‹ Hagiographie du Diocèse d'AmiensChapitre 22 sur 82 · ADÉLAKD. ABBÉ I)F. < ORBIR · texte numérisé non relu

ADÉLAKD. ABBÉ I)F. < ORBIR

l'empêchèrent pas de devenir la victime de l'injustice et de la jalousie.

Louis le Débonnaire venait de succéder à Charte magne (814). Bernard fut accusé auprès du nouvel empereur de vouloir rendre 1 Italie indépendante de la couronne de France. Mandé à la Cour en 814, il parvint au moyen du serment de fidélité à dissiper les soupçons qu'il no devait que trop justifier quelques années plus tard. Les envieux d'Adélard profitèrent de cette occasion pour insinuer (pie le premier ministre du roi de Lombardie ne devait pas être étranger à ces projets de scission. Louis, au lieu de confronter les calomniateurs avec l'accusé , le condamna, sans l'entendre, à la peine du bannissement. Toute la famille d'Adélard fut enveloppée dans une commune disgrâce. Ses frères , Wala et Bernaire , furent relégués, le premier à Corbie et le second a Lérins. Leur sœur Gontrade fut enfermée au monastère de Sainte-Croix , fondé à Poitiers par sainte Radegonde. Une autre sœur, nommée Tliéodrade, qui avait consacré a Dieu sa viduité, dans l'abbaye de Notre-Dame de Soissons, resta seule à l'abri des om^ brages du nouveau règne.

• Cette famille, dit M. Frantin avait servi ses rois dans les conseils , joui d'un crédit égal à ses vertus sous Charlemagne, si digne appréciateur du mérite, et qui, doué lui-même d'un haut génie, ne trouva jamais les talents suspects chez les autres. Louis, prince faible et soupçonneux, se sentit offusqué d'un mérite étranger; il crut ne pouvoir assurer le

x Jxnns le Piettx et son siècle, I, 23.

S. AI)ia\U!), ABIiK DE COKBIE.

trône impérial où il nllait siéger, qu'en privant le roi Bernard «les appuis que son aïeul lui avait donnés pour étayer sa propre domination sur l'Italie. Il ne prévit pas que le jeune roi, destitué de si sages conseils, mais toujours entouré de la réputation de. son père et des suggestions d'hommes ambitieux, n'en devenait que plus propre, par l'inexpérience de son âge et par l'impulsion des mécontents, à se précipiter dans les factions auxquelles son nom pouvait servir de ralliement. »

Le monastère que S. Philibert avait fondé, sur les côtes du Poitou, dans l'île d'Héro, appelée depuis Noirmoutiers, fut assigné pour exil à l'abbé de Corbie. Notre Saint s'y rendit sans proférer aucun murmure contre l'ingratitude des cours ; il était heureux en pensant que son âme allait être éprouvée au creuset des tribulations. Mais il ne pouvait point communiquer sa propre résignation aux religieux de Corbie, qu'il avait confiés aux soins d'un de ses disciples favoris qui portait le même nom que lui ; il ne pouvait calmer les inquiétudes de tous les hommes de bien qui prévoyaient les funestes conséquences de son éloignement, pour l'intérêt du roi et de l'État.

Deux archevêques qui avaient été témoins de la pieuse fermeté du proscrit essayèrent d'ébranler l'empereur dans ses résolutions : « Si Votre Majesté, lui dirent-ils, a cru punir Àdélard en l'exilant, elle s'est étrangementtrompée. Ce bannissementlui paraît l'heureux affranchissement de la servitude qui l'enchaînait à la cour. Il se regarde comme aussi libre qu'un captif dont on aurait brisé les fers, et il a trouvé enfin le genre de félicité auquel il aspirait

S. AhÉLARI). Alllllî DE COKBIK. 33

depuis longtemps. » L'empereur fut ému : le doute entra dans son âme ; mais il n'eut point le généreux courage de donner suite a ses regrets.

Les rigueurs de cet exil , qui dura sept années , furent singulièrement adoucies pour S. Adélard par l'affection dont il se vit entouré. Les jeunes religieux de Saint-Philibert le vénéraient comme un père, les anciens l'aimaient comme un fils. L'abbé Arnould ne se lassait point d'admirer la résignation de notre Saint, qui ne se rappelait sa disgrâce que pour eu remercier Dieu

A ceux qui déploraient son sort, il répondait : « Gardez-vous de penser que tout ceci dépende des hommes ; leurs desseins ne réussissent que lorsqu'ils sont consacrés par la volonté divine. C'est donc Dieu qui accomplit en nous ses vues providentielles ; mais, hélas! il se sert d'une main que je n'aurais jamais voulu voir employée à un tel ministère. Ne nous en prenons pas au prince qui est l'élu du Seigneur ; il n'est que l'instrument du souverain Juge qui veut punir mes péchés. Tâchons d'apaiser la colère céleste et de lui faire agréer nos sacrifices. »

Ce ne fut qu'en 821 que Louis le Débonnaire coiv çut un vif regret de son injustice et rappela Adélard de son exil. Grande fut sa douleur, en quittant cette solitude où il avait trouvé la paix de l'âme et l'oubli du monde. Il était déjà monté sur le bateau qui allait

1 C'est pendant son exil à Noirmoutiers qu'Adélard fit copier en caractères lombardiques Y Histoire tripartite de Cassiodore, dont le manuscrit, conservé à la Bibliothèque de Saint- Gerraain-des-Prés, a été dérobé en 1791. (Léop. Dkmsi.e, Recherches sur l'anc. biblioth. de Corbie.)

3i S. ADKLAM). AKWK bK CORUIK.

remporter bien loin de ces rives aimées, quand il se rappela qu'un religieux, nommé Ragnard, ne lui avait point fait ses adieux. Il retourna aussitôt au monastère et mêla ses larmes à celles de cet ami, qui n'avait point trouvé la force d'assister au déport de notre Saint.

L'exilé de Noirmoutiers, pour éviter a l'empereur la moindre confusion de sa conduite passée, se présenta devant lui avec un air joyeux et lui fit comprendre qu'il ne conservait aucune rancune de sa disgrâce.

Au mois d'août 822, Louis convoqua une diète générale de l'empire dans son palais d'Attigny-sur- Aisne Adélard, qui avait été remis en possession du gouvernement de Corbie, prit une part importante aux délibérations relatives à la liberté des élections canoniques pour le clergé et les réguliers, h l'ordination des serfs, et à l'usurpation des biens del'figlise par les laïques. Ce fut dans cette assemblée que Louis se réconcilia avec ses trois jeunes frères qu'il avait fait tonsurer malgré eux ; qu'il accorda une amnist ie complète à ceux qui avaient conspiré contre lui, et qu'il manifesta publiquement sa sincère douleur d'avoir injustement exilé l'innocent Adélard. Aussi, non content de lui rendre ses précédents honneurs, il le combla de nouvelles dignités. Le noble comte du palais aurait pu profiter de son crédit renaissant pour se venger de ses calomniateurs; mais il n'en usa jamais que pour faire fleurir la prospérité publique, la justice et la piété.

1 Annales laureshamenses.~ Jnnal. EciNAim — Frantin, Hist. tte Louis le Pieux, i, Ml.

S. ADKLAllD, ABBÉ L»E CORBIK. 3">

Nous croyons avec M. Dureste 1 que la pénitence publique que s'imposa alors Louis le Pieux ne fut point toute spontanée, mais qu'Adélard et Wala y déterminèrent le nouveau Théodose. On serait même % tenté de leur reprocher d'avoir trop humilié la majesté de la. couronne, si l'un jugeait cet événement avec nos idées modernes. Mais, comme l'a remarqué le savant doyen de la faculté des lettres de Lyon a, « la pénitence publique était non-seulement dans les mœurs du temps, mais elle pouvait être considérée comme un acte de moralité et de conscience. Il ne faut donc pas arguer, comme quelques historiens modernes, du silence des contemporains, silence malheureusement trop ordinaire et trop général, que le prestige de Louis le Pieux en ait été compromis. Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'en commettant des actes de rigueur et en les expiant ensuite d'une manière solennelle, il montra dès lors cet esprit incertain, cette facilité h se déjuger, dont il donna tant d'autres preuves fâcheuses dans la suite de son règne. »

Le Ier novembre 823, Louis tint à Compiègne la diète d'automne, a laquelle Adélard prit une part importante. On y traita de l'emploi des biens ecclésiastiques que les clercs, aussi bien que les laïques, détournaient parfois de leur destination ; et, on s'efforça, mais sans résultat, d'apaiser les différends qui s'étaient élevés entre les évoques et les comtes. Agobard, archevêque de Lyon, dans son Traité de la

1 Histoire de France, t. I.

1 Ibid., p. 415.

3G S. AbKLAlU), AUBK DE roUME.

dispensalion des biens ecclésiastiques *, fait l'éloge d'Adélard à l'occasion de cette assemblée.

Cette même année, Adélard, par excès d'humilité, voulut se démettre de ses fonctions abbatiales, prétextant son âge et l'affaiblissement de ses forces. Mais les religieux de Corbie parvinrent à le dissuader, en faisant appel à sa vieille affection, et en lui montrant que son dévouement ne s'était point affaibli sous le poids des années, puisque sa santé était encore assez robuste pour n'avoir point à profiter des mesures de tolérance dont la règle de S. Benoît use envers les vieillards.

C'est en 823 que furent complètement réalisés les projets d'Adélard et de son frère Wala, relativement a la fondation de la nouvelle Corbie de Saxe, connue depuis sous le nom de Corwey. Nous devons retourner sur nos pas pour raconter les origines de cette célèbre abbaye. On sait que Charlemagne n'avait accordé la paix aux Saxons qu'à la condition qu'ils recevraient des missionnaires qui leur prêcheraient l'Évangile. Pour hâter leur conversion, il en dispersa un certain nombre dans diverses abbayes de France, et principalement h Corbie. L'abbé Adélard s'intéressait vivement a eux ; il demanda un jour à ces exilés saxons s'il ne serait point possible de bâtir un monastère dans leur pays. L'un d'entre eux, nommé Théotrade, répondit que sa famille possédait une terre qu'elle ne ferait sans doute point difficulté de donner pour réaliser un si louable projet. D'après l'ordre de son abbé, il alla en Saxe et obtint un plein

1 T. xiv de la Bibl. des Pères.

succès auprès de ses parents. Mais la disgrâce d'Adélard vint suspendre cette entreprise. Cependant, Àdélard le jeune, qui lui succéda pendant son exil, suivit les conseils de Wala en poursuivant l'exécution de cette œuvre. En 815, il alla trouver le roi Louis à Paderbonn et obtint la permission de bâtir a Jléthis un monastère auquel il donna le nom de Corbie, comme étant un rejeton de l'abbaye picarde. Les novices y affluèrent de tous les points de la Saxe. Au bout de quelques années, leur demeure était devenue trop étroite, et ils demandaient eu vain de plus nombreux produits à un sol presque infertile. Sur ces entrefaites, Adélard revint de sou exil et obtint de l'empereur l'autorisation de choisir pour la colonie saxonne un emplacement mieux approprié à ses besoins. Accompagné de Wala, il se rendit sur les bords du Weser et fit choix d'un vaste terrain situé près d'Hœxter, ville qui fait aujourd'hui partie de la province de Westphalie. Bathurade, évêque de Paderbonn, bénit solennellement l'enclos où l'on avait tracé le plan de l'église et des lieux réguliers, et planta une croix à la place où devait s'élever l'autel. L'empereur confirma cette fondation par un diplôme daté du 27 juillet 823.

S. Adélard, qui était abbé de la nouvelle Corbie comme de l'ancienne, alla visiter plusieurs fois le monastère saxon. Quand il le vit suffisamment doté par la libéralité des grands, il défendit qu'on acceptât de nouveaux dons. 11 disait à ce sujet que la superfluité des biens devient un embarras qui détourne les religieux de leur fin principale et que

38 s. àdkl.uu), Aituii i>e tounn:.

la meilleure richesse est la pauvreté du Christ1.

D'ailleurs, Adélard et Wala avaient eu soin de pourvoir aux besoins essentiels du monastère snxon et l'avaient doté de divers biens qui appartenaient à l'abbayc-mèrc. Celte générosité souleva des critiques; mais elles n'étaient guère fondées, comme le fait remarquer, Pasehase lladbert dans sa Vie de Wala. En effet, ces biens, consistant en terres, bois, prairies et droits de pêche, étant situés en Saxe, la perception des revenus était rendue bien difficile par l'éloignement; et d'ailleurs, la Corbie picarde était suffisamment pourvue de tout ce qui lui était nécessaire.

Les deux illustres frères n'auraient cru accomplir que la moitié de leur tâche s'ils n'avaient pensé qu'à la sanctification des hommes. Ils bâtirent un monastère de femmes à Herford, sur le Weser. De même que Corwey avait été fondé sur le modèle de la Corbie picarde, ainsi le monastère, qui prit plus tard le nom de Sainte-Pusinne, fut constitué à l'imitation de Notre-Dame de Soissons, dont l'abbesse Théodrade était sœur d'Àdélard.

1 L'abboyc de Corwey a joui d une grande puissance pendant le Moyen Age. Au XIV* siècle, elle comptait parmi ses vassaux le duc de Lunébourg, le duc de Brunswick, le comte de Holstein, le comte d'Oldenbourg, le baron de Hombourg, etc. Ses revenus montaient à 40,000 florins. L'abbé était prince du Saint-Empire ; il faisait battre monnaie, consacrait des églises et avait voix à la diète. Cette magnifique abbaye fut presque entièrement ruinée au XVIIe siècle par les Suédois. Corwey est aujourd'hui la résidence du prince médiatisé de Hohcnlohc-Waldenbourg-Scliillingsfurt. — Consulter, sur son origine : Chrome. 5<uon.— De Translal. S. VUi mari. — Mabillon, Annal, bened , t. il, p. 460. — Blltiîau, ///**. de l'Ord. de S. Ben.t h, 659.

S. AUÉLAUD, ABBÉ DE COUBIE.

« La nouvelle Corbie, dit M. Ozanam devint pour le nord de l'Allemagne ce que Fulde était au centre, et Saiut-Gall au midi ; elle donna à la Saxe une école savante et un clergé national. Auprès d'elle s'éleva, pour l'éducation des femmes, le couvent de Gandeislieim a, où des filles et des veuves d'empereurs vinrent prendre le voile. Ainsi la colonie monastique achève la conquête de Charlemagne \ elle la protège au dedans et la continue au dehors , comme ces colonies par lesquelles Rome prenait possession des provinces conquises, et qu'elle inaugurait aussi avec des sacrifices et des prières, comprenant déjà combien c'est une chose solennelle et qui veut un secours divin, que de fonder des civilisations. »

Ces établissements nouveaux ne faisaient point oublier à notre Saint les intérêts de sa première abbaye. C'est sur sa demande que Louis et Lothaire prirent Corbie sous leur protection immédiate, en la soustrayant à toute autre juridiction, et eu lui accordant la libre élection de son abbé 3.

Tant de sollicitudes, de fatigues et de voyages avaient fini par affaiblir la santé d'Adélard. Quelques jours avant la fête de Noël de l'année 825, il fut saisi d'une fièvre violente, dans l'église où, selon sa

1 La Civilisation chrétienne chez les Francs, p. 274.

* M. Ozanam paraît confondre l'abbaye d'Herford avec celle de Gandersheiin, dans le duché de Brunswick, qui ne fut fondée qu'en 852, par Ludolphc le Grand, duc de Saxe.

3 D. Mart2»e, Jmpliss. Cûllect., t. i, col 81. — Corbie tenait alors le cinquième rang parmi les quatorze abbayes qui devaient au roi le service militaire. D. Boiqcet, i?cc, des Uist. des Gaules, t. vi, p. 207.

S. ADÉLAUD. A 11 lit DE CUKD1E.

coutume, il passait en prières une partie de lu nuit. Il n'en voulut pas moins suivre tous les exercices. Sa maladie fit de rapides progrès : un jour, qu'il avait communié dans l'oratoire de Saint-Martin, il comprit que sa fin approchait, et consentit à se mettre au lit pour attendre sa dernière heure. Un de ses anciens disciples, Hildeman, évêque de Beauvais, s'empressa de venir à Corbie pour lui administrer le sacrement des mourants. Dès lors, le saint vieillard n'aspira plus qu'a se réunir à Dieu, c Seigueur, s'écriait-il, brisez les liens qui retiennent encore votre serviteur à la vie. Je n'ai plus rien à désirer, si ce n'est de vous voir face à face » . Le Sauveur récompensa sa foi, en lui apparaissant sous les aimables traits de son enfance '. Le 2 janvier 826 2, il appela près de lui tous ses religieux, et après leur avoir prodigué ses derniers conseils, il ajouta Mes combats sont finis, ma course est terminée, et j'espère entrer aujourd'hui même en possession de la récompense éternelle Quelques heures après, ses vœux étaient accomplis. S. Hildeman l'ensevelit de ses propres mains, et ce fut probablement lui qui

1 Le Martyrologe de Névelon a mentionné cette apparition. On y lit an 4 des nones de janvier : « Natalis S. Adalardi conf. et ahbat. cui Christus in transitu morlis apparuit ».

* Nous suivons le sentiment de Mabillon, D. Bouquet et D. Cocquulin, en adoptant la date de 826. La Chronique de Saxe fait mourir A délard en 825, mais d'après la chronologie qui ouvre l'année à Pâques. Tl serait mort en l'an 800, d'après Trithème; en 820, selon D. Grenier ; en 822, d'après Dominique de Jésus; en 827, selon Godescaid ; en 832, selon la Mère de Blémur; en 836, selon le Martyrologe d'Arnold Wion.— Baronius a commis une erreur en disant qu'A delà rd mourut à la nouvelle Corbie : ce qui a été répété par divers historiens.

S. ADLLARD, ABBÉ DE COltBIE. 41

composa i'épitaphe suivante, inscrite sur le tombeau qu'où plaça dans le transsept de l'église Suint-Pierre, entre les quatre piliers qui soutenaient la grosse tour :

jÇtf jûf el ficmiue mtxïiie Dcnerûbili* abbat ftoetrr SlbljclarOu» biamte tjonore ernrr. llrgitt proeapire, pnrobtei jure folonu», Dir f(|ûtitûlc probu», moribue atque fibc. (ÊLucm dum eub turaulo rrcolto, tu quiftqur piûlor, crnr quiï> reT quto rri», more quia anuta raptt ; tUm, poet octaoûe Domini, f)ic rarnr eolutue Surrcorntr oie aetra pctinit ooûne.

S. Àdélard a été victime d'un injuste oubli ; les historiens modernes ne lui ont pas accordé, dans les annales du IX* siècle, la part qu'il méritait. La distinction de sa naissance, les services éminents qu'il a rendus à l'Eglise et à l'État, l'influence qu'il eut dans les assemblées politiques, l'importance des documents historiques qu'il nous a laissés, son énergique ardeur h repousser l'injustice, la fondation d'une abbaye saxonne qui devint un foyer de civilisation pour l'Allemagne, l'éclat de ses vertus qui brillèrent sur tant de théâtres différents, tout en fait assurément un des personnages les plus importants de son époque et une des gloires les plus pures que puisse revendiquer l'Église. Nous regrettons profondément de ne pas voir son nom inscrit dans nos fastes liturgiques, alors que le diocèse de Gand célèbre sa mémoire. Si la Belgique a le droit d'être fière de sa naissance, notre diocèse doit se glorifier encore plus, en son-

42 S. AbÉL.YIlD, ABBÉ DE CORBIÉ.

géant que c'est dans un de ses monastères qu'Adélurd a conçu la plupart des œuvres qui devaient immortaliser son nom!

KCUITS D' ADELARD.

Mabillon avait conçu le projet de publier une édition des œuvres d' Adélard ; mais il s'est borné à donner le sommaire des divers sujets que le saint abbé a traités dans les exhortations qu'il adressa à ses moines (Act. SS. Bened. sœc. iv).

Flodoard nous apprend qu'il avait composé un traité sur la supputation du temps pour trouver la lune qui doit fixer la fôte de Pâques (lib. m, c. 23).

Dom Luc d'Achéry a publié , en téte du iv* volume de son Spicilége, les Statuts qu Adélard composa en 622 pour l'abbaye de Corbie. Le savant éditeur n'a pu nous donner que des fragments de cet intéressant ouvrage, parce que le manuscrit original du ehartrier de Corbie était souvent illisible et défectueux M. Guérard en a publié une bien meilleure édition à la suite de son Polyptyque de Vabbê Irminon. Ces statuts nous donnent de trop précieux renseignements sur l'état de Corbie au IX* siècle, pour que nous n'y puisions pas quelques détails.

Nous voyons que l'abbaye comprenait six classes de personnes : 1° les moines ; 2° les clercs ; 3° les matriculaircs et les serviteurs; 4° les pourvoyeurs'; 5° les vassaux; 6° les étrangers qui recevaient une hospitalité temporaire.

Parmi les officiers se trouvent mentionnés des decani qu'il ne faut pas confondre avec les doyens ruraux. M. Guérard (Polyptyque d' Irminon, i, 459) croit que le decanus ne-

1 Ce manuscrit est conservé aujourd'hui à la Bibliothèque impériale, fonds Saint-Germain latin, n° 964; il porte pour titre : « Brevis quam Adatardus ad Corbeiam regressus anno incarna- « tionis Dni DCCCXXI1 mensis januarii, indiclionc XV imperii « vero CHLUDOVIC1 augusti VIII ficri jussit. »

S. ADKLARD, AIUIK DE (0KBIK. i.l

tait que que l'auxiliaire, le suppléant d'un mandataire quelconque. Ainsi en l'absence du maire, espèce d'économe, le doyen devait présider aux travaux des jardins.

Les haies et les bâtiments qui entouraient ces enclos étaient entretenus par les chefs des serfs, qui devaient fournir tous les trois ans une charme neuve, une herse, et, chaque fois qu'il en était besoin, des jougs et des courroies.

Charlemagne voulut que les monastères se conformassent au capitulaire de villis et curtis imperatoris, par lequel il régla, en l'an 800, les améliorations que devaient recevoir les jardins de la couronne. On doit donc supposer qu'à Corbie on cultivait, non pas seulement des plantes potagères, mais les fleurs mentionnées dans le capitulaire précité, c'est-à-dire la rose, le lys, le romarin, le glayeul, le tournesol, le pavot, le laurier, le sorbier, la joubarbe, etc. {La Picardie, xn, 203).

Parmi les clercs qui suivaient les cours monastiques, nous en voyons un qui prend soin du lavoir où avait lieu, pour les religieux, l'ablution des pieds ; deux qui sont adjoints au cellérier ; trois, employés à l'infirmerie ; douze, servant d'aides aux sacristains. *

Au nombre des serviteurs qui étaient groupés dans divers ateliers de l'abbaye, on compte quatre cordonniers, un bourrelier, deux charretiers, un foulon, six forgerons, deux orfèvres, deux tailleurs, un parcheminier, un boulanger, un émouleur pour aiguiser les outils, trois fondeurs, quatre charpentiers, quatre maçons, deux médecins, un • portier, etc.

Parmi les pourvoyeurs, nous trouvons douze serviteurs employés au moulin, six à la pèche, deux aux écuries, huit aux jardins, un au vignoble, un au vivier, deux au verger, deux à la garde des troupeaux, sept à la buanderie.

Chaque religieux recevait annuellement deux tuniques blanches et une troisième d une autre couleur, deux caleçons, deux paires de bas, deux paires de pantoufles, deux paires de soques en feutre, deux paires de moufles. On

ne renouvelait les pelisses ou aumusses que tous les trois ans ; le rochet et la coule étaient remplacés à des époques indéterminées, laissées à l'arbitre du prieur.

Pour la nourriture des 300 personnes qui demeuraient habituellement au monastère, on devait employer dix muids de farine, qui avaient alors une contenance de 520 litres. M. Guérard [op. cit., t. i, p. 966) calcule que chaque personne devait avoir un pain de trois livres et demie pour sa consommation journalière ; que, par conséquent, le moine de Corbie recevait par an cinq litres de blé en plus de ce qu'accorde la règle de S. Chrodegang, évéque de Metz, et 200 litres de moins que ce que le concile d'Aix-la-Chapelle concède, en 816, aux chanoines réguliers.

Les religieux qui dirigeaient les travaux des jardins avaient chacun à leur disposition un muid de cervoisc pour , leurs ouvriers.

On réservait chaque jour pour les pauvres quarante-cinq pains de méteil, pesant chacun trois livres et demie, et cinq pains de froment. Le portier devait en outre leur distribuer quatre deniers d'argent, de la cervoise, de la viande, des légumes, des œufs, des vêtements et du bois de chauffage.

Adélard consacre un chapitre à traiter du silence. Il défend de parler dans le dortoir. Si les religieux ont besoin de causer longuement, ils doivent sortir du dortoir 1 . Nous trouvons là une preuve irrécusable de l'exagération que l'abbé de Rancé a introduite dans la règle de S. Benoit, en prescrivant, dans sa réforme, un silence perpétuel et absolu.

Nous voyons dans ces Statuts que les jetons de présence pour l'assistance aux offices étaient en usage au IX* siècle. C'est probablement le plus ancien texte où il soit question des méreaux *.

M. Guérard a justement apprécié le règlement de l'abbé

1 Sed si necessitatem loquendi diutius habuciint, exeant forai et ibi loquantur. (lib. II, cap. iv).

* Le Dictionnaire de Trévoux dit en parlant des méreaux : t Les plus anciens textes que nous connaissions ne sont que du XII"

biècle.

S. ADKl.AltD. AHBÉ !)K IÔKUIK. 4.">

de Corbie en disant que « ils sont non moins remarquables par l'ingénieuse prévoyance et la sage économie qui les distinguent que par l'amour de la justice et de l'humanité qu'ils respirent » (t. i, p. 792).

A la fin du Proprium Corbeiense (1677), on trouve deux longues oraisons d'Adélard, extraites d'un Ms. de l'abbaye de Corbie.

L'ouvrage le plus important d'Adélard est un Traité de l'Ordre du Palais qu'Hincmar a fondu tout entier dans les instructions qu'il rédigea pour le jeune roi Carloman , afin de se rendre aux désirs que lui avaient exprimés les seigneurs de Neustrie *. C'est donc à tort que plusieurs écrivains, en citant cet ouvrage, l'attribuent à Hincmar qui n'en fut que le copiste et l'abréviateur. Adélard nous a laissé dans cet écrit un tableau fort curieux de l'intérieur du palais de Charlemagne. Nous nous bornerons à en citer un court passage : « On exigeait, nous dit-il, dans le choix d'un ministre, soit clerc, soit laïque, qu'il eût des inclinations nobles , une santé robuste , un esprit discret et une fidélité à toute épreuve ; qu'il fût inaccessible à la flatterie et à la colère; qu'il n'eût point cette fausse sagesse du siècle, vaine, subtile et rusée, qui est ennemie de celle de Dieu, mais cette vraie sagesse et cette intelligence pleine de justice et de droiture, capable de réprimer et de confondre ceux qui ont mis leur confiance dans une politique tout humaine. C'était une résolution arrêtée entre ces conseillers et le roi que, quelles que fussent les matières dont ils se seraient entretenus familièrement, soit sur l'état du royaume, soit sur quelque personne en particulier, nul ne pût s'en ouvrir à qui que ce fût, sans le consentement de tous les autres. » On voit que ce n'était point là un régime trop barbare, et que, sous plus d'un rapport, nous y trouverions des leçons à méditer.

1 Ad proceres regni, pro institulionc Carolomanni régis, de ordine palalii, ex Adnlardo. (Œuvres d'HiWMAii, éditées par Sirmond, t. h, p. 201 )

S. ADLLAUD, ABBÉ DE CORME.

MIRACLES POSTHUMES

S. Géraud, abbé de la Grande-Sauve, qui fut longtemps moine à Corbic , nous a conservé le souvenir des miracles qui s'accomplirent près du tombeau d'Adélard. Nous suivrons ce pieux auteur dans le récit qu'il nous en a laissé K

Un pèlerin, étant venu prier dans l'église de Saint- Pierre, s'était agenouillé, sans le savoir, aur le tombeau d'Adélard. Il veut se relever, mais ses efforts sont vains ; une attraction merveilleuse le rive pour ainsi dire à cette tombe. Les religieux, accourus à ses cris, lui conseillent d'invoquer S. Adélard. Le pèlerin fait vœu de lui faire construire une plus riche sépulture, s'il est délivré de sa paralysie. Il recouvra aussitôt la liberté de ses mouvements, et ne négligea point d'accomplir sa promesse. Tous les ans il venait offrir ses prières et ses offrandes à celui qui l'avait rendu témoin de son premier miracle *.

Ce prodige rendit bientôt célèbre le tombeau d'Adélard. Une femme paralytique de Corbic, nommée Ulfiarde, s'y faisait porter tous les jours. Son mal était si invétéré qu'elle n'avait plus d'espoir qu'en la protection du saint abbé de Corbie. Une nuit qu elle assistait aux matines, elle retrouva subitement la santé. Les religieux, témoins de cette guérison inespérée, étaient disposés à interrompre leur office pour chanter un Te Ueum d'action de grâces : mais Enguerran, abbé do Saint-Riquier, qui se trouvait là, ne partagea point cet avis. Il crut que la meilleure manière de louer Dieu, en toute occasion, était de s'astreindre

1 Liber primus miracuhr. opud Mabil., Ad. SW. 0. S. U., saie. IV, part. i.

* Il est probable que ce tombeau ne fut pas construit au mémo endroit où était l'ancien, et qu'on le plaça dans une chapelle contiguë, à la porte du cloître. Par cette supposition, on concilierait le texte de Y) Cocquelin : « In saccllo portai clattslri contiguo sepultus est S Adclhardus », avec celui de S. Paschaso Radbert : « Sub fastigio inter centra », et celui de S. Géraud : « Medio jacuit loco ante gradum caucclli inferiomn ».

S. ADLLAUI), ADBÉ DE CÛRDIE. \ 7

rigoureusement à la discipline monastique et de ne pas interrompre l'office, même en face d'un miracle.

Une autre femme de Corbie, dont les doigts étaient paralysés, allait souvent invoquer le secours de S. Adélard, auprès de son tombeau. L'inutilité de ses prières ne la décourageait pas ; semblable à la Cananéenne, elle persévérait dans sa confiance. Elle reçut enfin la récompense de sa foi : le dimanche de la Passion, elle reconquit l'usage de ses mains et l'agilité de ses doigts. Ce miracle eut pour témoin un enfant nommé Foulques, (JUi devint plus tard abbé de Corbie.

Peu de temps après l'incendie de l'église de Saint-Pierre, deux pèlerins sourds-muets, l'un nommé Robert, l'autre Gislebert, retrouvèrent la parole en priant sur le tombeau de S. Adélard.

Les habitants de Corbie et d'Amiens avaient coutume de se rendre chaque année à un endroit situé à mi-chemin des deux villes, pendant l'octave des Rogations, pour terminer leurs différends et prier en commun, en présence des reliques qu'ils avaient apportées. Cet usage avait pris naissance en l'an 1024, à la suite de nombreux démêlés terminés par une sincère réconciliation entre les Amiénois et les habitants de Corbie. Mais quelques années après, des abus se glissèrent dans ces pieux rendez-vous. Richard, abbé de Corbie, ne voulant plus qu'on exposât les châsses des saints aux irrévérences de la foule, décida qu'on ne porterait que les reliques d' Adélard , qu'il considérait sans doute comme moins importantes que les autres. Les religieux se rendirent donc, comme de coutume, à l'endroit désigné sous le nom de l 'indict 1 , où ils rencontrèrent les Amiénois qui avaient apporté le corps de S. Firmin, martyr.

» La fête de l'Indict fut l'objet de plusieurs privilège» accordes par les souverains Pontifes. De nombreux abus la firent supprimer vers l'an 4248. On voit encore aujourd'hui, à mi chemin de la route vicinale d'Amiens à Daours, la croix qui désignait la place de l'Indict {locus indictus), qu'on appelait par corruption la Croix du Landy.

48 ' S. ADÉI.AKD, ABBÉ DE < OKBIE.

Un sourd-muet, nommé Robert, qui était en service à Ailly, obtint soudain l'usage de la parole , en embrassant la châsse de S. Adélard. C'est ainsi que Dieu vengea son serviteur de l'espèce d'infériorité qu'on lui avait attribuée , en considérant ses reliques comme les moins précieuses du trésor de Corbie.

S. Géraud qui, vers l'an 1045, fut chargé de l'administration temporelle de l'abbaye de Corbie, avait une grande dévotion à S. Adélard. Il fit consacrer à sa mémoire un des principaux autels de la nouvelle église de Saint-Pierre. En y célébrant chaque jour les mystères sacrés, il suppliait le Saint de le guérir d'une violente névralgie qui lui donnait de continuels vertiges et le condamnait à de cruelles insomnies. Il lui promettait, s'il obtenait la santé par son intercession , de célébrer sa gloire et de propager son culte. Un jour qu'il était plus souffrant qu'à l'ordinaire, il s'était remis au lit, après avoir offert le saint sacrifice. Tout à coup il se sent enveloppé par un globe de feu qui lui paraît venir de l'autel de S. Adélard. Il jette un cri d'épouvante, en invoquant son bien-aimé Patron ; sa guérison était accomplie. S. Géraud ne fut pas ingrat envers son libérateur, et, comme le dit un de ses anciens biographes, « il fut toujours une victime immolée au culte de S. Adélard 1 ».

Dom Mabillon fut redevable à S. Adélard d'une guérison de môme nature. Son zèle pour la régularité avait épuisé ses forces pendant le noviciat qu'il fit à Saint-Remy de Reims. Ses supérieurs, espérant que l'air de la campagne pourrait dissiper ses violentes névralgies, l'envoyèrent d'abord à Notre-Darae-de-Nogent et ensuite à Saint-Pierre de Corbie. Là, il eut occasion de lire la vie de S. Géraud et il fut frappé de l'analogie de sa position avec celle du second biographe d' Adélard ; comme lui, il était chargé d'une partie de l'administration domestique de Corbie ; comme lui, il était détourné des sérieuses applications de l'étude par d'intolérables douleurs qui ébranlaient son cerveau fatigué; comme lui enfin, il était plein de confiance

* f 'ita prima S. Geraldi, apud Mabu.l., »a*c. VI, part, i, n° 12.

dans l'intercession du puissant patron de Corbie. Il invoqua dope S. Adélard et retrouva une santé si parfaite qu'il put reprendre ses études interrompues et se préparer au sacerdoce, que François Faure lui conféra à Amiens, le 27 mars 1660

RELIQUES

Le Martyrole espagnol de Salazar mentionne, au 21 mai, une prétendue translation des reliques de S. Adélard qui aurait été faite de Corbie à Carthagène, en Espagne, et cela en 801, c'est-à-dire 25 ans avant la mort d' Adélard !

L'église Saint-Pierre de Corbie était devenue la proie des flammes, au XIe siècle, cous l'abbatiat de Richard ; et depuis lors, les religieux s'acquittaient de l'office dans une église voisine, dédiée à S. Jean l'Évangéliste. S. Adélard, dont les reliques restaient abandonnées dans un temple désert, apparut en songe à un vénérable prêtre, nommé Himold, qui habitait le monastère. Après lui avoir fait contempler la désolation du lieu saint, il lui montra le démon qui .versait des larmes de rage, parce qu'il prévoyait que . la maison du Seigneur serait reconstruite avec plus de splendeur qu'auparavant. Le saint prêtre ne manqua pas de raconter cette vision à l'abbé Richard qui obtint, vers l'an 1026, du pape Jean XX la permission de lever le corps de S. Adélard. Ce fut Drogon, évêque de Térouanne, qui, en l'absence de Foulques II, évéque d'Amiens, procéda à cette cérémonie, le 10 octobre de Tan 1040 *.

1 D. Tassin, llisl. litier. de la congr. de Sainl-Maur, p 207. — D. RniNART, Vie de D, Mabillon, p. 33. — Chavik dk Malan, fiist. de D. Mabillon, . p. 241.

• Le 3 septembre 1710, Mabillon découvrit <vtte inscription sur la châsse d' Adélard : « Anno ab iucarnatiune Dni nostri J. C. • MXXXVI, apud antiquam Corbeiam, elevatio corporis hujus « S. Adalhardi confessoris atque abbatis tstius loei, ab episcopo

S. AbÉLAKU, ABDK DK tOUHIE.

Le corps d'Adélard fut déposé dans l'église de Saint- Jean-l'Évangéliste jusqu'à ce qu'on eût érigé la nouvelle église de Saint- Pierre, bien supérieure à celle qu'avait dévorée l'incendie. Les saintes reliques y furent transportées le jour même de la consécration. Foulques, évéque d'Amiens, que les conseils du pape S. Léon avaient ramené à de meilleurs sentiments envers l'abbaye de Corbie, assistait cette cérémonie, ainsi que les évêques d'Arras, de Soissons et de Laon.

Un auteur anonyme du XII0 siècle nous a transmis l'histoire de la translation des reliques de S. Adélard jusqu'au fond de la Flandre !. Le roi Henri Ior avait donné la ville de Corbie en dot à sa sœur Adèle, lorsqu'elle épousa Bauduin de Lille, comte de Flandre. Philippe 1er désapprouva le don que son prédécesseur avait fait aux dépens de la couronne de France, et alla lui-même reprendre Corbie. Robert le Frison, qui était alors comte de Flandre, fut irrité d'apprendre que l'abbaye avait fait bonne réception au roi de France ; et, pour s'en venger, il confisqua le revenu de toutes les possessions du monastère qui se trouvaient dans ses États. Les plus importantes étaient connues sous le nom de territoire de S. Adélard, parce qu'elles provenaient du petit-fils de Charles Martel *. L'ab-

« Tarvanensi Drogone, prœcipiente Ambianensi prsesule Fulcone, « Kichardo i psi us loci divœ memoriœ abbatc, annum quoque IX « rege Francorum Henrico in sceptris agente. » Mabillon a probablement mal lu la date, car la neuvième année du règne de Henri I*r correspond, non pas à 1036, mais à 1040. C'est cette dernière date qu'indique S. Géraud ; mais il se trompe en disant que l'élévation de S. Adélard eut lieu sous Robert, roi de France, et Conrad, empereur des Romains; Conrad II étant mort en 1039 et Robert en 1031.

1 Liber secundus miraculorum, apud Mabill., Ad. SS. O. S, B., t. v.

* Les principales propriétés de S. Adélard étaient situées a Huysse, près d'Audenarde, à Beringen (Flandre orientale), à Montenacken (Limbourg) et à Berthem, près de Louvain. Ce dernier domaine resta en possession des moines de Corbie jusqu'en 1562.

S. ADÉLAUI), ABBE DE COltBIE

lui Foulques, après avoir employé en vain à ce sujet l'intervention du roi de France, se décida à faire porter jusqu'au palais du comte de Flandre la châsse d'Adélard, muet accusateur, qui pourrait peut-être réveiller ses remords. Robert le Frison avait ordonné de fermer toutes les églises, au passage de ces reliques : mais les portes des lieux saints s'ouvraient d'elles-mêmes à l'approche de la chasse, que venaient vénérer les populations d'alentour. Le comte, cédant enfin aux avis de ses conseillers et aux cris de sa conscience, promit de restituer tous les biens qu'il avait usurpés. I^a joie des Bénédictins fut . de courte durée : ils venaient de déposer leur précieux trésor dans 1 église de Saint-Étienne de Lille, quand la mère de Robert, la comtesse Adèle, leur défendit de le transporter plus loin. Elle ne devait point oublier, disait-elle, qu'elle était de l'illustre race d'Adélard ; pouvait-elle mieux employer sa fortune qu'à lui ériger en Flandre une somptueuse église, pour abriter sa dépouille mortelle ? On peut juger quel fut l'abattement et la douleur des moines. Ne pouvant faire triompher leur droit par la force, ils eurent recours à la ruse. Ayant retiré les ossements de la châsse, ils les confièrent à l'un d'entre eux qui s'échappa à la faveur de la nuit. Quand la comtesse Adèle eut appris que l'abbaye de Corbie était réintégrée dans la possession du corps d'Adélard, elle restitua la châsse d'argent et renonça pour toujours à ses projets.

En 1263, sous l'abbatiat de Pierre Mouret, on transféra les reliques d'Adélard dans une nouvelle châsse. Les évôques de La on et de Cambrai procédèrent à cette cérémonie, le dimanche après l'Exaltation de la Sainte-Croix, en présence de Louis IX, de Charles, comte d'Anjou, et de Beauduin II, empereur de Constantinople.

Cette châsse d'or et d'argent eut besoin d'être restaurée en l'an 1399. On employa quatre- vingt marcs d'argent à cette opération, qui fut accomplie par les ordres de Raoul de Roye, 54" abbé de Corbie. La réintégration des reliques • eut lieu le 2 janvier 1 400, en présence des abbés de Saint- Lucien de Beau vais, de Suinl-Fuseien-au-Bois, de Moreuil,

s. adi'lakd, abué de corbie.

de Breteuil, de Saint- Acheul et de Saint-Martin d'Amiens.

Une partie du crâne d'Adélard, un os du bras et une dent étaient conservés à part, dans trois reliquaires en vermeil, à l'abbaye de Corbie *. La Visitation d'Amiens s'enrichit en 1615 d'un fragment de côte d'Adélard L'os pétreux et l'os frontal furent donnés en 1647 à l'abbaye de Chelles. Quelques autres reliques furent envoyées en 1687 à l'abbaye de Corwey en Saxe (Archives de la paroisse de Corbie).

On conservait jadis, au trésor de l'abbaye, une mitre et un anneau abbatial qu'une tradition erronée attribua longtemps à S. Adélard. Cette mftre ne datait que du XIII" siècle et avait probablement appartenu à Hugues III, 50° abbé de Corbie. On sait que le droit d'anneau abbatial fut accordé, pour la première fois, en l'an 1050, à un abbé du Mont-Cassin, par le pape Léon IX. Cette prérogative fut concédée par la suite à plusieurs autres abbés. Ce n'est qu'à partir de 1216, sous le pontificat d'Honoré III, que les abbés de Corbie jouirent du privilège de porter la mître et l'anneau.

Au XVIIIe siècle, on conservait encore dans le trésor une précieuse médaille que Charlemagne portait suspendue au cou et qu'il légua par testament à S. Adélard. Ce joyau, enrichi de pierreries, offrait le portrait émaillé de l'empereur des Francs. Elle contenait une petite image de la Vierge, que le pape Léon III avait sculptée de ses propres mains sur du bois de la vraie Croix, pour en faire hommage à Charlemagne. On y lisait cette inscription : Ave Maria gracia plena Dominustecum. Quand les rois de France passaient à Corbie, l'abbé leur mettait au cou cet antique mé-

1 Le fief de Morcourt » devait chacun an un chapeau de boutons vermeils à deux rangées, honnête et suffisant pour le chef de S. Adalard. » (Archives du département de la Somme, armoire VI, liasse {3.) Un chanoine de Fouilloy devait porter cette offrande à Saint-Pierre de Corbie.

* Dairk, Hist. d'Amien*, h, 327.

daillon, et cet usage était encore en vigueur lorsque Henri IV et Louis XIII visitèrent l'abbaye *.

Il y avait jadis quelques reliques de S. Adélard à la Sainte-Chapelle et au Val-de-Grâce de Paris (Blondel, Vies des Saints, 2 janv.).

Le corps presque entier de S. Adélard, ravi à Corbie pendant la Révolution, fut acquis, d'un particulier, en 1827, par la maison des Jésuites de Saint-Achcul (Mémoires manuscrits du P. Loriqtet).

Son crâne est aujourd'hui conservé à l'église paroissiale de Corbie. Sur ma demande , M. l'abbé Douillet a bien voulu en détacher un fragment 1867 pour l'abbaye bénédictine de Solesmes.

D'autres reliques du même saint sont vénérées à Fricamps, à Foucaucourt-sous-Nesle, aux Cardonnois, et siu*tout à Huysse, dans le diocèse de (Jand.

CULTE ET LITURGIE

Adélard devint un des principaux patrons de l'abbàye et de la ville de Corbie, après l'élévation qu'on fit de son corps, en 1010.

On trouve deux offices d' Adélard dans le Propre de Corbie. Le premier, inscrit au 2 janvier, a des antiennes, des répons, des hymnes et une oraison propres *. Le second, sous la date du 10 octobre, féte l'anniversaire de l'élévation des reliques.

1 Ihstoire abiétfve du Trésor de Haint Pieu e de Coibic} 1757, liage \S.

* OremtiB, oinnipotenssempiterne Deus, qui Adhelfndnm conf.s- *or*»in tuutn inter dignitatuin msuumquc discrimina impolluto trnminc direxisti, pitiïata quwsuinus ut inter tmindanus vatietules, »;ne f fi'cndirulo, «d te tmrifciie valemnus.

51 S. ADÉLARl), A DDE DE CORME.

Nous empruntons au premier de ces offices l'hymne suivante :

Aima sauctorum domus et palœstra, Quas Adhelardus mentis 6arravit, Clara solcmni recolenda festo Panditc gesta.

Nascitur mundo, bona liliatœ Portio stirpis, decus nfluturum, Cre8cit et concore adolescit annis yEmula viitus.

Aulicua servat bine labe mores, Dumquc nil regem sua verba flectunt, Gloriae vestris péri tu ra condit Culmina clausti is.

Promptior munus subit hoituluni, Bra,chii8 versât teneris ligonem :

Non valent fîi mum graviora pectus Frangere pensa.

Noxias menti cito pullulantes Vellicat plantas, lachrymis amoris Tempérât sacras, quibus intus ardet, Victima flammas.

O Deus simplex, pariterque trine.

Qui tuosservas, ubicumque vivant, Nos Adhelardi facias ad asti a Esse sequaces !

On trouve l'office de S. Adélard dans le Propre de Saint- Valery, clans les Bréviaires de Mgr de la Motte et de Mgr Mioland. Sa fête a été retranchée de notre liturgie depuis l'introduction du rit romain. M. l'abbé Douillet, curé-doyen de Corbie, est en instance aoprès du Saint-Siège pour rétablir à Corbie le culte solennel qui a été interrompu par la Révolution.

Au XII' siècle, notre église célébrait la féte de S. Adélard, comme le témoigne le Missel amiénois de cette époque, conservé à notre Bibliothèque communale sous le n° 15i.

Plusieurs églises des Pays-Bas et des bords du Rhin sont placées sous le vocable de S. Adélard. Le diocèse de Gand célèbre sa féte, et on lui rend un culte tout spécial à Huysse, lieu de sa naissance, où il est spécialement invoqué contre les maladies contagieuses, le typhus et la fièvre rouge (Communication de M. le curé de Huysse).

Une fontaine de cette localité, ainsi qu'une ruelle de Corbie, porte le nom de S. Adélard.

On l'invoquait principalement pour la fièvre, sans doute à cause de la nature de sa dernière maladie *.

Jadis on buvait par dévotion de l'eau du puits de S. Adélard : c'est, dit-on, le puits qui appartient au propriétaire actuel des anciens terrains de l'abbaye de Corbie.

Il est désigné, sous le nom d'Adelrad, dans divers manuscrits du Moyen Age, comme patron des jardiniers.

Le nom d'Adélard est inscrit dans presque tous les calendriers des manuscrits liturgiques qui proviennent de l'abbaye de Corbie : dans les Martyrologes de Névelon, Usuard, Arnold Wion, Galesini, Hugues Ménard, Chastelain, etc.; dans Y Hagiologium Flandriœ d'Antoine Sander ; dans les Martyrologes amiénois, gallican, germanique, bénédictin, dans celui des Prémontrés d'Amiens (XVI- siècle), etc., et dans les anciennes litanies de Corbie.

ICONOGRAPHIE

Plusieurs monuments de l'église de Corbie représentaient les miracles et la mort d'Adélard. Au commencement du

1 Ad cutn confugiunt fcbi icitanteB quibu» aqua intinrto Kanrti dente benedicta proj>inarî solet. Mabim.on, Acl. S. S. — Juxta aliare S. A délai di lectica pulchie extructa, in qwa decumbere fcbrientes, ut liberentur, consuvvoi unt. Boi.lanp., t. i, p. 4080.

56 s. adélard, abbé de corbie.

XV# siècle, Raoul de Roye avait fait exécuter sa statue en argent. Le 15 juin 1562, l'abbaye de Corbie fut taxée à la somme de trois mille livres, pour venir en aide à Charles IX qui était en guerre avec les Anglais. Le monastère, ne pouvant fournir ce subside, fut contraint de • mettre en vente une partie de ses richesses artistiques. La statue d' Adélard et d'autres précieux objets du trésor ne trouvèrent point d'acquéreurs : mais l'abbé commendataire, Charles de Bourbon, s'en empara, à la charge de payer l'impôt, de ses propres deniers *.

On voit aujourd'hui à l'église des Cardonnois un remarquable buste de 15 centimètres de haut ; la figure est en cuivre argenté, les cheveux et les vêtements sont dorés. Une relique de S. Adélard, placée au sommet de la tête, est munie d'une authentique signée du chanoine Lucas. J'ai entendu émettre la supposition que ce chef pourrait être le même que celui qui renfermait jadis à Corbie le crâne de S. Adélard. Mais cette hypothèse n'est point admissible, en face de la description suivante que nous donne X Histoire du trésor de Corbie. a Sur le second gradin est placé un reliquaire de cuivre doré, fait en fonne de pyramide, artistement travaillé, où est renfermé le tais de la tête de S. Adelhard. On voit autour de ce reliquaire six petites figures d'argent doré, dont l'une tient entre les mains un autre reliquaire rond, qui contient une particule du môme chef de S. Adelhard. » D'ailleurs, M. Boutcllier, curé de Broyé, mïcrit que ce buste a été considéré, de temps immémorial, comme celui de S. Maur, un des patrons des Cardonnois.

Adélard est figuré dans une grande miniature (XVe siècle) d'un Collectionnaire de Corbie, conservé à la Biblio- thèque communale sous le n° 139.

M. Guénebault, dans son Dictionnaire iconographique, a mentionné les gravures suivantes : 1° Adélard à genoux

1 S. Pétri de Cotbeia fnndaïto, M», de Cau aincouht, h* 524 d« la Bibliolh. d'Amiens.

S. ADÉLARD, AUBL DE CORME.

devant son crucifix, dans les Imagines de Stengelius ; 2° distribuant des vivres aux indigents, à la porte de son abbaye, dans la Suite des Saints de la famille de Maximilien d'Autriche ; 3° faisant remarquer au cellérier qui lui rend les clefs de l'office, les charrettes qui viennent d'apporter providentiellement des provisions. C'est le miracle que nous avons raconté page 29. — Deux statues, l'une à Corbie, l'autre à Huysse, représentent S. Adélard.

Le P. Cahier (Caractéristiques des Saints, p. 761) fait remarquer qu'au XVIP siècle, on imagina de mettre entre les mains des fondateurs d'église ou de monastère, non plus un petit édicule, comme jadis, mais des plans de construction ; et il cite comme exemple une carte topogrnphique tenue par S. Adélard, dans un tableau de Corbie, pour indiquer les nombreuses terres de son patrimoine qu'il donna à l'abbaye picarde.

Le tableau, auquel fait allusion le savant iconographe, nous montre le généreux donateur dans tout l'éclat de son costume princier, à côté de deux moines qui sont témoins de ses promesses. On voit apparaître, dans le ciel, S. Pierre, le patron de l'église de Corbie, et S. Benoît, le père de la grande famille monastique : ils semblent tous deux ac-r cueillir avec reconnaissance cet acte de libéralité.

BIBLIOUKANIIE.

S. Paschase Radbert, moine de Corbie, composa l'histoire d' Adélard, aussitôt après la mort du saint, alors que son frère Wala était encore en vie. Son récit mérite confiance, bien qu'il affecte la forme d'un panégyrique, souvent éloquent, mais parfois trop diffus. Pasrhase nous parle aussi d' Adélard qu'il désigne sous le pseudonyme d'Antoine, dans sa vie de S. Wala Act. SS. 0. S. Bencd., t. v, p. 458).

S. Géraud, qui devint abbé de la Grande-Sauve, composa, en 1054. une second* vie de S. Adélard, alors qu'il était

58 s. ADki.Aitn, aube de corbie.

sacristain de l abbii ye de Corbie. C'est un abrégé de la précédente, dont il a élagué les longueurs et corrigé quelques anachronismes. Il rédigea aussi un office en son honneur. Peut-être est-il également l'auteur d'une églogue allégorique, dont le plan est assez ingénieux , mais dont les vers sont fort médiocres. L'ancienne et la nouvelle Corbie y sont représentées par deux religieuses, Philis et Galathée, qui pleurent la mort d'Adélard. L'œuvre de Pasehase Radbert est imprimée dans Duchesne, Recueil des bis t. de France, t. ii, p. 05*2 ; dans Surius et Bollandus au 2 janvier; dans les Acta sanctorum de Mabillon, t. v, p. .'{00. et dans le tome . cent-vingtième de la Patrologia de Mignc. Celle de S. Géraud a été éditée par les Bollandistes et par Mabillon.

Ce dernier a publié en outre : 1° des observations préliminaires sur la vie d'Adélard ; 2° un appendice sur ses reliques et son culte ; .'J° Y églogue de Philis et Galathée ; 4° le livre des miracles par S. Géraud et celui d'un moine anonyme de Corbie qui vivait au XII0 siècle ; 5° le sommaire des exhortations adressées aux moines de Corbie. — Nous avons dit plus haut que le texte d'un jugement rendu à Spolètc par Adélard se trouvait dans le Musœum itulicnm, t. i, p. 5î, et que les Statuts de Corbie ont été publiés par d'Achérv, Spicileg.,i. iv, p. I.

Nous avons trouvé quelques précieux renseignements sur Adélard dans les œuvres d'Aleuin {Epist. 107), Kginard, Agobard, Hincmar; dans le récit de la translation de S. Guy (Bolland. 15 juin), dans la vie de Louis le Débonnaire par l'Astrologue (1). Bouquet, t. vi). Outre ces documents nous avons consulté :

Mam scrits : Bréviaires et Leclionitaircsde Corbie, conservés à la Bibliothèque impériale et à celle d'Amiens. — Cai i.ain( oï mit, Mon. S. pétri de f urbeia fundatio, Ms. 5ii. — Collection de I). Grenier, tomes M). t>i et 112.— Communications de M. l'abbé Doi'iELET, curé-doyen de Corbie.

Imprimés : Baronm s. Annal. — Manillon, Annal. Bénédicte il pp. m% m. 371. 'i00, '»70. Î0«).— D.(Vocelin,

Mist. régal, obbat. S. Pétri Corbeietisis, dans le tolne vm des Além. des Ant. de Picardie. — Yefez, Chronic. génrr. ord. S. Bened. 3e partie. — Gallia christ, not)., x, 1206, ['211). — IJist. litt. de la France, iv, 48't. — Lecointe, Annal, eccles. franc, vin, 669. — Mabillon, Hymni in laudem sancti Adalardi et sanctœ Bathildis régime. Parisiis. 1677, in-8°.

— Dominique de Jésus, la Monarchie saincte de Fratice. n, 333. — La Mère de Blëmur, Année bénédictine, î. — Revue catholique de Louvain, février 1858, article de Mgr de Ram.

— M. Fkantin, Annales du Moyen Age et Louis le Pieux et son siècle. — E. Dusevel, Recherches sur Corbie, dans le tom. il des Archives de Picardie. — Les divers historiens de Charlemagne et de Louis le Débonnaire. — Les recueils hagiographiques de Baillet. Beondel, Giry, Godescard. Pétin, Guérin, etc.; et les ouvrages que nous avons cités en note, de D. Bouquet, Bulteau, Fi.eury, Malrrancq, dom Tassin ; de MM. Chavin* de Maean. Dantier, Léop. Delisle, Guérard, de Reiffembehg, etc.

LE B. ADÊLARD LE JEONE

MOINE DE CORB1B

1 5 Juillet. — -}- 824.

Le bienheureux Adélard ' appartenait à une famille de la plus haute noblesse, mais il n'était point parent de S. Adélard dont nous venons de raconter la vie.

Il étudia les lettres et la théologie au monastère de Corbie, sous la direction de S. Paschase Radbert. S. Adélard, en partant pour l'exil (814), lui confia la direction de l'abbaye a. C'est sous cette administration intérimaire que se tint le synode d'Aixla-Chapelle, où l'on détermina quels seraient les monastères assujettis tout à la fois à l'impôt et au service militaire, ceux qui seraient uniquement sou-

1 Adhalardus, Adelardus ; — Adhulard, Allard, etc. On ajoute toujours à son nom l'épithète do Junior, pour le distinguer d'Adélard l'Ancien.

* Quoique le Gallia chiistiana et P. Corquelin considèrent Adélard le Jeuno comme le dixième obbé de Corbie, nous pensons qu'il ne gouverna l'abbaye qu'en qualité de procureur de S Adélard qui, malgré son exil, conserva le titre d'abbé. Cf. Pasch. Radbkut, Vit* S Adhahtrdi.

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