SS. LUXOR ET WARLOIS
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20 Novembre.
Nous ne connaissons ces deux saints confesseurs que par la mention qui enest faite au 19 ou au 20 novembre dansles anciens martyrologes et calendriers amiénois ‘. Ils se bornent à nous dire qu'à cette date eut lieu, dans le territoire Amiénoiïs, l'invention et la translation des corps des saints confesseurs Warlois * et Luxor *.
Ménage * se demande si S. Ouarlux, honoré à Notre-Dame d'Amiens, n'est pas le mème que S.Ur- Joux, abbe de Sainte-Croix de Quimperlé, lequel vivaitau À° siècle. L'invention du corps deS. Warlois dans notre diveèse dément cette hypothèse qui n'est basée que sur une ressemblance de noms.
! Inventio S. Vuarlesi et Luroris, confessorum, lisons-nous dans le calendrier d’un Missel d'Amiens, du XITe sièrle. (N° 154 de la Bibl, comm.)
3 Fuarlesius, Warlesius, Wulesius, Varlesius, W'arlustuss Valerius, Waclesius; — Vuarlois, Wurluis, Ouurlux, Warlus, Waloy, Urloux, Wurlut.
3 Lussor, Lusor, Lurocnus.—Il y a deux saints du mème nom qui furent inartyrisés en Italie sous le règne de Dioclétien.
* Dict. étymol. Il, dans le Vocabulaire hagiographique,
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La tradition est fort vague sur nos deux Saints. Dans un recueil manuscrit du XVIII siècle, appartenant à M. Faton de Favernay, nous lisons : « La tradition porte qu’ils étaient marchands de poissons et qu ils furent trouvez morts dans les neiges, près du village du Mège, en Ponthieu. » D’après d’autres renseignements, tout aussi douteux, on disait jadis à Warloy-Baillon que c'étaient deux freres qui se retirérent dans une solitude, et que cette localité, en se peuplant plus tard, prit le nom de $. Warlois'.On pourraitsupposerque ce furent descompagnons deS. Thcofrid, venus de Luxeuil à Corbie, pour y fonder le monastère érigé par Ste Bathilde, et que l'amour de la solitude les aurait conduits dans l'endroit qui porte aujourd'hui le nom de Warloy- Ballon.
M. Thuillier, curé de Warloy, a constaté dans sa paroisse l'absence de toute tradition sur ces Saints dont on ignore même le nom. On montre l'emplacement d’un ancien monastère, à un endroit qui est désigné par le cadastre sous le nom de Pré de l’abbaye; mais aucun souvenir précis ne s'y rattache.
D'un autre côté, on ne trouve jamais la désignation de sanctus ou de saint jointe aux anciens noms de Warloy.
RELIQUES
Les corps des SS. Luxor et Warlois étaient renfermés à Notre-Dame d'Amiens dans une châsse de vermeil qui est ainsi décrite dans le {egistre aux délibérations du Cha-
1 Communication de M. Thuillier, curé de Favieres.
184 $$, LUXOR ET WARLOIS.
pitre de Notre-Dame (ms. 517, p. 118) : « Cette châsse est d'argent doré... au bout d'icelle est un camayeu d'agathe grand comme la moitié d'un œuf, fait de relief, à la face d'Hercule coiffée de la peau d’un lion, et prisé par les orfeuvres du temps passé six cents livres, et de l'autre bout un camayeu blunc de chérubin. »
Ce que la Révolution nous a laissé de leurs reliques est renfermé aujourd'hui dans la chässe de S. Honoré. On en conserve aussi quelques-unes au Carmel d'Amiens.
Une châsse de l'an 1066, conservée jadis à l’église de Saint-Jean-Baptiste de Picquigny, contenait une côte de S. Firmin Martyr et de nombreux ossements de S. Warlois et de S. Luxor ‘. Une inscription de six vers en lettres gothiques se terminait ainsi :
Duarleij : multa Luxo /ris os) sa sepulta, 1066.
Le P. Ignace mentionne des reliques de nos deux Saints aux Chartreux d’'Abbeville (Hist. ecclés. d'Abb.)
CULTE ET LITURGIE
Les noms de Warlois et de Luxor sont inscrits dans nos litanies des XIII°et XIV: siècles (ms. {13 et 125), dans les additions de quelques manuscrits d'Usuard ?. Dans les anciens martyrologes d'Amiens et de Sunt-Riquier, et dans
| nos plus vieux bréviaires amiénois.
Fête semi-double dans nos bréviaires du Moyen-Age, dans nos missels de 1498, de 1506, de 1529, dans nos bréviaires de 1528, de 1550, de 1667, de 1746 et 1840; simple
1 Daie, /ist. du doyenné de Picquigny, 23.— Mélanges, ms. n° 563 de la Bibl. d'Amiens.
? On lit dans quelques-unes Aurelianis au lieu d'Amnbiante.
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mémoire dans les bréviaires et dans le Propre actuel, où elle est fixée au 20 novembre au lieu du 19.
Nous avons vu qu'il n’est pas probable que Warloy- Baillon doive son nom à S. Warlois. Il en est de même de Warlus, commune du canton de Molliens-Vidame.
FONDATRICE DES CARMÉLITES RÉFORMÉES DE FRANCE, CONVERSE PROFESSE À AMIENS *.
18 Avril, — + 1618.
Barbe Avrillot, qui prit le nom de Marie de l'Incarnation en faisant sa profession au couvent des Carmélites d'Amiens, naquit à Paris le 4" février 1569 °. Elle fut baptisée le lendemain, jour de la Purification, à Saint-Merry, sa paroisse. Sa famille appartenait de vieille date à la magistrature ; son père, Nicolas Avrillot, était seigneur de Champla-
1 Apres avoir lu les diverses biographies de la B. Marie de l'Incarnation, publiées par André Duval, Daniel Hervé, l'abbé De Montis, Boucher, lPabbé Tron et Mgr Dupanloup, ainsi que les notices que lui ont consacrées Giry, Iilarion de Coste, le P. de Vernon, l'abbé Hunckler, etc., nous avons constaté que l'ouvrage de Boucher, curé de Saint-Merry, édité et considérablement augmenté par Mgr Dupanloup, était le seul qui ne laissät rien à désirer. Nous nous bornons à en donner ici un simple abrégé, avec quelques additions relatives à notre histoire locale et divers emprunts faits aux ouvrages que nous citerons dans la Bibliographie.
* En 1556, d'après notre maniere de compter actuelle.
treux, près de Luzarches, maître des comptes de la Chambre de Paris et chancelier de Marguerite de Valois, reine de Navarre, qui devait plus tard épouser Ilenri de Béarn.
La mère de notre Bienheureuse, Marie Lhuillier, était alliée à un grand nombre de maisons nobles, entre autres à celle de Vignacourt. Elle ne le cédait en rien à son mari sous le rapport de la piété et de l'attachement à l'Église.
Madame Avrillot, qui n'avait pu encore élever aucun enfant, mit celui qu'elle portait dans son sein sous Ja protection de la Ste Vierge, le voux au blanc Jusqu'à l'âge de sept ans et fit vœu de le conduire à cette époque dans un des sanctuaires privilégiés de Marie. Dans ses ferventes pricres, elle intéressa également S. Claude à l'avenir de son enfant, Dieu bénit ses vœux, et elle n'oublia point de son côté de les remplir. Quand Barbe eut atteint l'âge de sept ans, sa mère la conduisit à Notre-Dame de Liexse et fit don à une pauvre orpneline des vètements blincs que venait de quitter sa fille.
André Duval, qui fut tout à la fois le directeur ct le premier historien de la Bienheureuse, nous raconte qu'à l'âge de quatre ans, étant conduite par sa mère à la chapelle ertra muros &es Chartreux de Paris, elle fut rencontrée par un jeune écolier, âwé de dix ans, qui la remarqua, devina ses destinées et prit dés lors l'habitude de prier chaque jour pour elle. Cet écolier était M. Gallemant qui devait plus tard lui préter un si zél concours pourla fondation des Carmélites. |
. La jeune Avrillot fut mise, à l’âge de onze ans, au
couvent des Clarisses de Longchamps, où sa tante Elisabeth Lhuillier était religieuse. C’est dans ce monastère qu'elle puisa ce vif amour de la piété, cette habitude du recueillement, cet heureux mélange de gravité et de modestie qu’elle devait conserver Jusqu'à la fin de sa vie.
« Étant en ce monastère, dit le P. Honoré, elle apprit à méditer si chrétiennement sur les mystères de Notre-Seigneur et de la Ste Vierge, qu’elle fut jugée capable de faire sa première communion à douze ans, ce qui était alors bienrare: mais Jésus- Christ qui, à cet âge, avait manifesté sa sagesse au milieu des Docteurs dans le Temple, voulut à pareil âge se manifester à cette petite âme dévote, dans le saint sacrement de l’autel, et, lui parlant cœur à cœur dans ce mystère, lui apprendre le secret de son amour. »
Bien différente des enfants de son âge qui cherchent ordinairement à cacher leurs fautes, Barbe s'empressait d’avouer les siennes à ses maîtresses et de solliciter, commeune grâce, les punitions qu'elle croyait avoir méritées.
En 1580, sa mère la rappela dans la mäison paternelle, alors qu’elle n'avait guére dépassé sa quatorzième année. Après avoir été un modèle de vertu pour ses compagnes de pensionnat, elle devint un exemple de prudence etde soumission qu'on peut proposer aux jeunes personnes qui sedisposent,chez leurs parents, au choix d’un état. Les souvenirs de Longchamps vivaient toujours dans sa mémoire, et le séjour du monde ne fit qu’augmenter son goût pour la vie religieuse. Frappée de la vie dure et la-
borieuse que menaient les religieuses de l'Hôtel-Dieu de Paris, Barbe manifesta le désir d'y entrer, pour se consacrer au service des malades: Madame Avrillot s’y refusa : n'ayant qu'une fille, elle voulait l'établir dans le monde, redoutant l'instabilité des monastères, au moment où le protestantisme grandissait de force et d'influence. « D'ailleurs, comme le dit André Duval, on ne voyait que rarement une fille de noble maison comme elle entrer à l’âge de dix-sept ou dix-huit ans en religion : on les y mettait d'ordinaire fort jeunes, n'ayant pas encore la capacité de discerner la grandeur de l'estat religieux et les obligations qui y sont: ce qui a été cause en France de grands scandales et de plusieurs inconvénients. »
La jeune Avrillot, pensant que le refus de sa mère était surtout dicté par l’appréhension des austérités de l’'Hôtel-Dieu, sollicitait son consentement pour entrer dans quelque ordre moins rigoureux. Voyant que ses prières et ses larmes restaient impuissantes, elle se résigna, en disant : « Puisque mes péchés m'ont rendue indigne du titre glorieux d’épouse de Jésus-Christ, il faut bien que je me contente d’être sa servante dans un état inférieur. »
Madame Avrillot, qui ne songeait qu'à trouver un parti avantageux pour sa fille, lui reprochait son éloignement pour les assemblées nombreuses, l'éclat des parures, les frivolités du monde, et ce qu’elle appelait son trop grand excès de dévotion. De la sévérité elle passa bientôt à l’aigreur et même à la dureté, Pendant le rude hiver de 1581 à 1589,
elle empècha plusieurs fois sa fille d'approcher du feu, la laissant s'habiller près d’une porte où le froid se faisait vivement sentir. Ce traitement riuoureux fut tant de fois répétée que, par un malheur dont sa mére n'avait pas prévu la possibilité, les pieds de la jeune Avrillot en gelcrent et qu'il fallut, pour la guérir, lui extraire plusieurs os qui s'étaient cariés. La pieuse enfant montra en cette occasion un courage héroïque : elle ne se plaignit ni des douleurs que lui causa cette opération, n1 de la dureté de conduite qui avait occasionné sa maladie.
Quelques mois après sa guérison, Barbe Avrillot, âvce de seize ans et demi, accepta par obcissance le parti avantageux que lui présenterent ses parents. Elle épousa, le 24 août 1582, Pierre Acarie, vicomte de Villemor, seigneur de Montherrault et maître des comptes de la Chambre de Paris. Ce Jeune homme, de noble naissance, boitait un peu : mais ce défaut corporel était bien compensé par la bonté de son cœur, la douceur de son caractére, la droiture de son âme, sa franchise, sa gaite, sa piété et son attachement à la foi catholique.
Pierre Acarie, après avoir achevé sa philosophie au collège de Navarre, avait étudié le droit à Orléans. Il y avait été témoin des ravages et des actes de vandalisme des prétendus réformés. L'indignation qu'il en éprouva le fit entrer quelques années apres dans la Ligue dont 1l ne pratiqua point les
xcés, mais dont il poursuivit le noble but qui était de conserver dans notre patrie l'unité de la monarchie et de la religion.
Depuis son mariage, on n'appelait plus Barbe Avrillot que la Belle Acarie. Son mari prisait encore moins sa beauté que son esprit pénétrant, son jJugement exquis, son humeur affable et surtout les vertus qui relevaient ses qualités naturelles. Il obtint de sa femme qu'elle suivit à peu près le cours de la mode : mais ce fut pour elle un véritable sacrifice. « Ne pourrait-on pas, disait-elle un jour à sa belle-mère, trouver un habit qui se vète tout d'un coup, avoir une robe qui puisse se mettre tout de suite? À quoi bon tant d’atours, de colliers et de bracelets ? Ce sont là tous fatras qui ne servent qu'à fuire perdre le temps. Oh! que je désirerais avoir trouvé un habit que je puisse mettre en un instant. Pourquoi ne suis-je pas née dans un village ? je serais dispensée de toutes ces modes. » Sa belle-mère lui répondit : « M4 fille, cela viendra un jour, mais il n est pas encore temps d'y sonser. » La jeune Acarie considéra ces paroles comme une espèce de prophétie qu'elle n'oublia jamais.
Madame Acarie avait une femme de chambre, nommée Andrée Levoix, qu'elle conserva depuis sa sortie de Longchamps jusqu'a la fondation des C'armélites. Le désir quelles avaient toutes deux d'avancer dans le chemin de la perfection effaca la différence des conditions et en fit deux amies inséparables; elles s'entretenaient souvent de pieuses considérations, s'avertissaient mutuellement de leurs défauts et s'accusaient chaque soir, l'une à l’autre, des légères fautes qui leur avaient échappé dans le cours de la journée. |
Une des amies de madame Acarie lui ayant pré-
té l’Amadis de Gaule, elle prit goût aux romans d'aventure qui étaient alors en grande vogue.
M. Acariecraignant l'effet de ces sortes de lectures y fit une habile diversion en y substituant des livres édifiants. [l avait soin, pour mieux piquer sa curiosité, qu'ils fussent reliés en beau maroquin et dorés sur tranche. La solidité de ces ouvrages eut bientôt plus d’attrait pour elle que la frivolité des compositions et romanesques, elle y puisa les principes de la haute perfection à laquelle elle parvint.
En lisant une traduction des œuvres de S. Augustin, en l’année 1584, madame Acarie fut singulièrement frappée de cette maxime: Trop est avare, a qui Dieu ne suffit. Ce fut la devise qui plana désormais sur toute sa vie et qui dès lors lui inspira un redoublement de ferveur. Plus tard, sa fille aînée disait à ce sujet: « Un jour étant seule avec ma mère, au couvent d'Amiens, elle m’entretint de cette grande parole avec tant de ferveur que son visage en était tout enflammé, et son esprit et son cœur étaient si occupés et si remplis de cette vérité divine qu'elle me larépeta un très-grand nombre de fois avec une affection tout extraordinaire. Elle l'écrivit même douze ou quinze fois sur
un papier qu'elle me donna, et fut bien une heure :
à me parler sur ce sujet par un mouvement tout particulier que Dieu lui en donnait. L'effet qu’elle opéra en moi fut tel que je puis assurer que, quoique je fusse très-éloignée de ses dispositions intérieures, néanmoins elle m'imprima, et Dieu par elle, un sentiment si vif et une connaissance si intime de cette sainte parole, que je ne puisl'oublier ;
et maintenant que j'écris ceci, Je l’ai si présente à l'esprit qu'il me semble encore voir ma mère me la répéter plusieurs fois et m'en entretenir avec la ferveur qu'elle fit alors. »
À mesure que les années s'écoulaient, madame Acarie devenait de plus en plus affectionnce et dévouée à son mari. Elle ne se bornait point à des marques extérieures de respect et de tendresse à son égard, mais elle était réellement soumise à ses moindres volontés et s'étudiait à prévenir tous ses désirs. « J'aime mieux lui obéir simplement, disait-elle, que de me servir de la médiation de quelqu'un pour l'amener à ce qu'il n’a pas voulu d'abord. » Le mérite était d'autant plus grand que M. Acarie n'était pas toujours d'humeur accommodante : il plaisantait lui-même de son défaut et disait en riant à ses amis : « On prétend que ma femme sera sainte un jour, mais j'y aurai bien contribue, et 1l devra ètre parlé de moi dans le procès de sa canonisation, pour l'exercice que j’aurai donné à sa patience ».
La Ligue,formée à Péronne dès 1576, fut établie ouvertement à Paris en 1984. M. Acarie, qui s'y enrôla un des premiers, y prit une part assez importante pour que le parti adverse l’ait surnommé ironiquement le laquais de la Ligue : c'était une allusion au mouvement qu'il se donnait pour servir le duc d’Aumale, dont il était l’un des quarante conseillers. Hâtons-nous de dire qu'il ne se permit jamais la moindreinjustice ni là moindre violence : Ienri IV lui rendit de sa propre bouche ce glo-