‹ Hajji Baba (volume 3)Chapitre 4 sur 27 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Hnjji Baba ne brille pas par sa probité. — Vie et

aventures du mollah Kadau.

Je pris un air d’importance assorti au beau cheval que je montais , aussitôt que j^approchai de Seidabad( c^élait le nom du village) ; etjetraversai ses portes d'un air tellement important; que les paysans qui me virent né manquèrent pas de me faire de profondes salula' lions.

— t( Où est Abdul-Keriui ? » dis-je en mettanlpied à terrC; et en donnantmon cheval à tenir à l’un de ceux qui m’entouraient.

En un moment, tout le monde fut en lair pour Je chei’cher^ et il parut bientôt.

— « Je viens, lui dis-je, après les salutations ordinaires , delà part du chef des prêtres, pour une n/Taire cpii vous

est bien connue » ; cL je lui remis de suite ma note.

Abdul-Kerim aAail un œil perçant qui ne me convenait pas du tout, surtout parce qu’il me regardait (lu coin de l’œil ; mais je fus soulagé aussitôt qu’il eut lu le billet, en lui entendant dire : » he cheshm , par mes yeux ! l’argent est prêt.

Mais il faut vous rafraîchir; au nom de dieu , entrez ! »

Je feignis d’être irès-pressé, ne voulant pas du tout rester sous le feu de ses yeux perçans ; mais, pour ne pas exciter de soupçon, je consentis à manger quelques fruits et du lait caillé.

— « Je ne me l'appelle ]Das vous avoir vu cbes le chef des prêtres, me dit-il, comme j’ouvrais la bouche toute

gronde pour avaler un morceau de melon ; et cependant je connais parfaitement tous ses domestiques. »

— ïf Non J lui dis-je J à demi suffoqué par celle observation ; non ; je ne lui appartiens pas. Je suis domestique de I exécuteur en cliof^ avec qui le mollah Easbi a ^ je crois^ quelques affaires d’ari’ent. »

Cela parut lever toutes les dilficultés que j avais v u s’élever dans Tesprilde mon Uotej et je racontai i'Iiisloire du beau cheval, de la selle de velours à |)orame^ir d’or , et de la brillante bride.

Après avoir reçu les cent tomauns, je les mis en sûreté dans mon sein ; et feignant de prendre la roule 'pour retourner a la ville, je quitta? le village, le cœurbcaucoup pluji îeger quejeuy étais entré. Mais aus^^ilôL que je fus hors de vue, jelourü^.î mon cheval dans la direction contraire; ellui pressant les flancs, je galiopai sans m’a rrêïcr, jusqu’à ce que l'écume ruisselât le long de ses côtés.

Je me déterminai îi aller directement à Kermansliah, et a y vendre le cheval j la selle et la bride; ensuite j’avais dessein de me diriger sur Bagdad, où je serais à l’abri de tout danger.

Ayant fait quelques parasanges sur ma roule, je vis une ligure étrange m:ircber devant moi, d’un bon pas et chantant à plein gosier. C’était un hoinme vêtu à la légère, n^ayant qu’une calotte sur la tête, la figure entourée d\in morceau de mousseline, une paire de pauloullles aux ])ieds; rien n’indiquait que

ce fiit un voyageur. En approchant davantage, je me persuadai l'avoir déjà vu; il était grand et bien tourné; ses épaules

étaient larges et sa taille étroite: je l’aurais pris de suite pour le moUab iNadàn, si ce lï’cùL été qu il cbanïait; car il ne me vint jamais dans l’esprii qu’un homme d’un caractère aussi grave put s’abaisser jamais par un acte aussi ignoble.

Mais peu à peu je reconnus tout son air,

quoiqu^’il ne in’eùt p;ïs encore reconnu

moi-meme; je ue m’élais [)as Iroinpéj c’était le mollah lui-méme.

trarrétai mon cheval pour délibérer si je le saluerais^ et si je me ferais connaître à lui. Passer devant lui^ serait le comble de la cruauté; le reconnaître, était nécessairement me cbaraer d’un

compagnon incommode. Mais ensuite, s’il découvrait qui j’étais, et qu’il s’aperçut que je lavais évité, il me dénoncerait probablement comme un voleur, à la première occasion ; et si je lui échappais maintenant, j’aurais à craindre qu’il devînt mon cnncnii par la

suite.

Nous approchions tous deux d’un village où nous devions passer la nuit; par conséijueni il n’y avait pas moyen de reculer, car il était nécessairetle veiller à ce quun eut soin de mon cheval, \\\ le long voyage tpie j’avais à luire: le pousser [)lus loin eut été impossible.

Je pris une ligne intermédii, ire ; u s’il me reconnaît; me dis-je, je lui parlerai,

sinon je passerai à côte de lui sans y pi'endre garde. » Je pressai mon cheval, et lors(jue j'a])prochai, il tourna la tcte, et m’examina de la lele aux pieds , mais ap])areinmenl sans me reconnail-re.

M O Aga ! par pitié, s’écr;a-l-il ! ayez compassion d’un maüieureux qui n’a d’autre refuge dans ce monde que Dieu et vous ! 35

Je ne |)us résister à un semblable appel fait à nies senlimens; et, gardant le silence pendant quelque temps, comme pour entendre ce qu^il dirait de plus , je partis enbn d’un éclat de rire. i\lon l'ire paraissait être autant hors de saison que ses chants, car il était extrêmement tourmenté sur ce qu’il ferait de moi j

mais quand je commençai à parler, tous les doutes se dissipèrent, et il courut à moi avec une espece de joie et d’extase, voisine de la folie.

K Ah! [lajjî, mon aoie, mon oncle, lumière de mes yeux! dit-il, en baisant mon genou. De ([uel ciel êtes-vous lom-

hé? que signifie ce luxe, ce cheval, ces housses? avez-',ous conjmerce avec les gi77s cl les dives? ou la forluoe est-elle ^levciîijc amoureuse de vous? et vous a-t-elle adcplé pour son hérilier? »

Je continuais de rire, tant ses saillies m’amusaient, et il continua en di-

siiiit ;

« Comment se fait-il que vous ayez sitôt changé votrcmule contre ce beau cheval? Etmon bien, qu\^st-il devenuPn’avez \ ous jjasméine sauvé mon âne, car je suis bien fatigué d’aller â jiied ? dilesinoi , diles-moi tout: par la barbe du prophète! diUis-moi tout.»

Je reconnus bientôt que si je refusais délai raconter toutes mésaventures, il me soupçonnerait d avoir pris son bien , et de l’avoir em|doyé à Tachai de toute la fj'iperic qui avait attiré son admiration; aussi je [iromis de lui raconter (idè-

Icmcnl tout, mais je le priai en même tenq s d’apprèler beaucoup de crédulité,

merveilleux, qu’il penserait probableînenl que je lui en imposais.

Nous nous rendîmes donc au village, où nous nous établîmes au rnohman kha- (maison des étrangers), Ucililé (jue i on trouve ordinairement dans tous les bameaux de la Perse; et nous nous y arrangeâmes pour passer la nuit.

Un personnage de mon apparence ne pouvait rester long-temps négligé, et le ked khoda vint nous servir lui-même. U nous donna un bon souper ; et pendant le temps (ju’il le préparait, je racontai Oies aventures à mon compagnon.

Leur singularité ne fut pas perduepour lui; et il paraissait mourir de plaisir en pensant que toute ma prospérité actuelle était acquise aux dépens de son ancien ennemi, le mollah B.islii.Tandis ([uenous étions à causer ensemble dans la pleine confiance de nos cœurs (car les malheureux éprouvent toujours un grand soulagement à ]>arler d'eux), je découvris que je ne counaLsais pas encore

Lien le vérilabîc caraclcre de mon associé.

« Il absolument que vous affectassiez c( l air d’imporlance, lui tlis-je , Iflnl (jue je fus à voire service; car comment un homme qvh eût été vérilaLlement aussi (icFj pourrail-il être devenu aussi aimable que vous le paraissez maiutenaiU? »

—• /) Abj Hajjî^ me dit-il^ Tadversilé change beaucoup. Ma vie a été un mouvemenl continuel ; je Tai souvent comparée à une toupie que nos oisifs font tourner sur les |)laces de nos marchés ■|iendanl le no rouz, et qui se dandinent entre le ciel et la terre. Malheureusement je suis un de ceux qui n’ont jamais adopté la maxime : « jS elendez pas voire tapis dans un lieu humide, »

— « Dites-moi vosavenlures,lui dis-je; nous ne pouvons mieux passer notre temps ; et j’espère que vous me connaissez assez pour ne pas me refuser votre confiance.

— « Vous n’ap]n'endrez rien, clans mon histoire, qui ne soit commun à bien des Persans cjui, un jour, sont princes, et le lendemain mendians; mais, puisque vous êtes curieux de la connaître, je vous la raconterai avec plaisir , et il commença en ces termes :

« Je suis natif d’IIamadan. ]\Ion père était un mollah cVune telle imporlance, C[u’il aspirait a devenir le mûshtehed de la Perse; mais ses controverses sur difFél’ens points de la foi, le menèrent malheureusement si loin , qi/il se forma un parti contre lui, qui le priva de Pélévation qu’il cherchait. Sa qualité la plus éminente était la haine qu’il j)orlait aux osmanlis et aux siiiiis en général.

On dit de nos ancélres Tut le

premier qui introduisit en Perse une haine universelle contre les sûnis, qu’elle uavait encore existé, par une simjde innovation dans l’éducation des enfans shiahs ; au moyen de laquelle leurs premières idées étaient tournées a

rinimitié contre la race cVOmar. Je veni dire, conlinua-l-il, ce dont vous vous rappelez sans doute : quand un petit garçon à J’ecole est obligé de demander à son maître la permission de sortir pour quelque besoin, la formule dans laquelle il est obligé de faire sa demande est: lahnet bah Omar (malédiction sur Omar !) J^ose dire que'dans la vie vous n^avcz comme moi jamais manqué de joindre le nom d'Omarà tout ce qui est impur, et de répéter au moins une fois par jour la malédiction que vous avez apprise à Técole. «

J en convins, et il continua son histoire,

« La haine de mon père pour les sectateurs d’Omar s’étenilait à toutes les sortes d^nfivlélesJ aux juifs, aux chrétiens, aux adorateurs du feu et à ceux des images ; tout cela était compris dans son exécration ; et tout ce qu’il avait praliijué d’abord par un motif d’ambition, avait fini par devenir le principe régulateur de sou caractère. Sa famille

et moi, avec les autres, fumes élevés dans scs principes, cl suçâmes tous ses préjugés violcns; nous les peopaijeatnes au point tjue nous f.irmions pour ainsi dire une secte distincle, la ten eur des infidèles et les plus zélés propagateurs de la foi fies shiahs. »

U Après cela, vous ne serez pasélonné de la pari que j’ai prise dans la destruction des jarres des Arméniens à Téhran ; mais ce ne fut pas le seul piège dans lequel ni^enlraîna mon zèle. Tout au commencement de la vie, lorsque j’étudiais. encore à Kamadan, je lus enveloppé dans une rumeur violente, dont

j’avais élq le principal auteur. »

« Un ambassadeur du paclia de Bagdad , avec sd suite, traversait Irancpiille-

inent noire ville, après v avoir séjourné (leux ou trois jours eu sc rendant a la cour du shah , lorsque , brûlant de mettre en pratique les leçons de mon père, je ras.-'Ctnblai une bande de jeunes fanaiitjucs conune moi j et dans un dis-

cours analogue j’excilai t( llemonl leurs passions, (|ue nous résolûmes de faire quelque trait digne de nos princi|)es.

Nous nous défi atnes a al a(|!ier nos liôles lurc'î, à lour apprendre les malé* dictions que nous a . ions vouées à Omar, et à les inviter à devenir pni iisans des doctrines d’A:i. Nous souciant peu, ou ignoianl peuL-éii’c ce qui est dû au caractère (ri lclii( ambassade iii') , nous nc vîmes dans refl'eudi Sideiman , qu’un ennemi des .shialis, un homme (jui s’appelait lui inèau* aûiii. Un jour ((ii’il sortait de sa maison ])OiU’ visiter le gouverneur d’Hainadan , nous nous réunîmes en corps et le saluâmes ])ar de grands cris de malédiction contre Omar! Ces cris rendirent ses domestiques furieux, et ils répondirent aux insultes par des coups. Des grêles de pieires suivirent de notre côté, et cela produisit une rumeur générale dans laquelle le représentant du pacha eut son turban arraché de dessus la tête j ou lui cracha sur la

l^arbe ^ et il se trouva presque ilépouillc enlièremeut de scs habits.

Un tel oulraj'e ne pouvait naturellement etre méjirisé. L’ambassadeur était violent; il menaça d’envoyer des courriers au shah ^ et était même s\u' le point de retourner auprès de son maître, quand le gouverneur , elTrayé des suites que pouvait avoir son courroux, s’il ne Taisait pas tout pour Tappaiser, lui promit pleine satisfaction, et que les chefs du désordre lui seraient immédiatement livrés.

U Confiantdansrimportancedont mon père jouissak tlans la ville, et plein des fumées de Torgueil de ce que nous venions de faire, je pris d’abord légèrement

les voeux de vengeance que les Turcs exhalaient contre nous; mais le gouverneur qui ne considérait que la ]jerte de sa place, si les nouvelles de cet évènement parvenaient à Tebran, et s’inquiétait peu si Ali était le véritable siu cesseur du prophète, ou si Osman, Omar et

Abubekr étaient ou non des usurpateurs, ordonna d’abord qu’on s’emparai de moi, aussi bien que de deux autres de mes compagnons, et nous fumes aussitôt remis entre les mains des enragés

Osmaidis.

w Je n’oublierai jamais les émotions qui se combattirent dans mon esprit, quand je fus amené face à face avec les objets de ma baine. Je ne goi^lais pas du tout la bastonnade ([u’ils me réservaient ;

et je gémissais d’étre obligé de garder pour moi !e torrent d’injures qui était prêt à m’échapper conlreeux, à la moindre provocation.

« Ils paraissaient néanmoins disposés à nous rendre toute notre baine avec usure, et ils ne ])erdirent pas celte occasion de nous faire connaître toute son étendue. Ils n’étaient pas assez généreux pour nous laisser aller, et nous firent administrer la bastonnade avec un degi'é de xèle religieux que j’aurais cru ne pouvoir jamais se rencontrer chez d’au-

très que chez nous. Bref, on Gt une gelée tle nos pieds ; et noire seule consolation pcndanl Topéralion, fut l’occasion quelle nous donnait de nous livrer à toute notre rage. Cependau t, les Turcs étaient vengés et nous fûmes libres.

« Celte aventure relroidit mon zèle

pour plusieurs années. Cependant, malgré la poursuite desdistinclions àlaquelle mon père courait, je continuai de me livrer à la contz'overse. J'avais à peu près vingt-cinq ans, et ma barbe avait ^ctjuis une croissance respectable, lorstlue j’allai à Ispahan, pour me perfectionner par la fréquentation de nos célébx'os docteurs, et pour faire connaître mes talens par la ]iari t[ue je pourrais

prendre dans leurs disputes. Je réussis au gré de mes desseins, et j’acquis une réputation considérable. 11 ne me fallait qu’une üCïÿsion de me distinguer, et elle se présenta bientôt dans la circonstance

üuivaute :

«Bu temps de notre fameux sbah SefG,

qui élait lui-même à demi-hérélique, les Francs, secte de cliréliens, avaient des élablissemens considérables à Ispahan pour le commerce : il les encourageait et les soutenait beaucoup. Il leur permettait le libre exercice de leur religion, les laissait bâtir des églises, faire venir des prêtres, el, au scandale de la vraie foi, il leur permettait même Tusage des cloches pour appeler leurs pai’cils à la prière. Ces Francs onlun chef suprême de leur église, une espèce de calife qu’ils a|)pellenl papa. Une partie de son devoir, comme celui de notre bienheureux prophète , est de |)ropager sa religion par tout le inonde. Sous dif- ' férens ])réte\tes, des couvens de derviches ont été établis, les uns à Ispalian même, et les autres dans Julfà, chez les Arméniens. La ])lupart ont été abandi nnés, elles bâtim eus sont tomber en ruinesmais un de ceux dont ^bjel était plus ])arliculièreineiU la pi o|iogaliun du christianisme existait encore, cl mes efforts et

^eux do quelques uns de nos plus zélés ^îiollahs tendaient à sa destruction , inal- S* é Jes vues opposées du gouvernement ^ui désire encourager les chrétiens a s^é-

*-ahlir dans la Perse, à cause des richesses qiPils y iiUroduiseiU par leur commerce.

t< Ce couvent était desservi par deux derviches , dont l’un était par iui-méme une calamité. 11 connaissait le monde; c’était un homme à vues profondes, et d\tn csj)rit si subtil, (jae Sliaitan eu personne n’aurait pas été digne dY^lre son père. Il était "rand, mince et fort; ses yeux étaient comme des charbons ar- *lens^ et sa voix comme un grand vent.

Il ne perdait jamais une occasion trenlrer en discussion avec nos hommes les plus savans sur les points de religion , et assurait hardiment, avec le cœur d’un lion,

que notre saint proplu-te 5 le premier des êtres créés, intercesseur scellé, Maho¬

met Miisîapha,(surqui bénédictions éter-

ncÜcs’.j tlail un touilm et un imposteur, lénlai, il s eiuh.ntjua sur la mer de la

controvcrsOj coinmes’il eu eûï Noé pour

(ij non contenl de parler, il (It meme un livre diins lequel il ])réleiKlait prouver la vérité de ^es Toiles asseiiions.

MaJlieureusemenl 5 un de nos projjliéles essaya d’y répondre : il avait oublié que c’est folie de jouer avec le feu , à moins qu’on ait assez dVau pour réleiiulre. Sou livre ne disait rien que ce qu’il devait dire, et tendait plus à jeter le ridicule sur rislamisine tju’à soult nir sa gloire et sa perfection. Ispahan était ]>lein de ce fameux débat quand j’y arrivai. Désirant me faire remaquer, je proposai d’inviter le derviche franc, à se trouver avec les inollabs de la ville en personne a un

jour fixé, dans la medresseli-jedeed; que là , ils arsumenlcraient sur chacun des

points de leur foi respective; qu’ils rendraient le derviche mahométan , en amenant la conviction dans son âme, ou

qu’ilsdcviendraienl chréliens,sisesargiimens fenq-ortaient, li y c<jnsenlit aussitôt; mais nous décidâmes secretemenî

entre nous, qu’une semLlablc épine dans le cùlé de noire UUamah n’existerait pas plus long-temps en Perse, et que la vérité entraînanle de notre foi ne serait plus abandonnée aux chances de vains mots et de voix tonnantes, mais qu’elle se montrerait dans le zele et le nombre de ses adhérens. En conséquence, toutes les téles lurbances, et toutes les baibes branlantes, furent secrètement • invitées à paraître au jour fixé; et jamais vasscmblée ne fut jdus complète, jamais les enfans d'Llam n’a-

vaienl fait un tel étalage de leur force * . . ^

H’rcsislible, que dans celte mémorable

occasion.

« La medresseh étaitdéjà remplie; car, oulre les mollahs , une foule immense ,

jalouse <i’t}ii e témoin du .triomphe de la vraie foi,avait pris possession des c urs.

Les létes et 'eJlurbans é aient entassés les

uns par dessus les autres, eu rangs ])ressésle long dtsmui's et dans les coins les plus reculés de la salie, quand le der-

\iclic franc, seul , sans soulicii, sans amis, parut devant nous. Il regarda autour de lui, d’un air troublé, et parut effrayé de notre nombre. Deux ou trois des principaux mollalis , qui devaient soutenir la controverse , étaient assis en face de leur corps , et j^étais disposé. Nous avions préparé les questions qui devaient lui être proposées, et nous devions agir selon les réponses qu’il donnerait. 11 paraissait n’être muni d’aucune autre arme défensive que sa langue ; et il s’assit en face de nous, évidemment Irès-alarmé de rexpression hostile qu’il remarquait sur les figures de tous les assistans.

t( Sans lui donner le temps derélléebir, nous commençâmes aussitôt.

« Croyez-vocis , dit l’un de nous , cpxc le Dieu du ciel ait pris une forme humaine ?—Reconnaissez-vous, dit un autre, que Dieu soit composé de trois personnes qui ii’cn font cependant qu’une?

ütes-vous convaincu, dil un Iroi-

sième, que ce que vous appelez le saintesprit soit descendu du ciel , soiis la

forme d’une colombe? »

« Ces questions furent posées si précipitamment , ([Lie le derviche ne savait de quel côté se tourner ; enfin , réunissant toutes les forces de sa \oix , il s é-

cria :

« Si votre intention est de me tuer , soit3 mais quel ])ien vous fera cet argument ? Si voire intention est d^arguiTienter , votre manière de m’altatjuer en si grand nombre, à la fois et avec tant de violence^ prouve que vous ne pouvez opjioser que la passion à rargumenl; et vous ferez voir au monde que vous

avez été vaincus par moi. )>

« Voyant que nous nous y prenions

mal; et remarquant (|ue,ses paroles produisaient de l’effet en sa faveur , je fus le premier à m’écrier à la po]}u!ace qui nous entourait, elàTassemblée présente :

U O musulmans! musulmans! venez à notre secours; notre religion est alla-

quoe ; les infidèles cherchent à renverser notre foi : vengeance ! au secours I »

t( Ces paroles produisirent un efTet immédiat ; et mille voix s'élevèrent contre lui:((Qa’on le saisisse^disaient lesuns; cju’cn le lue! criaient les autres.»» La populace allait et venait, comme les vagues de la mer, quand le derviche se voyant en danger , essaya de se sauver , aidé par un mollah dont il avait ému la com|)assion. Ce mollah jeta sonpropre manteau sur les épaules de TinfiJele ; et, au moment où des mains avides se tlisposaient à le saisir, il se pressa vigoureusement dans la foule, et parvint heureusemeiilagagner la maison d’un Arménien.

« Nous-autres mollahs, |U’ivés de notre proie , nous nous rendimes en corps à la maison du gouverneur de la ville , suivis d’nne fouie immense. Cette affaire avait excité unegrande fermentalion que nous aiigaientamcs de tout notre pouvoir.

(( Le gouverneur lu; môme était un

pieux et rigiile musulman ; et nous cspéi ions qu il se joindrait sans hésiter au eri que nous avions élevé. INous accusions le derviche franc de prêcher une fausse doctrine , dans rinleiUion de ren-

^'erser notre religion.

t( Cet homme , disions-nous, appelle

noire ju'ophèle un-foui bc, et'dit des ahominaiions. Nous demandons qu’il nous soit livré. »

(f Le gouverneur était fort embarrassé; il savait combien il est dangereux

de se mêler des alTaires dans lesquelles les sujets européens se trouvent inléres- , et il fut loin de seconder notre disposition à la violence.

« Pourquoi inviter le derviche à argumenicr avec vous, dit-il ^ si vous-ne

vouliez pas entendre ce qu’il avait à vous dire ? Si vous n’avez aucun argument à

O|)poser aux siens, la violence ne fait que cause; et vous faites plus

de mal f[ue de bien à notre religion. Mais J d’un autre coté , vos argumens sont

meillénrs que les siens, et qu’il ne puisse leur faire aucune réponse : alors , c’est veritableinenl un kafir, un infidèle ; et, selon noire loi ^ il est digne de mort. »

i< Ti'oinpcs encore une fois , nous partîmes, respirant la'vengeanccj et je crois réellemenl iqne si , dans ce moment, nous eussions trouvé le derviche , nous l’aurions mis en pièces. 11 le savait si bien, que nous apprîmes bientôt a])rès, qu’il avait secrètement quitté la ville; et, jusques-là, nos efforts avaient réussi ; car il liït long-temps avant de hasarder de se remontrer,

« Je m’étais tellement avancé dans celle occasion , et j’avais montré mon

zèle de tant de manières différentes, que j’étais devenu un personnage marquant* Mais, jusques-là, cela ne m’avait rien valu. Je sentis qu'’ajn’és tout, la capitale était le lieu ou je devais essayer d’obtenir quelque emploi lucratif et permanent; et je diiigeai mes \ues de ce côté. Pour

pai’veiîiràceltefin, je me rendis à Kom,

clans Vintenlion tic me meure en foreur auprès du mùslïlehetl, d:)nt je savais que la rccommaiidalionmeferaU]dus(lebien (]ue dix années de prières el de jeunes.

Je réussis parfoitement ; car , avec le caractère de fléau des iniidéles, que j’avais acquis, je fus reçu par lui avec la plus grande laveur, el il fui cliarnié de me reconnaître pour un de ses disciples les plus actifs. Je pris bientôt sa cause contre les sûfis , avec toute lardeur qu’il pouvait désirer J cl il ne se passa pas bien du temps avant c|ue je hasardasse de solliciter sa recommandation auprès du corps desullemab à Téliran , et des premiers dignitaires de la cour. Il protesta C|u’il était fâché de se séparer de moi;

mais il céda à mes instances; el je fus bientôt api\s compté parmi les membres de la sainte conirérie du siè^c de

Tempirc.

U Je vous avoue que, bien, que je jouisse d’une aussi bonne opinion de moi-même c|ue la plupart des hommes,

je réussis beaucoup niicu^L à faii-e mon chemin a la cour, que je ne l’avais espère. Mes compétiïeurs étaient nombreux, et plus versés que moi dans les usages du monde. Comme eux, je fus

obligé de commencer par avoir raiiention la plus assidue pour les hommes en place. Ayant une fois obtenu le privilège d’être assis dans les (assem¬

blées) du mollah Basbi, qui était effeclivement mon chef, peu à peu je fus remarqué par le grand visir, le grand

trésorier, le secrétaire-d’élat, l’exécu¬

teur en chef et autres, üii me voyait

constamment à leurs levers et à leurs

soirées ^ mais, après tout, je n’étais qu’un pauvre mollah, et je brûlais de trouver quelque occasion de me distinguer du troupeau commun. Le grand visir fut le premier qui me remarqua ^ grâces à ce que je réussis à lui faire répandre des larmes, pour la première fois , à la commémoration de la mort du bienheureux

llosseim ; qu’il fit faire dans sa maison

Gt OÙ je prêchai el psalmodiai le service d’une maniéré qui mérita son approbation et celle de l’assemblée. Depuis, j’ai fait de grands pz'ogrès, surtout aux yeux du peuple, dont je regarde la bonne opinion comme la première acquisition pour un homme ambitieux.

« Mais, vous avez été à même de juger combien peu il fallait compter sur Tassistance de ce peuple , quand elle est en opposition avec la volonté d’un roi absolu. En me fiant trop a mon influence sur la basse classe, je me suis perdu moimême ; et je suis maintenant ce que vous voyez, un misérable vagabond , retournant à mon pays natal , aussi pauvre que quand j'en suis parti. »

CHAPITIŒ IV.

Hajjî el le mollah dressent des jdans «annlogues à leur situation critique, et prouvent qu’il ne peut exister de confiance entre les IVipons.

Le inollali Natlân ayant ternainé son récit, j’essayai de le persuader que la même destinée qui avait présidé à ses succès dans la vie , el ensuite à ses malheurs , ne manquerait pas de !e servir encore, et de lui rendre la place (pi’il avait perdue.» Car, lui dis-je, nous avons tous deux assez vu le monde, en Perse, ])our connaître son extrême kislabililé. Quand les évenemens dépendent de la volonté d\în homme, il peut tout aussi bien vous rappeler d’exil J qu’il vous a fait arracher la barbe, et jeter hors la ville. 11 est une réaction

(lans les mallieurs qui protluii fréquemment un accroissement de richesses.

Ainsi, quand le forgeron jeUe de l'eau sur le chai bon brûlant, il 1 éteint pour un moment, et la fumée remplace la flamme ; mais an moindre coup de soufflet , le feu pétille avec pins d’éclat. »

« C’est précisément la pensée avec laquelle je me consolais, dit mou compagnon. C’est ce (jui* me faisait cliantcr, quand vous me joignîtes sur la roule.

Leshah a probablement jugé à propos de faire un acte de justice, pour se mettre en faveur auprès des marchands chrétiens ; mais le jour viendra, où il sentira la nécessitédechereberdes amis dans les soutiens de la religion mahométane ;

et la bonne opinion d’un homme tel que moi, qui suis chéri par le peuple , sera alors pour luid une cerlame importance.

J’avoue que j’avais quelqu’idée de renoncer à la prêtrise pour me faire marchand ; mais , tout l)ien considéré , je continuerai de suivre ma destinée. Voilà une oc-

cosion (le me faire passer pour martyr; et mainlenant ({tie je me le rappelie, cela vaut mieux (]ue la perte de mes biens temporels, ma maison , mes meubles, mon ane blanc, et meme mes

mùtis. »

« Alors, que vous proposez-vous de faire? lui dis-je. Youlez-vous me suivre

à Bagdad, ou attendi'ez-vous le cours des événemens en Perse? »

tï Mon projet, me dit-il, est de me rendre dans mon pays natal, à Hamadan, ori mon pere (]ui vit encore, jouit d’une réputation considérable. Par son moyen, j’ouvi'ii ai des négociations pour me faire rentrer dans la capitale, et surtout pour qu’on me rende ce dont on m’a privé.

Mais vous, quelle route vous proposezvous de \.en\vl Insliallaky plaise à Dieu que je sois rétabli! et je réclamerai vos talons, pour faire prospérer mon établissement de mûlis. Vous feriez mieux de rester àllarnadan avec moi, et de suivre ma fortune. »

« Ah ^ mon ami; lui dis-je! avec toute ma ])rospénlé apparente, je suis plus exile que vous. Les événemens ont joue mallieureusemenl dans mon giron; et je suisici (quoique Dieu sache que c eslbieu malgré moi )un véritable voleur. Je ne

pouvais faire autrement que de suivre ma destinée, qui m’avait revêtu des habits du chef des ]u’(HreS; enrichi de son argent, et monté sur le coursier richement cnliarnoché de rexécutcur 'eu chef. Cette même destinée m’oblige a fuir de mon pays : je ne puis rester sans^ courir le risque d’être découvert, et ccupé en quartiers pour orner les portes de la ville. Mais avant qu’un grand nombre de jours soient expirés, j’espère

avoir alteinl la frontière turque , et alors seulement je dirai que je suis eu sûreté. »

A ces mots, je lui offris de partager mes dépouilles, espérant acheter ainsi son secret ; je fus heureux de m’apercevoir qu’il n’en était pas dégoûté. 11

accepta dix lomaiins, m’en laissa en mains (jnalre-vingtfjuinze, en disant que cela lui suffirait pour l’instant, et 11 proniil de me les rendre^ quand sa fortune serait rétahlie. iMaisj en les comptant, il me pressaencored’aileraveciui àîlamadan. Il merejirésenta, sous les ])ius vives couleurs, le danger que je courais d cire pris asmnt de pouvoir niVchapper du lerriloire du shah , et meme après l’avoir quitté.« Car , dit-il, aussitôt que la mort (lu mollalt Easlii sera connue, et que rexéculeur en chef se sera aj^perçu de

la perte de son cheval, il ne inani|ucra ])as de dépêcher des ofilcicrs par tout le pays pour vous chercher j et vous êtes unpersonnagelrop marquant pourn’(’ire pas facile à suivre. Il vaudra heaucou|> mieux pour vous, que vous vous réfugiez avec moi, qui ne manquerai prts tl^éloigner toutes les recherches , jusciu’à ce que cet événement soit oul^liéj alors vous serez libre de suivre vos projets.

.Mon pere po>scdc un village a quelque

( Ci )

(lislance cVnamadan, où voits pourrez vivre sans ctre soupçonné; et quant à

votre clieval et à vos harnais,nous pourrons en disposer de manière ace quils ne nous fassent pas découM’ir. Tlamadan n’est pas bien éloigne; si nous partons d’ici a minuit, nous y arriverons de bonne heure demain malin ; et nous le pouvons facilement, en montant tous les deux sur voire cheval. Considérez que le voyage est long, jusqu’à la frontière turque; et si l’animal vous manquait , qui vous garantirait d’être pris?)'

Ses paroles donnèrent un nouveau tour à mes pensées , et je vis qu’il parlait le lani'agc de la raison. Ignorant totalement celte partie de Ja Per se, et sentant combien il était nécessaire pour mon salut ([UC je connusse non-seulement les i^randes routes , mais encore les senliêt's

détournés, je regardai une fuite rapide jast[u'à la frontière, comme une entreprise moins facile à exécnlcr que je ne l’avais imaginé. Si le mollah était disposé

à me trahir J il le ferait aussi aisément, soit que je fuie ou que j adopte son projet ; et, dans rallcrnaiivc, il me parut plus prudent de m^y lier que de m’eu défier : COI.si^quemment, je convins de l’accompagner.

Rafjaîchis tous deux par le repos et la nourriiniCj nous parlîmes a minuit, et avançâmes beaucoup sur la roule d’Hamadan avant le lever du soleil.Arrivés à une élévation qui nous laissait voir la ville, nous fîmes une halle, pour décider ce que nous allions faire. Nadân mfindiqua de ia n ain un village â-peu-

prés à un parasange, et dit :u Voilà le village dans lefjucl vous devez établir votre résidence, jusqu'à ce ([ueriiistoire de la mort extraordinaire du mollah Bashi soit oubliée ; mais vous ne pourrez vous y présenter dans ce magnifique appareil, cl monté sur ce beau cheval ^ sans exciter des s.mpcons. Je suis davis

que nous changions d’habits et que vous me doniaiez le cheval. Par ce moyen.

TOUS passerez clans ce village pour un domestique de mon père; et je conserverai le res])ecL dû à mon caractère, en revenant sous le loU paternel convena- Lleinent équipé. Cet arrangement favorisera nos intérêts mutuels et combinés.

Vous serez a Tabri du soupçon , Ct je n’aurai pas l’air aussi pauvre que je le suis maintenant. L’iiisloire de ma disgrâce est sans doute déjà parvenue à l’oreille de mes parens, ct les a peut-être déconsidérés aux yeux du monde; mais dans ce pays où tout dépend de Tapparence extérieure, aussitôt qii^on saura que je suis revenu monté sur un clieval, ayant une bride émaillée^ une selle à pommeau d’or et un sellait de cachemire autour ne ma taille, eux ct moi reprendrons nos places.Qaaïul j’auiai joui de

l’avanlagedeces objelspendaiu queU^iu s

joins, il scia Irès-lacüe de les Aendre sous (juebiue prétexte plausible , etvous en receviez alors bcriipuleuscmenl la valeur. »

Je fus clonné de ceUc proposition ; car assurément mon compagnon ne m'avait pas inspiré assez de conliance pour

encourager à lui confier ia it de biens

fans autres sûretés t[ue sa ]>arole. Mais je seiTtais ([ti'il avait raison. 11 était impossible que je gardasse mon incognito au village pendant dix ou quinze jours ^ vêtu comme je l'étais, et possédant un lîeau cbevai, sans exciter des soupçons.

A la vérité, j étais alors entièrement au pouvoir du mollah ■ mais par l^arrangement qtnl me piopcsait, il devenait leiinent complice de mon crime, qu’il ne pouvait me dénoncer sans se nuire à lui-meme.

(( Mais , me disais-je , supposons qu'un nazackchi découvre ce cheval, que deviendrons- nous ? Vous serez pris aussi bien que moi. »

« Dieu est grand, répondit le mollah !‘ personne ne peut avoir voyagé aussi vite que nous; et avant qu’aucun

officier puisse arriver .à Hamadaii, je

S6rai clans la maison de mon père, et j’aurai produit toute la sensation tpie je désire dans la ville. Il sera facile, après cela, de cacher le cheval et le harnais. Je prends tous les iiscjucs sur

moi. »

11 n’y avait plus rien à dire sur ce point. Nous nous déshabillâmes aussitôt, et changeâmes de vêtement. Il reçut de moi la veste du fou mollah Bashi, son caha ( habit ), sa ceinture de cachemire, et son ample manteau de gros drap vert foncé; et moi, en retour, je pris ses vieilles hardes, qui avaient été

arrachées de dessus son corps, le jour qu’on Tavait chassé de Tébran. Je lui donnai mon bonnet noir, autour cluc[ael

il roula le schall diî chef des prêtres,

c(ne j’avais toujours conservé; et en ^ %

échangé, il me remit sa calotte. Je gardai

la bourse du mollah Bashi, le reste de son argent, sa montre et le cachet; m ais je lui permis de se servir de l’encrier, du rosaire, du miroir de poche et du pci-

gne. Alors il ficha le rouleau de papier à sa ceininre; et quand il fui com])lèlement équipé et monté, il resseml)lait tant au défunt chef des prêtres, que je restai presque pétrifié de la ressemblance.

Nous nous ([uillanies en a|>parence avec beaucoup de peine; il me promit que j’entendrais parler de lui bientôt ; et en même temps il me donna tous les renseignemens nécessaires sur le village de son ])ère, laissant à mon invention d’imaginer une histoire aussi

probable que possible.

Alors il s’éloigna, me laissant dans une situation d’esprit assez pénible, seul au monde, incertain sur l’avenir, et craignant tout ])our le présent.

J’allai comme je pus au village ; mais j’étais fort embarrassé du caractère sous lequel je me ferais connaître à ses babitans. En effet, j’avais l’air d’un homme tombé des nues; car, que pouvait-on dire d’un liomine de bonne mine, sans

scliall à sa ceinture, cl sansmanieau sur ses épaulés, avec une paire de paniouf- Ücsà ses pieds J et une caloUe sur la tête ?

Après avoir l^eaucoiip Iicsile, jeiesolus de me faire ]jasser pour un marchand cjui avait été volé et pillé par les Cûrds, et de feindre une maladie qui put me servir de prétexte pour rester dans le village jus([u ace que j'enlcndisse parler du mollah, qui m'a donnerait sans doute des renseignemens pour me mettre à mémje de décider combien de temps je devrais rester caché.

Kn cela je réussis parfaitement. Les bonnes gens du*village, que le ciel, pour mon bonheur, avait doués d’une portion considérable d’insouciance, crurent

nion histoire, et me reçurent. Le seul inconvénient que j’eus à endurer, fut la nécessité d’avaler la drogue d’une vieille femme, le docteur de la commune, qui fut appelée pour exercer sur moi sa science.

Page 1