‹ Hagiographie du Diocèse d'AmiensChapitre 12 sur 82 · LÉGENDES MÊLÉES DE VRAI ET DE FAUX · texte numérisé non relu

LÉGENDES MÊLÉES DE VRAI ET DE FAUX

Les légendes entièrement mensongères ont toujours dû être fort rares. Les motifs de falsification que

1 Rhetorica eccles. seu de modo roncionandi.

1 Voyez les remarques de M. Paulin Paris, dans son édition des Grandes Chroniques de Saint - Denys ; notre biographie d«* S. Cieoffroy ; | histoire cneore inédite de l'abbaye de Saint Kiqnier, par M. l'abbé Hénocquo, ete.

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nous avons indiqués pouvaient se contenter, la plupart du temps, d'un certain alliage d'erreurs avec un fonds de vérité.

Quand les Actes furent rédigés longtemps après les événements, quand on recomposa ceux qui avaient été détruits, ou dut s'en rapporter à la tradition. Il y avait là tout à la fois des éléments de vérité et des additions fabuleuses. Quelle fut la proportion des faits authentiques et des exagérations populaires? Jusqu'à quel point l'auteur fut-il doué de ce discernement critique qui distingue le fictif du réel, le vrai du vraisemblable? N'a-t-il pas eu seulement pour but de nous donner le récit édifiant d'événements probables ? Voulant surtout nous présenter un modèle de vertus, s' est- il beaucoup soucié de l'exactitude historique? S'embarrassant fort peu de la couleur locale, n'a-t-il pas dépeint les temps passés sous les couleurs du présent, et naïvement déguisé les actes mérovingiens sous le masque de la féodalité? Ces œuvres, d'ailleurs, nous sont-elles parvenues dans leur intégrité? N'ont-elles pas été remaniées, tantôt amplifiées, tantôt abrégées, et qu'ontelles perdu de leur véracité dans ces changements successifs ? Les manuscrits que nous possédons ontils été plus ou moins altérés par les copistes, les uns ignorants, les autres voulant faire preuve de savoir par des interpolations qui devaient compromettre plus tard l'autorité du texte? Voilà des questions qu'il est bien difficile de résoudre avec une certitude

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absolue. Mais ce qui est indubitable, c'est que beaucoup de légendes contiennent des circonstances fabuleuses, des impossibilités chronologiques, des méprises de noms et des confusions de lieux. Faudrait-il, en raison de ces* inexactitudes, repousser le témoignage de leur auteur ? Ce serait user d'une sévérité outrée, devant laquelle presque aucun monument historique ne pourrait subsister. Le devoir de la critique est de séparer, autant que possible, l'ivraie du bon grain ; de dégager l'élément historique des broderies de l'imagination ; et de savoir, pour ce qui reste douteux, se tenir dans une prudente réserve.

4° Cette réserve doit surtout nous être rigoureusement imposée par beaucoup de monuments littéraires, qu'il nous paraît impossible de classer dans L'une des catégories précédentes. Voici, par exemple, une légende qui a été écrite deux ou trois siècles après la mort du Saint. L'auteur a-t-il mis en œuvre des documents antérieurs? 11 ne nous en dit rien. Son caractère peut-il nous inspirer quelque confiance? C'est une œuvre anonyme *. Ses récits concordentils avec des événements connus d'ailleurs? Ce sont des faits isolés qiii ne peuvent pas subir de contrôle. Les manuscrits sont-ils authentiques? Ce sont des

1 Le caractère anonyme d'une légende nous prive d'un moyen d'apprécation, mais ne saurait être un motif de dédain. Il faut se rappeler que la plupart des hagiographes étaient d'humbles moines qui ne songeaient guère à léguer leur nom à la postérité.

xr.vnr

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copies très-postérieures u l'époque de l'ouvrage. Il est possible que cette légende soit entièrement vruie ou entièrement fausse, ou mélangée d'erreurs et de vérités; toutefois, nous n'avons aucun motif suffisant pour affirmer l'une de ces hypothèses.

Certains hypercritiques ont trouvé une méthode très-expéditive pour reconnaître les fausses légendes : il leur suffit d'y rencontrer des miracles et des visions. Si ce n'est pas toujours pour eux une preuve de supercherie, c'est du moins un indice d'ignorance; et, pour tout expliquer, ils invoquent la nescience des phénomènes naturels, la pathologie nerveuse et les hallucinations. L'école de Port-Royal n'alla pas si loin, mais elle montra une profonde répugnance pour la multiplicité des miracles au Moyen Age.

Ce ne serait pas le lieu d'ouvrir ici une discussion théologique contre ceux qui nient le surnaturel et contre ceux qui se contentent de l'amoindrir. Qu'il nous soit permis néanmoins de rappeler que ces prodiges ne sont pas indignes de la majesté de Dieu, en raison des leçons qu'ils nous donnent, des sentiment* qu'ils produisent, des maux qu'ils guérissent. Ne manifestent-ils pas lu puissance du Créateur, eu môme temps qu'ils glorifient ses privilégiés, qu'ils encouragent les justes et qu'ils confondent l'incrédulité ? Le miracle n 'était-il pas une nécessité providentielle, à ces époques où les masses simples et grossières avaient besoin d'être profondément re-

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iu liées? Le rationalisme, en niant ces suspensions des lois de la nature, au moment de l'établissement du Christianisme, admet par là même un prodige bien plus étonnant que tous ceux qu'il rejette : car le triomphe de la foi nouvelle, sans intervention divine, devient le plus inexplicable des mystères.

Dès lors qu'on est chrétien et qu'on admet les miracles de l'Evangile, on ne saurait, en principe, rejeter tous ceux des âges ecclésiastiques, bien qu'ils ne soient pas pour nous des objets de foi. Le Christianisme, en effet, n'est-il pas une mission perpétuelle qui continue sur la terre l'œuvre de Jésus-Christ? Celui qui a entouré la naissance de l'Eglise d'événements si merveilleux serait-il resté impuissant à en produire de nouveaux, pour glorifier la perpétuité de son œuvre? Toutefois, en admettant la possibilité et même la nécessité des miracles, on peut les envisager, en tant que faits, avec des dispositions d'esprit très-différentes. Tout rejeter, c'est exclure la vérité ; tout croire, c'est admettre l'erreur. Ce sont là deux faiblesses de l'esprit, inspirées par des tendances contraires. La première règne assez généralement aujourd'hui ; la seconde, nous devons le dire, prédominait au Moyen Age. L'absence de critique, l'ignorance des lois de la nature, les idées superstitieuses ' qui sont les excroissances parasites de la foi, les dispositions générales à la crédulité, les ruses des imposteurs qui simulaient des guérisons subites pour attirer l'attention sur eux et obtenir des aumônes, voilà les

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principales causes qui multiplièrent les miracles dans des récits, écrits d'ordinaire avec la plus entière bonne foi. Les légendaires monastiques, ne voyant dans le merveilleux que l'épanouissement normal de la sainteté, sensibles d'ailleurs à la gloire qui en rejaillissait sur leur abbaye, devaient facilement accueillir tous les bruits populaires. Certains événements qui avaient vivement frappé l'imagination, des traductions trop réalistes du langage figuré, des interprétations matérielles de compositions symboliques, furent appliqués en même temps à un bon nombre de personnages. Que de fois ne voyons-nous pas l'âme qui s'envole sous forme d'une colombe, le dragon destructeur se laissant docilement mener par une étole, le bâton fiché en terre et prenant racine, le martyr qui porte sa tête dans ses propres mains, le tombeau d où émanent de suaves odeurs, le cercueil qui s'alourdit pour empêcher les reliques d'être transportées plus loin ?

Quel système adopterons-nous vis-à-vis de tous ces miracles et de toutes ces légendes ? Examineronsnous les faits, les uns après les autres, pour voir s'ils sont miraculeux de leur nature, appuyés sur des témoignages suffisants ; si l'auteur qui nous les raconte n'a point pu nous tromper, ou bien être induit en erreur? Oui, sans doute, nous rencontrerons certains prodiges évidemment entachés d'absurdité, ou blessant tellement les sentiments les plus élémentaires de la justice et de l'humanité, que nous pourrons,

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avec certitude, en proclamer la fausseté ; mais combien d'autres, d'un caractère plus ou moins probable, échappent, en raison de leur éloignement, à un examen sérieux l Comme Baillet et Godescard, prendronsnous la vraisemblance pour guide ? Mais, n'est-ce pas un conducteur bien peu sûr, lorsqu'il s'agit d'événements surnaturels? Nous entrerions dans les voies de l'arbitraire et nous nous exposerions, par un choix capricieux, tantôt à exclure la vérité, tantôt à admettre l'erreur. Bien loin d'agir ainsi, nous reproduirons, dans toute leur naïveté, ces récits merveilleux ; mais en les plaçant sous Tunique garantie des chroniqueurs, dont nous aurons soin, dans un chapitre spécial, d'examiner le degré de véracité. On pourra ainsi apprécier le plus ou moins de certitude des faits, non pas en raison de leur nature, mais d'après le caractère du témoignage qui leur aura été rendu.

Quand bien même certains événements nous paraîtraient complètement erronés, nous ne les rapporterons pas moins, parce qu'alors ils donnent la mesure de la réserve qui doit accueillir le reste du récit. D'ailleurs, en laissant de côté leur valeur historique, ces légendes n'ont-elles pas joué un rôle important dans les croyances de nos pères ? Ne sontelles pas souvent empreintes d'uue naïve poésie qui a su charmer les générations éteintes ? Ne renfermentelles pas de généreuses protestations en faveur de l'action providentielle , de la dignité de l'homme et de la puissance de la vertu ? Ne peignent-elles pas

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quelquefois d'un trait les mœurs d'une époque, et ne contiennent- elles point des indications précieuses pour l'histoire locale? Ne sont-elles pas indispensables pour interpréter ces compositions que la sculpture du Moyen Age a gravées au front de nos cathédrales, ou que la peinture a confiées aux verrières, aux fresques et aux miniatures?

Tout en rapportant, avec la plus scrupuleuse exactitude, les épisodes les plus singuliers delà vie des Saints, nous n'hésiterons jamais à interrompre nos récits, pour combattre les traditions populaires qui nous paraîtront erronées. Dominé par l'amour exclusif de la vérité, nous relèverons quelques erreurs historiques que le Propre de notre diocèse a empruntées à nos anciens bréviaires. D'un autre côté, nous ne craindrons pas de raconter les faiblesses et les fautes des Saints, qu'elles leurs soient personnelles, ou bien qu'elles appartiennent à l'époque où ils ont vécu. Partisan de la sincérité absolue en histoire, nous sommes de ceux qui pensent qu'il ne faut jamais dissimuler ni altérer la vérité, et que le système des réticences, des atténuations et des faux ménagements, outrage tout à la fois la science et lareligion. Nous croyons avec M. de Montalembert M. Léon Gautier2, le P. Perraud ' et bien d'autres, qu'il

1 J*es Moines d'Occident, introduction.

* Portraits littéraires et Revue des questions historiques ' Discours sur l'liist. de l'Eglise, prononcé à la Sorbonne, en

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faut étudier les faits sans parti pris, sans i trière pensée, sans autre passion que celle de l'exactitude scientifique; — que les catholiques doivent être les permiers h soumettre leurs annales aux justes sévérités delà critique; — qu'ils ne doivent dissimuler aucune tache, pour avoir le droit de ne voiler aucune gloire ; — et qu'ils ne doivent jamais s'exposer à mériter cette interrogation du Patriarche : Croyez-vous donc que Dieu ait besoin de vos mensonges? Nttmquid Deus indiget mondacio vestro ? (Job, XI il, 7.)

Apres avoir fait connaître :i nos lecteurs les principes de critique qui inspireront notre œuvre, nous devons entrer dans quelques détails sur les limites géographiques que nous nous sommes tracées, sur le choix des personnages que nous avons admis dans notre galerie, sur la division de notre travail, sur le classement que nous avons adopté, et sur Tordre que nous avons suivi dans chaque biographie.

Fallait-il restreindre nos recherches dans les limites actuelles du diocèse, ou bien dans son ancienne circonscription, qui représentait dans toute son intégrité le territoire des Ambiant ? Dans le premier cas,

il nous fallait exclure les Saints qui appartiennentaux

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paroisses que iiuiis a fait perdre le Concordat 1 , mais qui n'eu ont pas moins vécu sons l'autorité de nos anciens évoques ; ilans le second cas, il fallait se taire sur les Bienheureux dont se glorifient les parties de notre diocèse actuel qui n'y ont été annexées que depuis 1801 a.Ni l'un ni l'autre de ces systèmes exclusifs ne pouvait être adopté. Aussi, avon-snous élargi notre cadre, eu embrassant tout à la fois l'ancienne et la nouvelle circonscription

Quant au choix des personnages, nous avons voulu éviter deux tendances extrêmes des hagiographies : l'une, trop indulgente, admettant un certain nombre de personnes pieuses, mortes en odeur de sainteté, mais qui n'ont jamais été qualifiées de Saints; l'autre, trop sévère, qui exige le passeport officiel de la liturgie. Nous réclamerons un titre, sans cependant

1 Les doyennés d'Auxi-le-Châteuu, de Montreuil et de Labroye, qui appartiennent aujourd'hui au diocèse d'Arias; celui de Grandvilliers et un certain nombre de cures des anciens doyennés de Montdidier, Conty, Moreuil, etc., qui font aujourd'hui partie du diocèse de Beau vais.

1 Notre diocèse s'est enrichi alors d'environ 130 paroisses des anciens doyennés de Péronne, Ham, Nesles, Athies et Curcby, qui dépendaient auparavant du diocèse de Noyon.

3 Notre diocèse, au XVIII* siècle, n'avait que vingt lieues de long sur seize de large. Il comprenait 26 doyennés, 761 paroisse», 100 annexes, 15 collégiales, 57 prieurés, 20 abbayes d'hommes, ô de femmes, 20 communautés d'hommes, 22 de femmes et 6 commanderies. Aujourd'hui, il comprend 42 doyennés, 60 curcsj 5J3 succursales, 30 chapelles vicariales, 91 annexes, 172 églises sans titre, 2 monastères d'hommes et un grand nombre de communautés religieuses. — ► Voyez Y Etat général de l'ancien diocèse d'Amiens, par M. l'abbé de Cagny.

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nous montrer bien rigoureux sur sa valeur. Ainsi, nous admettrons parmi nos Saints : 1° ceux qui jouisseur, aujourd'hui d'un culte public, autorisé par l'Église ; 2° ceux dont l'office était marqué dans nos anciens bréviaires Amiéiiois ; 3° ceux qui ont été l'objet d*un culte purement local, soit dans un monastère, soit dans une paroisse; 4° ceux qui, n'ayant jamais été l'objet d'aucun culte, n'en ont pas moins été désignés comme Saints, soit par un martyrologe «le quelque valeur, soit par d'anciens chroniqueurs, soit par quelque tradition locale.

Tour nous conformer aux décrets du Saint-Siège-, nous devons déclarer ici que, lorsque nous donnons la qualification de Saints ou de Bienheureux à des personnages qui ne sont point canonisés, nous n'avons point voulu substituer nos jugements à ceux de l'Eglise, ni donner à ces expressions une signification liturgique.

Outre les Saints qui appartiennent essentiellement à notre diocèse par leur naissance, leurs titres leur séjour prolongé ou leur mort, il existe une autre ca* tégoriede Bienheureux que nous ne pouvions pas oublier, mais dont l'histoire, a notre point de vue

1 C'est en raison de leur qualification que nous admettons dan» notre galerie le B. Charleu le Bon, comte d'Amiens ; le B François de ttoye; S. Sévold, comte de Ponfftieu ; l«- H. Simon, comte d'.lmietis et de ('/»*'/% *-u >

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local, ne mérite ni le môme degré d'intérêt, ni les mêmes développements : ce sont ceux qui, étrangers à notre pays y ont exercé une action toute passagère ; ceux dont les reliques ont enrichi nos églises, où elles ont trouvé comme une seconde patrie 2; ceux qui, par des circonstances particulières, sont honorés dans tout notre diocèse * ou dans quelques-unes de ses paroisses *. Il aurait été superflu de faire la biographie de ces Saints étrangers, mais nous devions recueillir tout ce qui, dans leur vie ou dans leur culte, concerne l'Eglise d'Amiens. Ce sera l'objet d'un Appendice qui formera probablement tout un volume. On y trouvera : 1° la relation des circonstances historiques qui, dans la vie de ces Saints étrangers à notre diocèse, intéressent néanmoins ses annales ; 2° l'histoire ou l'indication des reliques notables qui sont honorées ou qui l'ont été jadis dans nos églises ; 3° l'histoire du culte des Saints qui ne sont pas compris dans la première partie de notre Hagiographie, au point de vue diocésain de la li-

1 S. Ame, S. Babolein, S. Cadrocl, S. Foillan, S. Gobain, S. Lcu, S. Martin, S. Meldan, Sto Radcgonde, S. Thomas Bccket, S. Vincent de Paul, S. Yves de Chartres, etc.

* S. Florent, S. Guignolé, S. Guduval, S. Jean-Baptiste, S. Kilien, SS. Lugle et Luglien, S. Précord, S. Vaneng, S. Vulfrant S. Willebrord, S. Vigor, etc.

* S. Antoine, Ste Catherine, SS. Crépin et Ciépinien, S. Éloi, S. Fiacre, S. Léger, S. Médard, S. Nicolas, S. Roch, S. Romain, S. Sébastien, etc.

* S. Amand, S. Cyr, S. Didier, S. Druon, S. Géiy, S. Léonard, S. Lucien, S. Ménélé, S. Sanson, S. Scrvoia, S. Taurin, S. Vandtille, etc.

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turgie, des patronages, des corporations, de l'iconographie, des pèlerinages et des traditions populaires. Nous y joindrons la nomenclature des personnages qui ont été désignés à tort par divers écrivains, comme étant des Saints du diocèse d'Amiens'.

Cet Appendice, aussi bien que la première partie, sera rédigé selon l'ordre alphabétique. L'ordre liturgique, selon la date des fêtes, ne peut convenir qu'aux recueils spécialement conçus dans un but de piété, ou aux collections qui comprennent tous les jours de l'année. Il est une méthode de classement que nous aurions préférée à celle que nous adoptons : c'est l'ordre chronologique ; mais une considération toute personnelle devait nous l'interdire. Nous nourrissons depuis longtemps la pensée de publier un jour une histoire du diocèse d'Amiens ; elle s'ouvrira nécessairement par les vies de S. Firmin et de nos premiers martyrs. Ç'aurait été aussi le commencement de notre Hagiographie, si nous avions suivi la méthode des dates ; de cette sorte, nous aurions eu deux ouvrages dont chaque premier volume, au moins dans son premier tiers, aurait offert une presque complète similitude. Nous avons dû prévenir ce grave inconvénient, et c'est pour cela que nous avons choisi l'ordre alphabétique, qui est d'ailleurs plus favorable aux

1 S. Ebcrtram. Edelburge, Firmin abbé, Gré, Guillaume de Normandie, Hoymon, Marcsq, Matthieu d'Abbevillo, Ouignan, Sauflieu, etc.

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recherches, et d'une variété plus attrayante pour la lecture.

Pans chaque biographie, nous suivrons toujours le même ordre. Au-dessous de chaque titre, nous indiquerons immédiatement la date de la fête et Tannée de la mort du Saint. La première note indiquera toutes les variantes qu'a subies son nom et les étymologies qu'on lui a prêtées.

Les biographes du Moyen Age, que nous prendrons toujours pour guides, nous renseigneront suffisamment sur les vertus du personnage, et nous aideront a peindre les constants efforts de la volonté humaine a la poursuite île la perfection ; mais, comme ils ne nous donnent souvent que des indications bien sommaires et parfois erronées sur les événements historiques, qu'ils rejettent à un plan très-secondaire dans l'ascétisme de leurs tableaux, nous appellerons alors a notre aide les chroniqueurs contemporains; et plus d'une fois nous serons obligé, tantôt d'interrompre nos récits par des discussions critiques sur des questions de géographie locale, de chronologie, d'archéologie et d'érudition ; ou bien de rejeter dans des notes les éclaircissements qui nous paraîtront utiles.

Nous serons très-sobre de ces pieuses réflexions dont les hagiographes du dernier siècle amplifiaient leurs monographies. Laissant les faits parler par eux-mêmes, nous les exposerons dans leur plus scrupuleuse véracité, et nous ne substituerons jamais les

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libres allures du panégyrique à la gravité réservée de l'histoire.

Notre tâche ne sera point terminée quand nous aurons raconté la vie d'un Saint, avec les larges développements que ne peuvent comporter les recueils généraux d'hagiographie '. Comme l'a fort bien dit Dom Guéranger 2, la vie des héros du Christianisme sur la terre ne s'arrête jamais au jour de leur mort ; elle se continue dans l'influence qu'ils exercent, dans les prodiges dont ils brillent, dans la confiance si ardente du peuple fidèle, dans les monuments qu'on leur dédie, dans l'inspiration dont ils sont la source pour la poésie et les arts ». Aussi, consacrerons-nous des chapitres supplémentaires, imprimés en plus petit texte, aux miracles posthumes, au culte, à la liturgie, aux monuments et à l'iconographie de chacun de nos Saints. Un index bibliographique donnera la valeur des sources où nous aurons puisé ; il mentionnera soigneusement les manuscrits 3 et les imprimés que nous aurons consultés, ainsi que les noms des correspondants auxquels nous devrons de3 renseignements spéciaux. Qu'il nous soit permis

1 Comme exemple de biographies écourlées, nous citerons Godescard, qui consacre vingt-sept lignes à S. Blimont; vingt-quatre lignes à S. Salve ; vingt-et une lignes à S. Fursy ; moins d'une puge à S. Evrols, S. Firmin le Martyr, S. Firmin le Confesseur, S. Honoré, etc.

* Histoire de Ste Cécile, préface, p xiv.

1 Quand nous n'indiquerons point le gisement d'un manuscrit, c'est qu'il appartient à la Bibliothèque communale d'Amieus.

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ici de les remercier de leurs communications, et d'exprimer une gratitude toute particulière à MM. Douillet, curé-doyen de Corbie ; L. Duthoit, sculpteur ; Fri court, curé de Saint-Riquier; Garnier, conservateur de la bibliothèque d'Amiens; le docteur Goze ; Ch. Henneguier, de Montreuil; Hénocque, doyen du chapitre ; Ch. Salmon ; Thuillier, curé de Favières ; ainsi qu'à la plupart de MM. les Doyens, et h beaucoup d'autres ecclésiastiques qui se sont obligeamment empressés de répondre, en ce qui concerne leurs cantons respectifs, au questionnaire que nous avions formulé.

Notre dernier volume sera terminé par trois tables fort détaillées : Tune des noms de personnes ; l'autre des noms de lieux ; la troisième des matières de dogme, de morale, de discipline, d'histoire, de liturgie, d'archéologie, de littérature, de sciences, de beaux-arts, de mœurs et coutumes, etc.

Tel est le plan de notre ouvrage. On voit qu'il est surtout conçu au point de vue de l'érudition. Toutefois, nous croyons que les personnes qui se préoccupent moins du côté scientifique auront de quoi alimenter leur pieuse curiosité. Qu'elles laissent de coté, si bon leur semble, les chapitres complémentaires, dont le sujet est nécessairement aride, et qu'elles se bornent à lire les biographies proprement dites. Nous espérons qu'elles y trouveront quelque intérêt et quelque variété.

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Cette variété ne sera-t-elle point lu conséquence obligée de la multiplicité de nos objets d'étude? Si les quatre-vingt-dix Saints de notre diocèse se ressemblent tous par la direction de leurs efforts vers un seul et même but, ils diffèrent bien souvent entre eux par les moyens qu'ils ont mis en œuvre, par la diversité des obstacles qu'ils ont rencontrés, par le milieu dans lequel ils ont vécu. Les uns ont arrosé notre sol de leur sang généreux ; les autres ont présidé aux destinées de notre Église. Ceux-ci se sont réfugiés dans la vie solitaire; ceux-la ont supporté le poids de la charge pastorale. Un grand nombre ont illustré la vie monastique, soit qu'ils aient fondé des abbayes, qu'ils aient gouverné des communautés, ou qu'ils aient passé leur vie tout entière sous le joug volontaire de l'obéissance. Nous verrons successivement passer sous nos yeux des vieillards et des jeunes gens, des vierges et des veuves, des savants et des illettrés, des justes et des pénitents, des guerriers et des reclus, des châtelains et des serfs. D'un monastère nous passerons à la cour des rois, d'une solitude dans un camp, d'une prison dans une cathédrale, d'une chaumière dans un palais. Nous suivrons nos héros dans toutes leurs pérégrinations, et nous serons entraînés par eux, tantôt dans divers diocèses de la France, tantôt sous les chauds climats de l'Espagne et de l'Italie, tantôt dans les froides régions de l'Ecosse et de la Suède. Mais, tandis que les sites se succéderont et que notre cadre changera, nous

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aurons toujours sous les yeux le t-ableau du triomphe de la grâce, qui, tout infini qu'il peut être de nuances et d'aspects, offre partout la même grandeur et la même consolante sublimité !

A mien», le 22 août 1808.

S. ACHE ET S. ACHEUL

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