OUVRAGES D'ALCUIN
Les œuvres d'Alcuin ont été publiées, en 1617, par André Duchesne ; en 1777, par J. Froben; et en 1851, dans la Patrologie de Migne dont elles forment le tome 1 20°.
Nous nous bornerons ici à indiquer sommairement les ouvrages qui ont été attribués à Alcuin par les critiques les plus autorisés, en renvoyant, pour plus de détails, à Y Histoire des Auteurs sacrés de D. Ceillicr et à Y Histoire littéraire de la France.
9'> LE D. ALCU1X, A DDK DE SAIXT-JOSSE-SUR-MER.
lw Questions sur la Genèse. Ce sont de courtes réponses faites au prêtre Sigulfe, sur les difficultés que présente le premier livre de Moyse.
2° Un petit traité sur ces paroles de la Genèse : Faisons l'homme à notre image; écrit qu'on attribuait jadis à S. Ambroise ou à S. Augustin.
3° Trois opuscules explicatifs des psaumes, composés sur la demande d'Arnon, évéque de Salzbourg.
4° Un traité de l'usage des Psaumes. L'auteur montre, qu'en les approfondissant, on n'y trouve pas seulement la preuve des principaux mystères de la religion, mais encore des conseils pour tous les besoins de la vie, et des prières pour tous les états de l'Ame.
5° Une espèce de bréviaire où. sont distribués , selon l'ordre des fériés, les psaumes, les hymnes et les oraisons qu'on doit réciter.
6° Une amplification mystique sur un verset du Cantique des cantiques.
7° Un Commentaire sur ï Ecclésiaste, dont les interprétations sont principalement empruntées à S. Jérôme.
8° Un Commentaire sur ï Évangile selon S. Jean, composé à Saint-Martin de Tours, sur la demande de la princesse Ghiselle et de Rictrude. La bibliothèque de Laon en possède un très-bel exemplaire du IX" siècle.
9° Un Traité sur la Trinité, tiré en grande partie des œuvres de S. Augustin.
10° Vingt-huit questions sur la Trinité qu'on attribuait jadis à tort à S. Augustin.
1 1° Un Traité de la procession du Saint-Esprit, où toutes les questions sont résolues par les témoignages de l'Écriture sainte, des Pères grecs et latins et des conciles. La bibliothèque de Laon possède un exemplaire de cet ouvrage (IXe siècle).
! 2° Une lettre sur la nature de l'âme, adressée à la princesse Gontrade, désignée sous le nom d'Eulalic.
Voici un passage de cet écrit, qui ne manque point de profondeur. « L'àme prend différents noms suivant la valeur de ses opérations. Kn tant qu'elle vit ou fait vivre,
LE fi. ALCTIX, ABBÉ DE SAINT-JOSSE-SUR-MER. 95
elle est l'âme (anima). En tant quelle contemple, elle est l'esprit (spiritus). En tant quelle sent, elle est le sentiment (sensus). En tant qu'elle réfléchit, elle est la pensée (animus) . En tant qu'elle comprend, elle est l'intelligence (mens). En tant qu'elle discerne, elle est la raison (ratio). En tant quelle consent, elle est la volonté (voluntas). En tant qu'elle se souvient, elle est la mémoire (memoria). Mais ces choses ne sont point divisées, quant à la substance, comme dans les noms : car, toutes ces choses, c'est l'âme et une même âme. »
13° Sept livres de controverses sur la nature de Jésus- Christ, contre les erreurs de Félix, évéque d'Urgcl, rédigés vers l'an 798.
14° Divers écrits polémiques contre Elipànd, évéque de Tolède, où sont combattues les mêmes hérésies de l'Adoptianisme.
15° Sacramentaire ou Recueil de 32 messes votives qui ne contiennent que les collectes, les secrètes, les préfaces et les post-communions.
16° Traité des vertus et des vices, adressé au comte Gui. C'est un des principaux ouvrages de morale qu'ait composés Alcuin.
17° Traités de grammaire et de rhétorique, faisant partie d'un Traité sur les sept arts, dont le reste est perdu. On sait que le trivium ou éthique comprenait la grammaire, la rhétorique et la dialectique. Le quadrivium, ensemble d'institutions supérieures, renfermait l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie. Ces sept arts libéraux, qui constituaient la philosophie, étaient les degrés par lesquels on s'élevait jusqu'à la théologie.
18° Un dialogue sur la rhétorique et les vertus entre l'auteur et Charlemagnc.
19° Un dialogue du même genre sur la dialectique.
20° Un entretien entre Pépin et Alcuin sur les premiers principes de la philosophie.
Nos lecteurs pourront juger de la subtilité du génie d'Alcuin par la citation suivante que nous extrayons de ce dialogue, espèce de catéchisme poétique, où semble revivre un souvenir des chants saxons :
96 LE B. ALCI IN, AUBE DE SAlNT-JOSSE-SUR-MEIt.
Pépin. Qu'est-ce que l'écriture?
Alcuin. Ixi gardienne de l'histoire.
P. Qu'est-ce que la parole ?
A. La trahison de la pensée.
P. Qu'est-ce que la langue ?
A. Le fléau de l'air.
P. Qu'est-ce que l'air?
A. La garde de la vie.
P. Qu'est-ce que la vie ?
A. La joie des heureux, la douleur des malheureux, l'attente de la mort.
P. Qu'est-ce que l'homme?
A. L'esclave de la mort, l'hôte d'un lieu, un voyageur qui passe.
P. Qu'est-ce que la mer ?
A. Le chemin de l'audace.
P. Qu'est-ce qui ne lasse jamais l'homme ? A. C'est le gain.
P. Qu'est-ce que le rêve de ceux qui veillent ? A. L'espoir.
P. Qu'est-ce que l'amitié?
A. L'égalité de deux ames.
P. Qu'est-ce que la liberté ?
A. C'est l'innocence.
21° Sermons sur la vie et la mort de S. Martin de Tours.
22° Une vie de S. Vaast, évéque d'Arras ; révision amplifiée d'une biographie anonyme du VIIe siècle.
23° Une vie de S. Riquicr, qu'il composa à l'abbaye de Centulc, sur la prière d'Angilbert qui en était alors abbé.
2i° La vie de S. Willibrord, évéque d'Utrecht, suivie d'une homélie. Aleuin lui-même estimait peu cette œuvre qu'il avait dictée la nuit, après les fatigues que lui imposait chaque journée de travail assidu.
25° Des lettres sur une multitude de sujets. Elles sont au nombre de cent quinze dans l'édition de Duchesne, de deux cent trente-trois dans la Patrologie de l'abbé Migne. Leur ensemble prouve que si Alcuin était profondément
attaché à Charlemagne, il l'était encore davantage à l'Église et aux droits du Saint-Siège.
26° Deux cent soixante-douze pièces de poésie, consacrées presque toutes à des sujets de piété ; il est probable que le poème de Charlemagne doit être restitué a S. Angilbert, comme nous le dirons plus tard.
27° Une profession de foi que D. Ceillier s'efforce de démontrer authentique, tandis que d'autres critiques la rejettent comme apocryphe. Quelques-uns même en ont attribué la paternité au P. Chifflet qui l'a éditée en 1656.
M. Fr. Monnier a découvert à la Bibliothèque impériale des fragments d'un commentaire inédit sur S. Mathieu, et quelques autres pièces, qu'il a publiées à la fin de son écrit intitulé : Alcuin et Charlemagne.
On a longtemps attribué faussement à Alcuin le Traité de l'Antéchrist qui est dû à Adson ; une explication du canon de la messe, qu'on a reconnue appartenir à Remi, moine de Saint-Germain d'Auxerre, et un grand nombre d'autres ouvrages que nous passerons sous silence
Grammairien, rhéteur, poète, philosophe, exégète, controversiste et théologien, Alcuin a été l'homme le plus savant de son siècle, et, de concert avec Charlemagne, le restaurateur des lettres en France. Il avait fait une étude approfondie des Pères et surtout de S. Augustin, auquel il fit de nombreux emprunts. Son style est loin d'être irréprochable ; ses vers ne diffèrent souvent de la prose que par la cadence des mesures * ; ses raisonnements trop prolixes manquent de nerf ; aussi s'est-on accordé à dire qu'il a eu plus de génie que de goût, plus d'érudition que d'éloquence, et plus d'étendue que de profondeur dans ses conceptions.
1 On en trouvera rénumération dans G. Cave, Script, eccles. hlst. litlerar., t. i, et dans Yllist. des auteurs sacrés de D. Ceil-