‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens. Tome troisièmeChapitre 37 sur 78 · CULTE, RELIQUES ET ICONOGRAPHIE · texte numérisé non relu

CULTE, RELIQUES ET ICONOGRAPHIE

C'est surtout pour la guérison des enfants qu'on invoque S. Millefort, partout où il est honoré.

« Quoy que ce Saint, dit le P. Ignace, nous soit autant incogneu après sa mort, comme il l'a été durant sa vie, il faut néanmoins advouer qu'il est de grand mérite auprès de Dieu, spécialement lorsqu'on le réclame pour les petits enfants qui sont en langueur ; car si loin que leurs mères vont visiter sa chapelle [de la Bouvaque) et y font célébrer le saint sacrifice de la messe en son honneur, vous voyez en peu de temps ces petits languissants, ou revenir en parfaite santé, ou changer cette vie mortelle en l'éternelle. »

Poellnitz, auteur des Amusements des eaux de Spa, disait au siècle dernier : « Etant assez jeune encore, je fus en garnison à Abbeville, en Picardie. Quelques officiers de notre régiment me mirent d'une partie qu'ils faisaient à

1 Guillaume Cuper a donné la vie au martyr de Pavie dans les Acta sanctorum, du 29 août.

S. MiLLEFORT, MARTYR. 249

un petit bois, à une demi-lieue de la ville. Dans cet endroit il y avait une chapelle dédiée à un sant Millefort, qui guérit, dit-on, les enfants de la fièvre, des vers et de ce qu’on appelle la maladie anglaise. Nous vimes quantité de nourrices qui y apportaient leurs enfants et nous allâmes voir la cérémonie. Il y a une pierre consacrée par leur saint Millefort,sur laquelle ils font asseoir trois fois ces pauvres petits enfants à nu. Cette bizarrerie me fit rire. Les - femmes en furent si scandalisées que, sans l’arrivée de mes amis, qui y régalaient la vicomtesse de Melun et quelques dames les plus qualifiées du pays, j'aurais été mis en pièces. J'en fus quitte pour quelques égratignures et quelques sottises que j'essuyai. » (3° édit., pag. 95).

« Cette chapelle, dit M. Prarond ! n’a point perdu sa réputation miraculeuse, et l’on y vient encore de plusieurs départements voisins pour la guérison des enfants épileptiques ou rachitiques. Le moyen thérapeutique emplôyé dans ces cures, outre les vœux et les prières, est l'application à nu des enfants sur une pierre froide. »

La Bouvaque était désignée jadis sous le nom de Beaulieu-Saint-Millefort.

Un fief de Gorenflos, portant jadis le nom de Saint. Millefort, semble indiquer aussi un ancien culte local.

La maladrerie qui existait jadis à La Neuville-sous- Corbie, paraît avoir eu pour patron S. Millefort, dont le culte remonterait dans cette paroisse à une haute antiquité. C'est dans les ruines de cette maladrerie qu'on a trouvé la statue de S. Millefort qu'on vénère aujourd'hui dans l'éghse paroissiale. Le Saint est représenté vêtu d'une riche dalmatique, la tête nue, les yeux levés au ciel, la main droite sur la poitrine, un livre sous le bras gauche et une palme à la main. Au pied de la statue, un homme et une femme lui présentent chacun un enfant qu'ils recommandent à sa sollicitude. Un vitrail moderne de La Neuville a reproduit à peu près la même donnée,

On se rend à La Neuville de dix à douze lieues de loin

1 Les Rues d’Abbeville, p. 7.

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pour invoquer S. Millefort en faveur des enfants qui sont malades ou qui tardent à marcher. On attribue à son intercession plusieurs guérisons miraculeuses. La fête de S. Millefort qui se faisait autrefois le 6 septembre, se célèbre aujourd'hui le deuxième dimanche du même mois.

Près de Camps en Amiénois, sur la route nationale de Paris à Calais, il y avait judis une chapelle de l'Æcce Homo, qui fut dévastée en 1793. Un pieux ermite, surnommé le

Petit Chapelain, obtint l'autorisation de réparer l'oratoire .

abandonné. Ilen changea bientôt la destination, afin de favoriser la dévotiontraditionnelle des habitants pour S. Millefort, qu'ils allaient invoquer à la Bouvaque. Une statue de ce Saint fut placée à côté de l'ancienne statue de Notre-Dame des Sept Douleurs, et la chapelle fut désignée sous le nom de Saint-Millefort. C'est un pèlermage très-fré quenté pour les maladies des enfants, comme le témoignent les nombreux ex-voto qui tapissent les murailles de ce sanctuaire. Chaque année, le cinquième dimanche après Päques, une procession solennelle, où huit cultivateurs portent la statue de S. Millefort, se rend de l'église de Camps à la chapelle située à environ cent mètres. On chante dans les pays avoisinants une invocation à S. Millefort. Bien que ce cantique soit de facture moderne et d'une grande médiocrité, nous croyons devoir le reproduire, par cette raison qu'il est devenu très-populaire :

O saint Patron, évêque ct serviteur, Brillant au ciel d’une gloire sans nuage, Daignez entendre la voix de nos cœurs :

Honneur ! honneur à votre chère image :

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