‹ Hajji Baba (volume 2)Chapitre 34 sur 50 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

ftajjî Baba donne des preuves de sensibilité.

— Histoire du poète Asker.

Nous effectuâmes notre retraite par la ^ême roule que nous étions venus, ^ais non avec la même vitesse, à cause nos prisonniers, qui allaient tantôt à Wfcd et tantôt à cheval.

La physionomie du poète m’avait in-

téressé à la première vue. Étant moi' meme un demi-savantma vanité fut peut-être flattée de l’idée de devenir I e protecteur d’un homme de lettres malheureux. Sans paraître lui témoigner aucune préférence , je parvins à être désigné pour le surveiller, à condition que je l’ôbligerais à faire des vers. En parlant ensemble dans notre propre langue, nous pouvions communiquer l’un avec l’autre avec la plus grande liberté , sans craindre d’être entendus. Jclui fis connaître ma situation, et lui fis part de l'intention que j’avais de fuir, en l'assurant que je ferais tout ce que je pourrais pou»’ lui être utile. Il parut ravi d’entendre des paroles bienveillantes, lorsqu’il n’attendait que des mauvais traitemens ; et lorsque j’eus ainsi gagné sa confiance, il ne fit point scrupule de me parler librement de lui et de ses intérêts. J'appi' 5 (ce que je soupçonnais déjà) que c’éu»' 1 un homme d’importance : car c’était le poète de la cour, jouissant du titre de

üfelek alshoherah , on prince des poètes»

Il allait de Shiraz «à Tehran , ou le shah 1 envoyait pour affaires, et était arrivé a Ispahan, le jour même qu’il était tombé <lans nos mains. Pour tromper l’ennui de la route à travers le désert de sel , Sprès lui avoir raconté nies aventures, je

le priai de me dire les siennes, ce qu'il (il delà manière suivante :

« Je suis né dans la ville de Kerman , ,et mon nom est Asher. Mon père avait

été pendant long-temps gouverneur de

celle ville, durant le règne de i’eunuque

A'ga-Mohamed-Sliah : et quoique les intrigues qu’on (il mouvoir contre lui pour le priver de son gouvernement, fussent bien perfides; cependant il était tellement respecté que ses ennemis ne purent l’emporter entièrement contre lui. Il fut souvent exposé à perdre les yeux, mais son adresse le préserva; et il eut enfin le bonheur de mourir paisiblement dans son lit, sous le règne du shah actuel. 11 me fut permis de jouir

des hiers qu’il avait laissés, et qui s’élevaient à-peu-près à dix mille lomauns.

Je m’étais fait remarquer, dans ma jeunesse, par le soin que j’apportais à mes études ; et avant que j’eusse atteint l’âge de seize ans, j’étais déjà.célèbre par mes écrits. Je savais Hafiz par coeur tout en¬

tier; et j’avais acquis une telle facilité a faire des vers, qu’on pouvait presque dire que je parlais en rimes. Il n’est point de sujet que je n’essayasse de traiter. ’ J’écrivis sur les amours de Mejnoun et Leilah. Sans jamais avoir entendu chanter le rossignol, je lui lis conter ses

amours à la rose ; et partout ou j’allai, je ne manquai pas de produire ma poésie et mes chants dans toutes les assemblées.

A cette époque, le roi était en guerre avec Sadik-Khan, prétendant au trône.

Une bataille eut lieu ; sa majesté commandait en personne : les rébelles furent défaits. Je chantai aussitôt les louanges du roi. En décrivant le combat, je lis paraître Ruslam, notre héros fabuleux.

dans un nuage au-dessus du champ de bataille. En voyant le roi, il s’écrie dans la rage du désespoir : « Je suis heureux de me trouver ici plutôt qu’en bas, car assurément je n’échapperais pas à scs .

coups. » J’exerçai aussi mon esprit, et on me loua beaucoup pour avoir dit que Sadik-Khan et ses troupes ne devaient pas se plaindre après tout, parce que, quoiqu’ils eussent été vaincus, le roi dans sa magnanimité avait exalté leurs tètes

jusqu’aux deux. En cela, je faisais allusion à une colonne que sa majesté avait fait élever, avec les têtes des vaincus.

Ces mots heureux furent rapportés au shah, et il lui plut de me conférer le plus grand honneur qu’un poète puisse recevoir. Il me fit remplir la bouche de monnaie d’or, en présence de toute la cour, à la grande audience. Celte circonstance causa mon avancement, et je fus nommé poursuivre la cour, et pour faire des vers sur toutes les occasions.

Pour montrer mon zèle, je représentai

au roi que, comme clans Tandon temps, notre grand Ferdousi avait écrit son Shah Namehy ou histoire des rois, il lui convenait à lui, qui était plus grand qu’aucun monarque que la Perse eut jamais eu, d’avoir un poêle qui célébrât son régne; et je demandai la permission d’écrire un shahin shah namehy ou histoire du roi des rois; et il plut à sa majesté de donner à ce travail son gracieux consentement. Un de mes ennemis à la

cour était le grand trésorier, qui , sans aucune raison valable, voulait m’imposer une amende de douze mille tomauns, ce que le roi ne voulut pas permettre, disant que j’étais le premier poète du siècle. Il advint un jour que, dans une grande assemblée, on se mit à discuter la libéralité de Mahmoud-Shah-Ghaz-

nevi, à l’égard de Ferdousi, à qui il avait

donné un miscal d’or pour chacune des stances du shah nameli. Curieux que le

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