs se faisant la guerre, le corps de S. Josse fut de nouveau couvert de terre, pour le soustraire aux profanations des ennemis. Il resta si longtemps caché que ceux qui l'avaient enfoui étant venus à mourir, on ignora généralement ce qu'il était devenu. Du temps de Henri, roi des Français, alors que les moines étaient désolés de ne pas savoir où reposait le corps de leur patron, une révélation divine le fit connaître k un simple laïque : il fut alors exhumé avec solennité par les soins de l'abbé et des frères. Ensuite les moines reçurent dans leur ordre celui qui avait découvert ces reliques, l'établirent gardien du saint tombeau et lui confièrent les offrandes des fidèles. L'abbé étant mort, son successeur ne témoigna pas au sacristain l'amitié qu'il lui devait et ne le traita pas aussi bien que son prédécesseur l'avait fait. Ce sacristain, profondément blessé, enleva de nuit le saint corps et l'emporta avec lui en France. Cependant Geoffroy, seigneur de Neuf-Marché * (Gomei'cium)^ le reçut honorablement avec le trésor qu'il portait et lui accorda jusqu'à sa mort l'église collégiale du château de Neuf- Marché, où il y avait quatre chanoines. Quelque temps après, la guerre s'étant déclarée, Henri,
1 Autrefois du diocèse de Rouen, aujourd'hui de celui de Beauvais, dans le doyenné de Cbaumont-en-Ve2dn. * Près de Gournay, Seine-Inférieure.
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roi des Français, mit le siège devant Neuf-Marché, attaqua Geoffroy avec toutes les forces de son armée et mit le feu à la place. Pendant que l'incendie dévorait Téglise et la ville, un chanoine tira du cercueil les ossements de S. Josse et se sauva précipitamment. Interrogé sur le pont par une sentinelle à la solde du roi sur la nature du fardeau qu'il portait, il avoua qu'il était chargé de vêtements sacrés et de livres. Le soldat s'empara de tout ce butin et s'enfuit bien vite sur le territoire de Parnes en Vexin. Ce larron, nommé Robert, était surnommé Merlebren, c'est-àdire qui fait un mélange de son : c'était un des hommes à la solde de Raoul de Chaudry », l'un des premiers chevaliers de l'armée française. Joyeux de posséder un pareil butin, Robert le fit placer dans l'église de Saint-Martin par le curé et les paroissiens. H y a déjà plus de soixante-dix ans qu'ily est respectueusement conservé. D'innombrables miracles y ont été opérés sur les malades et, de nos jours, quand la foi de ceux qui les réclament mérite un tel bienfait, il s'en opère encore fréquemment, ainsi que l'atteste tout le voisinage.
« Guillaume de Merlerault, vénérable moine et prêtre, a composé un excellent ouvrage sur la translation de ce. saint corps et sur les nombreuses guérisons qui s'accomplirent à Parnes. Dans ce traité véridique et éloquent, on trouve le récit de tous les événements merveilleux qui ont eu lieu devant les reliques de S. Josse *.
« Philippe, roi des Français, avait la fièvre depuis deux ans, et tout l'art de la médecine échouait devant sa maladie. Il vint alors à Parnes, but de l'eau sanctifiée par l'approche des reliques du Bienheureux, passa deux nuits en prières dans l'église et recouvra la santé. En reconnaissance, il offrit au sanctuaire cinquante sols de Pontoise, accorda une foire annuelle en l'honneur du Saint,
* Chaudry est un hameau dépendant de la commune de Parnes,
* Nous croyons que cet opuscule est perdii.
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pour la troisième fêle de la Pentecôte *, et confirma cet établissement par un édit de son autorité royale. Il se fit encore beaucoup d'autres miracles à Parnes, par le mérite de S. Josse ; il s'y en fait encore'aujourd'hui journellement. »
Mabillôn *, Dom Grenier et bien d'autres écrivains ont accueilli sans conteste ce récit qui nous semble renfermer beaucoup d'invraisemblances, dont quelques-unes ont été relevées par Abelly, et par VHistoria Sancti Judoci supra mare^ manuscrit composé vers- l'an 1674 par Dom Wiart, bénédictin, natif d'Etaples, et conservé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale (Fond. S. Germ. Lat. 53i).
1® Le commencement dé ce récit nous semble évidemment calqué sur le récit de la découverte des reliques faite en 977 par le laïque Etienne, qui prit l'habit religieux dans la cellule de S. Josse.
2° On ne devine pas quelle serait la guerre de longue durée, ayant le Ponthieu pour théâtre, qui aurait pu déterminer les moines à tenir si longtemps cachées sous terre les reliques de leur patron.
3" Comment admettre que les religieux qui connaissaient l'endroit où aurait été enfoui le corps de S. Josse soient morts sans révéler ce secret à leurs confrères ?
4** La garde de ce précieux dépôt, après sa découverte, aurait été donnée à un laïque, ce qui est tout-à-fait contraire aux usages monastiques de cette époque.
5° La chronologie de ces faits est inadmissible. Le corps de S. Josse n'était assurément point caché sous les règnes de Hugues Capet et de Robert-le- Pieux, puisque les miracles racontés par Isembard ont eu lieu sous ces deux règnes. L'abbé Florent, qui écrivait vers Tan 1015, nous confirme le culte public rendu à cette époque aux reliques du pieux solitaire. Or, d'après Orderic Vital, elles auraient été portées à Parnes sous le règne de Henri P', qui mourut
1 Cette foire existe encore aujourd'hui, quelle que soit son origine.
^ Act. SS. Bened. vu, 545.
118 s. JOSSE, ERMITE EN P0NTHIK1I.
en 1060. Comment, en un espace de temps inférieur à qua. rante-einq ans, pouvoir grouper toute la série de ces événements? Peut-il justifier le ion*; oubli de l'endroit où aurait été caché le corps, et sa garde par un laïque sous deux abbatiats successifs?
6° Toute celte histoire repose sur le témoignage un peu suspect d'un sacristain voleur, et sur celui d'un soldat à qui le chanoine de Neuf-Marché nu pas même dit que c'était bien le corps de S. Josse qu'il soustrayait au pillage.
7* La présence perpétuelle du corps entier de S. Josse à l'abbaye qui porte son nom donne un démenti à ce récit. — Le chef n'y manque pas, car au moment de l'ouverture de la châsse vermoulue, en 1805, ou remarqua que des souris avaient fait leur nid dans le crâne duSaint. Il existe encore à Saint-Josse-sur-Mer des vieillards qui ont été témoins oculaires de ce fait.
8° M. Auguste le Prévost, dans une note de son édition d'Orderic Vital (11, 142^, dit à ce sujet : a Nous n'avons pu retrouver dans les historiens Français aucune trace de ce pèlerinage de Philippe I" à Parues, ni de la concession qui en fut la suite. A la vérité, nous le verrons ci-dessous en proie à plusieurs maladies douloureuses et dégoûtantes, qu'on regarda comme le châtiment de son long adultère avec Hertrade de Montfort, niiiisqui ne peuvent être confondues avec la lièvre intermittente dont il s'agit ici. »
1)° Ajoutons entin que, quand bien même on prouverait lit véracité de ce récit, on ne porterait pas atteinte à lauthenticité des reliques encore aujourd'hui conservées à la paroisse de Saint-Josse sur-Mer. Car ce qu'on appelle le corps de S. Josse, vénéré maintenant en(iore à Parnes, se compose seulement d'un crâne et d'un ossement.
La seconde caisse contenant les cendres de S. Josse, cachée dans un mur de l'église, ne fut décpuverte qu'en 1134. Guérin, évéque d'Amiens, en lit l'ouverture en présence de Guy, comte de Ponthicn, et d'Ktieime, comte de Boulogne-.
s JOSSËj ERMITE £N PONTHIEU. 119
En 1 184, Philippe d'Alsace, comte de Flandres prescrivit la réparation d'un chemin communal de Maries, dans Tintérêt des pèlerins qui se rendaient à Saint- Josse-sur-Mer (Harbaville, Mémor. ii, 96).
Le 15 octobre 1195, Thibault d'Heilly, évéque d'Amiens, transféra solennellement ces mêmes reliques dans une châsse richement ouvragée où était sculptée la légende du Saint. Les comtes de Boulogne et de Ponthieu signèrent au procès-verbal (Mss. de De Court et de J. Lefèvre).
Pendant les troubles inévitables delà guerre, on déposait parfois sous la garde de S. Josse les richesses qu'on voulait soustraire au danger du pillage. Un nommé Hugues, officier de Renaud de Dammartin, comte de Boulogne (1 198), entreprit de violer ce saint asile et d'en enlever les trésors. Comme il méditait ce projet, en passant dans la forêt de Hardelot ', il fut assailli par des corbeaux qui lui crevèrent les yeux et le tuèrent à coups de bec. Quand le comte de Boulogne eut vu ce cadavre, il se repentit des funestes conseils qu'il avait donnés à son officier (Ms. d'Isembard).
Un fils de ce Renaud, que le manuscrit d'Isembard appelle Gérard de Waben, ne fut pas arrêté par un pareil exemple, et conçut aussi le dessein de dépouiller le monastère. Comme '\l rêvait à ce projet sur le bord de la Planquette, qui arrose le village de Dannes *, un soufflet invisible le précipita dans l'eau. Ses complices l'en tirèrent; mais il était agité par une si furieuse démence qu'on fut obligé de lui lier les pieds et les mains pour le reconduire à son domicile trois jours après. Son père Renaud, qui vit là la main vengeresse du Seigneur, alla faire amende honorable au tombeau de S. Josse.
Un gentilhomme, nommé Pierre Omehen, seigneur de Facqueline (diocèse de Trêves), fut atteint en 1408 d'une espèce de lèpre. Il allait, suivant l'usage du temps, être
•Près de Samer, Pas -de Calais.
2 Canton de Samer, Pas -de Calais.
condamné k se cluquemiirer dans une maladrcrie, quand on lui conseilla d'aller intercéder S. Josse. Les magistrats consentirent à surseoir à leur arrôt. Quand ce gentilhomme eut touché la châsse du Saint, il fut radicalement guéri, et procès-verbal authentique fut dressé de cet événement (Abelly).
En 1444, un jeune homme, nommé Pierre, fut arrêté dans les champs par des soldats en maraude, qui voulaient savoir de luif où s'étaient cachés les habitants du village voisin. Ne pouvant avoir. raison de son silence généreux, ils se vengèrent en lui coupant la langue et, par un raffinement de cruauté, ils la lui mirent dans son côté où ils avaient creusé une ouverture qu'ils recousirent à Taiguille. Le pauvre mutilé, après avoir été pansé par des personnes charitables, retourna chez le bourgeois de Gand où il était en service. Il y resta sept ans, en déplorant le funeste accident qui le privait de la parole. Un jour que sa maîtresse partait en pèlerinage à Saint-Josse-sur-Mer, avec quelques autres dames, il obtint de suivre leur voiture et de s'associer à leur acte de piété, H marcha longtemps nupieds et ne mit ses souliers que sur les instances de sa maîtresse. Arrivé à Saint-.losse, il court aussitôt à l'église, supplie ardemment le puissant patron, sent sa langue se reformer dans sa bouche, articule nettement des paroles, bénit Dieu tout haut de ce prodige, raconte son histoire et montre à l'appui la cicatrice de son côté. Le père Jean de Nampty, dominicain du couvent d'Amiens, qui se trouvait là, monta en chaire et prononça à cette occasion un discours d'actions de grâce (Aijelly).
Un meunier de Moreuil avait été convaincu de vol et mis en prison. Un jeune homme de (]uinze ans, nommé Bernard, qu'il avait à son service, fut déclaré son complice, bien qu'il fût complètement innocent. L'accusé et ses parents invoquèrent la protection de S. Josse auquel ils portaient une dévotion toute spéciale. Sur ces entrefaites, Philippe-le-Bon, comte de Flandre, qui, du chef de sa femme, était seigneur de Moreuil, vint à passer dans cette ville et y ordonna de pendre les deux accusés. On s'empressa
d'exécuter cette sentence. Grâce à S. Josse, Bernard n'éprouva aucun mal en restant pendu depuis la troisième heure du jour jusqu'au soir. Deux militaires, qui passèrent alors près du gibet, entendirent sa voix : « Je vis, disaitil, je n'ai éprouvé aucune douleur ; allez avertir les voisins. » Le maïeur voulait donner suite à Farrét, mais le prieur de Saint- Vaast et ses moines, ainsi que l'abbé de Saint- Acheul qui se trouvait là, ne furent point de cet avis. Bernard fut conduit au prieuré où il raconta la protection qu'il devait à S. Josse, et bientôt il alla témoigner sa reconnaissance à son sauveur (Ms. d'Isembard).
Rodolphe Agricola, professeur de philosophie à Heidelberg, l'un des écrivains les plus érudits du XV' siècle, composa des vers en l'honneur de S. Josse, par reconnaissance pour la guérison d'une fièvre, qu'il attribuait à son intercession. Voici le commencement de son poëme :
Regise progenies^ veterum stirpis clara Britonum, Ecce nitet rutila Judocus luce per orbem. Maxime confessor tibi nos debere fatemiir^ Quodcumqiie vitae est^ quas cœli carpemus auras. Tu varios inter jactata m fiigora et œstus, Ftibribus et lacer um prestas revalesccre corpus. Salve, iterum salve, et votivas optime laudes, Accipias placidus, majoraque ferre volentes, Pauperes ingenii tenues ne dcspice rivos.
En 1505, l'église de Saint- Josse-au-Bois (Dommartin) fut frappée de la foudre : elle brûla tout entière sans que la châsse du saint patron fût atteinte par les flammes (Gallia christ, x. 1352).
Une femme du diocèse de Cologne se laissait si facilement emporter par la colère qu'elle maudissait souvent sa fille et la donnait au diable. Quand elle eut un gendre et qu'elle vit sa fille moins dépendante, elle redoubla d'invectives. Dieu, pour la punir, permit qu'elle fût possédée du démon. Les exorcismes ne pouvaient la guérir et, sans
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qu*elle remuât les lèvres, on entendait le malin esprit répondre aux questions qui lui étaient adressées. Pendaot les dix années qu elle passa en cet état, son mari l'avait en vain conduite à beaucoup de pèlerinages. Il commençait à perdre tout espoir, quand il se décida, en 1525, à accompagner un certain nombre de ses compatriotes qui allaient vénérer le tombeau de S. Josse. On eut grand peine à vaincre la résistance de la possédée pour la transporter dans Téglise du saint confessseur : là, elle poussa des cris épouvantables, surtout quand huit hommes la saisirent pour lui faire baiser la châsse. Quelques jours après, pendant la procession de la fête de la Pentecôte, la possédée tomba inanimée, alors qu'on déposait le reliquaire sous le portail de l'église. Les pèlerins étrangers qui étaient venus d'Angleterre, de Flandre, d'Allemagne, de Hongrie et de Suisse se mirent en prière pour obtenir sa délivrance. Ces vœux furent exaucés ; le démon, en jetant un grand cri, quitta le corps qu'il obsédait, et la femme délivrée, reprenant possession de son libre arbitre et de sa tranquillité d'âme, suivit la procession, enjoignant ses actions de grâces à celles de la foule émerveillée *.
Une dame catholique des Pays-Bas, nommée Revembergue ', étant venue en pèlerinage à Saint- Josse en 1614, fut frappée du mauvais état où était réduite l'antique châsse du Bienheureux, et fournit aux frais nécessaires pour la remettre en état. Cette môme année, Geoffroy de la Martonie, évoque d'Amiens, délégua Martin Dournel, abbé de Dommartin, pour faire la récognition des reliques et les réintégrer dans la châsse restaurée. Le Gai lia Christiana (x, 1353) se trompe en disant que cet abbé emporta dans son monastère les reliques de S. Josse ; il ne prit, sans
* Nous suivons ici la version d'Abelly qui paraît avoir eu sur ce fait des documents spéciaux. Il est rapporté un peu différemment par le copiste et continuateur d'Isembard.
* Ne serait-ce pas plutôt une dame de Ravensbourg? on s'expliquerait ainsi le culte de S. Josse dans cette ville du Wurtemberg, où il aurait été introduit par cette pèlerine.
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doute avec le consentement des Bénédictins, que les reliques que le pieux ermite avait rapportées de Rome avec lui, et dont on attribue à tort le don au pape S. Martin. Il emporta aussi la plus grande partie deTécharpe dont nous avons parlé. N'est-ce pas cette relique que le P. Daire (Hist. d'Amiens, n, 323) aurait confondue avec le prétendu rocket que Martin Dournel aurait donné aux religieuses de Moraucourt d'Amiens ?
En 1645, Nicolas Ledé procure à son abbaye de Saint- André-au-Bois une petite relique de S. Josse (Chronique Ms. de Saint-André^.
Etienne Moreau, abbé de Saint-Josse-sur-Mer, donna en 1705, à l'église paroissiale de Saint-Josse de Paris, deux ossements de son patron (D. Lodineau, Vies des saints de Bretagne).
Jacques Lefèvre, dans le manuscrit conservé aux Archives du Pas-de-Calais, raconte qu'Arnould, prieur claustral de Saint-André-au-Bois, fut guéri^ par l'intercession de S. Josse, d'une extinction de voix qui lui durait depuis longtemps, et que lui-même, condamné par les médecins, revint à la vie en 1705, après avoir imploré le secours de S. Josse et de S. Thomas de Cantorbéry.
L'abbaye de Saint-Josse-sur- Mer ayant été supprimée quelque temps avant la Révolution, les reliques furent transférées à l'église paroissiale. Soustraites en totalité en 93 par de pieux fidèles, elles furent rendues en 1805 et reconnues le 3 mai par l'évéque d'Arras, dans le diocèse duquel se trouve maintenant le village de Saint-Josse. Une autre récognition eut lieu le 5 Juin 1843. Un os du bras avait été donné à l'église Saint-Saulve de Montreuil ; c'est de cette relique qu'on détacha une parcelle en 4835 pour l'église d'Yvias, dédiée à S. Josse, dans le diocèse de Saint-Brieuc.
Signalons la présence de quelques ossements de S. Josse à la cathédrale d'Arras et à l'église d'Oignies (Pas-de- Calais), à celle de Corbie, etc.
Les reliques qu'on lui attribue à Parnes (tête et os du bras) sont renfermées dans un buste en argent ; elles sont mentionnées dans le Propre de Beau vais.