C. FOUCHARD
Port-au-Prince — Imprimerie Nationale.
Note A
(Extrait da XIX* Siècle. N« da 28 Novembre 1883).
On nous assure que M. Yillevaleix, à la suite du sac de Port-au-Prince par les troupes et les partisans du général Salomon, a donné sa double démission de ministre résident d*Haîti à Paris et à Londres.
Cette double démission a été communiquée au ministère des affaires étrangères à Londres et à Paris.
M. Yillevaleix a fait preuve de dignité et de patriotisme en cessant d*étre le représentant d*un gouvernement dont le chef a livré sa propre capitale au pillage, à Tincendie et au massacre.
Note B
Extrait du Figaro^ n® du 7 novembre 1883.
A la suite des événements survenus à Port-au-Prince, les 22-23 septembre derniers, le président Salomon aurait, avec Taide du consul d'Allemagne et du consul de France, H. Burdel, réussi à faire prendre au corps consulaire résidant dans cette ville, l'engagement d'empêcher, par tous les moyens possibles, l'accès dans la capitale de tout bâtiment appartenant aux partisans de M. Boyer-Bazelais, sous prétexte que si ces derniers s'emparaient d'assaut de Port-au-Prince, de nouveaux massacres d'étrangers seraient à redouter.
Si le fait est exact (ce qui est presque certain), M. Challemel-Lacour et H. Tamiral Peyron n ont qu*à bien vite télégraphier à leurs agents respectifs, afin de leur enjoindre de ne pas mettre à exécution une mesure qui
serait la violation la plus flagrante de la neutralité que nous sommes tenus d'observer dans tout pays étranger, quels que soient les événements qui s*y passent. Et d'ailleurs, il ne faut pas se dissimuler que l'opinion publique est plutôt favorable à H. Boyer-Bazelais, qui est intelligent, capable de gouverner son pays, et dévoué à la France, où il a été élevé, qu'à M. Salomon lequel vient de faire tristement ses preuves, et qui, de plus, est moralement et pécuniairement soutenu dans la lutte actuelle par un certain nombre de maisons allemandes.
Donc, à tous points de vue, la neutralité s'impose au gouvernement français. Que MM. les consuls s'en tiennent à leur ultimatum^ ce sera le meilleur argument pour éviter les massacres que M. Salomon semble tant redouter et qui ne pourraient être perpétrés que par ses propres soldats*..
NoteC Extrait du journal La Franceyïi^ du 15 novembre 1883.
M. Salomon, ancien ambassadeur à Paris, président de la République de Haïti depuis trois ans, est à la tête du parti conservateur.
Il est battu en brèche, depuis le 29 mars dernier, par un prétendant qui commande les libéraux, M. Boyer-Bazelais, petit-fils de l'ancien dictateur Boyer, qui fut le second président de la République et gouverna Haïti pendant vingt-cinq ans.
Boyer-Bazelais a fait ses études en France ; il est instruit, très intelligent, très ouvert, et son parti gagne tous les jours.
Ses soldats occupent Jacmel, Miragoane, Jérémie, et ont failli s'emparer de la capitale, Port-au-Prince, le 22 septembre dernier, quand eut lieu le terrible massacre dont nous avons précédemment parlé et où Salomon joua un si triste rôle.
Ce fut dans cette déplorable circonstance que les consuls étrangers, ceux de France, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Espagne, de Suède et Norvège et de Hollande mirent résolument le président en demeure d'arrêter immédiatement ces massacres.
Seulement, on dit que Salomon leur fît prendre l'engagement d'empêcher par des troupes de débarquement l'accès dans la capitale des soldats de Boyer- Bazelais, sous prétexte que si ces derniers entraient de force à Port-au-Prince, de nouveaux massacres auraient lieu, et que les étrangers n'y seraient pas plus épargnés que la première fois.
Cette mesure, si elle a été réellement exécutée, nous parait la violation la plus flagrante de la neutralité que la France et toutes les nations étrangères sont tenues d'observer au dehors, quels que soient les événements qui s'y passent.
Nous sommes obligés de reconnaître qu'en Haïti l'opinion publique est de plus en plus favorable au parti libéral ou révolutionnaire, c'est-à-dire à celui que commande Boyer-Bazelais.
Celui-ci est véritablement ami de la France et en^
tièrement dévoué à notre pays où il a été élevé et où il a aussi vécu.