‹ Hagiographie du Diocèse d'AmiensChapitre 46 sur 82 · BERNARD d'aBBEVILLK · texte numérisé non relu

BERNARD d'aBBEVILLK

<1c Cluny, qui prirent à leur tour la parole, ne purent entamer les solides arguments de leur adversaire. Aussi le Pape, revenant sur ses appréciations passées, proclama l'indépendance du monastère de Saint- Cyprien. Il essaya même de retenir à Rome S. Bernard, en lui offrant la dignité de cardinal-prêtre : mais l'humble religieux, bien loin d'accepter cet honneur, ne voulut pas môme reprendre la dignité d'abbé qu'on lui restituait, et sollicita la permission de retourner dans sa solitude. Pascal y consentit, en l'autorisant à baptiser, à confesser, à prêcher, partout où le conduirait son zèle apostolique. Pendant son séjour à Rome, il lui avait témoigné sa bonté extrême, en l'invitant tous les jours à sa table.

Bernard retourna à Saint-Cyprien, et, quelques jours après, partit avec un petit nombre de disciples pour l'île de Chaussey : mais il ne put y faire un long séjour. Des pirates y abordèrent, s'emparèrent des vases sacrés, des vêtements liturgiques que contenait l'oratoire, et les profanèrent dans leurs orgies sacrilèges. Ils reçurent bientôt le châtiment de leurs déprédations ; eux et leur capitaine Héobald furent ensevelis dans les flots, sans pouvoir recevoir d'une main sacerdotale l'absolution de leurs crimes.

Tout en consacrant une partie du jour à la contemplation, Bernard réservait quelques heures pour venir en aide aux travaux manuels de ses disciples : l'un d'eux était un peu lent à la besogne, mais d'un caractère bienveillant et trouvant toujours bieu ce que faisait l'abbé de Saint-Cyprien pour le soulager. L'autre, au contraire, très-actif, impatient, n'était jamais satisfait du concours qu'on lui prêtait. Aussi

S. DERNAUD D AHUEVILLK. '280

Bernard collaborait plus souvent avec le premier : c'était une occasion île plainte et de jalousie pour le religieux chagrin. Bernard lui disait alors : — « Vous trouvez mauvais tout ce que je fais, je conclus que je vous gêne; n'est-il point naturel que j'aille prêter mon concours à votre confrère qui en paraît satisfait? » — Le religieux finit par comprendre sa faute et réprima les aspérités de son caractère.

Bernard , craignant le retour des invasions de pirates, se retira dans une solitude du diocèse d'Avranches, non loin de Fougères avec un petit nombre de disciples qui virent bientôt grossir leur phalange 2. Afin de pourvoir à l'alimentation, il fallait consacrer toute la journée au travail; et la récitation des psaumes prenait une partie de la nuit. Aussi Bernard en supprima-t-il la récitation.

Raoul, comte de Fougères, craignant que le voisinage de ces moines agriculteurs ne nuisît à ses chasses forestières, leur donna la forêt deSavigny 3, distante de six milles, dont le sol, arrosé par des cours d'eau, était beaucoup plus fertile; Les anachorètes y bâtirent des cabanes et pendant plusieurs années se livrèrent aux travaux agricoles. Non loin de là, habitait le B. Vital, dont nous avons déjà parlé et qui devait bientôt métamorphoser sa cellule en monastère.

1 Chef-lieu d'urrond. de l'Ile-et-Vilaine. L'endroit où séjourna Bernard s'appelait Querctts doc ta»

1 La Biographie du dép. de la Somme confond l'île de Chaussey avec la forêt de Craon,en disant que « les pirates chassèrent Bernard de son hermitage du Maine ». •

1 Département de la Manche.

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