MARTYRS
ii Mai. — f III- Siècle.
Quelques-uns de nos anciens bréviaires 1 et divers historiens modernes 3 nous disent que S. Àcheul 3, originaire de la Grèce, fut envoyé dans les Gaules
1 Ceux de La Martiiomk et de Fr. Faure.
* Do Saussaye, Martyrol. gallic. — Pages, Manuscrits, t. i, p. 20.
* Nous indiquerons toujours les diverses variantes de noms que nous aurons rencontrées dans les imprimés et les manuscrits. On, trouve S. Ache désigné sous les noms suivants : A dus, Accius, //cm, A eus, Accus. Agius ; — Aacée, Ar.hée% Achiet, Achiot. — Les formes et les altérations du nom de S. Acheul sont encore plus nombreuses : Acheolvs, AtheoJvs, Acciolus, Actolus, Acceolus, Achilleus Acceol, Acceul, Acciole, Axèlet Axevil, Achevx, ytcheu, A chenil y Achotul, Achvel, Aicheul. — Nous pourrions ajouter ici les divers noms de S. Andéol, si nous étions partisan de l'opinion qui confond ce martyr du Vivarais avec notre saint Acheul.
S. AC1IE ET S. ACHEl L.
par un disciple de S, Polycarpe, pour y propager les bienfaits delà foi chrétienne. Ce zélé missionnaire, qui n'était encore que sous-diacre, se rendit à Carpentras, évangélisa le Vivarais et convertit un grand nombre de païens. L'empereur Sévère qui traversait ces contrées, pour se rendre aux Iles Britanniques, rencontra le jeune apôtre et lui ordonna vainement de sacrifier aux Dieux. Bien loin d'être éclairé par la miraculeuse punition d' un de ses satellites dont la main se dessécha, après qu'il eut lancé une pierre contre S. Acheul, l'empereur ne vit là que des artifices de magie, et fit livrer aux tortures celui qui venait d'insulter aux divinités de Rome. Après avoir été battu de verges et déchiré par des fers rougis, Acheul eut la tête fendue ou plutôt écrasée par un glaive en bois, et rendit son âme a Dieu, le ior mai de l'an 208, à Bergoïate, près du Rhône.
Ce récit est trop évidemment calqué sur les actes de S. Andéol pour qu'on n'y reconnaisse point une confusion, amenée sans doute par une certaine similitude de nom (Aceolus — Adeolus) et par la même date de célébration liturgique.
L'auteur anonyrnedes Mémoires pour servira /7iûtoire de Véglise de Saint- Acheul 1 a remarqué cette identité de faits attribués h deux personnages, et il en a conclu que saint Andéol et saint Acheul ne sont qu'un seul et même saint, honoré sous deux noms différents. Pour expliquer le culte immémorial qu'on lui rend à Amiens, il a avancé, comme Pagès2, mais sans l'ombre de preuve, que le corps de ce
1 De Beau ville, Documents inédits, p. 378. * Manuscrits, i, 20.
S. ACHE ET S. ACHEl'L.
martyr avait été apporté a Amiens par S. Salve. Embarrassé qu'il était de S. Ache, l'inséparable compagnon que lu liturgie amiénoise donne à S. Acheul, notre chroniqueur suppose qu'il n'u point existé et que le nom d'Ache est une simple abréviation de celui d 'Acheul.
Quant a nous, nous ne voyons dans cette confusion historique, qui nous parait au reste de date assez récente 1 qu'une fausse attribution, dont les exemples ne sont pas rares dans les annales hagiologiques, et qui ne saurait porter atteinte à la réalité de deux existences que la piété de nos ancêtres a euvironnées d'une sainte auréole. Les reliques de saint Andéol sont toujours restées au bourg qui porte son nom, dans le département de l'Ardèehe. Si on en avait distrait une partie pour en enrichir Amiens, sous l'épiscopat de S. Salve, ce fait aurait été mentionné dans les actes si détaillés de ce célèbre évêque, tandis que nous n'y voyons qu'une translation des corps de S. Ache et de S. Acheul, retirés de l'église Notre-Dame-des-Martyrs pour être déposés dans une crypte de la nouvelle église érigée a S. Firmin.
En l'absence de tout document authentique, la tradition, qui est parfois si prolixe, se montre ici plus que réservée. Elle se borne à nous dire que le diacre S. Ache et le sous-diacre S. Acheul, tous deux originaires de l'Amiénois, reçurent le 1er mai la palme du martyre. Au milieu des tourments, ils se bornaient à dire a leurs persécuteurs : — Si Dieu
> Elle n'a pas été commise par le Bréviaire de 1528, dont la légende ne contient que des réflexions générales sur ces paroles attribuées à divers martyrs : Si Deus pro nobis, quis contra nos !
S. AlïlK ET S- AJ HKI !..
est pour nous, qui sera contre nous? — Il est probable que cet événement eut lieu vers l'an 287, alors que Rictiovare exécutait si cruellement en Picardie les ordres qu'il avait reçus de Maximien Hercule *.
RELIQUES
S. Ache et S. Aeheul furent inhumés à Abladène, là où devait plus tard s'élever une église qui prendrait leur nom, après avoir quitté celui de Notre-Dame et de Saint-Firmin * ; c'est de là que leurs corps furent transférés par S. Salve, au commencement du VII' siècle, dans la nouvelle église que cet évôque avait érigée dans l'enceinte d'Amiens, sous le vocable de S. Pierre et de S. Paul, et qui plus tard prit le nom de Saint-Firmin le Confesseur.
L'évéque Otger, en 893, donna à l'église de Saint-Quentin, en même temps que le corps de S. Victoric, quelques reliques de S. Ache et de S. Acheul. La collégiale célébrait chaque année, au 19 mai, le souvenir de leur avènement. (Quentin Lafons, Histoire de Saini-Quentin, i, 239.)
Un chanoine de Notre-Dame d'Amiens, nommé Jean de Raineval, légua par testament, en 1331, toute sa vaisselle d'argent, pour qu'on fabriquât une châsse digne des deux saints martyrs ( Notes pour tHist. ecclés. d'Amiens, manu-
1 Le calendrier du Bréviaire de Mgr Mioland place leur martyre vers l'an 119 (serait-ce une faute d'impression ?) ; celui du Bréviaire de la Motte, vers le II* ou III* siècle, ce qui est fort vague; Godescard, en 290; Pages, vers l'an 409, au moment de l'invasion des Vandales.
» Cette succession de vocables divers a sans doute donné lieu à l'erreur que commet le P. Longueval, en disant : « S. Salve plaça « leur reliques dans l'église Saint-Firmin le martyr, mais dans la
• suite elles furent transférées dans une église de la Sainte-Vierge, « proche la ville, et cette église porte aujourd'hui les nomade ces
• saints martyrs. •» {Histoire de l'Église gallicane, i, 149.)
S. ACHE ET S. ACHEUL
serit du XVII» siècle, n» 516 de la Bibl. d'Amiens, p. 149). Elle a disparu a la Révolution.
En 1533, François d'Halluin, évôque d'Amiens, fît mettre dans la boule que surmonte la croix du clocher, à Notre-Dame, un certain nombre de petites reliques, au nombre desquelles il s'en trouvait de S. Acheul (Machart, Mdnuscrits, t. i).
Les anciens inventaires que nous avons consultés mentionnent des reliques de nos deux martyrs à Notre-Damedes-Martyrs (fragment de côte), à l'église Saint-Germain, aux Célestins d'Amiens et aux Chartreux d'Abbeville.
Une partie des reliques des deux saints est actuellement conservée à Notre-Dame, dans la châsse de S. Firmin. La téte de S. Acheul se trouve à la maison des Jésuites de Saint- Acheul ; le reliquaire est placé sous l'autel de la chapelle domestique. Autant que nous avons pu en juger, les os sont à peu près réduits en poussière. Les Mémoires inédits du P. Loriquet nous apprennnent qu'une famille pieuse sauva le crâne de S. Acheul , pendant la Révolution, et en fit don aux Jésuites en 1827.
CULTE ET LITURGIE
S. Firmin le Confesseur fit ériger une église à Abladène sur les tombeaux où reposaient les corps vénérés de S. Firmin le Martvr, de S. Ache et de S. Acheul, à côté des ruines d'un temple romain. Ce sanctuaire fut dédié à Notre-Dame et à S. Firmin, martyr. Dans le cours du Moyen Age, on le désigna simultanément, tantôt sous le nom de Saint- Ache et Saint- Acheul, tantôt sous celui de Notre-Dame des Martyrs1. Depuis longtemps il n'est plus guère connu que sous le nom de Saint- Acheul.
1 Dans diverses chartes de S. Geoffroy, éveque d'Amiens, et de Manaasès, archevêque de Reims, il est mentionné sous te quadruple vocable de Notre-Dame, Saint-Firmin, Saint-Ache etSaint- Acheul. En 1085, une charte de lévèque Roi Won lui donne le nom de Saint- Ache et Saint- Acheul.
fi