‹ Hagiographie du Diocèse d'AmiensChapitre 8 sur 82 · XXVI II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI II INTRODUCTION

ralliement, au milieu de lu défection des croyances et des mœurs; ce sont eux qui ont communiqué à l'Eglise la plénitude de sa force et de sa vie.

A quoi le monde moderne doit-il l'affranchissement des esclaves, la dignité de la famille, la réhabilitation de la femme, le respect pour l'innocence, la protection a la faiblesse, si ce n'est aux exemples des Saints? A quoi devons- nous l'adoucissement des mœurs, la prépondérance du droit sur le fait, de la raison sur la force, la tendance générale à améliorer le sort des classes inférieures ? Encore et toujours aux exemples des Saints. Et, remarquons-le bien, ces exemples n'ont point péri avec eux : ils survivent dans les récits qui nous eu sont restés, de sorte que la prédication de leur vie se perpétue d âge en âge, et réalise la parole du Prophète : Eliam defunclus ad hue loquitur. (Hab. XI, 4.)

Mais n'est-il pas un grand nombre de Saints dont la vie nous est restée complètement inconnue, dont les vertus n'ont pas même brillé aux yeux de leurs contemporains, parce qu'ils les ont abritées à l'ombre des solitudes ou dans l'obscurité des cloîtres? Faut-il refuser a ceux-là toute part d'influence sur la société chrétienne ? Ce serait méconnaître un des plus consolants mystères de la foi, qui nous apprend que le ministère de la prière n'est pas moins important que l'apostolat des actions. Ces Saints, dont nous ignorons plus ou moins la vie, ont offert au Seigneur de perpétuels cantiques de louange et d'adoration, et, par

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là même, ont fait descendre, abondante et féconde, la rosée de la grâce : et alors, que d'âmes converties, que de cœurs touchés, que de dévouements inspirés, que d'obstacles aplanis, que de chagrins calmés, que de passions assoupies ! Dieu tient entre ses mains la balance où se pèsent les actions des hommes; les prières des saintes âmes font pencher le plateau de la miséricorde : supposez un instant la subite cessation de ces hymnes d'amour, qui vous dit que le plateau de la justice ne se fût point incliné, et que Dieu n'aurait point laissé sitôt éclater ses vengeances?

Ces prières des Saints, si précieuses pour nous, ne sont point interrompues par leur mort. Bien loin de là, elles sont investies d'une plus grande puissance, alors qu'elles retentissent au pied même du Trône divin. Du haut des deux, les Saints abaissent sur nous leurs regards compatissants : ils entourent de leur sollicitude tous ceux qui les invoquent, ils recueillent nos soupirs et nos larmes pour les présenter au Père des miséricordes.

Ainsi donc, tous les Saints, sans exception, ont exercé une puissante et salutaire influence sur la société chrétienne: les uns, par l'ascendant de leur parole, les autres, par la fécondité de leurs œuvres; ceux-ci, par l'éloquent enseignement de leurs exemples, ceux-là, par la ferveur de leurs prières; tous, par la surabondance de leurs mérites. On voit dès lors combien est grand le rôle qu'ils remplissent

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dans l'économie du plan divin, et, par conséquent quelle est, au point de vue religieux et social, l'imi>ortance des études hagiographiques.

Sous le rapport historique, les vies des Saints ont un intérêt si évident, qu'il serait presque superflu d'insister à ce sujet. A ne les considérer qu'au point de vue humain, les Saints n 'ont-ils pas tenu une large place dans le mouvement de la civilisation, mêlés qu'ils étaient la plupart à tous les grands événements de leur siècle? Ne sommes-nous pas entourés des œuvres qu'ils ont créées, des institutions qu'ils ont fondées ? N'est-ce point dans les antiques légendes, et presque uniquement là, que se trouve reproduite la physionomie des temps mérovingiens? N'est-ce point surtout dans ces récits que nous pouvons puiser une juste appréciation du Moyen Age, de cette époque calomniée par les uns, trop exaltée par les autres, qu'on a souvent le tort d'identifier avec le Catholicisme, puisqu'elle a été le produit complexe de la civilisation païenne, de la barbarie germanique et de l'influence chrétienne ; et qu'il faudrait bien se garder aussi de confondre avec les temps qui Tout suivie, désignés vulgairement sous le nom d'ancien réyimc.

Sans vouloir déprécier les chroniques et les

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poèmes, nous croyons être dans le vrai, en disant que les légendes des Saints, véritable bibliothèque du peuple, sont la plus fidèle expression des mœurs du Moyen Age. C'est là qu'on retrouve tout ce qu'il y avait de naïveté et de grandeur dans les sentiments, de grâce et de fécondité dans les inventions, de persévérance et de profondeur dans les convictions.

Quel développement simultané de vices et de vertus ! Comme l'énergie du bien provoque au combat l'énergie du mal ! Connue la force morale grandit devant l'audace de l'injustice ! Quel singulier mélange d'orgueil et d'humilité, d'ambition et de re noncement, de compression inique et d'obéissance volontaire, de licence et de mortification, de révolte et de patience, de désordre et de régularité, de férocité et de douceur, de despotisme effréné et de liberté sincère! Au-dessus de tous ces contrastes, nous voyons sans cesse planer la Foi : la foi puissante qui n'arrête pas toujours le crime, mais qui finit ordinairement par lui inspirer des remords ; la foi qui n'éteint pas l'énergie des passions et des caractères, mais qui la transforme si souvent au profit du bien ; la foi qui, dans l'esprit des masses, dégénère parfois en crédulité superstitieuse, mais qui n'en produisit pas moins les cathédrales, les abbayes, les missions civilisatrices, les écoles monastiques, les institutions hospitalières, les conciles et les grands hommes?

Si le Moyen Age est jugé très-diversement, c'est surtout parce qu'on ne l'étudié point sous toutes ses

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faces, et qu'on aborde trop souvent cet examen avec le parti pris de tout dénigrer ou de tout admirer. Les uns, dans ces mines incomplètement explorées de notre histoire, ne creusent que les filons d'or et d'argent ; les autres ne cherchent qu'à ramasser d'ignobles immondices dans les cloaques du passé. N'est-ce pas surtout dans la vie des Saints qu'on peut envisager dans son ensemble et juger impartialement cette grande époque?C'est cequ'afaitM de Montalembert, et nous sommes heureux d'avoir retrouvé nos propres impressions dans les pages éloquentes qu'il a consacrées aux Moines d'Occident. • J'admets, nous dit-il !, que ce temps doive paraître affreux à des yeux épris avant tout d'ordre et de discipline, pourvu qu'on m'accorde que les vertus et les courages furent héroïques. J'admets que la violence y fut presque continuelle, la superstition parfois ridicule, l'ignorance trop répandue et l'iniquité trop souvent impunie, pourvu qu'on m'accorde, en revanche, que jamais on ne vit la conscience de la dignité humaine imprimée plus vivante dans le fond des cœurs, ni régner, plus incontestée, la première des forces et la seule vraiment respectable, la force de l'âme Je ne

veux nier dans ce passé méconnu ni les violences, ni les abus, ni les crimes. Je ne contredis aucun des avantages des progrès, des bienfaits réels qui résultent de la transformation des mœurs et des

• T T, InlroJ., pp. cclvh et rci.xm

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