‹ Hagiographie du Diocèse d'AmiensChapitre 39 sur 82 · S,# AUSTREBEKTE, ABBESSE DE PAVILLY · texte numérisé non relu

S,# AUSTREBEKTE, ABBESSE DE PAVILLY

dans lu quarante-huitième année de sa profession. Saisie d'un léger mouvement de fièvre, elle rassembla ses sœurs et leur annonça que, d'après la révélation que lui avait faite un ange, elle n'avait plus que sept jours à vivre. Le bruit de cette triste nouvelle attira bientôt a Pavilly des prêtres, des clercs, des abbés, des moines et de nombreux fidèles. L'abbesse, après avoir reçu, le dimanche matin, la sainte Eucharistie, adressa ses derniers conseils à la communauté : — t Mes chères filles, dit-elle, si vous m'aimez d'une sincère affection, n'oubliez jamais mes recommandations et n'abandonnez point le chemin que vous suivez. Je vous confie aux mains du Sauveur; il sera votre pasteur et votre perpétuel gardien. » — Les religieuses éplorées s'arrachaient les cheveux et déchiraient leurs vêtements : — « 0 mère chérie, s'écriaicnt-elles, pourquoi nous abandonner si tôt ? Voici qu'aujourd'hui vous allez entrer dans la céleste patrie, et vous nous laissez sans consolations dans cette vallée de larmes ! Ah plutôt que de vivre privées de vos lumières, obtenez-nous de vous suivre dans la tombe. »

Austreberte, émue de ces supplications, fit alors cette prière : — « Dieu immortel, Roi des anges et des hommes, daigne prendre sous ta garde ces filles que tu m'avais confiées ; j'ai hâte d'arriver au terme de mes désirs et de reposer éternellement dans ton sein, mais exauce le dernier vœu que je fais sur la terre : que quiconque gardera mon souvenir ici-bas, y puise un gage de paix et de salut ! »

Bientôt après, elle entonnait la psalmodie des litanies des Saints, en s'écriant : — « N'apercevez- vous

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pas la procession triomphante qui vient au-devnnt de moi ? Les voilà, ces Suints et ces Saintes, dont vous invoquez les noms! »

Austreberte s'éteignît, le dimanche 10 février de Tan 704, en invoquant jusqu'à sou dernier soupir les noms de la Bienheureuse Vierge Marie, de S. Pierre, des Apôtres et des autres Saints 1 .

Elle fut ensevelie dans un tombeau de marbre, eu l'église Saint-Pierre de Pavilly, où son invocation lit opérer un nombre considérable de miracles.

MIRACLES POSTHUMES

Deux auteurs anonymes, dont l'un était presque contemporain de Ste Austreberte, nous ont laissé de longues énumérations des miracles accomplis à Pavilly et à Montreuil par les reliques de la Sainte. Nous laisserons de côté un certain nombre de guérisons dont le récit uniforme serait par trop monotone, ne rapportant ici que les faits qui ont une physionomie spéciale, ou qui concernent l'histoire de notre diocèse dont Montreuil-sur-Mer faisait autrefois partie. Ce choix sera fait principalement dans la Vie de Simon Martin où nous trouverons diverses additions aux deux légendaires dont nous venons de parler, et dont le style naïf n'est pas dépourvu d'un certain charme.

Voici d'abord quelques événements qui.se sont passés au monastère de Pavilly :

« Une religieuse de Pavilly estoit percluse de la moitié

i Austreberte étant morte un dimanche 10 février, la date de son décès ne peut se rapporter qu'à Tannée 70$, que l'on comptait 703 dans l'ancienne chronologie pascale, ou bien à l'an 698. qui ne concorde pas avec les autres indications. Il faut donc rejeter cette dernière date, ainsi que celles de 668, 6RO, f>8 1 et OiX), qui ont été avancées pni divers hogi^ginplies.

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de son corps, depuis la ceinture jusqu'en bas, sans qu'il lui fut possible de se mouvoir qu'avec une douleur extrême : la religieuse qui l'assistoit entendit une voix au milieu de la nuit qui lui commanda par trois fois de porter la malade au sépulchre de la Sainte. Elle ne fut pas plustôt en l'église, qu'elle s'endormit auprès du tombeau ; et cette bonne religieuse qui veilloit aperceut un pigeon plus blanc que la neige qui voltigeoit autour du sépulchre de Ste Austreberte et de la malade, qui se trouva guarie parfaitement à son réveil : de quoy les deux religieuses rendirent grâces immortelles à N.-S. J.-C.

« Il y avoit une fille à Pavilly qui estoit pauvre véritablement des biens de la terre, mais très-riche de ceux du ciel ; elle avoit consacré sa virginité à Nostre-Seigneur, dès ses premières années, et s'est oit donnée pour servir à la Sainte ; elle passoit les journées et quelquefois les nuicts entières auprès de son tombeau. De plus elle avoit cette dévotion de balayer soigneusement l'église : et quand il estoit le temps des fleurs et des herbes aromatiques, elle en jonchoit soigneusement la terre à l'endroit du sépulchre qu'elle couvroit pareillement de ces fleurs : continuant ainsi ce bon office jusqu'à la fin de sa vie, que Ste Austreberte lui apparut dans une beauté ravissante, accompagnée d'une splendeur admirable : l'asseurant de la part de Dieu qu'au jour du samedi prochain, elle passcroit des travaux pénibles de cette vie laborieuse au repos asseuré de la vie éternelle, où son époux lui préparoit une couche magnifique, qui estoit jonchée de fleurs immortelles; de quoy la fille demeura fort consolée pour ces nouvelles agréables qu'elle croit bientôt aller en la maison de Dieu. Ce que l'effect prouva véritable : car le samedy suivant qu'elle cust reccu dévotement le très-sainct corps de N.-S. pour viatique asseuré au chemin de la vie éternelle, elle rendit son esprit paisible à Celuy qui l'avoit créée pour sa plus grande gloire et qui aggrée les humbles services que nous rendons à sers saincts quoy qu'ils semblent de petite conséquence.

« Une bourgeoise de Kouen, percluse d'une jambe qui lui causoit une douleur insuportablc, se fit conduire a Pavilly,

S,a AUSTKKUEKTK, AUULSSE DE PAVILJ.Y.

où elle receut une guérison si parfaicte qu'elle retourna à pieds en son logis, rendant grâce à Nostre - Seigneur et magnifiant partout les mérites de Ste Austreberte. Mais il advint pour son malheur qu'elle parla un jour à une mauvaise femme qui lui enseigna une certaine herbe qui guarissoit les maladies des jambes, et de plus empeschoit efficacement qu'il n'y en survint de nouvelles : ce que la bourgeoise creut trop légèrement, appliquant ceste herbe maudite à sa jambe qui de saine qu'elle estoit devint plus malade que jamais. Elle reconnut sa faute trop griefve et se fit porter de rechef en la mesme église, où la saincte lui fist acheter sa seconde santé par huict jours de jeusnes, d'ausmônes et de prières continues : afin d'apprendre aux hommes Testât qu'ils doivent faire des grâces favorables qu'ils reçoivent des saincts et de n'en pas abuser comme fit cette femme. »

Voici maintenant deux miracles qui s'accomplirent à Montreuil dans le cours du Moyen Age :

« L'an 1055, Dieu consola la révérende abbesse Edelburge d'un miracle signalé fait en la personne d'une pauvre femme qui estoit très-vertueuse, laquelle ne se soustenoit en façon quelconque , à cause d'un rétrécissement de nerfs en ses cuisses ; ses enfants la traînoient dans une charette pour mendier l'aumosne des gens de bien. Elle demeura trois ans en ceste misère, jusques au samedi d'après Pasques de ladicte année 1055 qu'elle se fit conduire en l'église de Saincte- Austreberte, où elle se traînoit contre terre , selon son possible, jusques auprès de l'autel où estoient les sacrées reliques. La révérende abbesse, assistée des religieuses, la soustenoyent pour lui faire offrir sa chandelle et soulager sa dévotion qui mérita une santé si parfaite qu'elle chemina désormais facilement sur ses pieds sans l'aide de personne. »

« L'an 1271, le cinquième jour de mars, un maître maçon nommé Aichart, travailloit au monastère de Saincte-Austreberte dans une fosse profonde de douze toises. La terre s'ébranla et accabla ce pauvre homme, pour le moins de la hauteur de trois toises. Charun le croyoit mort, comme en

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effet il n'y a voit point d'apparence qu'il put vivre en cet estât l'espace de vingt-quatre heures, comme il y demeura. Le couvent estoit fort désolé pour un accident si funeste. Les religieuses se mirent en prière pour l'âme de ce pauvre homme, tandis qu'on déblayeroit la terre pour découvrir son corps : lequel s'écria qu'on alla doucement, crainte de le blécer, parce que saincte Austrebertc le préservoit sous ces décombres. Ceste voix sousterenne n'estonna pas moins les assistans qu'elle réjouyt les religieuses qui conduisirent cet homme vif, qu'elles croyoient mort, dans l'église, chantant des hymnes en actions de grâce à Nostre- Seigneur qui magnilioit les mérites de sa lidelle espouse saincte Austreberte. »

Voici quelques autres miracles dont Simon Martin dit avoir été témoin oculaire à Montreuil : « La dévotion de Ste Austreberte s'estend insensiblement hors l'enceinte de ses murailles jusques aux païs les plus éloignés: car on a veu depuis peu de mois un pauvre homme lui présenter une image de cire, pour actions de grâces de ce qu'il avoit esté guary miraculeusement d'une langueur extrême, qui l'empeschoit de gagner sa vie et celle de ses enfans, après qu'il eut fait vœu de faire un voyage vers ses vénérables reliques qui reposent à Montreuil, d'où il estoit fort éloigné. Au mois de juin de cette présente année lG3i, une femme est veneue rendre ses actions de grâce à la saincte qui l'avoit guarie d'une fiebvre qui la tourmentoit depuis cinq années.

« Le feu s'estant pris à un quartier de la ville avec une apparence d'embrasement général, à cause du vent qui poussoit les flammes sur toutes les maisons, il fut esteint à la seule présence des reliques de la Saincte, que les principaux de la ville estoient aller quérir en la compagnie des révérends pères Carmes et Capucins, qui en portèrent les asseurancesen l'abbaye . Ce quia tellement augmenté la dévotion vers ceste grande Saincte, qu'en la visite dernière de Mgr d'Amiens, il s'est trouvé jusques au nombre de vingt filles qui ont quitté leur nom de baptesme pour prendre celuy d'Austreberte en la confirmation.

" Le toucher de ces sainctes reliques n'e^t pas nécessaire

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