‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens. Tome troisièmeChapitre 21 sur 78 · PRÊTRE AMIÉNOIS · texte numérisé non relu

PRÊTRE AMIÉNOIS

+ VI® Siècle.

La tradition qualifie S. Lupicin de curé de Sains, tandis que le récit de l’invention de S. Fuscien lui donne le titre de prêtre amiénois {ambianensium urbis presbyter). Ce pieux personnage ne nous est connu que par la découverte qu'il fit, en 555, des reliques de S. Fuscien et de $S. Victoric. Nous renvoyons nos lecteurs à ce que nous avons dit à se sujet dans nos biographies de S. Fuscienet de S. Honoré.

Il n’a jamais été honoré d’un culte public et sa sainteté n’est constatée que par le témoignage des anciens historiens de S. Fuscien et par une sorte de tradition.

Le P. Daire, dans son Histoire ms. du doyenné de Moreuil, nous dit que « on conserve sa tête dans le village de Pustin (sic), au comté de Namur ; les fidèles y vont avec confiance implorer son inter- . Cession. »

M. Ch. Salmon a demandé, en 1857, des renseignements à ce sujet à M. le curé de Lustin etena

: Voir tome H, p. 316, et tome ut, p. 45.

reçu la lettre suivante qu’il a bien voulu me communiquer :

« Monsieur,

« En réponse à votre lettre, du 26 août dernier, j'ai l'honneur de vous transmettre les renseignements à ma connaissance, touchant S. Lupicin, patron de ma paroisse.

« Outre le chef et une reliquerenfermée dans un bras de bois, nous possédons une châsse, également en bois, remplie de saints ossements, quorum major pars censetur esse $. Lupicini, dit l’authentique. Lesreliquaires contenant ces restes précieux ne sont ni bien anciens ni bien précieux. La tête que je donne à baiser et que je place sur celle des fidèles, est enveloppée de velours avec broderie, sauf un petit endroit recouvert de verre. La châsse, assez grossiérement travaillée, représente les miracles opérés par l'intercession de notre Saint et spécialement celui d’une superbe fontaine, qui ne tarit jamais.

« Le buste et la statue du S. Patron, en costume d'évéque, ont fait penser avec raison que c’est celui-là même dont parle le Martyrologe romain à la date du 3 février: Lugduni, S. Lupicini, episcopi. Aussi est-ce à pareil jour que nous célébrons sa fête et que j'ai la consolation de voir presque tous mes paroissiens s'approcher des sacrements, pour gagner l'indulgence de la Confrérie érigée en son honneur d'abord par Alexandre VII et renouvelée par Grégoire X VI.

« Sans être le patron du pays, S. Lupicin y est en grande vénération et, chaque dimanche de l'été, des pèlerins assez nombreux viennent l'mvoquer contre les maux de tête. Mais le grand jour du pèlerinage est le lundi de la Pentecôte, parce qu'il est, je pense, l'anniversaire de la dédicace de l’église qui n'existe plus, mais est remplacée par une nouvelle, dont je n'ai pas encore pris possession.

« Lorsqu'en 1841, Mgr notre Révérendissime Évêque

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voulut relever le culte des Saints propres au diocèse, il me fit demander ce que je savais de S. Lupicin, dont on faisait autrefois commémoration dans l'office canonial. N'ayant pas alors les données que j'ai retrouvées depuis, on a dù laisser notre Saint dans l'oubli !, d'autant plus qué le 3 février nous avons encore à honorer S. Blaise et S. Hadelin, dont la vie est plus connue. Par là, vous comprenez que nous n'ayons ni légende, ni vie imprimée ou même manuscrite de notre S. Patron.

« Toutefois, en repassant les papiers de la cure, j'ai mis la main sur un vieux sermon qui, m'a appris certains détails sur la vie de S. Lupicin et que je me fais un véritable plaisir de vous communiquer.

« L'auteur le fait naître en Angleterre, de parents nobles et chrétiens qui, voyant ses heureuses dispositions, l'envoyèrent en Irlande où déjà s étaient formées plusieurs communautés religieuses. Là, notre Saint fit de grands progrès dans la vertu et songea à apprendre la langue latine pour être élevé au sacerdoce. La sunteté de sa vie, son zèle, Les miracles qu'il opérait, attiraient une foule de fidèles, avides d'entendre sa parole. Idolätres et chrétiens l'avaient en singulière estime et lui donnaient toutes sortes de louanges; mais, son humilité ne pouvant les supporter, il se retira dans la solitude. Dieu qui avait d'autres desseins sur lui, lui ordonna de la quitter, et,vers le VI® siècle notre Saint s'embarqua avec plusieurs de ses compagnons pour évangéhser les Gaules.A peine est-il débarqué qu'il prêéche l'évangile de J.-C., et avec tant de succès qu'il convertit en peu de temps une multitude d'infidèles. Cependant sa dévotion le porte à visiter Rome, où sa piété le fait bientôt remarquer. On l'y sacre évêque.et le Saint-Père,qui le recoit avec beaucoup d'honneur, lui confie l'Église de Lyon, où il trouve à combattre l'idolâtrie ctl'arianisme.Quoiqu'en butte à la malisæoité et à la méchanceté des hommes,le Sei-

1 Lenom deS. Lupicin ne se trouve pas en effet dans le Propre actuel du diocèse de Namur. Il était inséré au 3 février dans le Propre publié en 1617 par l’évêque Jean Dauvin.

gneur ne laisse pas de bénir ses travaux apostoliques et se sert de son ministère pour la conversion et le salut de bien des âmes. Mais, s'étant attiré la haine du Roi, par sa hberté évangélique à attaquer l'arianisme, 1l dut se retirer après avoir résigné son évéché à S. Rustique Il quittealors Lyon, vient en Picardie, réside à Amiens où il exerce son zèle pour la gloire de Dieu et le salut de ses fréres. Après y avoir séjourné quelque temps, 1l vint évangéliser le Hainaut, et enfin, plein demérites et de bonnes œuvres, ilarrive dans nos environs où il choisit une grotte pour s’y préparer à la mort, grotte connue ici sous le nom de Grande L'alise et dans laquelle a été déposé, pendant environ cent ans, le corps de S. Foillan, frère des SS. Ultan et Fursy, pour le soustraire aux ravages des barbares. Ce dernier fait a été assez bien prouvé par un des membres de la Société archéologique de Namur, dans une dissertation qu'il a faite à ce sujet.

« Tel est, Monsieur, le résumé de ce que je connais sur S. Lupicin, heureux si je puis, par là, satisfaire la pieuse curiosité d'un ami de l'histoire religieuse.

« Agréez, etc...

J. DELCHAMBRE, curé.

Faut-il admettre l'identité de S. Lupicin, évêque de Lyon, dont la tête est conservée à Lustin, avec le saint du même nom, que la tradition considère comme ayant été curé de Sains? Cela nous paraît impossible. L'évèque de Lyon, en venant en Picardie, aurait pu sans doute cacher sa dignité ; mais il n'est guère possible d'admettre que cette circonstance soit restée ignorée plus tard. Or, l’auteur anonyme du récit de l'invention des reliques des trois martyrs de Sains se borne, au VIII: siccle, à qualifier Lupicin de probaiæ vitæ presbier. La tradition est toujours disposée à grandir le mérite et

les qualités de ses héros légendaires; elle change parfois les prêtres en évêques, mais on ne comprendrait pas qu elle fit descendre un évêque au rang des simples prêtres.

Nous avons d’ailleurs consulté les Actes de S. Lupicin, évêque de Lyon, et nous n’y avons rien trouvé qui puisse autoriser la supposition de son séjour en Picardie. Cette particularité aura été sans doute introduite dans sa légende par suite d’une confusion qu’explique la parité des deux noms. Ajoutons que si les opinions sont partagées sur l'époque où vécut S. Lupicin de Lyon, il n’en est aucune qui le fasse vivre au VI: siècle, à l’époque de la découverte des reliques deS$. Fuscien. Selon quelques hagiographes, cet évêque de Lyon aurait vécu au IIT siècle; d’après les Bollandistes, il aurait probablement siégé entre 480 et 490; selon Severtius (Chronol. Lugd. archiepise.), il aurait été martyrisé en 496 et enterré dans l’église Saint-Just.

M.l'abbé Roze, qui possède une copie de la Chronique de Dom Cotron, nous a communiqué un passage de ce manuscrit où il est dit que S. Geoffroy, en 1113, procéda à l'élévation du corps du B. Lupicin et le renferma dans une châsse convenable . Un autre chroniqueur de l’abbaye de Saint-Riquier, Jean de la Chapelle, place cette élévation en 1097.

Nous ne trouvons nulle part ailleurs d'indication à

1 S. Godefridus, Ambianensis episcopus, e terra levavit corpus B. Eupicini presbyteri (qui primo invenit corpora SS. Fusciani, Victorici et Gentiani. martyrum), illudque in decenti feretro recondidit.

ce sujet, et il n'est fait mention des reliques de S. Lupicin dans aucun des inventaires que nous connaissons.

Lupicin est figuré au portail de la Vierge dorée, par une statue qui tient un calice dans ses mains. Une peinture moderne et une statue le représentent dans l’église de Sains.

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