‹ Hajji Baba (volume 2)Chapitre 38 sur 50 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Hajjî se fuit marchand

de fumée ambulant.

Je tins conseil avec moi-même sur ce que je ferais pour vivre à l'avenir. Plusieurs chemins m’étaient ouverts dans • T * »

Ja vie. Le métier Je mendiaut était excel-

lent à Meshe 1 ; et à en juger par mon succès comme porteur d'eau , j'aurais du être bientôt à la tête de la profession. J’aurais pu me faire lûti (i) , et avoir un ours; mais il fallait une espèce d’apprentissage pour apprendre les tours de l’un et savoir apprivoiser l’autre :

j’abandonnai donc ce projet. J’aurais pu encore suivre ma profession, et prendre une boutique; mais je ne pouvais Supporter l'idée de m’établir, et surtout dans une ville aussi éloignée de mon

pays natal. Enfin , je suivis la pente de mes inclinations ; et comme j’aimais beaucoup à fumer , je me décidai «à toe faire marchand de fumée ambulant. En conséquence, j’achetai des pi- Pvs de différente dimension , un baquet de bois qui en contenait les têtes et

^Ue j’attachai à ma ceinture, un pot

(1 ) Les lâtis aont des bouffons privilégiés, s’adonnent à élever des singes, des ours et animaux.

<lc fer pour y mettre du feu (je le tenais à la main), une paire de pincettes, une cruche de cuivre pour l’eau , suspendue derrière mon dos par un crochet, et quelquessacsallongés pour mon tabac. Tous ces objets étaient pendus après mon corps ; eL quand je fus tout à fait équipé, on aurait pu dire que je ressemblais a un porc-épic avec toutes ses pointes dressées. J’avais du tabac de plusieurs sortes, tabac de Shiraz, de Suzc et de Damas. 11 est vrai que je ne me faisais pas le scrupule de le donner pur; car avec une très-petite quantité de véritables feuilles du pays, je parvenais à faire de grandes provisions à l’aide de différentes drogues. J’avais un grand tact pour découvrir, parmi mes pratiques, le véritable connaisseur; et je loi donnais mon tabac presque pur. ToO s mes profits dépendaient en effet de perspicacité. Aux personnes d’un rao# médiocre, je donnais du mélange a demi ; à la classe inférieure, aux trois*

Quarts, et aux dernières classes, je ne donnais presque point de tabac. Toutes les lois que je croyais apercevoir un visage engrimacé , je mettais toute mon adresse à vanter l’excellence de ma marchandise. Je montrais des échantillons du bon; je m’étendais sur sa'qualité supérieure etdonnaisl’hisloire du jardinier même qui l’avait planté , m’engageant à indiquer la partie de son teirein où il était venu.

Je devins célèbre dans Meshed , pour l’excellence de mes pipes. Ma principale pratique était un derviche si grand connaisseur, que je n’osais jamais lui donner que du tabac pur ; et quoique je ne gagnasse pas beaucoup sur lui, surtout parce qu’il u’év, it pas très- exact dans ses paiemens, cependant sa conversation était si agréable, et il me recommandait Un si grand nombre de ses amis , que je Cultivai ses bonnes grâces autant qu’il Uie fut possible.

Le derviche Scfer ( c’était son nom)

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