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Deux éléments ressortent de ce tableau : le permier, c'est que l'État, jusqu'en 1892, prenait du papier au pair contre l'or. Le second, c'est que pendant longtemps il accepta dans ces emprunts qu'une partie fût versée en feuilles, soit au pair, soit avec une différence qui n'était, on n'a pas besoin de le dire, jamais en rapport avec le taux du commerce. On comprend combien désavantageuses pour lui devaient être de telles opérations, car le change souvent montait jusqu'à 30 0/0 et les ieuilles et ordonnances s'escomptaient jusqu'à 75 0/0. Mais on entendait couramment soutcr nir à cette époque par ceux qui y avaient intérêt que l'État, en prenant son papier-monnaie et ses feuilles et ordonnances au pair, ne faisait que son devoir et qu'en agissant autrement il proclamerait officiellement sa banqueroute.
Si on objectait que pourtant il était dur de vendre à l'État au pair un objet qui, commercialement, ne valait que 75 0/0, on répondait que l'État n'étaitpas commerçant et que son honneur strict l'obligeait à recevoir, en tout temps, sa signature à son taux d'émission.
Ce raisonnement avait pour le public plusieurs fâcheux inconvénients, entre autres celui de favoriser l'agio sur le papier-monnaie dans des proportions extravagantes. A la veuille de telle opération encore mystérieuse, on voyait le change grimper la cote avec une telle rapidité qu'on se demandait, inquiet, quel événement menaçait notre ciel politique. Et quelques jours après que h^s courtiers assermentés ou non
eussent bourré les uns et les autres de traites vendues à terme à tous les taux possibles, la détente se produisait et le soleil de la baute finance se levait radieux dans un ciel complètement lavé.
Plus tard, sous mon ministère, ces conditions s'améliorèrent et l'État put obtenir une prime de 10 0/0 pour son or. A un moment même, il refusa plus de 1,290,000 gourdes qui lii furent offertes spontanément à 10 0/0 de prime et 1 0/0 d'intérêt (1). Je dois dire tjue cette offre fut faite par le commence de Port-au-Prince et de quelques autres villes de la République en dehors de la participation de la Banque et de sa clientèle.
Elle fut la première manifestation de cette concurrence entre les capitaux que j'essayai de créer et qui, malheureusement, ne fut pas comprise par ceux-là môme qui y avaient le plus puissant intérêt. Le Gouvernement repoussa cette offre, donnant ainsi à penser qu'il ne soutenait pas les efforts qui étaient tentés en sa propre faveur. Mieux avisé, il eût accepté. Mais il faut que dans toute chose des considérations absolument étrangères se glissent pour en détruire le caractère et la portée. Ceux qui intriguèrent à ce itioitient crurent minfliger un grand échec en empêchant l'État de constater Famélioration de son crédit. Ils ne virent que moi; ils ne virent pas le résultat qui, pour restreint qu'il fût, n'était pas moins appréciable.
Au surplus, je ne fus pas long à me convaincre qu'il
(1) Chambres législatives, page 303.
n'y avai^ rien absolument à tenter sur place et que tout le tiemps qu'il resterait sur nos droits d'exportation le plus léger centime pouvant être affecté à un emprunt public, on n'obtiendrait ni le concours de la Banque, ni celui des capitaux syndiqués à sa suite, pour une amélioration éventuelle dans nos finances.
Je l'ai dit et je le répète, c'était humain et il n'y a à vouloir à personne de praticjuer de tels sentiments. Seulement, le devoir de TÉtat était de chercher à se dégager d'une façon ou de l'autre.
En 1893, dans l'exposé général de la situation^ je disais àUx Chambres :
« Telle qu'elle est, si notre situation financière commande des mesures immédiates, elle est loin d'être compromise. Ces mesures^ toutefois, il faut les prendre avec vigueur et persévérance.
« Au premier rang de toutes, il faut placer l'économie, mais une économie réelle, palpable. — C'est au Corps législatif à vouloir sérieusement l'économie et à l'imposer par l'exemple à tous. On ne comprendrait pas un ministre des finances qui, pour ce but, ne vous prêterait pas son plus ferme appui. Il n'aurait pas de plus cruel ennemi que soi.
(( A côté de l'économie, il faut arriver coûte que coûte à un meilleur aménagement de nos finances. Dans cet ordre d'idées, la première chose qui s'impose, c'est le remboursement ou l'appropriation de notre dette flottante dont les charges écrasantes, et appelées encore à grossir si l'on n'y prend garde, sont une pierre d'achoppement à l'équilibre de notre budget.
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r4ette opération bien conduite nous permettra d'avoir la disponibilité d'une partie de nos droits d'exportation, grâce auxquels le Trésor arrivera à faire face aux besoins du service courant. »
En 1894, à propos du cours de nos obligations, je m'exprimais ainsi devant le Corps législatif :
« C'est le crédit du pays qui se relève à l'extérieur. 11 est bon de poursuivre cette œuvre sans relâche, car il faut songer que, nos ressources étant insuffisantes pour assurer par nous-mêmes la transformation économique de notre pays, il faudra fatalement s'adresser à l'étranger. 11 faut donc se mettre en état d'obtenir ce concours au meilleur marché possible en favorisant la cote de notre unique valeur extérieure. Plus cette cote sera élevée, plus le taux auquel nous pourrons emprunter s'abaissera. »
Et j'ajoutais :
« Les intérêts, de même que TafiFectation qui sert de garantie à nos emprunts unifiés, sont trop élevés. Mais la loi, heureusement, met aux mains de l'État rinstrument nécessaire pour améliorer ces charges. Et il est hors de doute que quand on le voudra on pourra, à Taide d'une opération facile et tout en réduisant l'intérêt et la garantiede moitié, obtenirpour le service public une somme presque double de celle nécessaire à Tacquittement du solde des emprunts unifiés au 30 septembre.
« Il nous a été fait, à l'extérieur, plusieurs offres d'emprunt avantageuses, si on les compare aux conditions auxquelles la République était habituée dans un