‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens (volume 2)Chapitre 16 sur 65 · s. J08SE, EBMITS BN PONTHUSU · texte numérisé non relu

s. J08SE, EBMITS BN PONTHUSU

Il y avait jadis des reliques de S. Josse aux abbayes de Dommartia, de Saint-Aadré-au-Bois, de Saint-Riquier, de Floreffe (diocèse de Namur) ; à Notre-Dame de Soissons, aux Chartreux d'Abbeville, à la paroisse de Saint* Josse de Paris, etc.

M. Henneguier nous dit avoir vu à Âiron, il y a une . cinquantaine d* années, dans une chambre qui avait été la chapelle de l'ancien château, une chasuble qu'on attribuait à S. Josse. Le propriétaire de la ferme, M. Baudar» en donnait des morceaux à qui en voulait, en sorte qu'il fitiit par ne plus rien avoir.

MONUMENTS

Abbaye de Saint-Josse-sur-Mer. — Ce monastère bénédictin est désigné sous quatre noms différents :

1® Sanctus Judocus supra mare^ à cause de sa position topographique et pour le distinguer de Saint-Josse-au-Bois.

2** Viens : c'est ainsi que l'appelle Alcuin (ept'st, 93), sans doute à cause de son voisinage de Quentowic.

3^Cella Maritima ou Celle- Saint" Josse^ pour indiquer que son origine a été la cellule du saint ermite. Plusieurs écrivains ont confondu le monastère de Picardie avec d'autres abbayes qui portaient le nom de Cella,

4° Cruels monasterium^ à cause de la croix qu'on y transporta de Bavémont et qui conserva longtemps le nom de La Croix.

Npus avons dit qu'une charte du temps de Charles le Chauve prouve que cette abbaye fut construite à un emplacement nommé Schaderias. Godescard le désigne à tort sous le nom de Runiac. Baillet a confondu cette abbaye bénédictine avec celle de Prémontré, située à Saint- Josse-au-Bois.

Le troisième ermitage où mourut S. Josse fut habité après sa mort par quelques ermites ; Charlemagne y fit construire un hospice destiné aux pèlerins qui y venaient

vénérer le corps du prince breton et en confia Tadministrationà Alcuin dont nous avons raconté la vie. Louis le Débonnaire donna la Celle de S. Josse aux religieux de Tabbaye de Perrière; Fun d'entre eux, Warembald, vers Tan 830 et non pas en 804, constitua réellement un monastère et en fut le premier abbé .

Enrichi par Louis XI et le duc de Bourgogne, le monastère de Saint- Josse possédait de vastes propriétés qui s'étendaient depuis Étaples jusqu'à Saint- Aubin ; il fut uni en 1663 à la congrégation de Saint-Maur.

Vers la fin du siècle dernier, cette maison était tombée en pleine décadence. Le petit nombre de religieux qui y restaient alla vivre en communauté avec les moines de Saiht-Saulve de Montreuil.

Abbaye de DomiMautin. Des ermites succédèrent à S. Josse dans la solitude de Runiac, sur le territoire actuel de Tortefontaine, à l'endroit qui porta successiv^ement les noms de CellaS. Judoci^ Cence de Smni Jodec^ Oratoire de S, Josse ^ Sainf'Josse-au'Bois^ ferme Saint- Josse. L'un de ces ermites, nommé Milon, qui devait un jour occuper le siège épiscopal de Térouanne, ayant embrassé la règle de Prémontré, fonda dans cette retraite, en H21, grâce aux libéralités de Guillaume Talvas, comte de Ponthieu, une maison de son ordre, et en fut institué premier abbé par S. Norbert*. Son successeur, le B. Adam *, transféra cet établissement en 1161 sur un fond voisin de l'Authie, à trois quarts de lieue de là, cédé par Eustache Collet, de la famille des châtelains de Beaurain. Ce riche domaine prit le nom de Dominium Martini^ parce que la Celle de S. Josse était sous le vocable de S. Martin : aussi la nouvelle abbaye fut-elle désignée bientôt sous le nom de Dompmartin ou Dammartin (Domnus Martini)^ aussi bien que sous celui de S. Judocus in Nemore. Son église fut dédiée, en 1163, à la Sainte Vierge et à S. Josse (Parenty, NotM sur r abbaye de Dommartin),

* Voir la biographie que nous consacrons auB. Milon. ^ Nous avons raconté sa vie, tom* i, page '11*

126 s. JOSSE, ERMITE EN PONTHIEU.

L'abbaye de Dommartin qui, comme celle de Saint-Jossesur-Mer, appartenait à notre diocèse, a été la maison-mène de neuf établissements de chanoines de Prémontré, dont les quatre suivants se trouvaient dans l'ancienne circonscription de l'Église d'Amiens : Sery, Saint- André-au-Bois. Saint-Pierre de Selincourt, Saint-Jean d'Amiens. La liste de ses abbés, donnée par Abelly et le Gallia chrlstiana^ est fort incomplète. MM. Parenty et Ch. Henneguier ont découvert un certain nombre de noms oubliés.

Le monastère de Saint-Josse-au-Bois ayant été pillé par les calvinistes en 1568 et par l'armée du duc d'Alençon en 1581, une nouvelle église achevée en 4604 fut dédiée par Geoffroy de la Martonie à la Sainte Vierge et à S. Josse {Gallia christ. X, 1348)

La Révolution n'a laissé subsister des anciennes constructions que quelques pans de murailles de l'église et des cloîtres, ainsi que les bâtiments d'exploitation agricole. Depuis 1834, Dommartin n'est plus qu'un hameau dont le territoire a été partagé entre ceux de Tortefontaine, de Mouriez et de Raye (Harbaville, JUémor. ii, 130).

Le 13 décembre était fête chômée, non seulement à Dommartin, mais à Tortefontaine, à Dompierre, à Raye, à Mouriez, à Douriez. Les pèlerins affluaient de la Picardie et de l'Artois pour vénérer dans l'église abbatiale les reliques contenues dans un buste d'argent auquel on faisait toucher des linges.

Chapelle de Saint-Josse-au-Bois. — La chapelle bâtie sur l'emplacement de l'ermitage du solitaire, sur le territoire de Tortefontaine, était le rendez-vous d'un autre pèlerinage. Au dimanche de la Trinité, plusieurs milliers de fidèles assistaient à la messe solennelle qu'y chantaient les religieux de Dommartin. La destruction de la chapelle en 1793 ne fit qu'interrompre pendant' quelques années le cours de cette dévotion séculaire ; on vit bientôt les pèlerins du Ponthieu, du Vimcu, du Mai-quenterre, du Boulonnais et de l'Artois, reprendre le chemin de Saint-Josse et venir s'agenouiller sur les pierres dispersées du sanctuaire.

s. JOSSE, ERMITE EN PONTHIEU 127

Une nouvelle chapelle, érigée en i860, aux frais d'une pieuse famille, fut solennellement inaugurée en présence de cinq à six mille personnes, et depuis lors le pèlerinage du jour de la Trinité a repris son ancienne importance. Les fidèles vont en même temps à l'église de Tortefontaine, dont ils font le tour, en priant, et y vénèrent la statue de S. Josse. Ils se réunissent souvent, par groupes de neuf personnes, pour faire une neuvaine en un seul jour. On invoque le saint ermite pour une foule de besoins et spécialement contre l'incendie des récoltes. (Communication de M. Levrin, curé de Tortefontaine.)

Les deux fontaines que S. Josse fit jaillir en faveur du duc Haymon, non loin de Tendroit où il allait fonder un nouvel ermitage, devinrent un rendez- vous de pèlerinage qui n'a point cessé d'être fréquenté depuis lors. On se rappelle pour quelle raison l'une fut désignée sous le nom de Fontaine aux Chrétiens et l'autre de Fontaine aux Chiens. « Au-dessus de la première qui est maintenant un peu enfoncée dans la terre et couverte d'une petite voûte, dit Abelly, il y a une fort belle chapelle, très-bien voûtée, de 50 pieds de long, dédiée en l'honneur de S. Laurent, et qui parait avoir été construite par un abbé de la maison de Croy. Tout auprès de cette chapelle paraît encore la seconde fontaine appelée la Fontaine aux Chiens, dont les eaux ne sont pas moins salutaires que celles de la première. »

M. Poultier,maire de Saint-Josse- sur-Mer, afait construire récemment une fort belle chapelle, dans le bois attenant au château, près de la fontaine aux Chrétiens où les pèlerins puisent de l'eau qu'ils emportent chez eux. M. Laurent, ancien curé de Saint-Josse, nous assure que cette source, ainsi que plusieurs autres, qu'on désigne sous le nom de S. Josse, ne mérite point cette qualification et que Tancienne fontaine attribuée au patron du Ponthieu a cessé d'exister depuis plus de cinquante ans.

Nous avons parlé plus haut des fontaines des Bretons^ du Gard, et de Dompierre.

&AiNT-JossE-AU-vAL-DE-MoNTHEuiL.—D'aprèsla tradition, cette église aujourd'hui convertie en magasin, aurait été

128 s. JOSSE, ERMITE EN PONTHIEU.

construite h un crapiaccment enclavé par le cours de la Canche où S. Josse venait parfois prier dans une chaumière qu*ii s*était construite. Hugues Capet, en 988, donna l'église Saint-.Iosse-au-Val à l abbaye de Saint-Saulve. Elle fut reconstruite au XV' siècle et en 1772 {Hist. dAbbevilkf II, 501).

Eglise Saint-Josse de Paris. — La traditfon veut que cette église ait été élevée dès le VP siècle, sur remplacement d'un hospice où le prince breton et ses compagnons auraient été hébergés pendant leur court séjour i\ Paris, avant leur voyage dans le Ponthieu. Cependant il est certain, d'après untitrede 1235, que l'église fut construite sur le terrain qu'occupait une maison particulière. On pourrait supposer, il est vrai, que l'ancien hôpital ot la chapelle du VI* siècle avaient fait place alors à des propriétés privées.

La chapelle Saint-Josse, située à la rencontre des rues Aubry-le- Boucher et Quincampoix, ayant été renfermée dans la ville par l'enceinte de Philippe-Auguste, ceux des habitants de la paroisse Saint-Laurent qui se trouvaient dans le même cas réclamèrent l'érection de cet oratoire en paroisse, ce à quoi consentit l'évêque de Paris.

Reconstruite en 1679, cette églisse paroissiale qui, d'après l'abbé Lebœuf, n'avait que vingt-neuf maisons dans sa juridiction spirituelle, a été démolie en 1791.

La paroisse Saint-Josse était surtout habitée par des orfèvres : c'est ce qui explique ce vieux proverbe popularisé par Molière : Vous êtes orfèvre, Monsieur Josse.

Croix de Recques. -^ Il y avait jadis à Recqucs {Itcka)^ village du canton d'Etaples, une croix de pierre dont la base, disait-on, gardait l'empreinte des genoux de S. Josse. La tradition, accueillie par Malbrancq, prétendait que le saint ermite avait fondé là un oratoire où il venait souvent prier. Nos trois anciennes biographies sont complètement muettes sur ce point.

Bavémont et la croix COUPÉE — On se rappelle que c'est sur la colline de Bavémont (Bavoni mons), sur le territoire d*Airon-Saint*Vaast,que s'accomplit laguérison de

s. JOSSE, 2RMITE EN PONTHIEU. 129

la fille du seigneur d'Airon. On érigea une croix en commémoration de cet événement, et elle devint bientôt le rendez-vous des pèlerins; leur affluence fut si grande qu'on crut devoir transporter la croix à l'extrémité opposée du territoire de Saint-Josse-sur-Mér, entre ce village, Saint- Aubin et Sorrus, du côté de Montreuil, là où il était facile d'abriter les voyageurs *. Bavémont ne fut point cependant complètement délaissé ; on y bâtit unoî chapelle, où Ton portait solennellement la châsse de S. Josse, le mercredi de la Pentecôte ; le chemin que suivait la procession était désigné sous le nom de Chemin du corps saint. Elle a lieu aujourd'hui le mardi de la Pentecôte, au milieu d'un immense concours de pèlerins.

La croix, qui donna jadis son nom à la colline de Bavémont, a été mutilée par le temps, disent les uns, par les révolutionnaires, disent les autres, "bu, d'après une version plus probable, par la bande de Fr. de Cocquoville ; il n'en reste que le montant qu'on a incrusté dans un grès : c'est le monument qu'on appelle la Croix coupée. Il est certain que cette dénomination et la mutilation elle-même remontent à plusieurs siècles avant la Révolution de 1789. En 1837, un nommé Coquet, à qui appartenait ce terrain, transporta la croix à l'extrémité de son champ. L'acte de vente, qui obligeait ses ancêtres à la laisser au même endroit, était alors égare et n'a été connu que depuis. Il s'ensuivit un procès qui alla jusqu'en Cassation et se termina au bénéfice de Coquet, par un arrêt du mois d'août 1839. En 1857, un propriétaire de Montreuil, ayant acheté cette pièce de terre, s'empressa de faire rétablir la Croix coupée à sa place traditionnelle.

Le dimanche de la Trinité, on voit environ cinq mille pèlerins qui viennent vénérer cette croix et y faire toucher des médailles, des chapelets, des bouquets.

* Une tradition populaire que rien ne justifie prétend qu'on choisit cet endroit parce que c'est là que s'arrêta, malgré les efforts de nombreux chevaux, le char qui voulait conduire au loin le corps de S. Josse.

130 s. JOSSE, ERMITR EN PONTHIEU.

Calices dits de S. Josse — Ou se rappelle la légende de la main lumineuse qui bénit, en même temps que S.Josse, les oblations du saint sacrifice. On prétendait posséder à Saiat- Jossesur-Mer le calice dont s'était alors servi le célébrant* Jehan Mielot broche encore sur cette trame merveilleuse en disant que « ne peut oncques depuis ne cardinal, ne légat, ne évêque, y faire beneicon (bénédiction)^ et est gardé en grant révérence. »

Ce calice était en fonte et non pas en or, comme le dît Malbrancq qui ne manque pas d'en faire un chef-d'œuvre de S. Eloi. Haut de il centimètres et muni de deux anses, il pouvait contenir trois demi-seticrs, mesure de Paris. La coupe fort large offrait les figurines du Christ siégeant entre S. Pierre et S. Paul et l'agneau mystique entre deux anges. On avait ciselé, sur le pied, les images de S. Martin, S. Benoît, S. Vast et S. Antoine, avec les quatre inscriptions suivantes :

Hic est sanctus Marti nus archiepiscopus. '

Pater monachorum Benedictus abbas.

Hic est sanctus Vedastus episcopus.

....s. sacerdos christi et confesser.

On lisait sur les bords cette autre inscription, souvent mal rapportée :

Cum vino mixta fit XPI sanguis et unda Talibus hs (his) sumptis salvatur quisque fidelis.

Ce précieux monument archéologique a été gravé dans le Voyage littéraire de deux Bénédictins, ir, 179 et reproduit dans l'Archéologie sacrée de M. Godard (ii, 245j.

On conservait avec ce calice, dans la châsse du Saint, un bréviaire ou livre de prières en parchemin, et la courroie en cuir ou ceinture dont nous avons parlé plus haut ; cette courroie, tombée en la possession d'une vieille dame de Montrpuil, a été coupée en petits morceaux et

s. JOSSE, ERMITE EN POÎîTHIEU. 131

distribuée à diverses personnes il y a environ vingi-cinq ans.

On conservait à Tabbaye de Dommartin un autre calice à deux anses, comme ceux qui sont représentés sur les monnaies de Caribert ; on lui attribuait la même origine qu'à celui du monastère de Saint-Josse-sur-Mer, ^ce qui ne pourrait se concilier qu autant qu'on admettrait que Tun des deux était un calice ministériel, destiné h la communion des fidèles ; mais nous croyons qu'ils ne remontaient ni l'un ni l'autre à une origine si reculée. Celui de Dommartin portait cette inscription :

Sumitur hic XPI sanguis protectio mundi.

CULTE ET LlTURGïK.

Nous avons vu que le culte de celui qu'on appelait le médecin Josse et qu'on appelle aujourd'hui le bon samt Josse, était déjà si célèbre au XP siècle que des pèlerins se rendaient à son sanctuaire de toutes les contrées de la France et même des pays étrangers. Quelques historiens * prétendent que Charlemagne y alla en 793 et que ce fut alors qu'il conçut le projet de reconstruire une hôtellerie monastique dont il devait donner l'administration à Alcuin.

Il existait dès lors de nombreuses confréries de S. Josse répandues en France et en Allemagne, puisque l'abbé Florent dédia sa biographie à tous les confrères de S. Josse, per Francœ^um et Teutonicorum régna constitutis,

Orderic Vital, qui vivait au XIP siècle, professait pour notre Saint une dévotion toute spéciale. Après lui avoir consacré plusieurs pages dans son Histoire de Normandie^ il s'écrie : « Bienheureux Josse, nous avons dit quelques mots sur votre mérite et publié dans cet ouvrage les

* P. Ignace, Hist. ecclés. d*Ahbeville^ 468.— Abelly, Vie de S. Josse, «

132 s. JOSSE, ERMITE EX PONTHÎBU.

grâces que Dieu vous accorda. Nous vous avons pieusement exalté scion la faiblesse de nos moyens. Aussi, nous vous prions, glorieux iils du roi des Bretons et digne compagjion des anges, de nous recommander à Dieu par Tefficacité de vos mérites, d'obtenir pour nous la société des saints, avec lesquels nous puissions contempler dans sa ■ gloire le créateur de toutes choses et chanter glorieusement ses louanges dans les siècles des siècles I »

Dans de graves circonstances, on déférait le serment sur les reliques du saint ermite. Ainsi, I^andry du Maisnil, homme de fief de Bernard de Moreuil, seigneur de Villers-sur-Autlîic, jura, au moisdejuin 1237, sur la châsse de S. Josse, qu'il ne réclamerait rien désormais sur la dfme de Villers (D. Grenieii, Intr. 330).

Monstrelet raconte ainsi [Chron. an 1416) le pèlerinage que fit à Saint -Josse, Sigismond, empereur d'Allemagne : « De Saint-Ricquier, il s'en alla à Saint- Josse-sur-Mer en pèlerinage, et vinrent à l'encontre de lui l'abbé et tout le couvent dudit lieu, en procession, comme ils eussent fait pour la venue du roi de France; et quand il eut fait son oraison, il ne donna ni offrit rien au glorieux ami de Dieu^ S. Josse. D

Le comte de Charolais ( Charles le Téméraire ) alla de Bruxelles à Saint-Josse en 1457, avec sa femme, et y acheta « des images d'argent dudit Saint, dorées et blanches, lesquelles coûtent 5i sols, et quatre enseignes d'or [plaquée de pèUrinoge) qui, à raison de 14 sols pièce, reviennent à 56 sols. » (delà Fons, dans la Picardie, m, 205.)

Clément X, par une bulle datée de 1673, accorda une indulgence plénière à tous ceux qui, le jour de S. Josse, visiteraient son église à Dommartin et y feraient la sainte communion (Ms. de J. Lefèvre).

Le village de Parnes (Oise), qui croit posséder des reliques de S. Josse, rend à son patron un culte tout spécial. Le 13 décembre, on distribue aux paroissiens de petits pains bénits, en souvenir de celui qui fut partagé entre quatre pauvres dans l'ermitage de Brahic (Sabatibr, Fie c/e*' Saints du diocÀse dp Beniivais^ p. 509).

s. JOSSË; ERMITE £N POMHI£U. 133

S. Josse est le patron de Béhen, clans le doyenné de Moyenneville. Il Tétait jadis des deux abbayes qui portaient son nom ; de Saint- Josse-au-Val et d'une ancienne chapelle cas traie à Montreuil ; de la paroisse Saint- Josse à Paris.

D'après les croyances populaires, le saint ermite serait le fondateur d'un certain nombre de paroisses des environs de Domraartin et d'un monastère dont on montre encore quelques vestiges à Mayocque. Nous ignorons pour quel motif S. Josse est honoré à Javarin (Autriche) et à Ravensburg (Wurtemberg).

Une commune de l'arrondissement de Dinan porte le nom de Saint- Judoce. Saint- Josse est le nom d'une rue à Hesmond et à Dompierre et d'un faubourg de Bruxelles.

Le nom du saint ermite est inscrit au 13 décembre dans le martyrologe romain, dans quelques martyroteges amplifiés de celui d'Usuard, dans ceux de Bède, de Wandalbert, etc.; ce dernier (IX® siècle) s'exprime ainsi :

.... Judoch pariter colerisque sarerdos Egregie, oceani cedunt oui sœpe procellae ;

ce qui prouve qu'au IX® siècle, comme de nos jours, on invoquait notre Saint pendant les tempêtes. Son nom figure aussi dans les litanies amiénoises du XIIP siècle '{Psalteriurn^ ms. n° 125 de la Bibl. d'Amiens). /

On célébrait jadis, à l'abbaye de Saint-Josse-sur-Mer, cinq fêtes du patron :

1 1 juin. Apparition de la main miraculeuse (665). On célèbre encore aujourd'hui cette fête à Saint-Josse-sur-Mer, où on la désigne sous le nom de la Saint- Barnabe, à cause de la coïncidence de la fête de cet apôtre.

25 juillet. Invention du coi^s de S. Josse (977).

Mardi de la Pentecôte. Procession à Bavémont^ (la Croix).

25 octobre. Translation des reliques (1 195); elle est marquée à tort le 9 janvier dans le MartyroL anglican,

13 décembre. Déposition de S. Josse; elle est mentionnée à tort au 4 août dans quelques anciens calendriers.

134 s. J0;S8£, ERMITE EN PONTHIEU.

Le jour de leur fête patronale,* les habitants du village de Saint-Josse devaient donner au comte de Pontbieu une vache écorchée ; quand la fête tombait un jour maigre, cette redevance était changée en un cent d*œufis et une livre de poivre (Louandre, /^w/o/re dAbbevtUe^ i, 399).

La fête de S. Josse est marquée au 25 juillet dans notre bréviaire de 1528; au 2 décembre, dans ceux de 1746 et 1840 ; au 13 décembre, dans ceux de Paris et de Beauvais, et dans le Propre actuel d*Arras ; au- 14, dans celui de Saint- Valéry ; au 18, dans celui de Saint-Riquier.

Depuis l'introduction de la liturgie romaine, on ne iait plus qu une simple mémoire de S. Josse, au 13 décembre^ dans les diocèses d'Amiens et d'Arras.

Voici l'une des deux hymnes que Santeuil le jeune a composées, pour la fête de S. Josse:

Pontivi latebras nemine conscio lUustris profugus captât amabiles:

Uniusque Det solUcitus trahit

Vitam cœlestibus pareiii.

Hic corpus juvenis nil meritum domat :

Potum rupe scatcns unda, parabiles Fundit terra cibos, deliciae quibus

PursB cœlitus affluuiit.

Regno natus crat : gens vaga piscium Discit vel tacitis nulibus obsequi ; Et prono volucris subdita principem

Pennae remigio colit.

Sancto quin etiam scit dare fœnori ; Utium cum modica qui superest penu, Pancm paupcribus qéfàtuor crogans,

Fructu ccntupUci refert.

Usuram sed enim protinus ubcrem Cœlestis properat rcddere débiter, Frumenti totidem navigiis bene Paftis frustula mune^'ans.

s. JOSSE, ERMITE EN PONTHIEU. 135

Mosem, 8i videas, dixeiis alterum, Cum virgam quatiens imperat aridœ Saxosoque sinu prosiliens latex

Haymonis recréât sitim.

Tantas, summe Pater, cordibiis intimis Virtates renovet Spiritus artifex ; Et diirls lacrymas pectoribus ciens

Sordes criminis eluat !

ICONOGRAPHIE

Le plus ordinairement, on représente S. Josse en habit de pèlerin, un bourdon à la main et deux clés croisées sur son chapeau, pour indiquer son voyage à Rome. Le sceptre et la couronne qui gisent à ses pieds rappellent la royauté qu'il a refusée. Parfois il porte suspendu à une écharpe l'escarcelle des reliques que lui donna le souverain Pontife. Ce détail, mal compris par quelques peintres, a été plus d'une fois défiguré: l'écharpes'estcbangée en baudrier, et la cassette en aumônière.Onle représente aussi faisant jaillir une source avec son bâton, ou bien partageant son pain avec un pauvre. C'est à tort qu'on lui donne parfois une mitre, puisqu'il ne fut jamais abbé.

Dans les Vies des solitaires d'Occident^ par Villefore (i, 336), nous voyons S. Josse priant près des autels de S. Pierre et de S. Paul, auxquels il avait bâti un sanctuaire dans la solitude de Schaderias,

Dans l'église de Saint-Josse-sur-Mer, récemment construite^ on voit, outre un vitrail moderne, une Istatue du Pa. tron, haute de deux mètres. Le prince breton, en habit royal, foule aux pieds la couronne et le sceptre.

Il y a aussi des statues du saint ermite dans les églises de Tortefontaine, de Mouriez (1836), de Saint- Josse-au- Val h Montreuil, et dans la chapelle de Saint-Josse-au-Bois (1861).

Une ancienne image de S. Josse, qu'on distribuait jadis

136 s. :0:SB, ERMITE EN PONTHIEL*.

aux pèlerins, nous le montre revenant de Rome, sur la colline de Bavèniont, avec un rofTrct de reliques suspendu par uneécharpr. On voit dans le lointain Tabbaye qui doit illustrer cette contrée: au Kas on lit ces quatre vers :

Sainct Josse abandonnant la grandeur de ce monde S'acquit dans les déserts la grandour sans seconde ; Et si depuis sa mort on Tinvoque en ce lieu, C'est que mort à soy même il n'y vi-cut qu'en Dieu.

M. Guénebault, dans ion Dktionnnire iconographique^ indique les gravures suivantes :

S. Josse à genoux devant un autel et embrassant un crucilix d'où sortent trois branches de lis, une de la partie supérieure et les deux autres des bras : des anges lui apportent la couronne du triomphe ^Stengelius, Imaginer sanctorum bened, p. 169).

Le môme, refusant la couronne que lui présente son frère {Fasti marioni^ 13 décembre).

Le même, tenant un crucifix (Raubeck, Calend, bene- (/W., t. IV, 13 décembre).

On connaît encore d'autres images de S. »Iosse, gravées par Burgmaier, L. Weycn, WolFgang, etc.

Nous avons vu, à Sainte-Miinedu ('apitoie, de Cologne, S. Josse figurant dans une peinture murale de l'i66. attrihu<''o à Israël Von Meckcnlicim.

BlBL10GlîAI»Hlli.

Un auteur anonyme a rédigé la Vie de S. Josse d'après une tradition déjà éloignée. Mabillon, qui l'a publiée {Act. sanct.^ t. Il, p. 565), se demande si elle ne serait pas due à Alcuin, qui fut administrateur de l'abbaye de Saint-Jossesur-Mer. Mai? cette œuvre paraît antérieure à l'époque où

s. JOSSE, ERMITE EN PONTHIEU. 137

le savant précepteur de Charlemagne aurait pu s'intéresser à l'histoirp du saint ermite. Il nous semble, d'ailleurs, y reconnaître' le caractère de ces légendes bretonnes qui ont subi de nombreuses interpolations et dont les Bollandistes ont dit : « Ad stuporem magis quam ad imitationem collecta » (t. VI, junii, p. 572). Cette biographie date de Tan 710, selon Cave ; de l'an 730, d'après Dom Rivet (Hist. Utt, IV, 79). Ce texte, de beaucoup préférable à ceux dont nous allons parler, a été aussi édité par D. Morice, dans ses Preuves de V Histoire de Bretagne^ i, p. 206.

Isembard, moine de Fleury, sur la demande que lui en fit le moine Adelelme, dédia à Herbold, abbé de Saint- Josse-sur-Mer, vers la fin du X' siècle, un récit de la découverte du corps de S. Josse en 977 et des miracles qui s'accomplirent ensuite sous les règnes de Hugues Capet et de Robert le Pieux. Il fit précéder ces deux opuscules d'une biographie du Saint puisée en grande partie dans celle de l'Anonyme du VHP siècle. Nous ne connaissions cet ouvrage que par les citations de Mabillon {Act. ss. ben, II, 565), et par quelques extraits abrégés d'Orderic Vital; nous en avions vainement cherché le Ms. à la Bibliothèque nationale, lorsque M. Ch. Henneguier, de Montreuil, eut la complaisance de nous prêter un manuscrit du XVP siècle, provenant de l'abbaye de Saint-Josse et que décrit Abelly (p. 126) sans en soupçonner l'auteur. Nous avons été heureusement surpris en y reconnaissant le texte d'Isembard. Le copiste du XVP siècle et peut-être des écrivains antérieurs y ont fait des modificatfons et des additions, sans beaucoup respecter l'ordre chronologique. Le dernier récit mentionne l'année 1525. Ce précieux manuscrit est brièvement analysé en marge par l'abbé Moreau, qui a sans doute voulu ainsi faciliter la besogne à son ami Abelly, qui s'est servi de ce texte pour sa Vie de S. Josse ^ mais qui n'en a pas su tirer parti : car il a négligé d'y puiser une foule de renseignements intéressants. Il a peut-être été décontenancé par la naïve crédulité de l'auteur qui raconte certains faits invraisemblables, comme en ont pu juger nos lecteurs.

L'abbé Floreat, abbé de Saint-Josse-sur-Mer, rédigea, vers TaQ 1015, une troisième Vie de S. Josse qui a été publiée par Mosander et par Surius. On y trcîuve quelques circonstances fabuleuses, comme ce qui concerne Fentrevue du saint ermite avec le pape S. Martin et le miracle de la main lumineuse.

Orderic Vital, qui mourut en 1 150, a résumé rapidement, dans son Histoire de Normandie {jixh, m), l'ouvrage d'Isembard, et lui a emprunté le récit de divers miracles. C'est uniquement sur son témoignage que repose l'histoire de la translation des reliques à Pâmes, récit dont nous avons contesté la vérité.

Nous avons parlé de la légende manuscrite de Jehan Mielot, calquée au XV® siècle sur les récits d'Isembard et de Florent, et conservée à la Bibliothèque de Lille, sous le n° 16.

Il existe aux Archives du Pas-de-Calais un petit cahier intitulé : Descriptio plurimormn miraculorum variis temporibus divinitus exhibitorum meritis et precibusS, Judociconfessoris^ etc. C'est l'œuvre de Jacques Lefebvre, religieux de l'abbaye de Dommartin, qui le rédigeait au commencement du XVIIP siècle. M. Ch. Henneguier nous a communiqué une copie de ce manuscrit où se trouvent divers faits qu'on ne rencontre pas ailleurs.

Louis Abelly, évêque de Rodez, a publié en 1666 la Vie de S. Josse^ prince de Bretagne^ volume in-12 de 106 pages. Comme beaucoup de biographes de cette époque, il laisse à des considérations oiseuses la place qu'auraient dû occuper des faits intéressants, qu'il néglige. Cet ouvrage, dépourvu de critique et d'une chronologie complètement fausse, a été réimprimé parDevérité d'Abbeville, en 1814, avec une préface signée de Pierre François Harlé qui ne fut que le prête-nom de M. Godefroy, curé- doyen de Montreuil. Ces deux éditions étant devenues fort rares, on en a publié une troisième à Montreuil, en 1851, où est supprimée la seconde, partie d' Abelly, intitulée: Observations . historiques qui peuvent servir à V éclaircissement et à la véri^ fication de ce qui a été rapporté en la vie de S, Josse, On y a

s. JOSSE^ ERMITE EN PONTHIEU. 139

ajouté, comme à la précédente, un cantique, le procèsverbal de la reconnaissance des reliques par Mgr de La Tour d'Auvergne et une ordonnance du même prélat, datée du 5 mai 1805.

On conserve à la Bibliothèque nationale un, manuscrit provenant de Tabbaye de Saint-Germain-des-Prés (Fonds iat., n° 534), intitulé: Historia Sancti Judoci supra mare. Cette monographie de Dom Wiart, composée vers l'an 1674, contient une Vie de S. Josse, d'après la biographie d'Abelly et les manuscrits qui étaient alors conservés à l'abbaye picarde.

Notre biographie était rédigée, quant a paru (1867) une Vie de S, Josse^ par M. l'abbé Robitaille, chanoine de la cathédrale d'Arras. Le fond de cet opuscule est emprunté à Abelly : on y trouve un abrégé de l'histoire de l'abbaye de Saint-Josse, et des renseignements sur le pèlerinage actuel.

Outre les ouvrages de Devérité, Ignace, Hariulfe, Dom LoBiNEAU, Monstrelet; de MM. L. Cousin, Har-

BAVILLE, DE La FoNS, Le PrÉVOST, LoUANDRE, PaRENTY,

l'abbé Sabatier, cités dans les notes, nous avons consulté :

Manuscrits : Dom Grenier, t. 47, f°* 163, 188; t. 94, f° 190. — De Court, Mém, chronolog,^ t. i. — Divers Bréviaires de la Bibl. nationale. — Renseignements de MM. le baron Alb. de Calonne, Ch. Henneguier, Levrin, curé de Tortefontaine, Boigelot, curé de Saint-Josse-sur- Mer, et Laurent, curé de Brimeux.

Imprimés : Baronius, ann. 653, n. 10. — Mabillon, Annal, bened., i, 368, 497. — Malbrancç, De Morinis^ i, 351, 379, 403; ii, Ô, 645, 676. — Gallia Christiana, x, 1292, 1347. — Le Cointe, Annal, t. m, passim. — Yepez, Chroniq. bened,^ ii, 259. — Bulletin de la Commission archéolog, du diocèse de Beauvais^ i, 176. — Les Histoires de Bretagne^ de Bertrand d'ARGENTRÉ, Le Baud, D. Lobinbau, D. Mo-

140 s. JOSSE, ERMITE EN PONTHIEU.

RiCF, Daru, m. DE Roujoux, ctc. — Lcs recueils hagiologiques de Vorragine, Albert le Grand, René Benoist, Blémur, Baillet, Giry, Godescard, B. Gononi, Simon Martin, de Villefore, Tabbé Guérin, Ch. Barthélémy, etc.; et les anciens Bréviaires et Propres d'abbayes, etc.

s. JUST

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