‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens (volume 2)Chapitre 55 sur 65 · SIMON, COMTE d'aMIENS · texte numérisé non relu

SIMON, COMTE d'aMIENS

facilement à Féglise et y vaquer à Toraison. Il était si bien habitué au jeûne et aux privations que, pendant une famine, il se nourrit de pain d'avoine, sans jamais s'en plaindre et en rendant grâce àDieu. Atteint d'une paralysie des jambes, il déguisait ses souflFrances et refusait d'ôter ses sandales pour se procurer quelque soulagement.

Une nuit que Simon avait précédé ses frères à l'église, il vit l'enceinte s'illuminer et un *prêtre mystérieux, qu'accompagnait un diacre et un sousdiacre, chanter une messe solennelle. Le célébrant, après lui avoir donné sa bénédiction, disparut soudain avec ses deux acolytes.

L'abbé de Saint-Oyen, témoin de tant de vertus, avait assigné à Simon, dans le Chapitre, une place plus rapprochée de la sienne; mais l'humble religieux, offusqué de cet honneur, obtint de reprendre son ancien rang.

Ces marques de considération engagèrent Simon à se confiner dans un ermitage. Ayant obtenu permission de son abbé, il se retira, avec quelques compagnons d'une grande piété, dans une solitude que la tradition place à Mouthe (Doubs). Le défrichement des terres, la coupe des arbres, T apprêt d'aliments grossiers, la prière et la méditation, voilà quelles étaient les occupations habituelles de l'ancien comte d'Amiens, que la tradition grossissante a métamorphosé en charbonnier ' .

* On pourrait admettre que Simon, lorsqu'il se retirait dans le fond des forêts, ait pu demander de l'emploi dans les ateliers de charbonnage : c'est du moins ce que prétend la tradition, en désignant les bois de Guûn (Aube).

508 s. SIMON, COMTE d'aMIENS.

C'est de lui que parle ainsi Thibaud de Marly :

Dedans une forest en essil 8*enfouI

Là devint charbonniers. Un tel ordre choisi,

Cette vie mena tant que il affoibli,

Puis revient à l'aumôue en guise de mandi.

Les pauvres n'étaient jamais repoussés de l'ermitage, près duquel s'étaient groupes beaucoup 'de moines charitables. Un jour que le dépensier de la communauté avait donné tout ce qui restait de pain, Simon se mit en prière, et bientôt arriva un homme chargé de pains qui les donna au dépensier de la part de Simon * .

Un autre jour, que notre ermite fendait du bois, le fer de sa cognée s'échappa, lui tomba sur le pied et le blessa grièvement; il persévéra à refuser toute intervention de médecin et ne voulut recourir qu'à Dieu pour obtenir une prompte guérison.

Simon, en recevant la visite d'un religieux étranger, apprit qu'il portait sous ses vêtements une cuirasse de fer; il parvint à se faire céder cet instrument de pénitence et s'en revêtit en guise de cilice, ce qui augmenta encore l'aspect décharné qui frappait tous les yeux d'une admiration compatissante.

Malgré cet amour de la solitude, Simon ne pouvait rester complètement étranger aux aflFaires publiques. En 1078 il avait souscrit à une charte de Philippe I" en faveur de Cluny. Quelques années plus tard, chargé par Hugues, abbé de ce monastère,

* Nous avons mentionné un trait analogue dans la Vie de S. Josse. Voir la note delà page 92 de ce volume.

s. SIMON, COMTE d'AMIENS. 509

d'adresser au roi des réclamations au sujet de quelques usurpations de la Couronne sur les biens de l'abbaye, il se rendit à Compiègne où il arriva la veille de la translation du saint Suaire, donné par Charles le Chauve, dans une nouvelle châsse oflFerte par Mathilde, reine d'Angleterre *. E'ancien comte de Crépy fut bien vite reconnu dans réglise de Sainît-Corneille, acclamé par la foule des assistants et entraîné au palais du roi, situé alors sur les bords de l'Oise, au lieu dit le Beauregard. Philippe V% plein de respect pour l'illustre moine, lui accorda aussitôt ce qui faisait l'objet de sa mission.

Après la translation du saint Suaire, Simon partit en Normandie, pour visiter le duc Guillaume et Mathilde. Il parvint à les réconcilier avec leur fils Eobert, surnommé Court-Manteau^ que l'ambition avait poussé à la révolte armée.

Guillaume le Conquérant, la reine, les seigneurs de Normandie offrirent à l'ancien comte d'Amiens de l'or, de l'argent, des cadeaux de tout genre ;

VNous hésitons sur la date qu'il faut assigner à cet événement. Le diplôme de Philippe 1er relatif à cette tianslation était date, dit-on, de Tan 1092, époque où Simon était décédé depuis une dizaine d'années et la reine Mathilde depuis sept ou neuf ans; faut donc admettre, comme le remarque M Caillette de l'Hervilliers, que le copiste de cette charte aura dû se tromper dans sa transcription de chiffres. Le P. Lengelé, auteur d'une Histoire du sahU Suaire, place sa translation en 1082. En ce cas, il faudrait faire vivre Simon jusqu'à cette époque et non pas seulement jusqu'en 1080, comme le croient les Bollandistes. Chifflet suppose que la cérémonie eut lieu en 1079, mais que le diplôme n'en avait été donné qu'en 1092, à un anniversaire de cette translation. Enfin, les Bollandistes la placent en 1078.

510 s. SIMON, COMTE D'AMIENS.

rhumble moine ne voulut accepter que quelques reliques, mais son désintéressement ne fut pas imité par tous ceux qui l'accompagnaient.

En revenant de ce voyage, il fut enlevé par un brigand, près de la Ferté-Milon, l'un de ses anciens domaines. Délivré par les gentilshommes de sa suite, il défendit de faire aucun mal à ce bandit, en faisant remarquer qu'à Dieu seul appartient la vengeance et qu'il faut endurer les outrages avec résignation, puisque c'est par la patience que nous pouvons sauver nos âmes.

S'il fallait en croire l'historien du comté de Valois, Simon aurait fait un pèlerinage à Jérusalem et serait descendu à Thospice du monastère de Josaphat, gouverné alors par le B. Hugues, ancien profès du couvent de Saint- Arnoul de Crépy. Reçu avec de grandes démonstrations de joie, il aurait rapporté de ce voyage une lettre datée de 1081 pour le prieur de Crépy et de nombreuses reliques pour ce même monastère. L'autorité de Carlier, fort souvent sujette à caution, ne nous paraît point suffisante pour faire admettre un fait que n'indique aucun ancien document.

Simon, après un court séjour au château de Crépy, était rentré à son monastère, quand le pape S. Grégoire VII pria l'abbé de Saint-Oyen de lui envoyer l'illustre anachorète. Ne recevant point de réponse et devinant un refus, le souverain Pontife menaça d'excommunier l'abbé et toute la commu-» nauté. Il fallut bien se résigner à laisser partir celui qui était la gloire de la congrégation. Simon fut accueilli à Rome avec la plus vive joie et logé près

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