I.lfCft, t XVIII
* Il s'y permet parfois d'étranges licence». Voici, par exemple, une bien audacieuse tmèse du verbe appel lare -
Te cnpiens apel peregrinis lare camœnis (Cann . f?*il>).
LE B. ALCI-IN, ABBÉ UK SAINT-JOSSK-Sl.'11-UEII
CULTE
Le corps du B. Alcuin n'a jamais été levé de terre : les 'seules reliques qu'il nous ait laissées sont les manuscrits écrits de sa main, dont plusieurs ont été signalés dans le Voyage littéraire de deux Bénédictins. La Bibliothèque de l'abbaye de Saint-Riquier possédait et laissa égarer au XVIIe siècle un manuscrit intitulé : Missel de Grégoire et de Gélose , arrangé par Alcuin. C'est là une perte irréparable pour l'histoire de la musique sacrée.
M. Fr. Monnier 1 pense que la Bible offerte à Charles le Chauve en 8 45, par les religieux de Tours, avait été écrite par Alcuin. Elle figure aujourd'hui au Musée des Souverains.
La Bible, écrite par Alcuin, que Charlemagne reçut au premier anniversaire de son couronnement, et qu'il mentionna dans son testament, fut portée au couvent de Prum en Lorraine, par Lothaire Ier, quand il y prit l'habit monastique. Elle fut acquise en 18*22 par M. de Speyr- Passavant, de Bâle, qui en a publié la description *. Une polémique s'éleva dans les journaux de 1829, entre les principaux biblioplûles d'alors, sur l'authenticité de ce manuscrit. Nous ignorons ce qu'il est devenu ; ne serait-ce pas le même qui, sous le nom de Bible d' Alcuin, a été vendu à Londres, en 183G, pour la somme de 37,500 francs ?
Nous ne croyons pas qu'aucun culte ait jamais été rendu à Alcuin. La qualification de saint lui est donnée par Hugues Ménard, Flodoard et la Chronique de Saint-Martin de Tours. Il est inscrit comme bienheureux dans les Martyrologes de Raban-Maur, Ghinius, W'ion, Molanus, Bucelin, etc.
1 Op. cit., p. 245.
1 Description de la Bible écrite par Alcuin, de Van 778 à 800, et offerte par lui à Charlemagne le jour de son couronnement. Paria, 1829, in-8°. L'auteur se trompe tur la date do cette offrande. Voir l'épître 101 d'Aleuin.
ICONOGRAPHIE
Alcuin est représenté écrivant, ou tenant un livre, ou professant devant un auditoire attentif. Les portraits qu'on a de lui, dans diverses collections d'estampes, sont assurément de fantaisie. Nous nous bornerons à citer celui qui est en tête de ses œuvres, dans l'édition de Duchesne, et celui qu'on voit dans l'édition in-folio des Hommes célèbres, par André Thcvet (t. i, p. 133). Ce dernier portrait a été reproduit dans l' Histoire de Vinstruction publique, de M. Vallet de Viriville (p. 84).
A l'hôtel de ville d'Aix-la-Chapelle, Alcuin figure dans une fresque moderne représentant Charlemagne qui préside à la construction de la cathédrale de cette cité.
Les Bénédictins du monastère d'Einsiedlen conservent précieusement un ancien portrait d' Alcuin. M. Fr. Monnier, dans l'ouvrage que nous avons plusieurs fois cité, s'est inspiré de cette belle œuvre d'art , ainsi que des renseignements des écrivains du IX" siècle, pour esquisser la physionomie d' Alcuin : « Il avait la taille médiocre, les membres parfaitement proportionnés, les yeux grands, creusés par le travail et bien fendus, les sourcils épais et descendant légèrement sur les tempes, ce qui eût rendu sa physionomie trop sévère, si elle n'eût été adoucie par un sourire imperceptible de bonté qui lui était habituel. L'harmonieux ovale de sa figure, limité par la barbe du cénobite, était brusquement interrompu en haut par son voile monacal qui lui couvrait une partie du front et retombait sur ses épaules, pour s'y confondre avec les plis nombreux de sa robe noire. Son nez droit et sans courbure s'unissait sans effort à la légère courbure des narines. Ses lèvres étaient un peu fortes, mais pures et doucement arquées. Dans l'intervalle qui séparait les sourcils, on voyait se briser les unes sur les autres ces rides que la réflexion dépose bien vite sur le front des hommes à la fois énergique s et impressionnables. Un rayon d'intelligence se jouait,
100 LE B. ALlTIN, AUIiÉ DE SALNT-JOSSE-SUR-MElî.
comme lu pensée errante, dans tous ses traits, surtout dans son regard fixe et prolongé, où l'on sentait, et le reflet de la conscience qui s'observe, et la flamme ardente de lame qui s'échappe du foyer où elle s'alimente pour s'emparer d'une pensée à l'extérieur. C'était, si l'on veut, l'image de la réflexion, mais de la réflexion sans effort et sans géne, la physionomie d'un homme qui se livre, mais qui le veut, qui le sait : tête intelligente avant tout, mais qui laissait ensuite découvrir une ame sensible à toutes les nobles émotions ; homme enfin qui vous attirait d'abord par l'abondance de ses lumières, et vous retenait ensuite par la séduction d'un cœur distingué 1 » .
Nous avons remarqué à l'Exposition de 1861 une lithographie de M. A. Sirouy, représentant Charlemagnc et Alcuin, d'après un tableau de M. Magaud.
BIBLIOCRAPniE.
Les lettres d'Alcuin et quelques autres de ses ouvrages nous ont fourni la meilleure partie de nos renseignements.
Sa vie a été écrite sous le règne de Louis le Débonnaire, avant l'an 829, par un disciple du prêtre Sigulfe, l'ami d' Alcuin et le compagnon de ses voyages. L'auteur a commis dans son récit diverses erreurs évidentes que nous avons eu soin de rectifier. Il s'appesantit sur des faits de minime valeur que nous devions abréger, et passe sous silence des événements importants que nous révèlent des auteurs presque contemporains. Cette Vie a été publiée avec des commentaires par Henschenius (19 maii, p. 333), et par les trois éditeurs des œuvres d'Alcuin. Mabillon [Act. S S., v, 1 45) l'a fait suivre d'un éloge historique où il élucide un certain nombre de questions intéressantes. J. Froben, en téte de son excellente édition d'Alcuin, a repris en sous-œuvre cette étude biographique et littéraire, sous le titre de Commentatio de Vita Alcuini.
' Alcuin cl Charlemagne, p. 190.
Outre ces documents et les ouvrages d' Ampère» Ba-
LUZE , BlJLTEAU, D. CeILLIER, ÉGINARD , Du BoULAY, GUIZOT, JOLY, LaUNOY, J. LlNGARD, LOUP DE FERRIÈRES, LE
Moine de Saint-Gall, Fr. Monnier, D. Rivet, de Speyr- Passavant, cités dans le cours de cette biographie, nous avons consulté :
Math. Weiss, Lyceum benedictinum seu de Alcuino, 1661. — J. Lelandus, de Scriptoribus britannicis. — Basnage, Lect. ont., m, 381 ; — Gallia christiana, x, 1290; xii, 158, 585. — Lecointe, Annal, eccl. Franc. , vi, 496, 526, 689 ; vu, 16. — L'abbé Lebeuf, de l'État des Sciences sous Charlemagne. — Lorentz, Alcuins leben, Halle, 1829. — Fleury, Hist. eccl. (éd. Didier), m, 184, 199, 201. — Longueval, Hist. de VEgl. gallicane, v, 15, 38, 43, 52, 63, 67, 71, 80, 88, 125, 135. — Les Historiens du règne de Charlcmagnc et les Recueils hagiographiques de Blonde l, Baillet, Godescard et l'abbé Pétin.