MIRA60A1Œ
passions, les mêmes souffrances d*un long siège rapprochaient. On Tavait tué dans ses affections et dans tous ses sentiments. Il croyait enfin toucher au terme de son supplice. Par un raffinement de cruauté on lui imposa la vie avec la grâce.
La fin de Miragoane demeure une tâche sanglante pour le gouvernement du président Salomon. C'est en vain qu'on invoque des raisons d'État, qu'on se retranche derrière la nécessité de faire un exemple; les héroïques compagnons de Boyer-Bazelais ne pouvaient être assimilés à des pirates. Ils n'avaient commis aucune déloyauté, aucune félonie. Soldats malheureux, ils méritaient les égards dus aux prisonniers de guerre. C'étaient de ces adversaires qu'on s'honore en respectant. De quel profit est leur mort ? De quelle utilité, au contraire, leur vie épargnée n'eût-elle été pour la patrie I
Au lieu de les égorger, il fallait les rendre à leur famille pour raconter leurs souffrances et votre magnanimité, président Salomon. La nation, juge clément, vous eût peut-être pardonné v^s nombreux crimes passés.
En perdant l'occasion de montrer que, vous aussi,
SIO UVRB QUATRIÈME
VOUS êtes capable de grandeur d*àme, vous leur avez donné rimmorialilé avec l'auréole du martyre.
Hiragoane esl tombée; ses défenseurs sont morts. Mais la Révolution survit.
Pendant que M. Salomon essaie de s'étourdir et de s*enivrer dans la victoire, il est consolant de savoir que des hommes vertueux veillent et que les idées libérales brillent au-dessus de nos sottises comme un Qambeau au-dessus de Tablme.
Pour désarmer Topposition, un semblant d'amnistie générale vient d'être décrété le 23 octobre 1884. Cette mesure qui, loyalement adoptée en 1879, eût été un acte de sage politique, est aujourd'hui un aveu d'impuissance. Elle trahit le souci de préoccupations intimeS; la crainte de dangers réels. Ses effets sont nuls : perfidie n'éveille jamais que défiance.
Libéraux et nationaux pardonnons-nous I Si, parfois, nous avons été désunis sur le terrain politique, nous devons oublier nos divisions devant le triomphe du « piquélisme ». Que le sang des martyrs scelle notre alliance.
Le « piquétisme » conduit à l'annexion étrangère, à l'humiliation, et une nation qui passionne ses amants
MIRAGOANB 211
jusqu'à les élever à la hauteur tragique de Hiragoane, mérite d*étre libre et indépendante.
Faisons la guerre au « piquétisme », comme Dessalines la faisait à Rochambeau, fians compter le nombre ni les forces ; que chaque fait soit une arme, chaque faute un' abri derrière lequel on décharge sa carabine. Si on ne Tabat pas, on le blesse, et, à force de saigner, il finit par tomber épuisé. Parviendrions-nous à n'abréger son existence que d'un seul jour, la semence du bon vouloir n'aura pas été perdue I
Arrêté du présiileiit ftolmnon violmit le décret de l'AssemMée natinoiile en date du
tS octobre t88S«