S. ANGILBERT
18 Février. — f 814.
Les écrivains du IX' siècle nous ont fourni un certain nombre de renseignements incontestables sur S. Angilbert 1 ; mais les détails circonstanciés de sa vie ne nous sont connus que par une biographie du XII' siècle, attribuée, peut-être à tort, à Ansclier, abbé de Saint-Riquier. Ce document, qui fourmille
Angilberius, Engilberlus, Anghilbertus, EnghUberiu$% AngeU bertus, Engelbertus, Anyfieîbertus, Enghelbertus, Anghelpertus, Enghelpertus, Angibertus, Engibertus, Ingelbertus, Ingilbertus , A 7i g liber tus, Anglebertus, Ingliberlus, Englebertus — Anylh\berty Engilbert, Angkelbert , Enghilberty Angelbert, Angibert, lngelbert, Inglebert, Angleverl, Inglevert. — Paul Petao (de Synlagm. Nithardi) dit qu'il a été aussi désigné sous les noms d' Engelrannus , Ingelrannvs. Ce ne pourrait être là que des fautes de copistes: nous n'en avons trouvé aucun exemple dans les textes manuscrits ou imprimés que nous avons consultés. — Selon la coutume de la cour de Charlemagne, Angilbert prit ou reçut un surnom littéraire, celui d' Homère : parce qu'il était poète et versé dans l'étude de la langue grecque. — Le nom d'Angilbcrt parait venir du tudesque angel, ange, et berl, homme ; il était assez répandu à l'époque carlovingienne.
S. ANtilLBERT, ABBÉ DE SALNT-RIQUIER. 103
d'erreurs évidentes, affirme qu'Angilbert, malgré son caractère sacerdotal, aurait épousé Berthe, Tune des filles de Charlemagne. Les écrivains qui ont accepte cette donnée se sont trouvés obligés, pour lui donner un vernis de vraisemblance, d'adopter une chronologie arbitraire, et de fermer les yeux sur de nombreux témoignages contradictoires. Bollandus, Mabillon et quelques autres savants 1 avaient signalé, mais sans les résoudre, les difficultés qui surgissent de cette question. C'est à M. Hénocque 2 que revient le mérite d'avoir porté une véritable lumière au milieu de ces obscurités. Le vénérable doyen du chapitre n'a point prétendu, toutefois, être arrivé a l'évidence de la certitude dans tous les problèmes que soulève le mariage d'Angilbert; et, de notre côté, nous nous empressons d'avouer que, sur divers autres points de cette biographie, nous n'avons pas pu dépasser les limites de la probabilité. Quand on se trouve en présence d'un document suspect, on peut en contredire certaines affirmations, en redresser les erreurs, en souligner les invraisemblances, mais il est souvent impossible de dégager complètement la vérité du roman. La critique ne doit-elle pas alors se maintenir dans une sage réserve, s'imposer la prudence du doute, et résister à cette secrète tendance de l'érudition qui parfois ne détruit le mensonge que pour y substituer le rêve?
1 M. Bertrand, Hist. de Boulogne, u, 589.
* Notice sur la vie de S. Angilbert, d'après une Chronique de ce monastère ; — et Du Mariage de S. Angilbert avec la princesse Berthe, réponse à M. Du four — dans le tome IX du Bulletin de la Soc. des Ant. de Picardie, pages 146 et 250.
10'i S. ANGILBERT, ABPÉ DE SAINT-R1QL 1ER.
Le lieu et la date de la naissance de S. Angilbert nous sont également inconnus.
Comme il est parfois désigné sous le nom d'Inglevert, on a longtemps cru 1 qu'il était né à Saint-Inglevert s, dans le Boulonnais, localité que Froissart appelle Saint-Inghelberth. Mais il est reconnu aujourd'hui que, môme au commencement du XIIe siècle, ce lieu était encore une terre inculte, entourée de bois et nommée Campus arenosus. Ce n'est qu'en 1 131 qu'Oylard de Vimille purgea la foret des brigands qui l'infestaient, et y bâtit un hôpital pour les pèlerins qui allaient en Angleterre. Ce pieux établissement fut appelé Santinghevcld {champ des saints), et plus tard, par corruption, Sainl-Inglevert. C'est ainsi qu'une simple similitude de noms fit placer sous le vocable du Saint le village qui se groupa autour de l'hospice, et qu'on a été induit plus tard à supposer que cette appellation trahissait l'origine d'une illustre naissance 3.
* Il n'est point facile de déterminer à quelle époque naquit Angilbert. Hariulfe, qui rédigea vers la fin du Xl° siècle sa Chronique de Saint- Riquier 4, nous apprend qu'au moment où il souscrivit le testament de Charlemagne, c'est-à-dire en 811, il était déjà vieux 5. D'un autre côté, Alcuin, né eu 735. lorsqu'il écrit à Angilbert, l'appelle souveut son cher
1 M Bertrand, Htst. de Boulogne, il, 588.
* Canton de Marquise (Pas-de-Calais).
* L. Cocsin, Notice sur la commune de Saint-lnglevert, dans le tome III des Além. des Ant. de Morinie, p. 194 ; — Harbaville, Mémorial hist. du Pas de -Calais, n, 71.
* DAchéry, SpiciL, iv, 422.
» Senio lassescente. n° 12.
fils 1 , et tient un langage qui trahit l'autorité de l'âge. En nous basant uniquement sur ces deux indications, qui n'ont rien de bien précis, il est vrai, nous supposerons qu'Angilbert naquit vers l'an 740: il aurait eu alors cinq ans de moins que le célèbre diacre anglo-saxon, deux ans de plus que Charlemagne, et serait mort à l'âge de 74 ans 2.
Quelques historiens 3, habitués à grandir la généalogie des saints, nous disent qu'Angilbert était proche parent de Charlemagne. Un passage de Nithard, que nous croyons interpolé, nous dit que l'abbé de Centule comptait au nombre des membres de sa fii mille Madelgaud et Richard, qui n'étaient point de médiocre race 4. Le premier de ces personnages est peut-être le commissaire impérial qui fut envoyé au Mans en 802 ; le second est probablement ce comte, dont il est question dans la Vie anonyme de Louis le Débonnaire, et qui était chargé de pourvoir aux besoins matériels des villa impériales b.
La meilleure preuve qu'Angilbert appartenait à la haute noblesse franque, c'est qu'il fut élevé dans le palais de Pépin le Bref. On sait que cet honneur était brigué par les plus puissants leudes, qui espé-
1 Epist. 63, 72, 92. — En écrivant à Paulio, patriarche d'Aquilée, né en 730, il lui dit, en parlant d'Angilbert : Fdius communis nosier. [Epist. 73.)
* n serait né en 755, d'après Malbrancq. Ceux qui pensent, comme Jean de La Chapelle, qu'Angilbert fut primicier à la cour du Pépia le Bref, doivent le faire naître vers 730.
3 Malbiia.ncq, de Mariais, n, 25. — Selon lui, Angilbcrt aurait été aussi parent des comtes de Boulogne.
* Haud ignottT familiœ. Chron., I. iv, ap. D. BorqrET, vu, 33.
* Mabiî.lon, Mnnal. bened , n, 266.
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raient ainsi assurer l'avenir de leurs enfants et leur ouvrir plus facilement la carrière des honneurs \
Pépin le Bref, ainsi que ses deux enfants, Charles et Carloman, chérissaient tendrement Angilbert et le considéraient : le premier, comme son propre fils, et les deux autres, comme leur frère bien-aimé
Le jeune Angilbert se faisait distinguer par la finesse de son esprit, l'aménité de son caractère, la supériorité de son éducation libérale, l'étendue de ses connaissances et un ensemble de qualités naturelles qui éveillaient partout la sympathie autour de lui. On prenait plaisir h admirer en sa personne les nobles proportions du corps et la beauté d'une physionomie où se reflétait l'éclat de la vertu.
Les conseils des princes, ceux de ses parents et de ses amis déterminèrent Angilbert à prendre la tonsure cléricale; mais il ne quitta point le palais. Quand Charlemagne succéda h Pépin le Bref (768), il continua à honorer de son intimité le digne héritier d'une famille qui avait été alliée avec la sienne, et qui avait rendu à ses ancêtres des services considérables.
1 nta S. Bened. Jnian. et Epistol. Hadriani /, apud Dom BoCquft, Rec, des Hist. v, 456 et 597.
1 Mabillon et Dom Grenier croient qu' Angilbert fut élevé à la cour, non pas de Pépin le Bref, mais de Charlemagne. Ils s'appuient sur une lettre adressée à ce dernier par le pape Adrien (t. vu. Concilior.) p. 915) :• Nous avons reçu, lui dit-il, l'abbé Angilbert, ministre de votre chapelle, qui a été nourri dans votre palais, près» que dès son enfance ». Il nous semble que par in vestro palatio, on peut fort bien entendre le palais de Pépin, où son fils Charles avait été élevé. Si Angilbert a été nourri dès son enfance dans le palais de Charlemagne, il ne serait né que vers 760 et serait mort à 54 ans environ, ce qui ne s'accorderait point avec le texte d'Hariulfe, senio lasse s cent e.
Àngilbert prit des leçons d'Alcuin qui l'appelle son élève ', et fit partie, sous le nom à'Homhre, de la célèbre académie palatine dont nous avons suffisamment parlé ailleurs a.
Le roi Charles appréciait si bien la prudence consommée de son favori qu'il l'emmenait toujours avec lui dans ses fréquents voyages, qu'il l'admettait à tous ses conseils et qu'il l'investit, ajoute Anscher, des hautes fonctions d'archichapelain et de silentiaire. Cette dernière qualité équivalait sans doute à celle d'un secrétaire d'Etat, dont les délicates négociations impliquent souvent l'obligation du silence. Cette charge avait pris naissance à la Cour de Constantinople, où les silentiaires, au nombre de trente, étaient chargés de maintenir l'ordre et le silence dans le palais impérial. Nous ne croyons pas qu'on trouve ailleurs que dans notre Anonyme l'indication de cette charge de silentiaire sous* Charlemagne : serait-ce une invention de sa trop féconde imagination ?
Quant à l'apocrisiaire ou archi chapelain, qu'on appelait encore primicier des chapelains, il était chargé de la direction des affaires ecclésiastiques ; c'était une espèce de ministre des cultes. Hincmar nous apprend que cette fonction était remplie plutôt par des diacres et des prêtres que par des évêques.
Nous ne voyons pas de difficulté à reconnaître Angilbert pour un des secrétaires de Charlemagne. Ce
1 Filium eruditionis nogtrœ. Lettre inédite citée par M. Peutz, Mon. Germ., n, 392.
"Voir notre biographie d'Adélard , p. 22, et celle d'Alcuin, p. 60.
prince, dans une de ses lettres, l'appelle son auriculaire et nous verrons qu'il lui confia diverses missions importantes.
Mais comment admettre qu'il ait été archichapelaiu du palais, lorsque nous connaissons, par le témoignage d'Hincmar, les noms des trois personnages qui ont rempli cette fonction sous le règne de Charlemagne ?
Si nous nous trouvions seulement en face du texte (l'Alcuin, qui nomme Angilbert primicier du palais 3, on pourrait, comme M. Ch. Dufour 4, chercher à interpréter la signification de cette dignité dans un sens laïque : mais ce n'est point seulement Anscher, dont nous suspectons le témoignage, qui appelle Angilbert le premier des chapelains 5 ; nous voyons aussi le pape Adrien 8 le qualifier de minisire de la chapelle du roi 7 .
Pour éluder cette difficulté, J. Bulland suppose qu'Angilbert a été non pas archichapelain , mais simple chapelain de Charlemagne ; et Paul Pétau 8
1 Auriculario Homero (Opéra Caroli M. dans la Patrol. latine , t. xcxvin,col. 999). Ce terme, qui indique qu'on a l'oreille du prince, est fort usité dans le sens de confident aux VHI* et IXe siècles.
* Fulrad, Angelran et Hildibod.
3 La 42" épitre d'Alcuin est adressée : ad Jngilberlum, primiccrium paîatii Pipini régis.
* Discours de présidence pour la réception de M. JJénocque, dans le tome IX du flullet. de la Soc. des Ant. de Pic, p. 105.
5 Primas capellanorum.
6 D. Bouquet, Rec. des l/ist. de France, v, 597.
7 Ministcr capeline,
8 De Nithardo brève sy nia g ma. Cette dissertation, publiée d'abord en 1613. a été réimprimée par Duchcsne (lier, franc , script, n) et par D. Bouquet (J?cc. des //ht., vu). Elle est due à Paul Petnu, antiquaire orléannis.
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lui fait exercer cette fonction sous le règne de Pépin le Bref. L'une et l'autre hypothèses nous semblent réfutées parla 42e lettre d'Alcuin ; à l'époque oii il qualifie son ami de primicier, celui-ci était à la Cour de Pépin, roi d'Italie, dont S. Âdéiard devint le premier ministre en 790. Nous en concluons qu'il a été archichapelain du prince h qui Charlemagne l'avait donné pour conseiller, et qui, en 78!, âgé seulement de quatre ans, fut sacré par le pape Adrien. Quand Angilbert revint en France, au bout de quelques années il put conserver, h titre honorifique, le titre d'archichapelain, ou, si l'on veut, de premier chapelain, d'autant plus que Charlemagne remploya souvent dans ses négociations religieuses 2.
Anscher nous dit qu'Angilbert, inspiré par sa vocation aussi bien que par les conseils du roi, embrassa le sacerdoce, et vit alors s'ouvrir devant ses mérites un avenir encore plus brillant.
Mabillon et d'autres savants qui, tout en admettant le mariage d 'Angilbert avec Berthe, ne peuvent pas croire qu'il fût alors engagé dans les liens indissolubles du sacerdoce, reprochent ici une anticipation au biographe du XIIe siècle. Selon eux, le chroniqueur s'est laissé induire en erreur par cette fausse considération qu'un archichapelain devait être prêtre,
1 Vers 786, d après Mabillon [Act SS. Den. v, 95); M. Hénocque, comme plusieurs historiens, fait séjourner Angilbert avec Adéiard à la cour du jeune Pépin : cela ne serait point possible, si Adéiard, comme nous le croyons, n'a été ministre du roi d'Itulie qu'en 796.
* Selon l'Histoire littéraire de la France, iv, 414 : « Le terme de capellanus, dans quelques écrivains de ce temps-là, signifie souvent le conseiller ou ministre d'un prince dans les affaires d'État ».
110 S. ANGILBERT, ABBE DE SAlST-RIQUIER.
et ils se disent que le sacerdoce a été postérieur au mariage.
Nous devons faire ici deux remarques : la première, c'est que la dignité d'apocrisiaire suppose au moins l'ordre du diaconat ; que le diaconat, d'après tous les conciles de cette époque exige le célibat tout aussi bien que le sacerdoce ; et que, par conséquent, on aurait tort de chercher une excuse, à ce point de vue, au prétendu mariage d'Àngilbert.
Notre seconde remarque, c'est que divers écrivains nous paraissent trop affirmatifs relativement au sacerdoce d'Angilbert. Laissons de côté le témoignage d'Anscher, et nous ne trouverons aucun indice à ce sujet. La fonction d'archichapelain n'exige que le diaconat; celle d'abbé d'un monastère se concilie fort bien avec cet ordre, témoins Paschase Radbert et Alcuin. Ce dernier, dans ses lettres, donne toujours la qualification de prêtre a ceux de ses correspondants qui sont investis de cette dignité, et nous ne la lui voyons jamais donner h Angilbert. Même silence sur ce point de la part d'Hariulfe et des diverses épitaphes de l'abbé de Saint-Riquier. Nous croyons donc ne pas pouvoir nous prononcer à ce sujet, et nous concluons, non pas qu'Angilbert a été prêtre ou non, mais simplement qu'il fut au moins diacre.
Charlemagne, continue A nsclier, songeait à élever Angilbert sur quelque siège métropolitain , pour mettre en relief l'illustration de sa naissance et les ressources de son vaste savoir. Mais les vues du mo-
1 Thomassin, Discipline de l'Éylise.
ii arque rencontrèrent un obstacle bien inattendu : sa fille Berthe s'éprit d'un violent amour pour Angilbert. Après bien des hésitations, elle finit par révéler son penchant à son père, et le supplia de lui donner pour époux celui des officiers de la couronne qu'il estimait le plus dans tout son royaume. Charles accueillit cette demande avec un pénible étonneraent ; mais, craignant qu'un refus de sa part n'entraînât de fâcheuses conséquences, considérant d'ailleurs la noblesse d'Angilbert, il se rendit aux vœux de sa fille, après en avoir conféré avec les principaux dignitaires de son palais. Angilbert renonça donc au sacerdoce et devint le gendre du roi, auquel il devait donner deux petits-fils, Nithard et Harnide \
Tel est le récit qui sert de base a la tradition qui se perpétua a l'abbaye de Saint-Riquier. Ainsi donc, Charleraagne n'aurait pas hésité à marier sa fille h un prêtre, lui qui déploie tant de sévérité dans ses Capitulaires contre les moindres infractions aux lois du mariage ! Il n'aurait pas craint de donner un pareil scandale, lui qui se montre si prodigue de conseils envers le clergé et môme envers le Saint- Siège ! Les Papes, gardiens si vigilants delà sainteté de l'hymen, n'auraient fait entendre aucune réclamation à ce sujet! Plus tard, quand Angilbert se repentit, il aurait osé conduire sa concubine (quel autre nom lui donner?) au monastère de Centule, et
1 Quelque* écrivains lui donnent un troisième fils, Harduin, qui paraît être le même personnage qu'Harnide. L'abbé Lebœuf lui donne aussi pour fils Angelbert, auteur d'un poèrae sur la bâtai lté de Fontenay (841), que D. Bouquet a publié dans le t. vu de son Recueil, p. 304.
ruiner ù tout jamais son autorité abbatiale, en laissant sous les yeux de ses moines le vivant témoignage de la violation de ses vœux? Dira- t-on, avec M. Gaillard qu'on ne fut point choqué de cet événement, parce que • les mariages des prêtres n'étaient pas rares alors et que ce fut Charlemagne qui abolit cet usage, comme un abus introduit à la faveur des guerres et de la licence ». Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les actes des conciles des Gaules, pour voir que les prêtres et les diacres furent toujours soumis à la loi du célibat, et que Charlemagne ne fit que maintenir l'antique discipline de l'Eglise latine.
Pour atténuer la faute qu'aurait commise le monarque, les nus supposent qu'il aurait permis seulement un mariage secret a, ou qu'il aurait plus tard autorisé une union contractée sans son consentement 3. Mais Ànseher nous dit, tout au contraire, que les noces furent célébrées avec une grande magnificence. Si on accueille son témoignage, pourquoi ne pas l'accepter tout entier, comme le dit fort bien M. Hénocque, h qui nous empruntons les principaux éléments de cette discussion?
Ce qui doit invalider cette assertion, c'est le silence des auteurs contemporains. Un tel mariage méritait à coup sûr une mention des chroniqueurs ; nous en trouverions un indice dans les correspondances de cette époque. Or, ce titre de gendre de
* Histoire de Charlemagne, i, 114.
2 Longukval, RoiitiBACHKH, la Biographie universelle, etc.
3 M. Tkulkt, dans son édit. dÉginard, i, 113. — M. Peutz {Mon, germ.y u, 391) dit qu'Angilbcrt épousa Dcithe, après son retour d'Italie, paire inscio vcl cerfe dissimulante.
Charlemagne n'apparaît nulle part, ni dans les lettres d'Alcuin, ni dans celles du pape Adrien, ni dans la Chronique du moine de Saint-Gall, ni dans les martyrologes de Saint-Riquier, ni dans les œuvres d'Éginard. 11 y a plus, ce dernier annaliste nous apprend qu'aucune des filles de Charlemagne n'a été mariée. « Elles étaient fort belles, nous dit-il, et leur père les aimait avec passion. Aussi s'étonne-t-on qu'il n'en ait jamais voulu marier une seule, soit à quelqu'un des siens soit à quelque étranger. Il les garda toutes chez lui et avec lui jusqu'à sa mort, disant qu'il ne pouvait se priver de leur société. Quoique heureux en toute chose, il éprouva dans ses filles la malignité de la mauvaise fortune ; mais, dissimulant ce chagrin, il se conduisit comme si jamais elles n'eussent fait naître de soupçons injurieux, ni qu'aucun bruit ne s'en fût répaudu. »
La précision de ce texte et l'impossibilité d'admettre une audacieuse violation des lois canoniques, autorisée par Charlemagne et accomplie par un saint, ont engagé plusieurs auteurs à passer discrètement sous silence le sacerdoce d'Angilbert 2 ; d'autres ont abordé de front la question et ont déclaré qu'Anscher s'était laissé induire en erreur, par cette supposition qu'Angilbert avait été primicier avant son
1 En fuce d'un texte si précis, nous ne comprenons pas que Manillon (Annal, bened., n, 288) ait dit que ce passage ne doit s'entendre que des étrangers, et non des familiers du palais. Le savant Bénédictin s'est sans doute laissé influencer par la confiance qu'on accordait alors au récit romanesque du mariage d'Éginard avec Emma, prétendue fille de Charlemagne.
* Jean de La Chapelle, Chronica abbrcviala.—Lc Père Ignace, Hist. eccl. d'slbbeville, p. 4 10; et la plupart des Recueils hagiographiques.