‹ Hajji Baba (volume 2)Chapitre 44 sur 50 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Hajji Baba arrive à Téhran, et va chez le poète,

J’arrivai à Téhran de bonne heure

dans la matinée, parla porte Shah sib~ dul 44m, à l'instant où on venait de l’ouvrir, et mis aussitôt mon cheval en vente au marché qu'on y tient tous les jours à cet effet. Je savais par expérience que c’était une bonne bête, au train dont j’avais voyagé depuis que j’avais

pris congé du courrier; mais un marchand de chevaux à qui je le proposai, me démontra si clairement qu’il était plein de défauts , que je pensai que j’aurais du bonheur si j’en tirais la moindre chose. Il était chup (i), il avait

( > ) Les Persans ont une aversion particulière

{nbleJi (i), il était vieux, et avait éa les dents brûlées. Enfin, il semblait posséder toutes les qualités qu'un cheval ne doit pasavoir. Je fus par conséquent surpris, quand il m’offrit cinq tomauns, pourvu que je comprisse la selle et la bride dans le marché ; et il le fut autant quand je le pris au mot, et acceptai son offre. Il me paya comptant la moitié de la somme, et m’offrit un âne à demi-mort de faim en paiement du reste , ce que je refusai ; et il me promit de finir de me payer la première fois qu’il me verrait. J’étais trop pressé pour continuer de marchander plus long-temps. J’allai droit au bazar où j’achetai un bonnet noir; je déposai ma tiare de derviche; et m’étant

pour les chevaux qui ont les jambes blanches d'un côté, ce qu’ils appellent chup; ils estiment fort peu aussi ceux qui ont Yableh.

(i) Maladie qui consiste en de petites marques blanches et lépreuses sur le nez., autour de yeux et sous la queue

<'• | : ii|>î Je manière à passer pour un

homme qui arrivait d’un long voyage, je demandai le chemin qui conduisait à la maison du poète.

Elle éloil siluée dans un quartier agréable de la ville , entourée de jardins plantés de peupliers et de grenadiers ,

et dans une rue que traversait un ruisseau bordé de magnifiques chenars. Mais la maison semblait proclamer l’absence du maître : la porte était à demi-fermée; personne ne s’y trouvait; et quand j’entrai dans la première cour, je n’aperçns que peu d’indices qu’il y eût même un seul habitant. Ceci ne me donnait pas

une haute idée de la manière dont je serais récompensé. Enfin, parvenu à la chambre supérieure, située au-dessus de la porte , je vis un homme d'à peu près cinquante ans , assis sur un tapis , fumant sa pipe d’eau. Je devinai que c’était l’individu même que je venais chercher, c’csl-à-dirc le nazir ou i n ‘ tendant.

Je m’écriai aussitôt : « Bonnes nouvelles ! Le khan arrive. »

« Yani-Cheh? que voulez-vous dire ?

demanda-t-il; quel khan ? d’où et quand arrive-t-il ? »

Quand je me fus expliqué et que je lui eus présenté la lettre qui lui était adressée, il parut tomber dans un état qui tenait le milieu entre une joie feinte et un chagrin réel, entre l’étonnement et la crainte.

« Mais êtes vous sûr, me dit-il, que le khan existe?

Très-sûr, répondis-je, et avant la journée de demain, vous reverrez un autre courrier qui vous donnera de plus grands détails sur son évasion, et qui vous apportera des lettres pour le roi, les visirs et autres. »

Alors mon homme fit entendre toutes sortes d’exclamations incohérentes :

« quelle chose étonnante ! quelle poussière est tombée sur nos téles ! où irai-je?

que ferai-je l »

Lorsqu'il se fut remis un peu , j’essayai de l’engager à me donner l’explication de son émotion en cette circonstance , et à me dire pourquoi il était si agité et si troublé en apparence, de ce qui ne devait être pour lui qu’un motif de joie. Tout ce que je pus apprendre se réduisit à ceci : « Il doit être mort, tout le monde dit qu’il l’est; sa femme a rêvé qu’elle avait perùu sa plus grosse dent, celle qui lui faisait tant de mal, et par conséquent il est mort : d’ailleurs le roi l’a décidé. Il ne peut être en vie, il ne peut être en vie. »

— « Eli bien, dis-je, s’il est mort, soit ; tout ce que je puis dire, c’est qu’il était un des vrais croyans d’Asterabad, il n’y y pas six jours; et il le prouvera en personne, en se montrant à Tehran dans le courant de la semaine prochaine. »

Après que le nazirse fut assis, qu’il se fut étonné, et qu’il eut ruminé pendant quelque temps, il dit : «Vous ne serez pas étonné de ma perplexité, quand je vous

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aurai dit l’elat où sont ici les choses, par suite du rapport qui a été fait de la mort de mon maître. D’abord, le shah a saisi tous ses biens ; sa maison, ses meubles et ses provisions, y compris ses esclaves géorgiennes, ont été donnés à Khur-Ali- Mirza, un des derniers fils du shah : son village appartient maintenant au premier vizir ; sa place est sur le point d’être donnée à Mirzal-Fùzûl; et pour couronner l’œuvre, sa femme a épousé le précepteur de son fils. Diles-donc maintenant si j’ai tort ou raison de me tourmenter ? »

J’avouai qu’il n’y avait point lieu à discussion; « mais en même temps , lui dis-je, que deviendra ma récompense ? »

— « Oh! quant à cela, répondit le nazie, vous ne pouvez en attendre aucune de ma part, car vous ne m’avez apporté aucune joyepse nouvelle : vous pourrez la réclamera mon maître, quand il viendra, si vous voulez; mais je ne vous donnerai rien. »

Stirquoi je quittai le nazir, en promenant de revenir un autre jour; et le laissant à ses réflexions, je m’éloignai.

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