SIMON, COMTE d'aMIENS
de réglise Sainte-Thècle. Tous ceux qui Tavaient accompagné, sauf deux moines ', furent bientôt frappés mortellement par la malaria.
Grégoire VII chargea Simon de négocier la paix avec Robert Guiscard, duc de la Fouille, fondateur du royaume de Sicile. Notre Saint réussit dans cette difficile mission * et profita si bien de son voyage pour évangéliser les populations qu'il détermina soixante soldats à embrasser la vie monastique ^.
Revenu à Rome, Simon ne put obtenir la permission de retourner dans son monastère : ce Ce n'est point ma volonté, lui dit le souverain Pontife, mais celle de S. Pierre qui t'a appelé à Rome. Rends- toi donc à la confession du Prince des Apô très et demande lui ses ordres. y>
S. Simon, obéissant à cette injonction, passa la nuit suivante dans les grottes vaticanes et y contracta la maladie qui devait bientôt l'enlever. Après s'être confessé au pape et en avoir reçu l'absolution, l'ancien comte d'Amiens et de Crépy mourut le 30 septembre * de l'an 1080 ou 1082 % âgé d'environ 32 ans.
* L'un retourna à Saint-Oyen et Tautre, nommé Robert, continua à servir Simon,
* Albéricde Trois-Fontaines fixe cette négociation à l'an 1081 : Baronius et les Bollandistes à l'an 1080.
* Le Propre de Beauvais ajoute, nous ignorons d'après quelle autorité, que Simon, par ses prières, fit cesser une peste qui décimait l'armée du Saint-Père.
* Pridie calendas octobris^ c'est-à-dire le 30 septembre, dit le biographe anonyme. Le Nécrologe de Saint-Claude indique le 29 septembre, mais, comme le remarquent les Bollandbtes, l'autorité du biographe anonyme est préférable à celle du nécrolofii qui, dansce même article, qualifie Simon de comte de Chaipv«
* En 4082, selon Albéric de Trois-Fontaines -
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S. Simon fut inhumé dans la basilique Saint- Pierre au milieu d'un immense concours d'assistants où figuraient trente-cinq congrégations. Tout le clergé de Rome, évêques, abbés, clercs et moines portaient à ses funérailles des cierges et des torches. Le Pape, retenu par une indisposition, ne put assister aux obsèques, mais il distribua aux indigents le produit de la quête qu'on y avait faite. Mathilde, reine d'Angleterre, fit les frais d'un magnifique mausolée de pierre et de marbre, de forme pyramidale. On y inscrivit l'épitaphe suivante composée par Oddon de Châtillon qui devait bientôt porter la tiare sous le nom d'Urbain II : .
Simon i)abfn0 nomm, majorum dangutnr rlaro, francovum ^rocrrum ^are ego mngna fut*
{]au^ertatrm amnne, patrtam ninniumque reltqut (Ei)ri0tum blt^itiie omntbue antefrrene.
MabiUon, VHfstoire littéraire de la France, Cartier, MM. de Beau* vllé, Caillette, Defer, Bourgeois, etc.; en 4081, selon Du Cange; en i080, d'après Chifflet, Bouchet et les Bollandistes. Comme points de départ, dans cette appréciation, on peut faire intervenir les dates de la translation du saint Suaire de Compiègne, et de la paix conclue entre Grégoire VII et Robert Guiscard : mais nous avons vu que ces dates elles-mêmes sont contestées. Len Bollandistes se prononcent pnur Tan 1082, par les deux raisons suivantes : 1o S. Arnoul était encore reclus à Tabbaye de Saint- Médard : il ne fut appelé à Tépiscopat que par le concile de Soissons : or ce concile eut lieu en 1080, selon les Bollandistes ; en 4078, d'après Baldéric et Marlot. La charte de Philippe donnée à ce sujet, que publie le GalliaChristiana, porte la date de 4079. Arnoul a donc dû être consacré en 1080 ou au plus tard en 4081. 2o L'autorité d'Hariulfe, auteur contemporain de la Vie de S, Ar^ noul, paraît plus grande que celle d'Âlbéric des Trois-Fontaines qui vivait un siècle et demi après Simon.
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|Ioet ai apodtoltcam rcelrette prineipie aulam
6simtU0 tanti me patrb rgit amor.
dtuo buce promrrear tanbtm euper aetra leoari.
jÇoepttor l)ic earrae conbitue anu forte.
Mabillon a publié une seconde épitaphe tirée d'un manuscrit de Clairmarais et que plusieurs critiques attribuent à Foulion de Beauvais, sous-diacre de l'église de Soissons. Ce pourrait bien être l'inscription gravée sur le cénotaphe érigé plus tard à S. Simon, dans l'abbaye de Saint-Arnoul de Crépy. On verra que l'auteur, dans ses vers souvent obscurs, joue sur le nom de Simon, qui appartient également au Prince des apôtres :
Principis in caula, Simon in Simonis aulu Cum ciuce, cum pera, niinc inter ovilia vera Despicit incursum, cujuB sapientia sursum Tendit; quœque super tenam sunt temnere nuper Constituit, laqueos fugiens el relia mundi, Per cultus, per opes^ per equos, per tela, per enses, Per genus et speciem, per rura, per opidu, Romam Venit, et a Roma cœli super atria plaudit. Sic Petrus petrœ per ovilia mittit ovile, Magno pnstori pastor quem credidit agnum, Agnus in agno.custos in Custode quiescit, Petrus cum petra, Simon cum Simone régnât. Publica res cadem, Rex unus, grex ait ut idem. Gallia quem gcnuit, quem natum, quemquc renatum Nec sic obtinuit, cum re, cum nobilitate. Spretadolet genitrix ; si non sitcaplus amore Cœlestis patrise, qua mittit Roma fidèles ; Invidct hune Romœ : tamen exsequialia parva. Hune ne despiciat, lacrymas et carmina mittit,
Hariulfe, dans sa Vie de S. Armai (1. ii, cap. xv) , raconte que ce futur évoque de Soissons, retiré alors
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au monastère de Saint-Médârd, était en train de prier dans sa cellule quand une extase subite lui fit connaître la mort de Simon. Il demanda aux moines de célébrer à cette occasion un service funèbre. L'abbé, après quelque hésitation, se rendit à cette prière . Un courrier, arrivé un mois après, vint faire part de la mort de l'ancien comte d'Amiens, laquelle était advenue au jour et à l'heure indiqués par S. Arnoul.
Kobert, moine de Saint-Oyen, qui avait assisté Simon à ses derniers moments, retourna à son monastère où il ne cessa de donner l'exemple édifiant de toutes les vertus.
Il approchait de sa fin, quand Simon lui apparut en songe et lui reprocha de n'avoir rien donné aux pauvres pour le repos de son âme ; mais il le rassura aussitôt en ajoutant qu*il jouissait d'un bonheur inénarrable. Il le pria ensuite d'aller trouver S. Anselme, abbé du Bec, et de lui dire qu'il avait fait bien peu d'aumônes à l'occasion de sa mort. Robert accomplit cette mission, et le futur Archevêque de Cantorbéry reconnut en pleurant que ce reproche était mérité.
Nous terminerons cette biographie en empruntant la juste appréciation suivante de Simon à l'introduction dont M. Henri Hardouin a accompagné son édition de V Histoire des comtes d'Amiens, de Du Cange : ce C'est une belle et dramatique vie que celle du comte Simon; valeur, lumières, foi vive, signalent sa trop courte apparition au sein du monde demi-barbare qu'étonne et subjugue son héroïque piété. Pénitent des crimes d'un siècle de
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fei% comme il Tétait naguère de ceux de son père, Simon abdiquera pour le cloître, la puissance de ses aïeux. Quel plus noble précurseur des preux de la Terre- Sainte que ce fils d'indomptables barons, qui se prosterne, victime expiatoire de leurs iniquités, aux pieds d'un inflexible pontife, et qui, digne héritier pourtant des vertus guerrières de sa race, triomphe des usurpateurs de son héritage, mais seulement pour sanctifier encore, par le sacrifice de la gloire humaine, l'abandon du rang et de la richesse ! »
C'est de notre Saint que tire son origine l'illustre famille qui porte son nom. La Morlière ' et Moreri en retracent la généalogie. Qu'il nous suffise de dire que la plus jeune sœur de Simon épousa Herbert IV, comte de Vermandois; que leur fille Aloys ou Alis se maria à Hugues de France, frère de Philippe r*" , et le fit ainsi hériter du Vermandois ; que leur fils aîné, ayant été déshérité, fit défricher un terrain voisin d'Avesne ^, y bâtit un château qu il appela Saint-Simon , en l'honneur de son grand-oncle. Ce fut le berceau de la famille de ce nom qui se rendit célèbre pendant le Moyen-Age et dans les temps modernes. Ses armes étaient de sable à la croix d'argent chargée de cinq coquilles d^or. La croix rappelait la profession monastique de S. Simon; le champ de sable, la couleur noire de l'habit bénédictin ; les coquilles, les deux pèbrinages à Kome.
* Maisons de Picardie, p. 496.
> Hameau dépendant aujourd'hui de Saint-Simon, dans Tarrondissement de Saint-Quentin.
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RELIQUES
Les Bollandistes croient que le corps de S. Simon est toujours resté à Home, mais qu'à une époque inconnue, un ossement fut donné à l'abbaye de Saint-Oyen (Saint-Claude), et un os du bras à l'église de Mouthe où cette relique est encore vénérée aujourd'hui par un grand nombre de pèlerins.
M. l'abbé E. Defer dit au contraire, dans sa Vie des Saints du diocèse de Troyes (p. 248) que le corps de S. Simon, après avoir été inhumé à Rome fut transféré plus tard dans l'église Saint-Pierre de Bar-sur-Aube et qu'un parquet, qui date d'une dizaine d'années, dérobe aujourd'hui la tombe de Simon, placée dans une chapelle collatérale. Nous croyons que cette pierre tombale ne fut jamais qu'un monument commémoratif et ne recouvrit aucune relique de notre Saint.
CULTE
Une Vie de S. ^/mon, attribuée au P. J.Dunod, imprimée à Besançon en 1728, et où fourmillent les erreurs, parle des miracles accomplis au tombeau de Simon, ce qui aurait déterminé Alexandre TI à le déclarer bienheureux, et Grégoire VII à le canoniser. Nous ne trouvons nulle trace de la canonisation dont parlent Dunod et Carlier. En ce qui concerne Alexandre II, le fait est évidemment faux, puisque ce pape mourut en 1075, neuf ans au moins avant Simon.
Il est qualifié de bienheureux par Gre venus, Bucelin, Antoine de Heredia, d'Achéry, Mabillon, Châtelain, Codescard, Rorhbacher, M. Caillette de rHervilliers, etc.; àesaint^ par Albério de Trois Fontaines, Chifflet, La Morlière, Canisius. Du Saussay, les Bollandistes, le Propre de Beauvais, etc.
Ferrai'ius, ChAtclain et Du Saussay disent que Simon
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était particulièrement honoré par les Prémontrés de Vermand, en Picardie, Maurice Dupré, qu'on doit croire en sa qualité de picard, dément cette assertion dans son Histoire de l'ordre de S. Norbert (lib. ii, c. v.). Peut-être avait-il été honoré dans l'ancienne abbaye que détruisit Edouard III, en 1338.
On célébrait sa fête, le 3 octobre, au monastère de Saint- Claude.
S. Simon est honoré aujourd'hui dans les diocèses de Beauvais (5 octobre), de Saint-Clai;de et de Besançon. La paroisse de Mouthe (arrondissement de Pontarlier) lui rend un culte tout spécial.