‹ Hagiographie du Diocèse d'AmiensChapitre 14 sur 82 · ACHE ET S. ACHEL'L · texte numérisé non relu

ACHE ET S. ACHEL'L

Un prieuré de clercs réguliers, institué dans cette église en 1085 par l'évêque Roricon, embrassa la* règle de S. Augustin en 1109, et fut érigé en abbaye en 1145. Le pape Nicolas IV, en 1291, accorda un an et quarante jours d'indulgences aux fidèles qui visiteraient l'église de Saint- Acheul, le jour de la fôte de ce saint martyr. (Daire, Hitt. d'Amiens, h, 251, 257.)

Tout le monde sait que les Pères de la Compagnie de Jésus fondèrent à Saint-Acheul, en 1814, un petit séminaire qui fut supprimé en 1828 par le gouvernement, et que cette célèbre maison n'est plus aujourd'hui qu'un noviciat de l'ordre.

Le P. Sellier, dans une Notice sur Notre-Dame de Saint- Acheul qu'il publia en 1 85 i, constatait le délabrement de ce sanctuaire et émettait des vœux auxquels nous sommes heureux de nous associer. « Quelques antiquaires distingués, disait-il, se sont émus, nous le savons, de cet état de la première église d'Amiens. Ils confondent leurs vœux avec ceux de tous les fidèles, parce qu'ils savent apprécier les choses par la grandeur et par la sainteté des souvenirs qu'elles rappellent. Ils attendent le jour où l'autel aura repris sa véritable place au-dessus de la crypte de S. Firmin, et, s'il est possible, d'après le plan si simple et si beau de 1097 f. Ils aiment à remettre dans le fond de l'abside, l'antique siège épiscopal et les stalles réservées aux prêtres. Ils rétablissent l'ancienne distinction entre le sanctuaire et le chœur. Ils relèvent la grille qui séparait autrefois le chœur de la nef, ou la remplacent par une balustrade convenable. Oserons-nous le dire, et pourquoi ne le dirionsnous pas, ils mettent des vitraux historiés dans le sanctuaire et de simples grisailles dans la nef. Ils donnent à toutes les murailles de l'église cette teinte douce et unifqrme qui n'en est que plus religieuse dans sa simplicité. Enfin, guidés par un goût pur, éclairés par l'esprit des traditions chrétiennes, ils rendent Notre-Dame de Saint- Achcul digne de protéger et de conserver les souvenirs les

1 Ce plan est conservé à la Bibliothèque d'Amiens.

S. ACHE ET S. ACHEUL

plus antiques et les plus saints de la foi dans la Picardie. Puissent ces vœux si justes et si beaux devenir une réalité ! »

Jean Bullant, architecte du connétable de Montmorencv (1556-1578), qui construisit le château d'Ecouen et qui travailla à Amiens en 1574, avait une dévotion spéciale pour S. Acheul. En téte de son testament, il recommanda son âme « à M. sainct Accéol, son patron » (de Montaiglon, Archives de l'art français, t. vi, 3 14) . Il ne portait point le nom d' Acheul, mais il emploie l 'expression de jmtron, parce qu'il résidait à Ecouen, dont l'église paroissiale est sous le vocable de S. Acheul.

Les noms de S. Ache et de S. Acheul sont inscrits dans nos anciennes litanies du XI IP siècle (ms. 125), dans le martyrologe attribué à S. Jérôme et dans tous ceux de l'Église de France.

Le second de ces martyrs est patron de Saint-Acheul, dans le canton de Berna ville, et d'Ecouen (Seint-et-Oise), où on lui donne le nom de S. Axeuil.

On célébrait, le 1er mai, la féte de S. Ache et de S. Acheul (Aci et Acceole) à l'abbaye de Novalaise en Savoie. La conformité des noms et de la date liturgique nous aurait fait supposer qu'il s'agissait de nos deux martyrs, si l'auteur du Chronicon novaiieiense (apud Pertz, Mon. Germon., t. ix, p. 119) ne nous disait que ces deux martyrs sont enterrés à Novalaise : Hi vero digni Deo martyres apud prœfatum locum tombant habent.

La féte de S. Acheul tombe le 1er mai; mais, à cause de l'occurrence de S. Philippe et de S. Jacques, elle a été reportée d'abord au 2 mai, puis au 4, et enfin au 1 1.

Elle fignre dans tous nos bréviaires amiénois, sous le rite simple ou semi-double. Le Propre actuel a supprimé la courte légende historique du bréviaire de la Motte, pour y substituer un fragment du sermon de S. Augustin sur les martyrs.

Deux annexes de notre diocèse, l'une de Montigny-lcs- Jongleurs, l'autre de Mons-en-Chaussée. portent le nom do Saint-Acheul. La rue actuelle de Noyon, à Amiens, s'np-

S. ACHK ET S. ACJIELL.

pelait au XIIP siècle, rue Sainct-Achuel. Bien qu'Adieux (arrondissement de Doullens) soit désigné sous le nom d'Acheul dans le Pouillé général de 1648, il ne faut y chercher aucun rapport avec notre saint martyr : car cette localité est appelée Taciacum dans le diplôme de Clotaire en faveur de Corbie. Quant à Acheux-en-Vimeu (canton de Moyenneville), nous ne voyons jamais non plus la qualification de saint précéder les noms d'Acheul ou d'Achœt'L par lesquels cette paroisse est souvent désignée au XIII' siècle !.

ICONOGRAPHIE

Le II. P. Collier, dans ses Caractéristiques des Saints, p. 739, parle d'une vieille image populaire représentant S. Acheul, la tête sciée verticalement d'une oreille à l'autre. « Je suppose , ajoute-t-il, que cette peinture avait pour origine une tradition ancienne, admise en Picardie. » Nous n'avons aucune tradition de ce genre. Cette image est une nouvelle preuve de la confusion qui s'est établie entre S. Acheul et S. Andéol, qu'on représente ordinairement la tète fendue avec une épéc de bois.

BIBLIOGRAPHIE

Les actes de S. Ache et de S. Acheul n'ont sans doute jamais été rédigés, pas plus que ceux de S. Milfort, de S. Varlois, de S. Luxor, de Ste Agrippine, de Ste Laûrienne, de S. Gratien, etc., que nous ne connaissons que par de vagues traditions. Cette pénurie de renseignements sur d'illustres personnages de l'Église primitive est commune à bien d'autres régions ; M. l'abbé Freppel en explique parfait e-

1 Gaiinier, Dict. topotjraph. du départ, de la Somme, t. xxi des Mém. des Ant. de l'icitrdie, p. 7.

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