‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens (volume 2)Chapitre 53 sur 65 · VII. Hugues Capet, portant la châsse de S. Riquier · texte numérisé non relu

VII. Hugues Capet, portant la châsse de S. Riquier

s. RIQUIBR. 459

sur ses épaules, vient la rapporter processionnellement dans son monastère :

Hue Gappet moult fort joyeulx De la bonne relation Rapporta le corps glorieulx En icelle relligion.

VIII. Les trois derniers tableaux représentent plusieurs miracles obtenus par l'intercession de S. Riquier :

Moult de gens en péril estoyent

Que Saint Richier v^ult pserver

Car en Jhérusalem alloyent

Par mer les Thures suppediter (soumellre).

En ung puch le jour Sainct Richier Femme avec homme tresbucha Lesquels on fist lest rassaquier Et sans dangiez on les trouva.

D'une harrecque s'estrangla Ung clercq mangant au refrotoir Lequel soubit resussita Sur Ihostel come il est à voir.

On remarque trois autres peintures dans la même église :

!• Tableau sur bois du XVI* siècle, où S. Riquier, en manteau fleurdelisé, portant le collier de Saint-Michel, tient deux clefs à la main, ce qui l'a fait confondre avec S. Pierre par M. Gilbert;

2** Un tableau peint par Paillet, où un gouverneur présente deux jeunes princes à S. Riquier, pour qu'il en fasse des citoyens du ciel ;

3® Le célèbre tableau où Jouvenet, représentant Louis XIV guérissant les écrouelles, a introduit une figure de S. Riquier.

Mentionnons encore les verrières de Fontaine-sur- Somme, de Villers-Bretonneux et de la chapelle du séminaire de Saint-Riquier; enfin le buste du Saint sur le contre-scel de la commune de Saint-Riquier.

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BIBLIOGRAPHIE

Alcuin, sur la demande de S. Angilbert, fit une nouvelle rédaction d'une ancienne Vie de S. Riquier, qu'on suppose avoir été composée par Sigobard, le compagnon du solitaire de Forestmontiers. L'œuvre primitive a disparu depuis longtemps, peut-être pendant les invasions normandes. Dans sa dédicace à Charlemagne, Alcuin lui donne le titre d'Auguste, ce qui montre que cet écrit est postérieur à Tan 800. Il a été publié par Surius, par D. Luc d'Achéry et Mabillon (Act, bened. ii), par Henschenius {Act. Sanct, 26 april.) et par les trois éditeurs des œuvres complètes d'Alcuin,

Un écrivain anonyme du XI® siècle a glissé dans l'ouvrage d'Alcuin un certain nombre de fables relatives à la naissance royale de S. Riquier, à son voyage à Rome, à son épiscopat, à divers miracles. Cet interpoïateur est postérieur à Hariulfe, puisqu'il lui a emprunté quelques détails historiques. Ces additions ont été publiées en partie par Mabillon : nous ignorons pourquoi il a omis la généalogie princière de S. Riquier : elle appartient bien à cet écrivain : car elle se trouve dans la Monarchie saincte de Dominique de Jésus, lequel a traduit la version interpolée, d'après un manuscrit conservé alors à Noyon.

S'il fallait en croire Jean de la Chapelle, le P. Ignace, Le Cointe, il aurait existe deux autres biographes de notre Saint : Paschase Radbert et Etikius. Quanta ce dernier, qui aurait écrit enlangue vulgaire, on ignore complètement son existence, et son œuvre est perdue, si toutefois elle a jamais existé. En ce qui concerne Paschase Radbert, l'assertion est controuvée : peut-être lui aura-t-on attribué, dans le cours du Moyen-Age, la compilation de l'interpolateur, qu'on a cru aussi, sans plus de raison, appartenir à un moine de Saint-Riquier, nommé Michon, qui vivait vers Tan 865. Si la version interpolée eût existé dès le X® siècle, Hariulfe n'aurait point manqué de lui emprunter la

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généalogie de 8. Riquier, lui qui cherchait toujours à grandir les origines et les personnages de son monastère.

Le moine Michon a composé une pièce de vers sur S. Riquier, que nous a conservée la Chronique de Centule^ et deux livres de miracles. Le premier raconte des faits antérieurs au IX® siècle ; le second des événements^ accomplis depuis 814 jusqu'à 865. « L'auteur, d'après l'opinion de \ Histoire littéraire de la France [v^ 319), donne partout des marques de sa bonne foi et de sa sincérité, non-seulement en nommant les personnes dont il a occasion de parler et en accompagnant de leurs principales circonstances les faits dont il nous a conservé la mémoire, mais en déclarant encore sur quels garants il avance ce qu'il rapporte. » Cet opuscule a été publié par Mabillon (Acte SS. ii, 213) et par les Bollandistes (26 apr. p. 447), qui ont également édité le récit anonyme de la translation des reliques sous Hugues Capet; cet écrit ne mérite pas une confiance absolue.

Henschenius, dans le commentaire dont il accompagne les Actes de S. Riquier, mentionne un sermon de Jean Gamans, sur le fondateur de Centule, mais ne le publie point parce qu'il ne contient rien qui ne soit connu.

Enguerran, abbé de Centule (1022-1043), composa une Vie en vers de S. Riquier. Le premier livre contient la vie du Saint ; le deuxième et le troisième, ses miracles posthumes ; le quatrième, les miracles de la translation sous Hugues Capet. C'est seulement dans cette dernière partie qu'il n'est plus uniquement traducteur de se> devanciers et qu'on trouve à glaner quelques faits nouveaux. Mabillon n'a publié que le premier et le quatrième livre (t. ii,p. 261, et t. vn, p. 563). Ce dernier a seul été donné par les Bollandistes.

Vers la fin du XP siècle, Hariulfe inséra dans sa Chro. nique de Centule le texte d'Alcuin, auquel il joignit quelques commentaires et des additions, et, de plus, composa un livre des miracles accomplis de son temps. Mabillon l'a imprimé au tome vu des Actes Bénédictins,

Outre ces documents et les ouvrages de V. de BeauviLLÉ^ P. Cahier, Dominique de Jésus, le moine Odon,

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le P. Ignace, D. Germain Poirier, Gilbert, Louandre^ de Montalembert, cités dans les notes, nous avons consulté :

Manuscrits : Collection de vies de Saints, écrites vers 1316, ms. n^ 12616, fond. lat. Biblioth. nat.— D. Cotron, Chronique de Saint-Riquier, livre vr. — Collection de D. Grenier,!. 47, f» 176; t. 94, £•• 117, 208. —De Court, Mém. Chronol. i, 157. — Communications diverses de M. l'abbé Hénocque.

Imprimés : Vita S. Gervim\ apud Bolland. 3mars, p. 285. — Jean de la Chapelle, Chronica Centul, cap. 4, 5, 10, 15, 16, 17, 20, 27, 36, 39 et 40. — Malbrancq, de Marinis, t I. pp. 255, 261, 355 371, 405, 636; t. ii, pp. 24, 146, 257, 312. — BARONius,ad. ann. 631 et 640. — Yepez, Chron. de Pordre de S. Benoît, trad. Mathieu, ii, 667. — Bulteau, Ifist. de l'ordre de S, Benoît, l. xii. — Gononi, Vitœ patrum occid., p. 6i. — MABiLLON,Ann. bened, i,337, 391. — Le Cointe, Annal, t. ii, ann. 629 ; t. m, ann. 634 et 674. — Gallia christ, x, 12U, i307. — Devérité, Hist. du Ponthieu, i, 20, 133 ; ii. 233, 269. — Le Puits artésierty 1838, p. 259. — L'abbé Padé, Notice sur V abbaye de Saint'Riquier, — Prarond, Canton d'Ailly-le-Haut-Clocher^ pp. 19, 32, ill, 151, 2î0. — Etles Recueils hagiographiques de Gazet, Simon Martin, Molanus, Goujet, Girt, Baillet, m. Barthélémy, Mgr. Guérin, etc.

s. SALVE

ÉVÊQUS d'aMCENS.

29 octobre. — -J- 6i5.

Salve * naquit d'une famille riche et distinguée,

^ Salvius, Salvus ; — Salvi^ Seaulve, Saulve^ Seaulve^ Sauve ; Salvian. Plusieurs saints ont porté ce nom, entre autres un martyr, contemporain de S. Augustin(ll janvier); un évêqued'Angoulême, martyrisé dans le Hainaut, en 798 (i6 juin) ; et un évêque d'Alby, mort en 587 (10 septembre). La similitude de ces noms a donné lieu à de nombreuses confusions. Baronius et Châtelain ont confondu notre évêque avec le martyr du 1V« siècle ; Molanus, Meyer, Aubert le Mire, avec Tévêque d*Angoulême ; saint Antonin, Volateran et Belleforest, avec Tévêque d*Alby. Cette dernière erreur s'explique d'autant mieux qu'il s'agit de deux saints ayant été moines avant d'être évêques, dont le nom est le même et dont les sièges offrent aussi une grande similitude de nom. On sait, en effet, q\x' Amhianensis a été souvent contracté en Amhiensis (Flodoard), ce qui ne fait qu'une lettre de différence avec Albiensls. L'auteur anonyme de notre Vie de S. Salve, telle que l'ont donnée les Bollandistes, renferme un certain nombre de faits qui ne peuvent s'ap • pliquer qu'à l'évêque d'Alby. S'il était avéré, comme le supposent D. Ruinart {Préface des Œuvres de Grégoire de Tours) et D. Rivet {Histoire lilt, t viii, p. 150) que ce soit l'auteur anonyme lui-même qui ait inséré ces faits étrangers dans sa compilation, on pourrait lui refuser toute confiance pour

4G4 s. SALVE.

qui habitait les environs d'Amiens « ; il vécut d'abord de la vie séculière, en évitant ses dangers ^. Adonné à Tétude des Livres saints et à la pratique de la perfection, il consacra une partie de sa fortune à l'érection d'un petit monastère, dont la tradition fixe l'emplacement à Montreuil-sur-Mer '.

Dieu le récompensa de sa généreuse ferveur en lui

l'ensemble de son récit. Mais on peut supposer que c'est un

copiste ignorant qui, des deux Vies des deux Salve, en aura fait

une seule. Nous avons essayé de dégager l'histoire de notre

évêque des superfétations qui ont porté une sérieuse atteinte à

l'authenticité de ces Actes.

^ On a supposé, mais sans motifs fondés, qu'il naquit à Saint- Sauveur.

* Plusieurs hagiographes modernes, entre autres Godescard^ lui font mener une vie mondaine, ce qui est tout différent. Cette assertion est démentie par les anciens manuscrits de la Vie de S. Salve. Hic aprimœvo juventutis flore,,., in omni sanctitate perfectusy dit un manuscrit de l'abbaye de Fleury, cité par Bollandus, t i, page 703

' Les anciens textes restent muets sur ce point. D'après la tradition, le monastère fondé à Bragum par S. Salve serait l'origine même du nom de Montreuil (àlonasteriolum). Il aurait été reconstruit en 878 par le comte Helgaud. On ajoute que S. Salve lui apparut en songe pour lui demander la terre et seigneurie de Cavron, située au-delà de la Canche. On ignore l'époque précise où le monastère de Montreuil prit le nom de Saint-Salve. La liste certaine de ses abbés ne commence qu'en l'an 1000. Il est question, dès le VIII" siècle, de Salvium in Brago, De Valois et Mabillon croient qu'il s'agit là de l'abbaye de Saint* Salve de Montreuil ; mais Toussaint Du Plessis {Descrij}tion de la Haute-Normandie, 1 , 444)y voit Saint-Saire en Bray, près de Neufchâtel, monastère qui fut détruit au IXe siècle. Saint'Saire est le nom populaire sous lequel on désigne, en Normandie, S. Salve, évêque d'Alby. Il faut donc considérer comme erronnée une tradition, assez obscure du reste, qui ferait naître S. Salve à Saint-Saire. C'est la suite de la confusion qui s'est établie entre les deux évoques d'Amiens et d'Alby.

s. SALVE, ÉVÉQUE d'aMIENS. 465

inspirant plus tard la pensée de se consacrer tout à lui et de se retirer dans ce même monastère qu'il avait fondé sous le vocable de Notre-Dame et de Saint-Pierre *. Là, il oublia tous les avantages qu'auraient pu lui procurer dans le monde sa fortune et son rang, et ne s'occupa plus que de vaincre en lui-même l'éternel ennemi du salut et de conquérir des âmes à Jésus- Christ. Le jeûne, la prière, les mortifications, l'obéissance exerçaient toute l'ardeur de son zèle. A la mort de l'abbé, il fut choisi, contre son gré, pour lui succéder ; mais son amour de la solitude l'engagea bientôt à se retirer dans une cellule éloignée ^.

* D'après une autre tradition, il se serait retiré dans une solitude, près d'Augusta^ dans le Vimeu, et n'aurait fondé le monastère de Montreuil que pendant son épiscopat. (Malbrancq, de Morinis^ 1. 1, p. 288.)

' Cette dernière circonstance pourrait bien appartenir à la vie de S. Salve d'Alby. Mentionnons toutefois une tradition qui le fait vivre en solitaire à Aoust sur la Bresle, où on aurait été le chercher pour l'élever sur le siège d'Amiens. (M. Fl.Lefils, Hist, de Montreuil^ p. 42.) C'est immédiatement avant son élection qu'on place le récit de sa prétendue résurrection, en lui appliquant à tort ce que S. Grégoire de Tours (Hist, franc, ) raconte de S. Salve d'Alby. Voici en quelques mots le fond de cette légende : S. Salve était mort des suites d'une grave maladie : on allait l'enterrer, quand on s'aperçut qu'il donnait quelques signes de vie ; il sortit en effet de son cercueil en s'écriant : « Seigneur, Dieu de miséricorde, pourquoi me tenvoyezvous dans ce lieu de ténèbres. » Après avoir passé trois jours sans boire ni manger, il raconta à ses religieux qu'il allait entrer en possession du ciel, quand une voix céleste l'en exila en disant : « Qu'il retourne dans le siècle, parce qu'il est nécessaire à nos Eglises. » Alors^ continua-t-il, je m'écriai, les yeux baignés de larmes : « Hélas ! Seigneur, pourquoi m'avezvdug fait entrevoir ces merveilles, si vous deviez m'en priver si tôt? » et il me fut répondu : « Allez en paix, je serai votre

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Alors que S. Honoré mourut à Port, Salve se trouvait à Amiens * ; il annonça aux habitants de cette ville qu'ils venaient de perdre leur évêque, dont il avait vu l'âme transportée au ciel par un chœur d'anges. Cette nouvelle parvint bientôt aux oreilles de Thierry II, roi de Bourgogne ^, qui députa à Amiens S. Achaire, évêque de Noyon et de Tournay % et

gardien , jusqu'à ce que je tous ramène en ces lieux » ^ Cette légende est consignée dans les bréviaires de La Martonie et de Faure ; elle ne figure plus dans celui de M. de La Motte.

* Nous suivons ici la version de Malbrancq (t. i, p. 288) qui avait consulté des manuscrits de Tabbaye de Montreuil. D'après le texte des BoUandistes, c'est après sa prétendue résurrection que Salve aurait annoncé à ses religieux la mort de S. Honoré.

On peut admettre que Salve venait quelquefois à Amiens; ce fut sans doute pendant un de ces courts séjours qu'il aura été témoin du miracle du crucifix^ opéré en faveur de S.Honoré, selon ce que dit une ancienne prose :

Successore suo teste Salvio pontifice,

^ Geui qui placent S. Salve à la fin du Ylle siècle attribuent cette mission à Thierry III, roi de Neustrie, et font remarquer que cette désignation est conforme au texte de la légende : G/o« rtosissimiii rex françorum, Thierry II n'a jamais pris ce titre, puisqu'il n'était que roi de Bourgogne. On peut se demander quel intérêt il pouvait prendre à l'élection d'un évêque d'Amiens, ville qui n'était pas de son domaine, et qui, comme Noyon, appartensdt à la Neustrie. Sans méconnaître la force de cette objection, nous avons cru devoir maintenir S. Salve au commencement dn Vil* siècle, parce que le système de ceux qui le font vivre sous Thierry lll, roi de Neustrie (669 -691), nous parait offrir des difficultés encore plus insolubles.

' Nous suivons ici le texte de Hugues Ménard ; celui de Bollandus donné à cet évêque le nom d'Hautgaire, prélat qui aurait vécu sous le règne de Childebert II et de Thierry UT, et dont l'existence même est fort contestable. — L'impartialité nous fait un devoir de dire qu'on peut faire une objection chronologique au système que nous embrassons. Comment, nous dira-t-on>

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quelques autres légats, pour présider à rélection du nouvel évêque.

Le clergé ordonna trois jours déjeune et d'abstinence pour appeler les lumières du Ciel dans les esprits. Quand ce laps de temps fut écoulé, les habitants d'Amiens entendirent retentir dans les airs cet oracle divin : ce Sachez que Salve a été choisi par moi pour devenir votre évêque. » Aussitôt presque toute la population se rendit à la cellule du Saint * et lui dit : ce Nous avons bravé les fatigues de la route pour venir vous trouver. Ne méprisez point les supplications de ceux à qui Dieu vous donne pour pasteur, p En vain Salve prétextait de son indignité, il fut obligé de se rendre aux vœux des fidèles et devint le successeur de S. Honoré et le huitième évêque d'Amiens ^, vers les premières années du VIP siècle.

Thierry II qui mourut en 612, a-t-il pu donner une mission à S. Achaire qui ne monta sur le siège de Noyon que vers Tan 621 ? Nous répondrons que cette date, donnée par le Gallia christiana nova, n'est sans doute qu'une conjecture, qu'on ne connaît que les noms des quatre prédécesseurs de S. Achaire et qu'il faut probablement reculer au moins d'une dizaine d'années Tmtronisation de cet évêque.

* Où se trouvait alors S. Salve? Est-ce à Aoust, comme le prétend une tradition du Vimeu? Est-ce à Montreuil, comme porterait à le croire le texte donné par les Bollandistes ? Ne serait-ce pas plutôt dans les environs d'Amiens, dans une cellule solitaire, comme on peut l'inférer du texte de Malbrancq? On comprendrait alors que presque ioute la population — omnes pêne in unum glohati convenien es — ait pu se rendre à une distance peu éloignée d'Amien

« Cette chronologie a été suivie par les anciens bréviaires d'Amiens, par La Morlière, le P. Bollandus, le P. Stilting, le Gallia christiana, le P. Longueval, M. Ch. Salmon, etc. — L'auteur inconnu des Mémoires surSaint-Acheul^ édités dans les

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Oubliant dès lors son goût pour la solitude, il se mit à la disposition de tous. Il visitait souvent les paroisses de son diocèse, en distribuant aux fidèles le pain de la parole divine; son onction convertissait les pécheurs, et ses miracles détruisaient les derniers vestiges de Tidolâtrie. Affable envers tous, sévère pour lui-même, compatissant pour les autres, plein de mépris pour les séductions mondai-nés, il unissait la prudence du serpent à la simplicité de la colombe.

Tant de qualités réunies faisaient apprécier non seulement son gouvernement spirituel, mais aussi le gouvernement temporel qu'il exerçait dans la • ville. C'est à l'occasion de ces fonctions que M. Augustin Thierry a fait les observations suivantes sur les changements qui eurent lieu au VIP siècle dans le personnel de la magistrature urbaine : a Les cadres de l'ancienne curie, dit-il, furent brisés; le corps municipal se forma de tous les citoyens notables, à quelque titre que ce fût, et les membres du clergé y entrèrent comme les laïques. L'évêque intervint directement, légalement, si nous pouvons nous exprimer ainsi, dans le gouvernement et l'administration de la ville. Jusque-là, il n'avait eu

Documents] inédits de M. de Beauvillé, fait siéger S. Salve dès 580 — Democharès et Chenu en font le cinquième évêque d'Amiens. — Le P. Le Cointe, le P. Daire, de Sachy et M. Dusevel le font siéger comme quatorzième évêque, de 686 à 689. Notre Propre actuel adopte cette dernière opinion, en qualifiant Thierry de troisième roi des Francs et en substituant le nom d'Hautgaire, évêque de Noyon, à celui d'Achaire. Mais il se met en contradiction avec lui-même, puisqu'il place l'invention des reliques de S. Firmin au commencement du VI1« siècle^ dans la leçon IV de la fête de l'Invention du saint Marlyr.

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sur ses concitoyens qu'un ascendant purement moral, qu'il devait tout entier à ses fonctions épiscopales et au caractère s acre dont il était revêtu. La loi romaine lui accordait à ce titre une espèce de justice-de-paix, le droit d'arranger les difiërends et de terminer les procès qui lui étaient soumis. Après la dissolution du régime romain, il devint, par le seul fait de sa promotion religieuse, fondée sur Télection populaire, membre et président du corps municipal. Investi tout à la fois de l'autorité spirituelle et temporelle, il se trouva dès lors placé par sa double qualité d'évêque et de magistrat, au premier rang dans la ville, et il eut, dans toutes les affaires, la plus large part d'influence »

Nous ajouterons qu'au VIP siècle, l'évêque était le protecteur-né des pauvres,le tuteur des orphelins, le défenseur de tous les droits violés et souvent même l'assesseur des rois dans leurs palais. Sa maison cpiscopale était tout à la fois un séminaire pour les jeunes clercs, une demeure pour la famille ecclésiastique, un hôpital pour les malades, un hospice pour les vieillards et une hôtellerie généreusement ouverte aux pèlerins et aux voyageurs de marque.

L'influence de Salve s'étendait au-delà de son diocèse. Le roi Thierry avait souvent recours à ses conseils, et c'est en partie grâce à la sagesse de ses avis, qu'il put faire rentrer dans Tobéissance les populations qui s'étaient soulevées contre lui pour s'exonérer de tout tribut. Ce fut sans doute pour le

'. Recueil des monuments de Vhistoire du TierS'Ètat, t. i, p5.

470 s. SALVE, ÉVÊQUE d'aMIENS.

récompenser de son zèle qu'il lui fit don de la terre d'Augusta *.

La cathédrale de Notre- Dame des Martyrs (Saint- Àcheul) était trop éloignée de la cité, où aucune église n'avait encore été construite. Aussi S. Salve y éleva-t-il une nouvelle cathédrale qu'il dédia à S, Pierre et S. Paul et qui devait plus tard prendre le nom de Saint-Firmin-le-Confesseur. Il laissa à Notre-Dame des Martyrs un certain nombre de prêtres pour y célébrer l'office divin, en sorte que, pendant quelque temps, il y eut pour ainsi dire deux cathédrales à Amiens.

Plusieurs auteurs modernes lui attribuent Térection d'une autre église dédiée à Notre-Dame* ; mais rien dans les anciens textes ne justifie cette supposition. La légende de S. Salve dit bien que cet évêque fut enterré dans une église qu'elle désigne sous le nom de Notre-Dame ; évidemment, il s'agit là de Notre-Dame des Martyrs (Saint- Acheul), qui dut rester longtemps un lieu privilégié pour les sépultures ecclésiastiques.

* Si ce fait mentionné par la légende est exact, on peut se demander comment Thierry II, roi de Bourgogne, a pu donner un domaine qui était du royaume de Neustrie. C'est là un argument qu'ont droit de faire valoir ceux qui placent S. Salve sous Thiery III, roi de Neustrie. Nous pensons, avec M. Le Prévost et M. Estancelin, que Augusta désigne non pas la ville d'Eu, mais Oust-Marest, dans le canton d'Ault. Hadrien de Valois a cru qu! Augusta indique le Bourg d'Ault.

« Faure, dans son Bréviaire. -— Almanach de Picardie de 1753. — Notice sur Notre-Dame de Saint-Acheul, page^ il , ^^ M. Ch. Salmon, Histoire de S, Firmin, — Quoiqu'en aient dit plusieurs écrivains, on n'a aucune donnée positive sur l'époque où une église dédiée à la sainte Vierge fut construite à l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la cathédrale.

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La nouvelle église élevée par S. Salve devait s'illusti'er dès son origine en s'enrichissant des dépouilles du premier évêque d'Amiens. On savait qu'elles reposaient dans l'enceinte de Notre-Dame des Martyrs, mais le lieu précis de leur sépulture resk tait ignoré, et on ne pouvait leur rendre les honneurs qu'elles méritaient. S. Salve demandait depuis longtemps au Seigneur de lui faire connaître l'endroit où résidait ce précieux dépôt pour le restituer k la vénération des peuples. Il se souvenait sans doute de l'intervention divine dans la découverte des reliques de S. Fuscien et de ses compagnons. Aussi est-ce à Dieu quïl eut recours pour mériter la même grâce dont avait été favorisé S. Honoré. Il prescrivit un jeûne de trois jours aux fidèles pour qu'ils s'unissent à ses pénitences et à ses prières. A l'aurore du quatrième jour, alors qu'il célébrait les saints mystères à Notre-Dame des Martyrs, il vit, en levant les yeux vers le ciel, un rayon qui, partant du trône divin, aboutissait à un point du parvis. Le saint évêque ne doute point que ce ne soit là que repose le corps de S. Firmin le Martyr et, après avoir terminé le sacrifice divin, il fouille le sol, en rendant grâces au Seigneur. Le corps du sain.t Martyr reparait à la lumière du jour et il s'en émane une odeur si suave qu'on eût pu croire qu'il était embaumé avec les plus précieux aromates. Ces parfums se propagent aux alentours, ils pénètrent dans les environs de Térouanne, de Beauvais, de Cambrai, de Noyon, et jusqu'à Beaugency où ils guérirent miraculeusement

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le seigneur du pays '. Les évoques, les prêtres et les laïques des diocèses voisins, uniquement avertis par cette odeur merveilleuse, s'empressent d'accourir à Amiens, en chantant des cantiques et en portant à la main des cierges et des palmes. Ils arrivent à temps pour assister à la levée du corps et à sa translation dans l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul, ce qui eut lieu le 13 janvier, par un temps rigoureux et chargé de neige. Tout à coupla température devient d'une chaleur ardente et, selon l'expression de Vincent de Beauvais, «le soleil, violant l'ordre de la nature, est emporté vers le cancer par ses coursiers enflammés et change instantanément un froid intense en une brûlante chaleur d'été.» Les arbres, se chargeant de feuilles, de fleurs et de fruits, inclinent leurs branches comme pour saluer le retour du premier pontife d'Amiens. Les roses et les lis s'épanouissent dans les prés, et les fruits mûrissent dans les jardins*. Les fidèles étendaient leurs vêtements sur le parcours du cortège triomphant et bénissaient le Saint des guérisons qu'il opérait sur sa route.

Quatre prélats étrangers assistaient à cette imposante cérémonie : c'étaient S. Géry, évêque de Cambrai et d'Arras, S. Achaire, évêque de Noyon

1 Nous avons raconté ce qui concerne le seigneur de Beaugency, dans la Vie de S, Firmin^ t. u, p. 163.

• Ce prodige aurait duré pendant trois heures. On trouve des récits analogues de floraisons miraculeuses dans les légendes de S. Antoine de Strocchonio, de S. Benoît, S. Etienne, S. Nicodème, S. Wilhem, enfant martyr, etc.

s. SALVE, ÉVÊQUE d'aMIENS. 473

et de Tournay, Marin, évêque de Beauvais et Tévêque de Térouanne * .

Ces précieuses reliques furent déposées à la nouvelle cathédrale de Saint-Pierre et Saint-Paul, dans la crypte qui régnait sous le chœur. On y plaça aussi les corps de S. Firmin le Confesseur *, de S. Ache et de S. Acheul.

Le récit que nous venons de reproduire d'après un sermon sur l'Invention des reliques est considéré, par le P. Stilting, comme peu digne de foi. Selon le savant boUandiste, l'origine de cette narration

* A cette liste, Malbrancq ajoute, à tort, Tévêque du Mans. — Pour perpétuer le souvenir de la présence des évêques de Beauvais, de Noyon, de Cambrai et de Térouanne à cette translation, 00 sonnait jadis la grosse cloche de la cathédrale, quand un évêque de l'un de ces sièges faisait son entrée dans la ville d'Amiens. — Dâire, II, 128.

' Cette assertion de la légende donnée par les Bollandistes était un démenti anticipé à la prétendue découverte des reliques de S. Firmin le Confesseur, faite à Saint-Acheul le 16 janvier 1697. Aussi J.-B. Thiers et ses partisans accusèrent-ils ce passage d'interpolation. Les raisons qu'ils donnent sont dénuées de valeur ; ils arguent spécialement de ce que cette mention n'est point consignée dans le texte donné par Duchesne {Script. Francor, t. i, page 683). On leur a répondu avec raison que le savant éditeur n'a publié que des fragments de la légende et qu'il pouvait laisser de côté un fait qui lui paraissait d'un médiocre intérêt. J.-B. Thiers s'est encore appuyé sur le silence que garde à cet égard le texte publié par Hugues Ménard : mais cette version est empruntée à un Bréviaire du XV o siècle. Or, les légendes liturgiques de cette époque étaient trop abrégées pour qu'on n'en retranchât point tout ce qui paraissait de peu d'importance. Le P. Stilting, Gloria posth, S. Fir^ mini Conf., t. t, sept. p. 188, a parfaitement démontré l'authentbicité de ce passage.

474 s. SALVE, ÉVÊQUE p'aMIENS.

miraculeuse pourrait être Finscription d'une châsse fabriquée au XIP siècle :

{tc0 nooa, Iau0 magnai flod pro ntofi plebU oimwa !

L'auteur de rinscription aurait voulu dire que, le jour de la translation, il ne tomba point de neige et qu'on sema la route de quelques fleurs : flos pro nive. Ce serait ce thème m al compris qu'aurait brodé l'imagination populaire, dont lesermonnaire du XlIPsiècle s'est faitl'échq. M. Ch. Salmon n'admet point cette explication et croit à la réalité du fait. Nous renvoyons le lecteur à ses observations. (Hist. de S. Firmin, p. 150.)

La sainteté de Salve se manifesta plus d'une fois par des preuves éclatantes. Il guérit des aveugles par un signe de croix, rendit à des paralytiques l'usage de leurs membres, délivra des obsessions du démon la fille d'un illustre personnage nommé Guadon, et guérit également sa femme impotente. Guadon, vivement frappé de ces merveilles, se convertit à Dieu et voulut lui témoigner sa

reconnaissance en donnant à Salve une ville de son domaine, située à cinq milles d'Amiens, où il fit construire une église qu'il dédia au Saint-Sauveur ' .

1 Si on s'en rapportait littéralement au texte donné par les Bollandistes, ce domaine aurait porté le nom de Vocitate. La légende, en effet, dit VocUatam nomine^ en faisant de vocitatam un nom de lieu. Nous supposons que c'est là une redondance signifiant appelée et que le nom du village aura été omis par un copiste. Un manuscrit de Nie. Belfort, cité par les Bollandistes remplace Vodtatam par Vicitatus, 11 s'agit ici d'Hédicourt.

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