‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens (volume 2)Chapitre 27 sur 65 · MAUGUILLE ET S. VULGAN · texte numérisé non relu

MAUGUILLE ET S. VULGAN

lui survivre longtemps. Il mourut le 30 mai de l'année suivante * et fut enseveli à côté de S. Vulgan, dans Termitage de Monstrelet.

RELIQUES DE S. MAUGUILLE.

Après un grand nombre d'années, le corps de S. Mauguille fut transféré de Monstrelet à l'église abbatiale de Saint-Riquier. Vers la fin du X® siècle, sous l'abbatiat d'Ingélard, quelques moines de Saint-Riquier se prirent à dire qu'il était inconvenant de vénérer les ossements d'un homme dont on ignorait complètement la vie, et réussirent à les faire reléguer dans une chapelle située hors des murs de Centule, laquelle était déjà sous le vocable de S. Mauguille. De nombreux miracles ne tardèrent pas à s'accomplir dans ce sanctuaire: des aveugles, des sourds, des muets, des boiteux, des infirmes y obtinrent leur guérison. Les ex voto en cire, représentant des tètes, des mains, des bras et des pieds, s'y accumulèrent en si grand nombre que deux chariots auraient h peine suffi pour les transporter. L'abbé Ingélard, ainsi que ses moines, regretta alors Tinjuste dédain qu'il avait fait d'un si précieux trésor. Suivi de toute la communauté et d'une foule de fidèles, précédé des croix, des cierges et des encensoirs, il se rendit à l'oratoire de S. Mauguille et en ramena triomphalement le corps du saint solitaire.

Chaque année, le 30 mai, on avait coutume de porter processionnellement la châsse du Saint dans la chapelle qu'il avait illustrée par ses miracles. De toutes les localités voisines, on se rendait à ce pieux pèlerinage. Un jour qu'on revenait de cette excursion, il s'éleva, dans la ma-

* En 670, d'après le P. Ignace.

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tinée, un orage si violent et si sombre qu'on se serait cru au milieu de la nuit. Chose merveilleuse ! Malgré une pluie torrentielle et limpétuosité du vent, les deux cierges que portaient deux jeunes religieux, en tête du cortège, ne s'éteignirent point.

Un propriétaire rapace avait agrandi son domaine en s emparant d'une terre qui appartenait à la chapelle de S. Mauguille. Un jour qu'on y transportait sa châsse, à travers le champ usurpé, les porteurs se trouvèrent dans rimpossibilité de continuer leur route, tant s'était subitement alourdi le reliquaire, a S. Mauguille, se disait-on, ne veut pas abandonner la terre qui lui appartient. Il faut engager le spoliateur à restituer ce qu'il a pris. » C'est ce que s'empressa de faire le propriétaire repentant, et l'on put alors transporter facilement la châsse.

Le 13 juillet de l'an 1113, l'abbé Anscher transféra les restes de S. Mauguille dans un nouveau reliquaire, et trouva dans l'ancien un parchemin où on lisait l'inscription suivante : Corpus sancti Magdelgesili confessons hic positum III Imlendas jnnii. Le sac en peau de cerf qu'on avait préparé s'étant trouvé trop petit pour contenir certains ossements, on les déposa sans enveloppe dans la châsse. Peu de temps après, le custode de l'église vit lui apparaître en songe un personnage aux habits resplendissants: « Je viens t'ordonner, lui dit-il, de réunir ensemble tous mes ossements. » Le custode, comprenant que c'était S. Mauguille, allait l'interroger, quand soudain la vision disparut en exhalant un délicieux parfum et en laissant sur le sol l'empreinte lumineuse de ses pas'i « Je vais saisir ces ves»tiges dorés, dit le sacristain, et je les porterai à mes frères pour confirmer la vérité de mon récita» Mais il s'éveilla et ne vit plus rien. Hariulfe termine ainsi son singulier récit.

* Statimhaecaureaillius vestigia apprehendam ethaecfratribus in testimonium deportabo. — Nous traduisons littéralement Hariulfe sans pouvoir comprendre ce que signifient ces vestiges de pas qu'on peut transpoiter. Il est vrai qu*il s'agit d'un rêve !

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en oubliant de nous dire si ce rêve donna lieu en effet à une nouvelle translation.

La châsse d'argent, décorée de divers sujets sculptés, que fit exécuter Anscher, portait l'inscription suivante :

9Bdû SHaitlqmli tenet l)œc lectica beatt (Bluem ronfceeorem eibt Chvtetue rite beaott 3n9(l)en(0que nooam eibt rapeam fure paraoit*

C'est probablement lors de cette translation qu'une partie du crâne de S. Mauguille fut donnée au seigneur de Boufflers, comme propriétaire du domaine de Monstreletoù le solitaire avait vécu. Un descendant de cette famille, Aléaurae II de Boufflers, gentilhomme de la chambre de Henri III, fut fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, le 25 octobre 1415, et emmené en Angleterre. Le chevalier anglais auquel il échut en partage exigeait cinq mille livres de rançon, somme considérable alors, et que le prisonnier ne pouvait fournir de lui-môme. Il se fit envoyer le fragment du crâne de S. Mauguille que ses ancêtres avaient toujours conservé avec vénération dans un riche reliquaire, comme le palladium de la famille. Adrien demanda alors au seigneur anglais de le laisser aller en France pour recueillir parmi ses amis le prix de sa rançon, en offrant de laisser en gage le chef de S. Mauguille. L'anglais, sachant tout le prix qu'y attachait la famille de Boufflers, consentit à ce voyage. Aléaume recueillit la somme exigée et alla reprendre la précieuse relique qu'on vénère encore aujourd'hui à Téglise de Boufflers, dans un reliquaire en forme de bras * .

* René de Belleval, Azincourt, p. 271. Lft P. Anselme, Hist. généal. V, p. 78. — Traité sur lés œuvres admirables de Dieu le créateur^ par le sieur de Boufflers. Beauvais, Valet, 1621, in- 12 de 1282 pages. Tel est le titre de l'ouvrage fort rare que j'ai consulté à la biblioth. Richelieu. M Louandre {Biogr, d'Abbéville, p. 67) donne le titre d'une autre édition que je ne connais

238 s. màuguille et s. vuloan.

Au XVII* siècle, il y avait à Tabbaye de Saiat-Michel du Tréport uae châsse conte aant des reliques des SS. Màuguille, Caïdoc et Fricor. Nous avons parlé de leur origine dans la biographie de S. Caïdoc et de S. Fricor (tome I, p. 324).

Les reliques de S. Màuguille, sauvées en i 793 par le curé de la paroisse de Saint-Riquier, ont été rendues le 13 septembre 1795 et réunies, comme elles Tétaient déjà au XVIP siècle, à celles de S. Caïdoc et de S. Fricor, que Lefebvre, auteur de VBistoire de Calais^ suppose, mais sans preuves, avoir été disciples de S. Màuguille.

RELIQUES DE S. VULGAN.

Le corps de S. Vulgan fut transféré de Monstrelet à l'abbaye de Saint- Valéry, probablement à la même époque où celles de S. Màuguille furent portées à l'abbaye de Saint-Riquier. C'est uniquement pour cette raison, qui ne nous paraît nullement décisive, que le P. Stilting {de Rilhberto^ 15 sept.) suppose que S. Vulgan a été moine et peut-être même abbé de Saint- Valéry.

Une récognition des reliques, faite à Saint- Valéry, en 1643, par un visiteur de la congrégation de Saint-Maur, énumère de nombreux ossements contenus dans la châsse de S. Vulgan et mentionne un parchemin devenu indéchiffrable par sa vétusté, où l'on distinguait cependant le nom du Saint (i4c^ Sanct, t. i, april. p. 16). Ces reliques ont été brûlées en 1793.

On conserve à l'église du Saint-Sépulcre d'Abbeville, une partie du bras de S. Vulgan, et un fragment aux Ursulines de cette ville.

pas : Considérations sur les ouvrages du créateur et plusieurs histoires et autres choses mémorables^ tant anciennes que modetmes^ ou Mélanges historiques, Paris. 1608, in* 8".

s. HAUGUILLE ET S. TUL6AN. 239

Les reliques de Tautre S. Vulgan, patron de Lens en Artois, sont conservées dans cette ville, de temps immémorial.

CULTE DE s. MAUGUILLE.

Vers le milieu du XP siècle, S. Gervin, abbé de Saint- Riquier, dédia une des chapelles du monastère à S. Mauguilie, S. Caïdoc et S. Fricor.

Dans un calendrier de Corbie du IX® siècle, publié dans le Spkilége de d'Achéry (éd. in-f**, t. ii, p. 66), on lit au 30 mai : Cœnobio Centulx SS, confessorum Cardoci [sic) ^Adrioniy Madelgisti (sic) : ce qui semblerait prouver que le corps de S. Mauguille était déjà à Saint-Riquier dans le cours du IX« siècle.

Son nom est inscrit à la même date dans les martyrologes d'Usuard, de Wion, Dorganius, Molanus, Canisius, H. Ménard, Bucelin, etc.

On trouve sa fête, au 30 mai, dans le Propre de Saint- Riquier et dans celui de Saint-Michel du Tréport. Le Bréviaire amiénoisde 1746 lui consacre un passage historique dans la légende de S. Fursy (19 janvier), qui se termine ainei : Dudd sunt m hac diœcesi parochiales ccclesix Deo sub invocatïoae sancti Maldegisili. Ces deux églises paroissiales dédiées à S. Mauguille étaient celles de la ville de Saint-Riquier, aujourd'hui convertie en grange, et de Monstrelet-Saint-Mauguille, que remplace aujourd'hui la paroisse de Boufflers, annexe du Boisle, dans le canton de Crécy. Depuis une douzaine d'années, la fêle patronale de S. Mauguille, à Boufflers, est transférée au lundi de la fête du village.

C'est à tort que S. Mauguille est désigné comme patron de Monstrelet, près de Fieffés (ancien doyenné de Vignacourt), dans le pouillé de 1772, édité par M. de Cagny {État général^ etc., p. 79),

240 s. MAUGUILLE BT S. VULGAN.

Uq village, aujourd'hui détruit, situé près de Saint- Riquier, portait le nom de Waulx-sur-Saint-Mauguille, à cause de sa proximité de la paroisse de ce nom, dont il est déjà question au XI® siècle, dans la charte de fondation du prieuré de Biencourt.

CULTE DE s. VULGAN.

A l'abbaye de Saint- Valéry, on faisait, au 3 novembre, la fête de S. Vulgan, à moins que laTous^jaint ne tombât le samedi : alors la fête de S. Vulgan avait lieu le 2 novembre. C'est à la même date, ou le 3 du même mois, qu'on célébrait la fête de S. Vulgan, patron de Lens. Il n'est fait mention du nôtre dans aucun martyrologe.

ICONOGRAPHIE

Nous ne trouvons à mentionner qu'une statue de S. Mauguille, vêtue en bénédictin, au portail de Saint- Riquier ; deux autres statues du même Saint, l'une dans l'intérieur de cette église et l'autre à Boufflers ; et une gravure de J. Franck dans le tome u du Calmdar. bened. p. 554.

BIBLIOGRAPHIE

Hariulfe, moine de Saint-Riquier et plus tard abbé d'Oldembourg (Aldemborg), composa vers la fin du XI* siècle une vie de S. Mauguille. qu'il dédiaàGervin, évêque d'Amiens. Il dit avoir consigne par écrit ce que lui on

s. MAUftUÏLLE ^T 8. VÛLTÎAK. Ht

raconté les moines de Saint-Riquier, et aussi divers miracles dont lui-même avait été témoin. Comme cette dernière promesse n'est point réalisée, on doit croire que •" l'œuvre n'a pas été achevée. Peut-être Fauteur l'a-t-il interrompue en voyant se ternir la réputation de l'évêque Gervin, auquel cette biographie était dédiée. Ce qui concerne la translation de 1113 a été composé plus tard et problablement par un autre auteur, Hariulfe n'étant plus alors à l'abbaye de Centule.

Cette biographie doit inspirer peu de confiance, puisque la vie de S. Mauguille était complètement inconnue des moines de Saint-Riquier, à la fin du X° siècle, comme nous l'apprenons du récit de sa translation. Aussi Ghesquière dit-il de ces Actes : Non magnx fidei esse videari' iur; et Mabillon considère S. Mauguille comme un personnage dont la vie nous reste inconnue : guis qualisve fuerit incompertum est [Act, SS. in, p. 61).

L'œuvre biographique d'Hariulfe a été publiée dans les Acta Sanctorum ^t. vu maii, die 30, p. 264), avec des notes de Henschenius et de Papebroch, et dans la Patrologie latine (t. CLXxiv, p. 4440), *

Jean de La Chapelle, dans sa Chronique abrégée de Saint' Riquier, ne dit que quelques mots delà vie de S. Mauguille et analyse rapidement l'histoire de sa translation.

La biographie que donne Hugues Ménard (lib. ii Observ. in martyr, ben.^ 30 mai), d'après les anciens documents de l'abbaye de Saint-Riquier , n'est qu'un abrégé du texte d'Hariulfe.

Outre ces documents et les ouvrages cités de d'Achéry, Anselme, R. deBelleval, A. de Boufflers, Destombes, Ghesquière, Ignace, Lefebvre, Mabillon, Arn. de Raysse, etc., nous avons consulté :

Manuscrits : D. Cotron, Chronici Centui. continuatio (Bibl. nat. n° 532 du fonds Saint-Germain). —Collection de Dom Grenier, t. xLvii,f° 177; t. xciv, f° 1 16.— Communications de feu M. GAFFET,cui'é de Dominois, et de M. Clain curé du Boisle.

242 s. MAUGUILLE ET S. VULGAi^.

Imprimés : Malbrancq, De Morinis^ i, 400 ; ii, 678 ; -— Le Cointe, Annal: eccl. Franc, in, 267, 503, 561. — Du Saussay, Martyr, galL.i^ 314. — De Blémur, Année bénéd.<t m, 29 mai. — Bulteau, Hist. de l'ordre de S. BenoU,i^ 514. — Prarond, Saini'Riquier et les cantons voisins^ i, 376. — Simon Martin, les Sacrées Reliques du désert^ p. 408. — Baillet et Godescard, au 30 mai.

s. MILLEFORT

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