‹ Haine d'amour [par] Daniel LesueurChapitre 8 sur 10 · H AU ''OUR · texte numérisé non relu

H AU ''OUR

ORSQ^UE, le lendemain, vers quatre heures de l'après-midi, Robert Dalgrand, dans une voiture de louage, liic la grande grille de Villenoise, uncap, hension lui crispa le cœur. Que se serait Comment allait-il trouver Vi

Devant lui, la royale avenue de < s'étendait, d'aspect plus grandiose cnc<> la sauvage tristesse de l'automne. Au fond, I çade du château, blanche et rigide au milieu de son cadre élargi, ressemblait à un visage dont l'impassibilité garde un secret mélancolique.

Pour la première fois peut-être, l'imagination, chez Robert, domina l'énergie de la pense sentit impressionné parla physionomiedes ch<

HAINE D AMOUR 40f

Son malaise intérieur se changea en une terrible anxiété lorsqu'un domestique lui dit que monsieur n'était pas au château, mais qu'il avait laissé une lettre pour M. Dalgrand.

— Une lettre pour moi!...

— Oui, au cas où M. Dalgrand viendrait.

— Où est-il?... A l'usine?

— Non. Monsieur est parti brusquement pour Paris.

ce Parti brusquement pour Paris!... » Qu'avaitelle donc inventé, cette femme, pour le faire accourir vers elle, lui qui ne pouvait encore sans imprudence entreprendre ce voyage?... Que lui disait-elle en ce moment, dans cet atelier où, hier, lui-même, Dalgrand, l'avait confondue, réduite au désespoir et à la soumission?... Par quelles sorcelleries le reprenait-elle?

Ainsi elle avait manqué à sa parole! Elle avait trouvé moyen de revoir Vincent! Elle l'avait joué, lui, Robert !.. . Mais ne s'était-il pas conduit comme le dernier des insensés en refusant cette lettre qu'elle voulait écrire pour le juge d'instruction? Dire qu'il avait cru cette sirène, cette créature de sang et de perfidie! Maintenant tout était bien perdu, car l'intervention même de la justice arriverait sans doute trop tard pour éclairer Vincent, pour le délivrer du piège où elle l'aurait enfermé.

Ces réflexions ôtaient à Robert son habituel

sang-froid, tandis qu'il suivaic le valet

jusque dans le cabinet de travail OÙ M. de Yille-

noise avait laissé sa lettre.

L'épaisseur du pU lia. Robert

veloppe, et tout de suite il en renur seconde sur laquelle ces mots en gr lui sautèrent aux yei:

« Attends d'être seul pour lire. »

Alors il remarqua que le donv né de ce qui se passait, demeurait pi vant lui, le reg ftOt de curi< i

— Allez, dit Robert, laisse

— Monsieur n'a besoin de le valet.

— De rien. S'il me faut quelqi nerai.

— Monsieur dinera-t-il au ch donner des ordre

— Eh! je n'en sais rien. Allez-vous-en! Une fois que l'homme eut quitr

Dalgrand, avant même de s'asseoir, ouvrit U conde enveloppe. Elle contenait un longue, d'une écriture qu'il ne reconnu: un mot très court de Vincent.

Ce mot, Robert le saisit tout i un

coup d'œil. Et il continuait à le contempler d'un regard fixe, tous les traits de son visage . et blêmes, dans une stupeur qui paralysait n. Témotion. Puis, tout à coup, un cri sourd monta

de sa poitrine. Son grand corps chancela... Il s'abattit sur un siège, en essuyant, par un geste machinal de la main, la sueur froide qui lui perlait au front.

Voici ce qu'il avait lu :

a Mon cher ami,

« Sabine est morte. La malheureuse s'est empoisonnée cette nuit avec du laudanum. Sa femme de chambre affolée est accourue m'apporter cette terrible nouvelle, avec une lettre qu'elle devait me remettre dès ce matin, suivant les dernières volontés de sa maîtresse.

ce Je cours auprès de l'infortunée qui n'est plus. Viens m'y rejoindre. Mais lis d'abord sa lettre. Elle t'apprendra, paraît-il, peu de choses que tu ne saches.

« Vincent. »

Il se passa un moment avant que Robert eût le courage de lire cette confession de Sabine. Mais l'idée que son ami l'attendait, plongé dans les plus pénibles rêveries, auprès de cette morte, le rappela à lui-même. Il déplia le papier et parcourut ce qui suit :

ce Mon Vincent bien-aimé, a Quand tu liras cette lettre, tu sauras déjà

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