HAINE L> AV
lait être! Sa conduite à venir était bien sin éliminerait l'amour de
En proie à cette de lièvre sublime. M. de
Villenoise fit D avoir o ce le
trajet de Dinant à Pari.-, puis celui de Paris à Vit lcnoise.
Le lendemain, — le jour même pour lequel il avait an non c bine, —
il arriva dans son château à neuf heures du matin. Il fit aussitôt seller M jument ( que lui-même se mettait entre les m valet de chambre. Après une toilette rapid monta à cheval vers la villa
Mmc Marsan.
La route était longue, car il lui fallait ti la torêr, et il en a. trois quarts
d'heure en se hâtant. Tout de suite, il mit sa jument au galop, lui laissant développer la fougue que de simples p&O ntre les
mains des piqueux, avait amassée chez cette ardente bête, pendar. nce de son Gipsy, fort étonnée qu'on ne lui demandât pas quelque acte préliminaire d'obéissance par une sévère mise en main, s'en donnait à cœur joie, secouant avec espièglerie les rênes abandonnées sur son cou. Elle allait, à grandes foulées vigoureuses, tout enivrée de vitesse. Et M. de Villenoise eut même ensuite quelque difficulté lorsqu'il voulut la ralentir. Enfin il la remit au petit galop
HAINE b AMOUR 29 1
rassemblé, puis au pas. Un soudain besoin de flânerie et de rêve l'avait pris comme il passait près du « Salon des Fées ». Il se rappelait sa dernière promenade en cet endroit. La vision précise de Gilberte lui apparut, avec l'air dont elle avait dit certains mots, la façon dont elle tendait ses mains sous le filet d'eau de la cascade, et la tristesse avec laquelle ensuite elle s'était détournée de lui.
Il songea aussi à la singulière frayeur qui l'avait tout à coup rejetée entre ses bras. Depuis, M. de Villenoise n'avait plus pensé à cet incident. Ses gardes ne lui avaient révélé aucune présence suspecte à l'intérieur du domaine. Ce domaine était clos d'ailleurs, mais d'un mur assez bas, facile à escalader, et qui, par places, tombait *en ruines. Quelque rôdeur avait pénétré jusque-là, puis, craignant d'être surpris, s'était caché parmi les broussailles. Et le pauvre diable n'avait pu retenir un mouvement d'admiration qui avait écarté les branches lorsque avait passé, si près de lui, l'ado^ rable jeune fille...
Malgré cette réflexion rassurante, les yeux de Vincent fouillaient l'épaisseur du fourré, et sa main droite s'enfonçait, d'un geste un peu nerveux, dans celle de ses poches qui contenait un revolver.
Il suivait alors une allée tout à fait assombrie par la proximité de la colline rocheuse. A un moment, cette allée, qu'un cheval pouvait parcourir,-
mais qui n'était pas carr.
de pierres, d'arbusu
où s'indiquait la place de l'ancien cboulement.
Les blocs écroul 1 bous l'enyahis-
sement des verdures. Un sentiment de solitude
profonde et 11 sauvagerie du s;: raient à
Vincent un plaisir le. nt anxieu
quel il oublia, durant quelques minutes, et ses
souvenirs et le but de sa cour
Mais un détour du chemin le ramei une
large qui ondulait presque jusqu'à l'ho-
rizon, par des alternative centes, entre le rideau sombre d il mit Gipsy au trot. Et il ne l'arrêta plui vaut la grille de la villa.
Du bout de son stick, et sans descendre de cheval, il agita là sonnette. De l'autr : une
pelouse, sur les femme de chambre, apparut.
Elle s'exclama : a Ah! monsieur!... » Puis, au lieu d'ouvrir, elle rentra dans la : comme
pour appeler quelqu'un ou prendre cjue! chose. Un instant après, elle revint, tenant entre ses doigts une lettre.
M. de Villenoise, pris d'impatience et d'inquiétude, avait sauté à terre, et secouait de nouveau la sonnette, cette fois à tour de bras. Pourquoi Sabine ne paraissait-elle pas à une fenêtre?... Elle devait l'attendre cependant.
Quand il revit Estelle, il cria :
— Mais, sapristi! Arrivez donc!
Et avant qu'elle eût ouvert la bouche :
— En voilà une idée de me faire poser à la porte!... Où est madame?... Est-ce qu'elle n'a pas reçu ma dépêche?
— Je demande pardon à monsieur, dit la femme de chambre. Je cherchais cette lettre que madame m'a dit de remettre à monsieur dès qu'il...
— Elle n'est donc pas là!...
Vincent jeta ce cri avec un frémissement d'émotion où il y avait de la joie et de l'angoisse.
— Non, monsieur... Mais madame sera ici sans faute demain matin...
— Ah! dit-il, — et ce fut la joie qui se dissipa pour ne plus laisser que l'angoisse, — qu'est-ce qu'il y a donc?
La femme de chambre, qui maintenant ouvrait la grille, expliqua que madame s'était trouvée forcée de partir pour Paris... Une retouche à un tableau qu'on emportait en Amérique, — ce qui ne souffrait pas de retard. Madame avait été désolée, car, ayant reçu la dépêche de monsieur, elle se réjouissait de le revoir. Mais elle l'attendrait demain, et si monsieur voulait indiquer le moment de la journée...
Vincent regardait Estelle, cherchant à lire sur le visage de cette fille quelque chose qu'elle ne
disait pas. Il trouvait tout cela singulier. lr, par
une contradiction bien h
que Sabine eût fait passer un
avant la grande affaire de le revoir et de terminer
leur querelle. Il la:
— Madame De pouvait donc p :re pré* rà Villenoise? l'ai voyagé toute la nuit,
— C'était ditî
loin, à pied... Madame n'a q* Ou alors il
aurait fallu rencontrer un garde
— Bon ...inter:
Tenez-moi mon cheval. Inutile de le faire entl l'écurie. Je repars tout de su.
Il traversa la pelouse, mon: tra
dans le salon, pour lire la I me loin
égards curieux d'Estelle.
M Marsan lui disait ce qu'avait dit la dom tique, mais en y ajoutant des paroles tendr désolées. Aucun reproche quant au brutal aveu dont il l'avait foudroyée tl t. l'oint d'allu-
sion, même détournée, à Gilbert un par-
don bien humblement demandé pour sa propre démence, pour l'indiscrétion de son voyage et les excès de sa jalousie. Voici comment elle terminait :
« Ah! mon Vincent, j'ai trop souffert' n'interrogerai plus ton cœur! Je le bercerai s'il dort, je le consolerai s'il souffre, je le pan s'il saigne!... Que m'importera son secret, tant
HAINE 0 AMOUR 2C)f
que je le tiendrai doucement dans mes deux mains, ce cœur chéri, tant que tu ne me l'arracheras pas. Et vois-tu, je t'aime trop, moi, je te défie de me l'ôtcr!... »
M. de Villenoise mit froidement dans sa poche le feuillet satiné sur lequel s'étalait cette phraséologie. « Je crois à son amour, » pensa-t-il. « Hélas! je n'y crois que trop... Mais jamais je ne croirai à cette angélique tendresse... Ce baume délicieux qu'elle me promet, où le trouverait-elle? Son orgueil et sa passion ne lui versent dans l'âme que des torrents de lave. C'est de bonne foi qu'elle veut m'ouvrir le paradis... Mais elle n'en a pas les clefs. Nous ne sortirons jamais de cet enfer. »
Il alla retrouver son cheval, sauta en selle, et dit à la femme de chambre :
— Saluez votre maîtresse de ma part. Elle peut compter sur ma visite demain, vers la même heure.
Puis il rendit la main à Gipsy et partit au petit trot. Il se sentait plus nerveux qu'en venant. L'absence de Sabine lui causait une irritation. Mais tout de cette femme l'agaçait à présent. Si elle se fût trouvée là, il n'aurait pas manqué d'être agressif. Ah! misère!... Il résolut de ne plus penser à elle, au moins pour aujourd'hui. Non... pas à elle... mais pas à une autre non plus... Il poussa un grand soupir.
« Allons, » se dit-il, a je vais rentrer bien vite. Je déjeunerai ai. 1 taire un tour à
l'usine. Et, dès cette apr.
quelques-uns de mes ouvriers. Je verrai quelles sont leurs idées, leurs aspirations... le prendrai les premières notes pour mon futur travail. »
Il arrivait dans l'allée sombre, voisine de qu'il appelait a le Chaos ». Comme tout à lh
t endroit même, il se mit au pas. L'ombre était exquisement fraîche dans ce coin sauv De léger nents d'oiseaux, avec le ruisselle-
ment di istallin, de I ! petite
idaient plus profond le silence des gr bois déserts.
Tout à coup, Gipsy parut inquiète mclia
les oreilles, dressa la tête, avec un reg vers les roches noyées de verdure. Puis, 1 ment, elle fit un écart.
M. de Villenoi e, par principe, l'obligea à une volte-face, et voulut la ramener vers le m dont elle avait semblé prendre ombrage. Aloi bête se défendit, pointa, (tonné, — car une telle résistance était rare, — le cavalier attendit que la jument eût pose les sabots de devant par terre, et il allait la corriger avec ses éperons, lorsqu'un fait dont il ne se rendit pas tout de suite compte se produisit.
Ce fut à la fois le bruit d'une détonation et un tel choc dans le coté droit de Vincent qu'il en
vacilla sur sa selle. Aussitôt Gipsy s'emballa. Comme M. de Villenoise venait de lui rendre toutes les rênes parce qu'elle pointait, il ne put prévenir son élan affolé. Mais déjà il comprenait qu'on venait de tirer sur lui. Par un effort désespéré, il tâcha d'arrêter sa jument. N'y parvenant pas, il retourna la tête pour surprendre quelque indice. Et, distinctement, d'un rocher sur un autre, il vit le bond dangereux, presque invraisemblable d'audace, d'un homme qui s'enfuyait.
A quoi bon retourner, même s'il avait réussi à calmer Gipsy folie de peur?... Un cheval ne pouvait suivre un homme dans ce chaos de pierres. Et lui, Vincent, ne s'y engagerait point à pied. Il était blessé... Il le sentait. A chaque foulée de sa jument, il croyait maintenant qu'un poignard entrait plus avant dans son flanc droit. Sur sa culotte gris clair, du sang coulait, que le vent de la course parfois éclaboussait en pluie sur la robe dorée de l'alezane.
M. de Villenoise voulut tirer son mouchoir pour boucher sa blessure. Mais une faiblesse lui cassa les bras. Une sueur froide mouilla ses tempes. Son cœur se crispa dans une mortelle angoisse. Puis l'étourdissement s'accentua. Un bienêtre survint. Le galop furieux de Gipsy l'emportait comme dans un rêve... Qu'est-ce qui fuyait si vite de chaque côté de son chemin?... Toute une foule éperdue qui se précipitait... Où donc cou-
raient ces géants dont les fronts touchaient le ciel?...
C'étaient les châtaigniers de la royale avenue dont Vincent, de distinguait la
déroute vertigineuse. Parquel prodige d'équil inconscient le malheur. ['...
Gipsy galopait t« la vue du château
l*ayant rassurée, elle ralentit un peu SOU allure. Dans le parc anglai jardinier rem
M. de Viller acné sur L'arçon, la :
sant contre la crinière. L'un d'eux r 1 du
sang. Ils coururent et crièrent. Des gens les virent du château. On s'élan . , un le premier homme d'écurie qui enta, G réta
net. Et ce fiitlepiqueur, aidé d'un garçon jardin qui reçut dans ses bras M. de Villenoise évanoui.
Lorsque Vincent rouvrit les] il vit à <
de son lit le médecin attaché à la cité ouv; dépendant de son usine.
— Ne vous inquiétez pas, monsieur, dit m< tement ce brave homme. Pai téléphoné à votre docteur de Paris. Il est déjà en route et il an
un de nos premiers chirurgiens.
— Un chirurgien!... s'écria le blés
— Oh! simplement pour extraire la balle que vous avez dans le coté. J'ai déjà fait un sondage, et je crois pouvoir vous répondre qu'aucun organe essentiel n'est atteint.
— On a voulu m'assassiner! dit Vincent. Mais comment?... Pourquoi?... Quel est cet homme? Je n'ai pourtant pas d'ennemis. Mes ouvriers m'aiment... N'est-ce pas, monsieur?
— S'ils vous aiment!... L'usine est sens dessus dessous... Il ne faudrait pas que le gredin s'y montrât!... M. le directeur était ici à l'instant. Mais il est parti pour empêcher les hommes et les femmes d'accourir au château.
— Ils voulaient venir, ces braves gens?...
— Oui, et les femmes se disputent à qui vous servira de garde... Mais, monsieur, il ne faudrait pas vous agiter. Vous serez bien raisonnable de ne pas parler du tout.
La recommandation se trouva inutile. Avant la fin de la phrase, Vincent était tombé dans un nouvel évanouissement.
Il n'en sortit que dans le délire et la fièvre.
L'impossibilité de l'interroger rendait absolu le mystère dont s'enveloppait l'attentat. Le Parquet, prévenu sur-le-champ, ouvrit une instruction. Mais, comme les données étaient à peu près nulles, force fut d'attendre que le blessé lui-même — si toutefois il ne mourait pas — pût fournir les renseignements indispensables.
A cause de la personnalité de M. de Villenoise, de sa situation, du bien qu'il faisait, des sympathies venues à lui de toutes parts, cette tentative
d'assassinat mit en rumeur route b provint occupa l'attention Je 1\
La blessure de Vincent et Plu-
sieurs sondages n'amenèrent pas la dét de la balle. Pour ces douloureuses opérations, il fallait endormir le blessé. Chaq cins tremblaient qu'il
lorsque Sabine revint C lie/ elle le soirdu crifl elle savait déjà l'horrible c i gens à la gare, une 001 route, lui avaient par-
vint dans sa villa tellement défaite, que sa femme de chambre qui, par hasard, ne SI en fut épouvani
— Préparez-moi vire un sac de nuit, dit la malheureuse femme, qui haletait, le vais a Yillenoise, et je n'en sortirai que lorsqu'il sera bol danger.
Elle ajoura plus bas :
— Ou morte, s'il...
Une convulsion d'angoisse lui coupa la parole.
— Mais, dit Estelle, madame sait-elle qu'il déjà dix heures? La nuit est particulièrement sombre. Comment madame ira-t-ellc par le b<
— Le bois!... murmura Sabine. (Elle trembla, secouée d'un frisson.) — Oh! non... La voiture qui m'a ramenée de la gare m'attend. Je tournerai la propriété et je remonterai par la grande avenue.
Deux heures après elle entrait dans la chambre du blessé.
Toute sa volonté se tendait pour donner l'illusion d'un calme factice. Car elle trouvait là des médecins qui ne la connaissaient pas, et, si elle leur paraissait devoir être, par sa présence, un danger pour le malade plutôt qu'un secours, ces messieurs lui fermeraient la porte sans cérémonie.
Quand ils la virent, toute pâle, mais très ferme, d'une distinction qui s'imposait, et d'une beauté si douloureuse, tout de suite et presque sans paroles ils lui donnèrent la place qu'elle réclamait au chevet du blessé.
Dans cette chambre muette, où planait une si sombre angoisse, elle aperçut une robe de femme qui se mêlait aux redingotes noires des illustres praticiens et à celle, un peu râpée, du modeste médecin de campagne. C'était une humble jupe grisâtre d'ouvrière. Une des femmes de l'usine avait été bien heureuse et bien fière qu'on voulût accepter ses services.
— Allez, ma bonne, lui dit Sabine de cet air à la fois doux et altier auquel les gens du peuple ne résistent pas. Vous pouvez vous retirer maintenant. C'est moi seule qui soignerai M. de Villenoise.
L'ouvrière s'éloigna, refermant la porte sur elle si doucement qu'on ne l'entendit pas. Alors Sa-
bine s'avança vers le gn
qui la regardaient avec une curi< non
exempte d'une bienveillance attend
— Le sauverez-vous ? leur demanda -t-elle. Naturellement ils lui donnèrent de l'espoir.
— Mais où donc l'a
croyais qu'il avait seulement la jamfa
— La jam;
rait rien... Qui a pu vous dire
— Oh! personi tent Pour ce soir, il n'y avait plus rien a taire.
docteurs se retirèrent dan leurs chambres. Celui de Yillenoise voulait veiller, mais, devant l'attitude de Sabine, il comprit que deviendrait de l'indiscrétion. Ces me d'ail-
leurs, se tiendraient prêts a répondre au preu appel.
— Soyez tranquille, dit Mmc Marsan, le v : lie rai plutôt sans néceiftl
Et l'ironie légère de sa bouche avait l'air de dire : « Ce n'est pas votre sommeil qui me ; pe. »
Le valet de chambre de M. de Vilteno Prosper, s'installa sur un fauteuil dans la pi voisine, après avoir fermé, sur l'ordre de « madame », la porte de communication.
La consigne des médecins était simple. Il fallait, autant que possible, empêcher le blessé de se mouvoir. Une potion calmante, versée par demi-cuillerées, à intervalles égaux, entre ses lèvres
HAINE b AMOUR ^Of
cntr'ouvertes, devait le maintenir dans une espèce d'engourdissement et mettre obstacle aux frénésies de la fièvre. Dès la première heure du jour, on ferait une nouvelle tentative pour extraire la balle, qui avait contourné l'os iliaque et se trouvait sans doute vers la hauteur de l'aine.
Près de Vincent, Sabine resta seule.
Elle vint à son lit et le regarda. En présence des autres, à peine avait-elle osé fixer les yeux sur ce visage. Si elle l'avait vu vraiment, qu'aurait-elle trahi de sa douleur ou de sa passion? Maintenant elle le contemplait. Toute droite, dans une immobilité de statue, elle tâcha de prolonger cet examen. Ce qu'elle voulait, c'était enchaîner son propre cœur, en dominer le tumulte, se rendre compte de la situation, et penser avant de sentir.
Elle ne put pas. Le spectacle était trop poignant. Sabine glissa sur ses genoux, baisa la main du blessé qui pendait contre les couvertures, se cacha les yeux avec cette pauvre main brûlante et inerte. Alors des sanglots lui montèrent à la gorge. Longtemps elle pleura, étouffant dans les draperies soyeuses sa convuisive douleur. Parfois sa tête oscillait comme secouée d'un vertige d'angoisse voisin de la démence. Puis elle s'immo* bilisa, le front enseveli, — apaisée peut-être par un évanouissement... peut-être clouée là par quelque méditation terrible.
-JG4 HAINE D AMOUR
— Les arbres se sauvent... Iî Arrêcez-lesL. Ils mont tué!... Oh! le sins!...
Ces cris de délire lessus de
Sabine, la rappelèrent à elle-même. Elle bondit sur ses y te à temps pour que le valet de
chambre, attiré par la v on maître, ne la
surprit pas dans son i ■ tration.
M. de Villenoite était sur nire
enflammée, le bras tendu. troi.
Sabine le trouva plus navrant à voir que tout à
l'heure sous son masque blême de mourant. Elle
lait la u •
— Courez, dit-elle à Pro Réveillez les docteurs!
Mais Prosper commença | -le-
corps le bus: n maître, tant il craignait un
élan hors du lit. Le brusque appui d sur
le soi pouvait tuer le blessé.
— La potion... dit le |ue. Es:
l'heure ?
Sabine courut au flacon, saisit la cuiller. 1:11e n'avait pas donné la potion à temps!... Voilà pourquoi l'accès avait eu lieu. L'heure?... Qu'on savait-elle?... Il y avait très longtemps peut-être... Grands dieux! Qu'avait-elle fait?... Elle n'osait avouer sa négligence à ce valet, plus attentif qu'elle-même. Si les médecins se doutaient de sa faute, on l'empêcherait de soigner Vincent!...
HAINE D AMOUR "JOf
Toute tremblante, elle approcha la cuiller des lèvres du blessé. Celui-ci continuait à divaguer, à se débattre, parlant toujours de cette fuite des arbres, son pauvre cerveau ravagé par cette galopade fantastique, par cette effrénée déroute glissant éperdument à sa droite et à sa gauche.
— Mais non... Il n'y a pas d'arbres... Que monsieur ne s'inquiète pas comme ça... Monsieur est tranquillement dans son lit, disait Prosper avec douceur.
Le contact frais de la cuiller apaisa un instant le blessé, qui aspira les quelques gouttes avec délices.
— Encore... A boire!... murmura-t-il.
Sabine lui donna un peu d'orangeade. Alors
Vincent retomba sur ses oreillers. Il s'agita encore un instant, murmura des mots entrecoupés, mais sans violence. Et, un quart d'heure plus tard, après une seconde cuillerée du calmant, il s'immobilisa de nouveau, tout épuisé, avec cette rigidité du visage, ces prunelles noyées sous les cils entr'ouverts, cet amincissement des narines, cette détente et cette pâleur des lèvres, qui, tout d'abord, avaient tant impressionné Sabine.
Le valet de chambre se retira. Et, durant le reste de la nuit, Mme Marsan ne manqua plus de donner la potion avec régularité. Elle ne pleura plus. A partir de cet instant, elle remplit sans émotion apparente, sans interruption, sans lassi-
•}o6 haï m d'amour
tudc, son rôle de garde-malade. Elle conquit absolu sang-froid que montrent dans certaines occasions, et parfois avec con:
extrêmement nerveux, sang-froid produit moins par la domination que par la tension e de
leurs nerfs.
Le lendemain, toi:' pal in?:
quand les docteurs lui interdirent absolument d'assister à la tentative qu'ils allaient taire pour raction de la balle.
Ce tut une heure de supi
Les minutes en furent si lent la mal-
heureuse femme, à la fin, ne put tenir en pi Fuyant les chambres ou elle suffoquait, elle œndtt des escaliers, traversa des salons qu'el! connaissait f jamais elle n'avait mil
pieds, et, tout à coup, se trouva sur u Des degrés de pierre descendaient à droite gauche, avec des rampes qui s'arrondissaient En face, l'immense avenue de châtaigniers sY dait, dans la somptuosité royale de sa largeur sablée, de ses hautaines verdures. Et, tout de s ce qui surprit Sabine, ce fut de voir, au milieu de cette avenue, la tache noire et mouvante d'une voiture qui accourait à toute vitesse.
Son cœur se serra. Elle eut peur que quelque parente de M. de Villenoise, inconnue d'ellemême, ne vint lui prendre sa place au chevet de cet être qu'elle seule saurait arracher à la mort...
O Dieu! si c'était Gilberte!... Si vraiment il s'était fiancé à la jeune fille!... Si celle-ci avait le droit de venir le soigner!... Eh bien, quoi?... Elle la chasserait!... Elle lui crierait qu'elle est la maîtresse de cet homme... Elle lui dirait... Ah! les paroles lui viendraient assez vite... Des paroles telles que cette enfant comprendrait qu'on ne lui volait pas, à elle, Sabine, l'amant qu'elle adorait!...
La voiture atteignit le perron, s'arrêta... Un homme sauta à terre. Sabine, saisie, mit quelques secondes à le reconnaître... C'était Robert Dalgrand.
Il s'élança sur les degrés. Alors elle eut comme un mouvement de terreur, de recul...
Mais lui, resté sous l'impression de la soirée de Dinant, lui qui voyait en elle la femme de son ami, et qui constatait sur ce visage toute l'agonie de douleur qu'elle traversait, n'eut qu'un geste d'ardente sympathie. Il tendit les deux mains, il s'écria :
— Ah! chère madame...
Elle s'avança, presque en chancelant. Et ce fut les bras que maintenant Robert lui ouvrit, car elle défaillait. Il dut la soutenir, tandis qu'elle gémissait :
— Ah! c'est trop affreux!... C'est trop affreux!...
Robert jeta un grand cri :
— Vincent est mort'...
— Non, non!... fit-elle en se redressant tout à coup. Oh! non!... oh la...
Puis, quand elle se tut un peu remise, elle ajouta :
— On est en train d'extraire b balle... ( une opération cruelle... Lefl docteurs ont dû l'endormir... — Elle gémit de nouveau : — Oh!... Et ils ont si peu d'espoir'
— Alors, dit Robert, je ne pe r...
Il faut attendre... Pau
Tous deux rentrèrent, n t au pre
étage, l'avancèrent à pas étouffes jusqu'à la y delà chambre. Là, Prosper se tenait en faction. mue encore n\ivair reparu. Aucun son ne sortait de la pièce.
Robert entraîna M n dans le cabinet de
travail.
— Quelle est votre idée sur ce crime? lui dit- il à brûle-pourpoint. Moi, j'ai une conviction que rien ne n de la tête.
Il la regardait avec cette expression intense et dure qu'ont les gens en proie à des pensées tragiques. Les paupières de Sabine palpitèrent et se baissèrent sous ce regard. Le peu de sang qui colorait ses lèvres disparut.
— Vous avez une conviction?... murmurât-elle.
— Oui.
HAINE D AMOUR "JOQ
Elle prononça d'une voix éteinte :
— Eh bien... dites...
Il hésita.
— Cela m'est difficile... à vous... madame. J'espérais que, vous-même, d'abord, vous me mettriez sur la voie.
— Moi?... cria-t-elle... Moi?... Mais qu'est-ce
que je puis savoir?...
Elle s'animait, parlait plus haut.
— Moi qui l'adore!... Moi qui me tuerai s'il meurt!... Que voulez-vous dire?... Comment connaîtrais- je son assassin?...
— Chère madame, dit Robert très doucement en lui prenant la main, ne vous faites pas tant de mal... Calmez-vous... J'ai tort de vous parler de cela maintenant...
Il la berçait de ses paroles comme un enfant malade. Sous la caresse de son accent, Sabine parut sortir d'un cauchemar. Elle passa la main sur son front, tourna vers le jeune homme des yeux surpris et craintifs. Puis elle eut un rire nerveux.
— Ah ! ah !... c'est vrai. .. Jesuislà qui m' excite... Je suis folle... Je ne sais pas ce que je dis... Mais parlez, vous. Qu'est-ce que vous croyez donc?...
Maintenant, tandis qu'il voulait détourner la conversation, éviter ce terrible sujet, c'était Sabine qui le pressait de lui découvrir ses soupçons.
— En qui auriez-vous confiance, si ce n'est en
moi? lui disait-elle. Que Une
vengeance, n'est-ce pas?... Un ouvrier rein de l'usine
Robert secoua la : . ec un air de dire :
« C'est plus grue encore que cela. »
Alors Sabine lui serra le bras d'une étreinte qui, même sur ses muscles pu <a une trace
douloureuse.
— Ah! s'écria-t-elle, parlez donc! Yo; bien que vous me torture
Dalgrand : îléchir sur cette conver-
sation que plus tard.
— Vous le voulez? dit il. Je
commencé. Je pensais que mon idée serait peutêtre la votre et que vousmccomprendrie mot. Puisque vous ne la soupçonnes même p crains le >ns qu'elle va vous suggérer Ma
conviction est que notre malheureux Vincent... (il s'arrêta encore) a eu h folk de... enfin d'attenter lui-même à ses jours.
Le saisissement de Sabine fut tel qu'elle en demeura muette, les yeux effarés, ne comprenant pas.
— Un suicide... murmura-t-elle enfin. Lui, se suicider... mais pourquoi?
Dalgrand rougit comme une femme. « Elle ne soupçonnait pas l'état de son cœur! » pensa-t-il.
En effet, Sabine en ignorait les combats, tout en se dévorant de jalousie à cause de Gilberte.
Elle croyait que Vincent amoureux suivrait simplement sa passion, comme elle-même l'aurait fait s'il eût été possible qu'elle en aimât un autre.
— Il avait des idées noires, expliquait vaguement Robert. Là-bas, en Belgique, il n'est venu essayer le viaduc avec moi que dans l'intention de risquer sa vie...
— En Belgique... Risquer sa vie!... Il n'y allait donc pas pour?...
— Madame!... dit Robert qui se leva, effrayé par l'expression d'égarement que prit le visage de Sabine.
— Mais... disait-elle, alors... C'est horrible !... C'est horrible!...
Elle s'évanouit. Les médecins entraient. Robert, dans l'émotion et l'embarras de sa position singulière, avec cette femme entre les bras et ces messieurs qui le considéraient avec étonnement, n'eut pas la notion juste des choses. Il ne savait plus après quelles paroles Sabine avait perdu connaissance, et ne garda aucune appréciation exacte de cette scène.
— Messieurs, je suis Robert Dalgrand, le meilleur ami de M. de Villenoise. Madame s'est trouvée mal parce que j'ai risqué l'hypothèse d'une tentative de suicide... Le malheureux avait des chagrins... Mais quel est au juste son état?... Je vous en supplie, dites-moi toute la vérité!
— Un suicide?... répéta le grand médecin de
Paris avec un air de surp: le doute. Et il re-
garda le chirurgien. Celui-ci hocha L il un
grave sourire.
— On ne se suicide pas en se braquant un volver sur la hanche. Ou alors ce n
lieux.
— Messieurs, interposa le médecin du p notre blessé, dans un court instant de com sance, m'a parlé d'un homme qu'il avait vu l'enfuir.
— Mais comment . Puis-je le Parle/... supplia Dalgrand.
Aussitôt ces messieurs lui donnèrent de 1 poir. Ils avaient enfin extrait la balle. On lavait retrouvée moins profondément qu'on ne craignait, mais dans une direction imprévue. Le choc contre l'os iliaque avait amorti la vitesse du projectile, qui n'avait pas pénétré dans l'intestin, mais avait effleuré le péritoine. Une péritonite local résultait, dont le blessé pouvait certainement guérir, mais que la moindre aggravation rendrait générale et sans doute mortelle.
— Ah! dit Sabine qui reprenait ses sens, il vivra!... C'est moi qui le soigne... Aucune complication n'est à craindre.
— Si vous n'êtes pas surprise par des faiblesses comme celle-ci, madame, dit un des médecins avec douceur.
— Non, non... Pas de danger!... fit-elle.
HAINE D AMOUR "Jlf
Et, avant qu'on essayât de l'arrêter, elle glissa hors de la chambre.
— Il faut la laisser faire, prononça le chirurgien. Des sentiments comme ceux-là accomplissent plus de miracles que nos bistouris.
— Et moi? demanda Robert. Puis-je aller le voir?
— Pas encore, monsieur. M. de Vilienoise est affaibli par l'opération et étourdi par les anesthésiques. La moindre agitation serait dangereuse. Ayez un peu de patience. Avant la fin de la journée, nous lèverons sans doute la consigne.
ne des premières données, en m tempi qu'âne des pn surprise*
du magistrat chargé d'instruire P i faire de Villenoise », fut le faible calibre d balle. Elle sortait évidemment, non d'un fusil, ni même d'un pistolet de combat, mais d'un petit revolver de poche. L'instrument du crime n'était donc pas l'arme d'un assassin vulgaire. On pouvait à peine admettre que ce tût celle d'un homme décidé à tuer. L'examen de cette balle tendait à détruire l'hypothèse d'une vengeance d'ouvrier éconduit. D'ailleurs aucune expulsion ne s'était produite à l'usine depuis une longue période de temps. La popularité dont y jouissait M. de Vil-
HAINE D AMOUR 3 ! f
lenoise rendait la supposition plus improbable encore.
L'agression n'était pas non plus le fait d'un voleur. Moins encore celui d'un braconnier — qui aurait tiré un coup de fusil. Ayant éliminé ces diverses catégories de criminels possibles, le juge d'instruction se sourit finement à lui-même: sans nui doute il se trouvait en face d'un drame passionnel.
Comme le blessé ne pouvait encore subir un interrogatoire, le magistrat fit venir Dalgrand et le questionna sur la femme, ou les femmes qui jouaient un rôle dans la vie de M. de Villenoise.
— Je suis à même de vous renseigner très exactement sur ce point, répondit l'inventeur. Mon intimité avec M. de Villenoise est telle que je connais non seulement sa situation amoureuse, mais ses projets et ses moindres pensées à ce sujet. Depuis six à sept ans, il est lié avec Mme Sabine Marsan, que vous voyez à son chevet, et qui ne vous a fait nui mystère de cette liaison. La douleur de cette pauvre femme, le dévouement de ses soins envers mon ami, témoignent d'une tendresse dont je connaissais déjà toute l'étendue. Il n'y a pas huit jours, nous avons passé ensemble, à Dinant, une soirée des plus cordiales. Leur affection réciproque semblait plus étroite que jamais. Pour tout dire, j'ai des raisons de croire que M. de Villenoise était décidé à régu-
lariser la situation et que le m chain. Eh bien, cotte femme qui 1 liait
porter son nom. mme qu
dans la vie de M. de Ville:
Robert allait continuer. Il s
— Vous semble/ taire une i sieur, insinua le juge.
— J'ai dit : dans sa vie, reprit Robert. le n'ai dit: dans son cœur. M
si délicat...
— Cependant. icur... Dans lin:
L'instruction.
— Oh! celan'imp rien à l'instructi monsieur. La pure jeune fille à qui je ; iore le rêve passager qu'e Tailleurs
OUfit avec tttendrissement) elle n'est pi celles qui tuent. Jamais elle n Iver.
Il y eut un instant de silence pendant lequel le juge se demanda s'il insisterait. La } mie
de Dalgrand l'en découragea. Il repr
— Connaissez-vous, monsieur, toutes les \ ticularités de l'existence que mène Mmc Sabine Marsan? M. de Villenoise n'a-t-il aucun rival ?
— J'en donnerais volontiers ma parole d'honneur. Mais ceci est une certitude exclusivemen t raie. Vous avez toutes les ressources de l'enqu
Lorsque l'entretien fut terminé, Robert sortit avec un soupir de soulagement. Ces secrets d'amour étalés, cette nécessaire mais brutale ana-
lyse, le froissaient. Il songeait à Gilberte. Il s'émerveillait d'avoir tout récemment découvert le prodige d'héroïque pudeur qu'est parfois le cœur d'une jeune fille.
La veille, il avait vu sa belle-sœur. Après avoir serré la main de son ami sans que celui-ci l'eût reconnu, Robert était aussitôt retourné à Paris pour donner des nouvelles à sa famille.
Oh! dans quelle tragique mais tout intérieure et invisible angoisse elle l'attendait, la pauvre enfant amoureuse!... Comme eux tous, elle avait appris le malheur par les journaux; elle s'était déchiré le cœur à toutes les phrases contradictoires et incohérentes du fait-divers. Vincent était-il vivant ou mort? De quelle gravité était sa blessure?... Impossible de le savoir au juste. Aussi c'est à cause d'elle surtout que Robert s'était jeté dans le dernier train du soir, pour lui sauver l'horreur de l'incertitude pendant toute une autre nuit.
Elle n'avait pas de confidente, personne sur l'épaule de qui sangloter sa peine. Trop fière ou trop chaste, elle n'avait murmuré dans nulle oreille son gracieux rêve d'amour. Sa sœur ellemême ne s'en doutait pas. Et Robert, qui l'avait deviné, — plus par Vincent que par elle-même, — voyant ce rêve impossible, n'en avait rien dit à Lucienne. La tendre complicité d'une sœur entretiendrait le mal au lieu de le guérir. Le silence et
l'ignorance valaient mieux autour de Gilberce. Mais COmtne il la plaignait maintenant!... Quelle compassion l'emportait, lui pourtant l'homme raisonnable et fort, l'inventeur au. rand
garçon rudement musclé, vers ce pauvre petit cœur muet!
Quand il li vit, si maîtresse d'elle-n
simplement héroïqi: ige d'entant,
assise à son père, penchée sur m I
série, l'aiguille seulement un peu H< turc
ses doigts tremblants, il perdit tout à coup le bel orgueil qui le grisait depuis le passage du viaduc. a Elle!... » se dit-il, « mais elle aurait ri de moi, sur la locomotive! Risquer sa vie! Qi ce à côté de ce quelle éprouve! Et de quelle mystérieuse pureté d'âme procède la fermeté qu'elle déploie! »
Il décrivit l'état de M. de Viller tténuant
ce que la situation présentait encore de dangereux. Mais à quel point ne fut-il pas déconev lorsque Gilberte, levant ses beaux yeux bruns de sa tapisserie, prononça, d'une voix un peu chevrotante :
— Pauvre jeune homme!... Qui est-ce qui le soigne?... Il n'a pas de mère, pas de sœur à son chevet!... Et les soins des étrangers, des mercenaires...
Elle n'acheva pas. Décidément les mots se brisaient d'une façon embarrassante.
— Mais, dit Lucienne, il a Robert.
— Oh! s'écria Gilberte avec vivacité, Robert est ici. Demain seulement il retournera... Et pendant toute cette longue nuit, dans le moment le plus dangereux...
Dalgrand prit alors un parti. Ne devait-il pas à cette enfant la vérité, si dure qu'elle fût ?
— Ne vous tourmentez pas trop, mes petites, prononça-t-il, — s'adressant à sa femme autant qu'à sa belle-sœur, — Vincent possède, au contraire, la meilleure, la plus dévouée des gardemalades. Même pour vous, je ne l'aurais pas quitté, si je ne l'avais laissé en bonnes mains.
Lucienne devina tout de suite. D'un sourire malicieux elle riposta au regard expressif de Robert, puis elle cligna des yeux en lui montrant Gilberte. Il ne fallait pas en dire trop long devant la jeune fille.
Celle-ci cependant questionnait, curieuse et instinctivement troublée :
— Quelle est cette femme qui le soigne?
— Une dame que vous ne connaissez pas, petite sœur.
— Une de ses parentes, alors?
Robert eut un : « Oui... » prolongé, assez équivoque. Il avait été sur le point de trancher net, de dire : « C'est, je crois, sa fiancée. » Mais, d'abord, il n'en avait pas le droit. Puis il craignit que le remède ne fût pire que le mal. Comment
la pauvre fillette, déjà toute secouée d'im; supporterait-elle un semblable co
Ses ménagements masculir. Niaient rien
du tout. Il en avait trop dit, nt sur l'igno-
rance de b jeune fille. M que relative. Que de notions flo:
causeries m moins risqiu
turcs même les plus avouables, CI Ltion
littéraire même la plus : iptet
denser dans ces petits cerveaux' La cura aiguise, la nature em-
plit d'une vérité à demi fausse, grossie ou di nuée, mais déformée KM j unes
natures que la réelle c choses.
Gilberte pressentit tout de suit une
qui avait ce bonheur inouï de soigner Vint il sa rivale à elle-même. Toutefois, nu les craintes de Robert, elle eu éprouva presque du soulagement. Car elle s'était crue simplement dédaignée du jeune homme, et die J la
douleur de penser qu'il s'était joué d'elle comme d'une fillette sans importance. Mais s'il était lié ou engagé ailleurs, peut-être avait-il une exe Peut-être même... Une divination d'une justesse extraordinaire éclaira ce cœur d'innocente. Elle comprit certaines expressions de tristesse, certaines paroles inexplicables, remarquées chez M. de Villenoise... Un roman plus flatteur et plus
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doux se substituait peu à peu à son amère aventure. Pourtant ce qui ne renaissait pas, ce qui ne renaîtrait jamais, c'était l'espoir. Quels qu'eussent été les combats de Vincent, ils se termineraient maintenant en faveur de cette femme assise à son chevet. Quel indestructible lien que de mortelles souffrances atténuées par des mains légères! Comment détourner son amour et ses regards d'un visage qu'on a vu infatigablement auprès de soi durant les longues nuits fiévreuses? Pauvre Gilberte, qui n'avait à donner que le sentiment intraduisible et muet, enchaîné sous les triples barrières de la fierté, de la pudeur et de la bonne éducation! Elle qui n'avait pas même le droit d'entrer dans la chambre du blessé, de lui offrir une cuillerée de potion, de relever ses oreillers sous sa tête douloureuse!... Comment aurait* elle pu se faire aimer?...
C'est à tout cela qu'elle songeait en tirant ses aiguillées de laine. Robert et Lucienne s'étaient retirés. En relevant la tête, Gilberte s'aperçut que le général s'était endormi dans son fauteuil, un livre de stratégie glissé sur ses genoux.
Alors la jeune fille laissa monter du fond de sa poitrine le long sanglot silencieux qui l'étouffait depuis longtemps. Puis, une à une, sur sa tapisserie, des larmes lourdes et désespérées tombèrent..*
MAIN L l' A MOU R
INCENT tVtlC repris tOUtt ^.nais-
sance. Le danger semblait conjure. Il ne restait plus au malade qu'un trême faiblesse.
Un matin, Robert lui dit. en montrant Sabine qui, la tête renversée sur le dossier d'une berg laissait ses yi brmer Je lassitude:
— Sais-tu bien ce que tu dois à cette adorable femme :
Le regard encore lourd et indécis de Vincent suivit le geste de son ami. Il considéra un instant Sabine. Et, comme ses nerfs n'avaient pas repris leur solidité, tout de suite ses cils se mouillèrent.
— Voyons, dit l'inventeur, ce n'est pas la peine de t'émotionner non plus.
— Si... murmura M. de Villenoise. Car j'ai été injuste envers elle... J'ai été cruel... Je l'ai fait souffrir...
— Ah ! bien, si tu te mets à dire des bêtises, fie Robert, je vais t'interdire de parler.
— Tu ne sais pas... reprit le malade.
« — Je ne veux rien savoir, interrompit l'autre gaiement.
Mais de Villenoise, avec un léger effort que lui coûtaient encore les phrases un peu longues, insista :
— Elle a été si bonne!... si patiente!... toute changée... Jamais je ne l'avais vue ainsi... D'une telle douceur... Et pas la moindre allusion pénible, pas un reproche...
— Allons, dit Robert, préoccupé de la fatigue visible de Vincent, tais-toi... Moi, d'abord, j'ai apporté du travail. Je vais prendre des notes.
Il se carra dans son fauteuil, ouvrit un livre, fit sortir la mine de son porte-crayon, et se mit à lire. De temps en temps, il s'arrêtait pour inscrire des signes dans les marges.
La tête tournée sur ses oreillers, blancs comme son propre visage, M. de Villenoise regardait toujours Sabine.
La pauvre femme, brisée de fatigue, s'était endormie pour de bon. Et, dans le ravage de sa beauté défaillante, se lisait la véritable étendue de son dévouement. Car elle était à l'âge où le
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moindre excès, la moindre imprudence, le plus léger surmenage précipite le déclin d'une j nesse qui va disparaître. Elle surtour, si eflfirj par la crise fatale, si hantée par cette idée qu'j chaque parcelle évanouie ; charmes s'éva-
nouissait une parcelle d'amour dans le cœur de Vincent, elle ne pouvait ignorer le travail tracteur des nuits sans sommeil. Trop chuinte sous ce rapport, et prenant d'ordinaire tant de soin de son l britant si voloni
de la grande lumière, l'entretenant par d'in nieux artifia dette qu'elle ratt pra-
tiquer à Villa ommeni lie trouvé le
courage d'un irréparable lin tenant
que Vincent allait mieux, maintenant qu'il di nait et jugeait tout, elle osait s'approcher de lui dans la dure clarté de l'aube, après les heures D tiiiantes d'une longue veille. Parce que, dans cette délicate convalescence, les plus grandes précautions étaient indispensab [u'elle ne voulait pas confier son cher malade, t r un instant, à d'autres mains.
M. de Villcnoisc avait, dans sa nature nerveuse et fine, assez de i ninins pour apprécier ce
qui, aux yeux d'autres hommes, fût resté inaperçu, ou même eût fait tort à Sabine. Un amant moins sentimental aurait éprouvé peut-être un regret voisin du détachement à contempler ce pauvre visage dont il eût été l'involontaire bour-
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rcau. Tandis que jamais, dans tout son éclat, la beauté de Sabine n'avait remué Vincent comme en ce moment le remuaient les meurtrissures du teint et des traits, le bistre des yeux, l'amaigrissement des joues, et les menues griffures des rides sur cette figure endormie.
« Pauvre chère créature! » pensa-t-il. «Elle m'a sauvé la vie... Moi, j'avais brisé la sienne !... Et à quel prix m'arrache-t-elle à la mort?... Au prix de ce qu'une femme a de plus précieux, — surtout à son âge, — sa beauté. Et cela lorsque je venais de lui avouer brutalement mon amour pour une autre!... »
Robert, qui leva les yeux de son livre, devina en partie les pensées de Vincent.
— Eh bien, lui dit-il, que comptes-tu faire?
— L'épouser, répondit M. de Villenoise.
A ce moment le médecin entra. Le mouvement de cette entrée réveilla Sabine, qui vint écouter anxieusement les observations faites par l'homme de science.
— Je trouve un peu d'excitation, prononça celui-ci. Le pouls était meilleur hier.
Et, se tournant vers Mme Marsan :
— Le juge d'instruction est en bas. Il désire interroger M. de Villenoise le plus tôt possible. Mais je ne suis pas assez content de mon malade aujourd'hui. Je vais demander qu'on remette cela à demain.
— Docteur, je vous en pri
d'une voix presque force. Pàites-ie encrer. Fai si
peu de chose à lui dire que cela ne me :
pas.
Le médecin hocha la :
— Mais, reprit nerveusement le 1 vous ne savez donc pas que c'est ce mystère qui taie mal!... On a voulu ma mort... On la encore peut-être
— Votre mon a Sabine.
Elle haussa les épaul
— Mais, quelques centimètre? pli:
petite balle vous eût tait a la jambe une blessure insignifiante! Fst-ce bien sûr qu'on ait voulu v •
Un silence étonne accueillit ce:
Mmc Marsan de rire et ajouta très vir
— C'est vrai'... 11 M met martel en tétc. Ne faut-il pas le remonter un peu?
— Docteur, laissez venir le juge, insista Vincent.
Le médecin se pencha de nouveau vers son malade. Mais Robert continua de regarder Sabine, qui, elle-même, regardait M. de Villenoise. Et tout à coup — il ne sut pas pourquoi — l'inventeur eut dans l'oreille comme l'écho des paroles échangées entre lui et M Marsan, le lendemain du crime, dans le cabinet de travail. Pourquoi repensait-il à cette conversation? Peut-
être parce que Sabine venait de s'exprimer avec une intonation semblable. Que lui avait-elle dit alors? Il se sentait près de s'en souvenir, comme dans un réveil bizarre d'impressions... Une similitude d'accent évoquait des lambeaux de phrases, et aussi des particularités de physionomie. Elle lui apparaissait de nouveau la même femme que ce matin-là... Un peu différente d'elle-même, différente de la garde-malade sublime qu'il admirait tout à l'heure... Pourquoi?... L'autre jour, c'était l'émotion — ou du moins il l'avait cru. Mais maintenant?... Quelle note inquiétante avait donc sonné dans sa voix?...
Robert, pris d'un vague malaise, tenait toujours ses yeux fixés sur Mme Marsan. Elle sentit ce regard qu'elle évitait de rencontrer. Et, soudain, sans attendre le dernier avis du docteur, elle se détourna et sortit de la chambre.
Cependant le médecin se laissait fléchir par les instances de M. de Villenoise. Craignant que son refus ne provoquât plus de fièvre que l'entretien avec le juge, il partit en promettant de faire monter celui-ci.
Des minutes se passèrent. Personne ne paraissait. Le blessé s'impatienta.
— Va donc voir, dit-il à Robert.
Bientôt celui-ci revint, suivi seulement de Sabine.
— Mon ami, dit-elle en s'approchant du lit,