‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens. Tome troisièmeChapitre 12 sur 78 · RE GS RE · texte numérisé non relu

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2e SP, =

. Quelques jours après, un paysan nommé Etienne, manœuvre dans un moulin voisin, eut un songe analogue. Un personnage aux habits lumineux lui ordonna de se faire clerc dans la cellule de S. Josse et d'y chercher le corps du saint ermite. Etienne s’empressa d'aller trouver Sigeman et de lui communiquer cette vision. Ils réunirent leurs efforts, fouillèrent le sol et finirent par découvrir la caisse revêtue de trois lames de plomb, d’où s’échappa une merveilleuse odeur. Ces reliques furent bientôt solennellement déposées derrière l'autel de S. Martin, après avoir été placées, dit Jehan Mielot, « dans un paliot noef, moult . bel et de grant pris et couvert par dessus d’un cuyr de cerf ', » Le chroniqueur, en parlant de la foule immense qui assista à cette translation du 25 juillet, ajoute que les fenêtres « estoient plaines de roinsses et d’erbes, au lieu de verrières. Et là, pooit-on regarder de toutes pars, par lez places, lez peuples des régions voisines acourir, atout (avec) leurs offrandes, à la tombe du corps saint, comme font ez (abeilles), quant elz issent (sortent) de leurs cathoires (ruches) et de rechief y rentrent. »

Pour perpétuer le souvenir de cette imvention, on plaça à l'endroit où elle avait eu lieu, une grande table de pierre, soutenue par quatre courtes colonnes. C'est sur ce monument, désigné sous le nom de Tombeau de S, Josse, que s'accomplit une partie des miracles que nous allons bientôt raconter. :

Peu de temps après, on mit quelques-unes des reliques du Bienheureux dans une chässe qu'on porta dans les pays voisins pour recueillir des aumônes, avec lesquelles on püt restaurer les ruines de l'église Saint-Martin et construire, non pas un monastère proprement dit, mais une habitation convenable, à la place des petites cellules qui avaient jusque là servi d'abri à quelques clercs.

Isembard, moine de Fleury, à la sollicitation du moine

‘Mielot se trompe d’un siècle et demi en ajoutant que c'était un don de Mahaut, femme d’Etienne de Blais, qui ne fut fait comte de Boulogne qu’en 1125.

Adelelme, dédia à l'abbé Herbold, vers la fin du X° siècle, un récit des miracles de S. Josse advenus sous les règnes de Hugues Capet et de Robert. Son texte a sans nul doute été remanié et continué par divers copistes : car le manuscrit du XVI!* siècle, que nous allons analyser, contient des événements qui se réfèrent au XII°, au XV° et au XVI° siècle. Nous avons conféré ces récits inédits avec ceux que nous ont laissés l'abbé Florent, Orderic Vital, avec l'Historia Sancti Judoci supra mare, de la Bibliothèque nationale, et aussi avec un autre manuscrit du XVIII* sièole, . dù à Jacques Lefebvre, religieux de Dommartin.

Nous n’avons pas besoin de répéter ici que beaucoup de ces prodiges sont dénués de vraisemblance, mais que ce n'est pas là pour nous une raison de les passer sous silence. |

Les reliques de S. Josse, transportées, comme nous l'avons dit, dans diverses parties de notre diocèse, avaient : été déposées temporairement dans l’église Notre-Dame de Centule. Une femme de noble origine, nommée Hersinde ou Alsinde, s'empressa d'y conduire sa fille nommée Bertsende, qui se trouvait depuis deux ans dans un tel état de langueur qu’elle ne pouvait marcher qu'à l’aide d'un bâton. La jeune fille, après avoir prié devant la chässe, recouvra toute l'agilité de ses membres, et sa mère, reconnaissante, fit don d'un précieux manteau à celui qu'on désignait déjà sous le nom du médecin Josse (OrDeric Viraz et Maz- BRANCQ). |

Ce n'est point à cette époque, comme on pourrait le croire, qu'une phalange de la main du Saint fut donnée au monastère de Saint-Riquier, mais seulement en 865, sur la demande du trésorier Odulfe (HartuLrr, Chron. Cent., Lt, c. 12). :

La chàsse, portée à Abbeville, opéra, là aussi, diverses guérisons : elle fut rencontrée par un soldat que l'on conduisait étroitement enchaîné. Le malheureux invoqua S. Josse, vit tomber ses fers et put reconquérir sa liberté. Ce jour là même, une femme en couches qui souffrait horriblement, obtint une heureusg délivrance, et un malade

D te it Ut TL à ar jar

fut guéri en vomissant plusieurs serpents * (Ms, d'Iseu- BARD). |

Sigeman dormait la nuit près du tombeau de S. Josse, éclairé par des cierges. Une nuit le vent les souffla. Le pieux gardien hésite sur ce qu'il doit faire. Ira-t-il à sa cellule chercher du feu ? Attendra-t-1l que le jour se lève pour lire ses matines ? Le désir de réciter l'office à l'heure canonique l'emporte sur la paresse. Sigeman sort de son lit, prend les clés, ouvre la porte de l’église ; mais, en retournant la tête, il voit tout le temple éclairé par un cierge qui s'était rallumé de lui-même (Ms. de J. LEFEBVRE).

On avait constaté depuis longtemps qu'on ne pouvait entretenir aucun autre luminaire que celui produit par la cire, œuvre de la virginité des abeilles ? ; quand les fidèles apportaient des chandelles de suif, on avait beau les allumer, elles s'éteignaient tout de suite. Trois religieux, qui n'avaient pas sans doute été témoins de ce phénomène, voulurent constater par eux-mêmes la vérité du fait, et essayèrent en vain d'allumer des chandelles de graisse. Leur indiscrète curiosité fut aussitôt punie. Deux d'entre eux furent frappés d'une mort subite, le troisième fut affligé d’une telle contraction des lèvres qu'on lui donna le surnom de Bec-tort (OrDERIC ViraL et Historia Sancti Judoci supra mare).

Il y avait ordinairement sept cierges qui brülaient devant le tombeau de S. Josse. Une nuit où le sacristain n'en avait allumé qu'un, les six autres, pendant le sommeil des gardiens, s'allumèrent d'eux-mêmes, et ce qu'il y a de plus merveilleux, ajoute le légendaire, l'un d'eux brülait par les deux bouts (Ms. d'IseuBarp et de J. LEFEBVRE).

Un prêtre de Lorraine, nommé Gunzon, éprouvait depuis longtemps une faiblesse douloureuse dans les mains et les pieds. Un personnage inconnu lui apparut dans une

! Serpentes plurimos, probablement des vers solitaires.

: « Dieu a voulu, dit un vieux légendaire, que par telle pureté et odeur de cire, bâtie par les abeilles ou avettes qui sont vierges, ouvrières ou artizannes admirables du miel doucereux, sa chase teté virginale fût toujours signifiée. »

vision et lui ordonna d'aller invoquer le médecin Josse qui illustrait le Ponthieu par ses prodiges. Docile à cet avis, Gunzon arriva le dimanche, de grand matin, dans l'église du Saint, baigna le pavé de ses larmes et se releva parfaitement dispos. Après avoir célébré les saints mystères, bonheur dont il était privé depuis sept ans, il raconta aux assistants les circonstances de sa guérison (IsEMBARD et ORDERIC ViTaAL). |

Un autre habitant de la Lorraine, nommé Wandelmar, avait perdu l'œil droit à la suite d'une maladie. Il voulut aller prier sur le tombeau du Bienheureux; mais, s'étant trompé de chemin, il arriva à la Fontaine des Chrétiens, que S. Josse avait fait jaillir en plantant son bâton dans la terre. Après s'être lavé la figure avec cette eau, le jour de l'Annonciation, il retrouva l'usage de l'œil qu'il avait perdu et alla rendre grâce à Dieu dans le monastère de son bienfaiteur (Orperic ViTaL).

Un troisième Lorrain, aveugle depuis vingt-deux ans, allait en vain tenter l'efficacité de tous les pèlerinages. Se trouvant à Saint-Jacques de Compostelle, une voix mystérieuse l'avertit par trois fois de se rendre au sanctuaire de S. Josse où 1l recouvrerait la vue. Il accomplit ce long voyage, conduit par un enfant, assista à une messe solennelle .dans le sanctuaire désigné, et s’écria tout à coup, d'une voix frémissante : Ah! S. Josse! C'est qu'une colombe d'une blancheur admirable lui frappait les yeux de ses ailes. On s'empressa autour de lui, et on vit qu'un sang abondant couluit de ses paupières, qui s’ouvrirent bientôt à la lumière du jour (Ms. de J. LEFEBvVRE).

Le fils d'une pauvre femme, lequel était aveugle depuis sept ans, fut amené par sa mère, le mercredi de la Pentecôte, à Bavémont, où s'était accomolie la :uérison de la fille du seigneur d’Airon, et de là à la Celle de S. Josse; il fut guéri, et plus tard il se voua au service du monastère (Ms. d'IsEuBarp).

Le démon troubla l'esprit d’un bücheron du Boulonnais qui avait été couper du bois dans une forêt, bien que ce füt fête chômée de S. Josse. L'énergumène, reconnaissant

sa faute, demanda à grands cris qu’on le conduisit au sanctuaire de celui dont 1l avait outragé le culte: c’est là qu'il fut délivré de sa cruelle obsession (Historia Sancti Judoci supra mare).

Un autre habitant du Boulonnais fut accosté en voyage par le démon qui avait pris la forme humaine, et fut saisi par un inconnu qui voulait l'entraîner avec lui. Le voyageur résiste en invoquant la sainte Vierge dont il apercevait un sanctuaire dans ledointain. L'agresseur s’évanouit comme une légère fumée, mais en laissant paralysé le bras quil avait touché. Le pauvre affligé se rendit à S. Josse, le jour de Noël, et fut guéri tandis qu’on chantait la douzième leçon des matines (/bid).

C'est aussi en voyageant seul, vers l'heure de midi, qu'un habitant du Ponthieu, nommé Robert, rencontra l'Esprit d'erreur, sous la figure d'un homme, et devint subitement aveugle. Il se rendit à la cellule de S. Josse et lui promit de se constituer son serf, [ui et sonfils, et de lui donner la moitié de ses biens. Il fut guéri dès le lendemain, pendant les vêpres, et déclara tout haut qu'il apercevait les moines assis sur leurs bancs (ORDERIC VirTaL).

Une autre victime du démon qui portait le même nom, mais qui était de Térouanne, était tellement obsédé qu'il voulait tout briser et qu'il aurait volontiers dévoré ses semblables. Ses trois frères, après le jeùne des Quatre- Temps, le conduisirent enchaîné au tombeau de 3. Josse où ils prièrent pendant trois jours. Le malade reconquit sa liberté morale et devint à perpétuité le serviteur du Saint. Le jour de la fète de S. Jean-Baptiste, l'abbé Guy, prédécesseur de S. Florent, prit cet évènement pour thême de son homélie et invoqua le témoignage de Robert qui était présent ({bid).

Un habitant de la Bourgogne, qui était devenu possédé du démon, tandis qu’il graissait ses souliers, vit lui apparaitre en songe un jeune homme revêtu d'un habit blanc; ce mystérieux personnage l'avertit qu'il ne retrouverait la plénitude de son libre arbitre dans aucun autre pèlerinage

qu’à celui de Saint-Josse, et, pour bien préciser sa prédic-

tion, ajouta qu'il s'agissait de Saint-Josse-sur-Mer et pas de Saint-Josse-au-Bois. L'énergumène suivit ce conseil et fut guéri pendant la messe qu'on célébrait en l'honneur des saints apôtres Philippe et Jacques (Ms. D'IsEMBARD).

Deux autres démoniaques, portant le nom de Maginard, furent également délivrés de leurs obsessions dans le même sanctuaire (ORDERIC VITAL).

L'avoué du châtelain de Béthune retenait injustement en prison un homme du peuple. Le malheureux captif, désespérant de tout secours humain, recourut à S. Jusse. Le Bienheureux lui apparut la nuit suivante, en disant : Que fais-tu là ? lève-toi, brise tes liens et marche! Le prisonnier étonné, ne pouvant croire à la réalité de cette injonction, se borna à redoubler de prières. La nuit suivante, même apparition et mêmes ordres. Animé alors d'une confiance surnaturelle, le pauvre homme brise facilement ses chaînes, s'échappe par une fenêtre et parvient à se sauver en trompant la vigilance des gardiens. Plus tard il fit don à l'église de Samt-Josse d'une partie des chaînes qu'il avait conservées (Ms. n’IsemMBARD).

Ce même autel s'enrichit également des chaînes qu'y dé. posa un nommé Grégoire qui ne manquait jamais, le jour de la Pentecôte, d'aller visiter le sanctuaire de Saint-Josse. Fait prisonnier, il avait été enchaîné les fers aux pieds, sous la garde de quatre geôliers, dans un château de Normandie. Il invoqua le saint ermite du Ponthieu, qui luiapparut soudain, brisa ses liens ‘, le fit sortir de son cachot et rendit infructueuse la poursuite de ses gardes. Le soldat reconnaissant arriva à Saint-Josse le mercredi de la Pentecôte et s'empressa de raconter le prodige qui s'était opéré en sa faveur (bid).

« Ung enfant bel comme un angle, de XIIII ans ou environs, né du ventre de sa mère sans langue ou n'avoit en sa bouche seulement que ung peu de char, gros comme

- 1 Ce miracle de chaines brisées, dont voici deux exemples, se retrouve dans les légendes de S. Apollonius, S. Roch, S. Saturnin, S. Servais de Tongres, S. Victrice, etc.

une noix, au lieu de langue » fut amené à Saint-Josse, y pria dévotement, recouvra la parole et se mit à bénir son bienfaiteur, non pas dans l'idiome anglais de sa patrie, mais en français (Mss. D’'IsemBARD et de JEHAN MiELOT).

Sieburge, femme de Bertrand, personnage fort distingué de Bretagne, se rendit au même pèlerinage pour être guérie d'une perte nasale de sang, qui lui durait depuis dix mois. Comme ses vœux ne furent pas immédiatement accomplis, elle quitta l'église en se plaignant hautement de l'indifférence du Saint à son égard; mais comme elle passait devant la Croix, le sang cessa de couler de ses narincs et elle retourna bénir le Bienheureux de sa miséricorde (Ms. D'IsEMBARD).

Un homme d'un âge mùr était complétement sourd depuis sept ans. Sa femme le conduisit d'abord au tombeau du saint ermite et ensuite à sa célèbre fontaine. Elle lui arrosa trois fois la tête de l'eau miraculeuse, et l'ouic fut rendue au suppliant (ORDERIC ViTaL).

Un dimanche, tandis que le prêtre-sacristain célébrait la messe solennelle, un vassal du comte Hilduin, nommé Garembert, fut frappé par une main invisible, comme on lisait ces paroles de lEvangile: Pourquoi méditez-vous le mal au fond de votre cœur? Ce malheureux nourrissait le projet de dépouiller le sanctuaire et aurait voulu faire remplacer par un complice le sacristain Sigenaire. On le transporta hors de l’église, vomissant des flots de sang. Repentant de sa faute, il fut guéri par les mérites de S. Josse (/bid.).

Ce même jour, une femme nommée Ostrechilde, ne put sortir de l'église ; ses pieds glacés semblaient rivés au sol dont on ne pouvait l'arracher; le lendemain, elle se voua comme serve à Saint-Josse et, soudain guérie, accomplit fidèlement sa promesse (fbid.).

Un berger des environs de Saint-Josse avait abandonné son troupeau pour aller assister à l'office de la Trinité. A son retour, il aperçoit un loup qui emportait une de ses brebis ; c'est en vain qu'il court après l'animal ravisseur.…

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mais tout à coup il songe à invoquer S. Josse ; le loup retourne alors la tête et, après quelques moments d'hésitation, dépose la brebis saine et sauve (Ms. D'IsEMBARD).

Des pèlerins de la ville de Saint-Quentin rencontrèrent sur la route une canne et ses cannetons. L'un d'eux s'imagina de leur ordonner, en vertu de la puissance de S. Josse, de les accompagner jusqu'à son monastère, encore éloigné de douze milles. Les intelligents oiseaux s’empressèrent d'obéir, moitié volant, moitié trottant, et servirent de guides à la caravane, au grand ébahissement des villageois, qui voyaient passer ce singulier cortège (/bid.).

Un enfant nommé Jean était tombé à l'eau, dans un endroit fort dangereux; ses parents désolés ne purent retrouver son corps qu au bout de deux Jours, après avoir invoqué le secours de S. Josse. Cette première grâce obtenue leur fit concevoir” une espérance surhumaine ; ils portèrent le cadavre sur l'autel du Saint et lui redemandèrent la vie de leur enfant. Leur ardente prière fut exaucée. Quand l'enfant fut devenu homme, il se fit moine à l'abbaye de Saint-Josse. Le copiste continuateur d'Isembard ajoute qu'il mourut eu 1224, ce qu'il est impossible d'admettre puisque l'abbé Florent, qui raconte le même fait, vivait en l'an 1015 et dit que ce religieux existait encore de son temps. |

Le feu ayant pris à une ville voisine où était logé un pèlerin, celui-ci n'eut que le temps de prendre le berceau de son enfant et de courir le déposer dans un des bas-côtés de l'église où il le croyait cu sûreté. Cependant, la flamme activée par le vent gagna bientôt les combles ct la charpente de l'édilice qui s'écroulèrent tout embrasés sur le berceau de l'enfant. Le malheureux père, arrivé trop tard pour conjurer ce danger, sécria naïvement qu'il n'irait plus jamais visiter S. Josse s'il ne lui rendait son fils. On retrouva bientôt l'enfant au milieu des brasieèrs, sain et sauf, et jouant avec des charbons ardents. Quand on l'eut retiré du foyer incandescent, on vérifia qu'il n'avait aucun mal, bien que ses langes et son berceau eussent été com-

plétement carbonisés. Cet enfant fut appelé Dieudonné, et plus tard il se fit religieux dans l’abbaye de son sauveur (l'abbé FLORENT).

Orderic Vital, qui, vers l'an 1086, entra au monastère de Saint-Evroust (diocèse de Lisieux), possesseur depuis peu des revenus de l’église de Pernes en Vexin ‘, a consacré un assez long chapitre de son Histoire de Normandie fb. 11) à raconter la translation qui aurait eu lieu dans cette église du corps de saint Josse, sous le règne de Henri I*, Nous lui laisserons narrer ce récit fort suspect, avant d'en contrôler la véracité.

« Les princes du royaume ayant changé et les grands seigneurs se faisant la guerre, le corps de S. Josse fut de nouveau couvert de terre, pour le soustraire aux profanations des ennemis. Il resta si longtemps caché que ceux qui l'avaient enfoui étant venus à mourir, on ignora généralement ce qu'il était devenu. Du temps de Henri, roi des Francais, alors que les moines étaient désolés de ne pas savoir où reposait le corps de leur patron, une révélation divine le fit connaître à un simple laïque : il fut alors exhumé avec solennité par les soins de l'abbé et des frères. Ensuite les moines reçurent dans leur ordre celui qui avait découvert ces reliques, l’établirent gardien du saint tombeau et lui confièrent les offrandes des fidèles. L'abbé étant mort, son successeur ne témoigna pas au sacristain l'a. mitié qu’il lui devait et ne le traita pas aussi bien que son prédécesseur l'avait fait. Ce sacristain, profondément blessé, enleva de nuit le saint corps et l’emporta avec lui en France. Cependant Geoffroy, scigneur de Neuf-Marché * (Gomercium), le reçut honorablement avec le trésor qu'il portait ct lui accorda jusqu'à sa mort l’église collégiale du chäteau de Neuf-Marché, où il y avait quatre chanoines. Quelque temps après, la guerre s'étant déclarée, Henri,

1 Autrefois du diocèse de Rouen, aujourd’hui de celui de Beauvais, dans le doyenné de Chaumont-en-Vexin.

? Près de Gournay, Seine-[nférieure.

roi des Français, mit le siége devant Neuf-Marché, attaqua Geoffroy avec toutes les forces de son armée et mit le feu à la place. Pendant que l'incendie dévorait l'église et la ville, un chanoine tira du cercueil les ossements de S. Josse et se sauva précipitamment. Interrogé sur le pont par une sentinelle à la solde du roi sur la nature du fardeau qu'il portait, il avoua qu'il était chargé de vêtements sacrés et de livres. Le soldat s’empara de tout ce butin et s'enfuit bien vite sur le territoire de Parnes en Vexin. Ce larron, nommé Robert, était surnommé Merlebren, c'est-àdire qui fait un mélange de son : c'était un des hommes à la solde de Raoul de Chaudry ‘, l’un des premiers chevaliers de l'armée francaise. Joyeux de posséder un pareil butin, Robert le fit placer dans l’église de Saint-Martin par le curé et les paroissiens, Il y a déjà plus de soixante-dix ans qu'il y est respectueusement conservé. D'innombrables miracles y ont été opérés sur les malades et, de nos jours, quand la foi de ceux qui les réclament mérite un tel bienfait, 1l s'en opère encore fréquemment, ainsi que l'atteste tout le voisinage.

« Guillaume de Merlerault, vénérable moine et prêtre,

a composé un excellent ouvrage sur la translation de ce saint corps et sur les nombreuses guérisons qui s'accomplirent à Parnes. Dans ce traité véridique et éloquent, on trouve le récit de tous les événements merveilleux qui ont eu lieu devant les reliques de S. Josse ?.

. « Philippe, roi des Français, avait la fièvre depuis deux ans, et tout l'art de la médecine échouait devant sa maladie. Il vint alors à Parnes, but de l'eau sanctifiée par l'approche des reliques du Bienheureux, passa deux nuits en prières dans l'église et recouvra la santé. En reconnaissance, il offrit au sanctuaire cinquante sols de Pontoise, accorda une foire annuelle en l'honneur du Saint,

1Chaudry est un hameau dépendant de la commune de Parnes. * Nous croyons que cet opuscule est perdu.

pour la troisième fête de la Pentecôte ‘, et confirma cet établissement par un édit de son autorité royale. Il se fit encore beaucoup d’autres miracles à Parnes, par le mérite de S. Josse, il s'y en fait encore’aujourd’hui journellement. »

Mabillon ?, Dom Grenier et bien d'autres écrivains ont accueilli sans conteste ce récit qui nous semble renfermer beaucoup d'invraisemblances, dont quelques-unes ont été relevées par Abelly, et par l'AHistoria Sancti Judoci supra mare, manuscrit composé vers l'an 1674 par Dom Wiart, bénédictin, natif d'Etaples, et conservé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale (Fond. S. Germ. Lat. 534).

{° Le commencement de ce récit nous semble évidemment calqué sur le récit de la découverte des reliques faite en 977 par le laïque Etienne, qui prit l'habitreligieux dans la cellule deS. Josse.

2° On ne devine pas quelle serait la guerre de longue durée, ayant le Ponthieu pour théâtre, qui aurait pu déterminer les moines à tenir silongtemps cachées sous terre les reliques de leur patron.

3° Comment admettre que les religieux qui connaissaient l'endroit où aurait été enfoui le corps de S. Josse soient morts sans révéler ce secret à leurs confrères ?

4° La garde de ce précieux dépôt, après sa découverte, aurait été donnée à un laïque, ce qui est tout-à-fait contraire aux usages monastiques de cette époque.

50 La chronologie de ces faits est inadmissible. Le corps de S. Josse n'était assurément point caché sous les règues de Hugues Capet et de Robert-le-Pieux, puisque les miracles racontés par Isembard ont eu lieu sous ces deux règnes. L'abbé Florent, qui écrivait vers l'an 1015, nous confirme le culte public rendu à cette époque aux reliques du pieux solitaire. Or, d'après Orderic Vital, elles auraient été portées à Parnes sous le règne de Henri I", qui mourut

1 Cette foire existe encore aujourd’hui, quelle que soit son vri-

gine.

*.Act. SS. Bened. v11, 545.

en 1060. Comment, en un espace de temps inférieur à qua rante-cinq ans, pouvoir grouper toute la série de ces événements ? Peut-il justifier le long oubli de l'endroit où aurait été caché le corps, et sa garde par un laïque sous deux abbatiats successifs ?

6o Toute celte histoire repose sur le témoignage un peu suspect d'un sacristain voleur, et sur celui d'un soldat à qui le chanoine de Neuf-Marché n'a pas même dit que c'était bien le corps de S. Josse qu'il soustrayait au pillage.

7° La présence perpétuelle du corps entier de S. Josse à l'abbaye qui porte son nom donne un démenti à ce récit. — Le chef n'y manque pas, car au moment de l'ouverture de la chàsse vermoulue, en 1805, ou remarqua que des souris avaient fait leur nid dans le cräne duSaint. Il existe encore à Saint-Josse-sur-Mer des vieillards qui ont été témoins oculaires de ce fait.

8° M. Auguste le Prevost, dans une note de son édition d'Orderic Vital (11, 142), dit à ce sujet : « Nous n'avons pu retrouver dans les historiens Français aucune trace de ce pèlermage de Philippe I°' à Parnes, ni de la concession qui en fut la suite. A Ja vérité, nous le verrons ci-dessous en proie à plusieurs maladies douloureuses et dégoûtantes, qu'on regarda comme le châtiment de son long adultère avec Bertrade de Montfort, mais qui ne peuvent être confondues avec la fièvre intermittente dont il s’agit ici. »

9° Ajoutons enlin que, quand bien même on prouverait la véracité de ce récit, on ne porterait pas atteinte à l’authenticité des reliques encore aujourd'hui conservées à la pa-

roisse de Saint-Josse sur-Mer. Car ce qu'on appelle le corps de S. Josse, vénéré maintenant encore à Parnces, se coinpose seulement d'un crâne et d'un ossement.

La seconde caisse contenant les cendres de $S. Josse, cachée dans un mur de l'église, ne fut découverte qu'en 1134. Guérin, évêque d'Amiens, en fitl'ouverture en présence de Guy, comte de Ponthieu, et d'Etienne, comte de Boulogne.

En 1184, Philippe d'Alsace, comte de Flandres prescrivit Ja réparation d'un chemin communal de Marles, dans l'intérêét des pèlerins qui se rendaient à Saint-Josse-sur-Mer (HARBAVILLE, Mémor. 11, 96).

Le 15 octobre 1195, Thibault d'Heilly, évèque d'Amiens, transféra solennellement ces mêmes reliques dans une châsse richement ouvragée où était sculptée la légende du Saint. Les comtes de Boulogne et de Ponthieu signèrent au procès-verbal (Mss. de De Courr et de J. LEFÈVRE).

Pendant les troubles inévitables de la guerre, on déposait parfois sous la garde de S. Josse les richesses qu'on voulait soustraire au danger du pillage. Un nommé Hugues, officier de Renaud de Dammartin, comte de Boulogne (1198), entreprit de violer ce saint asile et d'en enlever les trésors. Comme il méditait ce projet, en passant dans la forêt de Hardelot !, il fut assailli par des corbeaux qui lui crevèrent les yeux et le tuèrent à coups de bec. Quand le comte de Boulogne eut vu ce cadavre, il se repentit des funestes conseils qu'il avait donnés à son officier (Ms. D IsEMBARD).

Un fils de ce Renaud, que le manuscrit d'Isembard appelle Gérard de Waben, ne fut pas arrêté par un pareil exemple, et conçut aussi le dessein de dépouiller le monastère. Comme il révait à ce projet sur le bord de la Planquette, qui arrose le village de Dannes ?, un soufflet invisible le précipita dans l'eau. Ses complices l'en tirèrent; mais il était agité par une si furieuse démence qu'on fut obligé de lui lier les pieds et les mains pour le reconduire à son domicile trois jours après. Son père Renaud, qui vit là la main vengeresse du Seigneur, alla faire amende honorable au tombeau de S. Josse.

Un gentilhomme, nommé Pierre Omehen, seigneur de Facqueline (diocèse de Trèves), fut atteint en 1408 d'une espèce de lèpre. Il allait, suivant l'usage du temps, être

1 Près de Samer, Pas-de-Calais.

? Canton de Samer, Pas-de Calais.

condamné à se claquemurer dans une maladrerie, quand on lui conseilla d'aller intercéder S. Josse. Les magistrats consentirent à surseoir à leur arrêt. Quand ce gentilhomme eut touché la châsse du Saint, il fut radicalement guéri, et procès-verbal authentique fut dressé de cet événement (ABELLY).

En 1444, un jeune homme, nommé Pierre, fut arrété dans les champs par des soldats en maraude, qui voulaient savoir de luif où s'étaient cachés les habitants du village voisin. Ne pouvant avoir raison de son silence généreux, 1ls se vengèrent en lui coupant la langue et, par un raffinement de cruauté, ils la lui mirent dans son côté où ils avaient creusé une ouverture qu'ils recousirent à l'aiguille. Le pauvre mutilé, après avoir été pansé par des personnes charitables, retourna chez le bourgeois de Gand où il était en service. Il y resta sept ans, en déplorant le funeste accident qui le privait de la parole. Un jour que sa maitresse partait en pèlerinage à Saint-Josse-sur-Mer, avec quelques autres dames, il obtint de suivre leur voiture cet de s'associer à leur acte de piété, II marcha longtemps nupieds et ne mit ses souliers que sur les instances de sa maitresse. Arrivé à Saint-Josse, il court aussitôt à l'église, supplie ardemment le puissant patron, sent sa langue se reformer dans sa bouche, articule nettement des paroles, bénit Dieu tout haut de ce prodige, raconte son histoire et montre à l'appui la cicatrice de son côté. Le père Jean de Nampty, dominicain du couvent d'Amiens, qui se trouvait là, monta en chaire et prononcça à cette occasion un discours d'actions de grâce (ABELLY).

Un meunier de Moreuil avait été convaincu de vol et mis en prison. Un jeune homme de quinze ans, nommé Bernard, qu'il avait à son service, fut déclaré son complice, bien qu'il fût complétement innocent. L'accusé et ses parents invoquèrent la protection de S. Josse auquel ils portaient une dévotion toute spéciale. Sur ces entrefaites, Philppe-le-Bon, comte de Flandre, qui, du chef de sa femme, était seigneur de Moreuil, vint à passer dans cette ville et y ordonna de pendre les deux accusés. On s'émpressa

d'exécuter cette sentence. Grâce à S. Josse, Bernard n'éprouvä aucun mal en restant pendu depuis la troisième heure du jour jusqu'au soir. Deux militaires, qui passèrent alors près du gibet, entendirent sa voix : « Je vis, disaitil, je n'ai éprouvé aucune douleur ; allez avertir les voisins. » Le maïeur voulait donner suite à l'arrêt, mais le prieur de Saint-Vaast et ses moines, ainsi que l'abbé de Saint-Acheul qui se trouvait là, ne furent point de cet avis. Bernard fut conduit au prieuré où il raconta la protection qu'il devait à S. Josse, et bientôt il alla témoigner sa reconnaissance à son sauveur (Ms. D'IsEMBARD).

Rodolphe Agricola, professeur de philosophie à Heidelberg, l’un des écrivains les plus érudits du XV° siècle, composa des vers en l'honneur de S. Josse, par reconnaissance pour la guérison d'une fièvre, qu'il attribuait à son intercession. Voici le commencement de son poëme :

Regiæ progenies, veterum stirpis clara Britonum, Ecce nitet rutila Judocus luce per orbem.

Maxime confessor tibi nos debere fatemur, Quodcumque vitæ est, quas cœli carpemus auras, Tu varios inter jactata m frigora et æstus, Febribus et lacerun prestas revalescere corpus. Salve, iterum salve, ct votivas optime laudes, Accipias placidus, majoraque ferre volentes, Pauperes ingeniïi tenues ne despice rivos.

En 1505, l'église de Saint-Josse-au-Bois (Dommartin) fut frappée de la foudre : elle brùla tout entière sans que la chässe du saint patron fût atteinte par les flammes (Gallia christ. x, 1359).

Une femme du diocèse de Cologne se laissait si facilement emporter par la colère qu'elle maudissait souvent sa fille et la donnait au diable. Quand elle eut un gendre et qu'elle vit sa fille moins dépendante, elle redoubla d'invectives. Dieu, pour la punir, permit qu'elle fût possédée du démon. Les exorcismes nc pouvaient la guérir et, sans

qu'elle remuût les lèvres, on entendait le malin esprit répondre aux questions qui lui étaient adressées. Pendant les dix années qu'elle passa en cet état, son mari l'avait en vain conduite à beaucoup de pèlerinages. Il commençait à perdre tout espoir, quand il se décida, en 1525, à accompagner un certain nombre de ses compatriotes qui allaient vénérer le tombeau de S. Josse. On eut grand peine à vaincre la résistance de la possédée pour la transporter dans l'éghse du saint confessseur : là, elle poussa des cris épouvantables, surtout quand huit hommes la saisirent pour lui faire baiser la châsse. Quelquesjours après, pendant la procession de la fête de la Pentecôte, la possédée tomba inanimée, alors qu’on déposait le reliquaire sous le portail de l'église. Les pèlerins étrangers qui étaient venus d'Angleterre, de Flandre, d'Allemagne, de Hongrie et de Suisse se mirent en prière pour obtenir sa délivrance. Ces vœux furent exaucés ; le démon, en jetant un grand cri, quitta le corps qu'il obsédait, et la femme délivrée, reprenant possession de son libre arbitre et de sa tranquillité d'âme, suivit la procession, en joignant ses actions de grâces à celles de la foule émerveillée ‘.

Une dame catholique des Pays-Bas, nommée Revembergue ?, étant venue en pélerinage à Saint-Josseen 1614, fut frappée du mauvais état où était réduite l'antique châsse du Bicnheureux, et fournit aux frais nécessaires pour la remettre en état. Cette même année, Geoffroy de la Martonie, évêque d'Amiens, délégua Martin Dournel, abbé de Dommartin, pour faire la recognition des reliques et les réintégrer dans la châsse restaurée. Le Gallia Christiana (x, 1353) se trompe en disant que cet abbé emporta dans son monastère Îles reliques de S. Josse ; 1l ne prit, sans

1 Nous suivons ici la version d’Abelly qui paraît avoir eu sur ce fait des documents spéciaux, Il est rapporté un peu différemment par le copiste et continuateur d’'Isembard.

? Ne serait-ce pas plutôt une dame de Ravensbourg”? on s'expliquerait ainsi le culte de S. Josse dans cette ville du Wurtemberg, où il aurait été introduit par cette pèlerine.

doute avecle consentement des Bénédictins, que les reliques que le pieux ermite avait rapportées de Rome avec lui, et dont on attribue à tort le don au pape S. Martin. Il emporta aussi la plus grande partie de l'écharpe dont nous avons parlé. N'est-ce pas cette relique que le P. Daire (Aist. d'Amiens, 11, 323) aurait confondue avec le prétendu rochet que Martin Dournel aurait donné aux religieuses de Moraucourt d'Amiens ?

En 1645, Nicolas Ledé procure à son abbaye de Saint- André-au-Bois une petite relique de S. Josse (Chronique Ms. de Saint-André).

Etienne Moreau, abbé de Saint-Josse-sur-Mer, donna en 1705, à l'église paroissiale de Saint-Josse de Paris, deux ossements de son patron (D. Lomineau, Vies des saints de Bretagne).

Jacques Lefèvre, dans le manuscrit conservé aux Archives du Päs-de-Calais, raconte qu'Arnould, prieur claustral de Saint-André-au-Bois, fut guéri, par l'intercession de S. Josse, d'une extinction de voix qui lui durait depuis longtemps, et que lui-même, condamné par les médecins, revint à la vie en 1705, après avoir imploré le secours de S. Josse et'de S. Thomas de Cantorbéry.

L'abbaye de Saint-Josse-sur Mer ayant été supprimée quelque temps avant la Révolution, les reliques furent transférées à l'église paroissiale. Soustraites en totalité en 93 par de pieux fidèles, elles furent rendues en 1805 et reconnues le 3 mai par l'évêque d'Arras, dans le diocèse duquel se trouve maintenant le village de Saint-Josse. Une autre recogaition eut lieu le 5 Juin 1843. Un os du bras avait été donné à l'église Suint-Saulve de Montreuil; c’est de cette relique qu'on détacha une parcelle en 1835 pour l'église d’'Yvias, dedice à S.Josse, dans le diocèse de Saint-Brieuc.

Signalons la présence de quelques ossements de S. Josse à la cathédrale d'Arras et à l'église d'Oignies (Pas-de- Calais), à celle de Corbie, etc.

Les reliques qu'on lui attribue à Parnes (tête et os du bras) sont renfermées dans un buste en argent ; elles sont mentionnées dans le Propre de Beauvais.

Il y avait jadis des reliques de S. Josse aux abbayes de Dommartin, de Saint-André-au-Bois, de Saint-Riquier, de Floreffe (diocèse de Namur) ; à Notre-Dame de Soissons, aux Chartreux d'Abbeville, à la paroisse de Saint- Josse de Paris, etc.

M. Henneguier nous dit avoir vu à Airon, il y a une cinquantaine d'années, dans une chambre qui avait été la . Chapelle de l’ancien château, une chasuble qu'on attribuait

à S. Josse. Le propriétaire de la ferme, M. Bauclar, en donnait des morceaux à qui en voulait, en sorte qu'il finit par ne plus rien avoir.

MONUMENTS

ABBAYE DE SAINT-JOSSE-SUR-MER. — Ce monastère bénédictin est désigné sous quatre noms différents :

1° Sanctus Judocus supra mare, à cause de sa position topographique et pour le distinguer de Saint-Josse-au-Bois.

2° Vicus : c'est ainsi que l'appelle Alcuin (epist. 93), sans doute à cause de son voisinage de Quentowic.

3°Cella Maritima ou Celle-Saint-Josse, pour indiquer que sonoriginea été la cellule du saint ermite. Plusieursécrivains ont confondu le monastère de Picardie avec d'autres abbayes qui portaient le nom de Celle.

4° Crucis monasterium, à cause de la croix qu'on ytransporta de Bavémont et qui conserva longtemps le nom de La Croix.

Nous avons dit qu'une charte du temps de Charles le Chauve prouve que cette abbaye fut construite à un emplacement nommé Schaderias. Godescard le désigne à tort sous le nom de Runiac. Baillet a confondu cette ab. baye bénédictine avec celle de Prémontré, située à Saint-

Josse-au-Bois.

= Le troisième ermitage où mourut S. Josse fut habité après sa mort par quelques ermites; Charlemagne y fit construire un hospice destiné aux pèlerins qui y venaient

vénérer le corps du prince breton et en confia l'administration à Alcuin dont nous avons raconté la vie. Louis le Débonnaire donna la Celle de S. Josse aux religieux de l'abbaye de Ferrière; l’un d’entre eux, Warembald, vers l'an 830 et non pas en 803%, constitua réellement un monastère eten fut le premier abbé.

Enrichti par Louis XI et le duc de Bourgogne, le monastère de Saint-Josse possédait de vastes propriétés qui s'étendaient depuis Étaples jusqu'à Saint-Aubin ; il fut uni en 1663 à la congrégation de Saint-Maur. |

Vers la fin du siècle dernier, cette maison était tombée en pleine décadence. Le petit nombre de religieux qui y restaient alla vivre en communauté avec les moines de Sant-Saulve de Montreuil.

ABBAYE DE DommanrTin. Des ermites succédèrent à S. Josse dans la solitude de Runiac, sur le territoire actuel de Tortefontaine, à l'endroit qui porta successivement les noms de CellaS. Judoci, Cence de Saint Jodec, Oratoire de S. Josse, Saint-Josse-au-Bois, ferme Saint-Josse. L'un de ces ermites, nommé Milon, qui devait un jour occuper le siége épiscopal de Térouanne, ayant embrassé la règle de Prémontré, fonda dans cette retraite, en 1121, grâce aux hbéralités de Guillaume Talvas, comte de Ponthieu, une maison de son ordre, et en fut institué premier abbé par S. Norbert'. Son successeur, le B. Adam *, transféra cet établissement en 1161 sur un fond voisin de l’Authie, à trois quarts de lieue de là, cédé par Eustache Collet, de la famille des châtelains de Beaurain. Ce riche domaine prit le nom de Dominium Martini, parce que la Celle de S. Josse était sous le vocable de S. Martin : aussi la nouvelle abbaye fut-elle désignée bientôt sous le nom de Dompmartin ou Dammartin (Domnus Martini), aussi bien que sous celui de S. Judocus in Nemore. Son église fut dédiée, en 1163, à la Sainte Vierge et à S. Josse (Panenry, Notice sur l'abbaye de Dommartin).

‘ Voir la biographie que nous consacrons au B. Milon. 3 Nous avons raconté sa vie, tom. 1, page 11.

L'abbaye de Dommartin qui, comme celle de Saint-Jossesur-Mer, appartenait à notre diocèse, a été la maison-mère de neuf établissements de chanoines de Prémontré, dont les quatre suivants se trouvaient dans l'ancienne circonscription de l'Eglise d'Amiens : Sery, Saint-André-au-Bois, Saint-Pierre de Selincourt, Saint-Jean d'Amiens. La liste de ses abbgs, donnée par Abelly et le Gallia chrisfiana, est fort incomplète. MM. Parenty et Ch. Henneguier ont découvert un certain nombre de noms oubliés.

Le monastère de Saint-Josse-au-Bois ayant été pillé par les calvinistes en 1568 et par l'armée du duc d'Alençon en 1581, une nouvelle église achevée en 1604 fut dédiée par Geoffroy de la Martonie à la Sainte Vierge et à S. Josse (Gallia christ. x, 1348)

La Révolution n'a laissé subsister des anciennes constructions que quelques pans de murailles de l'église et des cloitres, ainsi que les bâtiments d'exploitation agricole. Depuis 1834, Dommartin n'est plus qu'un hameau dont le territoire a été partagé entre ceux de Tortcfontaine, de Mouriez et de Raye (HARBAVILLE, Mémor, 11, 130).

Le 13 décembre était fête chômée, non seulement à Dommartin, mais à Tortefontainc, à Dompierre, à Raye, à Mouriez, à Douricz. Les pèlerins affluaient de la Picardie et de l’Artois pour vénérer dans l'église abbatiale les reliques contenues dans un buste d'argent auquel on faisait toucher des linges.

CHAPELLE DE SAINT-JOSSE-AU-Bois. — La chapelle bâtie sur l'emplacement de l'ermitage du solitaire, sur le territoire de Tortelontaime, était le rendez-vous d'un autre pélerinage. Au dimanche de la Trinité, plusieurs milliers de fidèles assistaient à la messe solennelle qu'y chantaient les religieux de Dommartin. La destruction de la chapelle en 1793 ne fit qu'interrompre pendant quelques années le cours de cette dévotion séculaire ; on vit'bientôt les pèlerins du Ponthieu, du Vimeu, du Marquenterre, du Boulonnais et de l'Artois, reprendre le chemin de Suint-Josse et venir s'agenouiller sur les pierres dispersées du sanctuure.

Une nouvelle chapelle, érigée en 1860, aux frais d'une pieuse famille, fut solennellement inaugurée en présence de cinq à six mille personnes, et depuis lors le pèlermage du jour de la Trinité a repris son ancienne importance. Les fidèles vont en même temps à l'église de Tortefontaine, dont ils font le tour, en priant, et y vénèrent la statue de S. Josse. Ils se réunissent souvent, par groupes de neuf personnes, pour faire une neuvaine en un seul jour. On invoque le saint ermite pour une foule de besoins et spécialement contre l'incendie des récoltes. (Communication de M. Levrin, curé de Tortefontaine.)

Les deux fontaines que S. Josse fit jaillir en faveur du duc Haymon, non loin de l'endroit où il allait fonder un nouvelermitage, devinrent un rendez-vous de pèlerinage qui n'a point cessé d'être fréquenté depuis lors. On se rappelle pour quelleraison l'une fut désignée sous le nom de Fontaine aux Chrétiens et l'autre de funtaine aux Chiens. « Au-des- - sus de la première’qui est maintenant un peu enfoncée dans la terre et couverte d'une petite voûte, dit Abellv, 1l y a une fort belle chapelle, très-bien voûtée, de 50 pieds de long, dédiée en l’honneür de S. Laurent, et qui paraît avoir été construite par un abbé de la maison de Croy. Tout auprès de cette chapelle paraît encore la seconde fontaine appelée lu Fontaine aux Chiens, dont les eaux ne sont pas moins salutaires que celles de la première. »

M. Poultier.maire de Saint-Josse-sur-Mer, a fait construire récemment une fort belle chapelle, dans le bois attenant au château, près de la Fontaine aux Chrétiens où les pèlerins puisent de l'eau qu'ils emportent chez eux. M. Laurent, ancien curé de Saint-Josse, nous assure que cette source, ainsi que plusieurs autres, qu'on désigne sous le nom de S. Josse, ne mérite point cette qualification et que l'ancienne fontaine attribuée au patron du Ponthieu a cessé d'exister depuis plus de cinquante ans.

Nous avons parlé plus haut des fontaines des Bretons, du Gard, et de Dompierre.

SAINT-JOSSE-AU-VAL-DE-MONTREUIL.— D'’aprèsla tradition, cette église aujourd'hui convertie en magasin, aurait été

construite à un emplacement enclavé par le cours de la Canche où S. Josse venait parfois prier dans une chaumière qu'il s'était construite. Hugues Capet, en 988, donna l'église Saint-Josse-au-Val à l'abbaye de Saint-Saulve, Elle fut reconstruite au XV* siècle et en 1772 (Hist. d' Abbeville, 1, 501).

EGuisE SAINT-JOssE DE Paris. — La tradition veut que cette église ait été élevée dès le VI* siècle, sur l'emplacement d'un hospice où le prince breton et ses compagnons auraient été hébergés pendant leur court séjour à Paris, avant leur voyage dans le Ponthieu. Cependant il est certain, d'après untitre de 4235, que l'église fut construite sur le terrain qu'occupait une maison particulière. On pourrait supposer, il est vrai, que l’ancien hôpital et la chapelle du VI* siècle avaient fait place alors à des propriétés privées.

La chapelle Saint-Josse, située à la rencontre des rues Aubry-le-Boucher et Quincampoix, ayant été renfermée : dans la ville par l'enceinte de Philippe-Auguste, ceux des habitants de la paroisse Saint-Laurent qui se trouvaient dans le même cas réclamèrent l'érection de cet oratoire en paroisse, ce à quoi consentit l’évêque de Paris.

Recoônstruite en 1679, cette églisse paroissiale qui, d'après l'abbé Lebœuf, n'avait que vingt-neuf maisons dans sa juridiction spirituelle, a été démolie en 17914.

La paroisse Saint-Josse était surtout habitée par des orfèvres : c'est ce qui explique ce vieux proverbe popularisé par Molière : Vous êtes orfèvre, Monsieur Josse.

Croix DE RecQues.— II y avait jadis à Recques (Aeka), village du canton d'Etaples, une croix de pierre dont la base, disait-on, gardait l'empreinte des genoux de S. Josse. La tradition, accueillie par Malbrancq, prétendait que le saint ermite avait fondé là un oratoire où il venait souvent prier. Nos trois anciennes biographies sont complétement muettes sur ce point.

BAVÉMONT ET LA CROIX COUPÉE — On se rappelle que c’est sur la colline de Bavémont (Bavoni mons), sur le ternitoire d'Airon-Saint-Vaast, que s'accomplit la guérison de

la fille du seigneur d'Airon. On érigea une croix en commémoration de cet événement, et elle devint bientôt le rendez-vous des pèlerins; leur affluence fut si grande qu'on cerut devoir transporter la croix à l'extrémité opposée du territoire de Saint-Josse-sur-Mer, entre ce village, Saint- Aubin et Sorrus, du côté de Montreuil, là où il était facile d'abriter les voyageurs ‘. Bavémont ne fut point cependant complétement délaissé; on y bätit une ‘chapelle, où l'on portait solennellement la chässe de S. Josse, le mercredi de la Pentecôte ; le chemin que suivait la procession était désigné sous le nom de Chemin du corps saint. Elle a lieu aujourd'hui le mardi de la Pentecôte, au milieu d’un immense concours de pèlerins.

La croix, qui donna jadis son nom à la colline de Bavémont, a été mutilée par le temps, disent les uns, par les révolutionnaires, disent les autres, ou, d'après une version plus probable, par la bande de Fr. de Cocqueville; il n'en reste que le montant qu'on a incrusté dans un grès : c'est le monument qu'on appelle la Croix coupée. Il est certain que cette dénomination et la mutilation elle-même remontent à plusieurs siècles avant la Révolution de 1789. En 1837, un nommé Coquet, à qui appartenait ce terrain, transporta la croix à l'extrémité de son champ. L'acte de vente, qui obligeait ses ancêtres à la laisser au même endroit, était alors égare et n'a été connu que depuis. Il s’ensuivit un procès qui alla jusqu'en Cassation et se termina au bénéfice de Coquet, par un arrêt du mois d'août 4839. En 1857, un propriétaire de Montreuil, avant acheté cette pièce de terre, s'empressa de faire rétablir la Croic coupée à sa place traditionnelle.

Le dimanche de la Trinité, on voit environ cinq mille pèlerins qui viennent vénérer cette croix et v faire toucher des médailles, des chapelets, des bouquets.

1 Une tradition j'opulaire que rien ne justifie prétend qu’on choisit cet endroit : arce que c'est là que s’arréta, malgré les efforts de nombreux chevaux, le char qui voulait conduire au loin le corps de S. Josse.

T. Ie 9

CaLiceEs DITS DE S. Josse—On se rappelle la légende de la main lumineuse qui bénit, en même temps que S.Josse, les oblations du saint sacrifice. On prétendait posséder à Saint- Josse-sur-Mer le calice dont s'était alors servi le célébrant, Jehan Mielot broche encore sur cette trame merveilleuse en disant que « ne peut oncques depuis ne cardinal, ne légat, ne évêque, y faire beneiçon (bénédiction), et est gardé en grant révérence. »

Ce calice était en fonte et non pas en or, comme le dit Malbrancq qui ne manque pas d'en faire un chef-d'œuvre de S. Eloi. Haut de 11 centimètres et muni de deux anses, il pouvait contenir trois demi-setiers, mesure de Paris. La coupe fort large offrait les figurines du Christ siégeant entre S. Pierre etS. Paul et l'agneau mystique entre deux anges. On avait ciselé, sur le pied, les images de S. Martin, S. Benoit, S. Vast et S. Antoine, avec les quatre inscriptions suivantes :

Hic est sanctus Martinus archiepiscopus.

Pater monachorum Benedictus abbas.

Hic estsanctus Vedastus cpiscopus.

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