‹ Hajji Baba (volume 3)Chapitre 8 sur 27 · CHAPITRE vu · texte numérisé non relu

CHAPITRE vu

Hajjî Bal)a est découvert et arrête; mais sa bonne étoüe le protège encore, et le rend à la liberté.

Le lendemain matin de bonne heure, la caravane continua sa marche, et je nie mis jiarmi les muletiers et les écornifleurs qui sont toujours là tout prêts, pour me mettre à l’abri des regards. La litière portant la veuve du chef des

prêtres et ses suivantes , précédait la marche, et les clievaux suivaient avec les cadavres : le reste de la caravane,

consistant |)rincipalemenl en mules char¬

gées , s’étendit en une longue li^ne traînante, sur la route.

J enviais tous les individus qui avaient une flgurc plus scélérate ou un habit plus decliiré que moi ; tant je craignais ^pi on ne me trouvât assez bonne mine

pour mo rrmarf[uer. Je redoutais surtout rapproche des domestirpies de la veuve ; car, bien que je mourusse d'envie de savoir si j'eu connaissais aucun, j’avais soin de tourner la tele de l’autre côté, aussitôt (ju’ils faisaient la moindre mine de me regarder.

Le premier jour de marclie s’était

passé heureusement; et je dormis toute la nuit, la icte appuj’^ée sur un ballot.

Le second jour réussit avissi bien ; et ce succès'm’inspira tant (Je confiance que

je commençai à ambilioinfer une société plnsagréable que celle d'un conducteur de mules.

J'rlais entré en conversation avec un homme que j’appi'is être un évêque arménien ; et je lui avais déjà fait comprendre combien il devait être reconnaissant de se \oir ainsi remarqué par tui vrai croyant, quand iin des iloimstiques tant redoutes passa, en galopant, aupn s de nous ; et je reconnus en lui riionime qui s’était ellorcé de me fournir

une mfili, lors de ma première entrevue

avec Natlan. Mon cœur sniUa à nia liouclie en lo voyanl- L esprit tlu cUet prêtres, s il mêlait appaiu, n aurait pu m’effrayer davantage. Je détournai prompiemenl la tête, mais il passa oulrc sans me regarder; pour cotte Idis^ jVn (lis ijuilte ])our la jieur. Mais je résolus do retourner à mou humble place, et laissai de suile révêque à ses méditalions.

Nous devions li'averser le lendemain lesdéliiés inCeslés parles bandits ci'irds; et tout le monde devait êlrç trop occupe de son propre salut pour pensera moi.

Une lois |iassés, nous ne serions plussnr le tcri‘iU)ire persan ; et je pourrais réclamer la protection des Turcs, au cas

que je lusse découvert et pris.

Dans ce jour plein d événemens, jour bien remarquable dans les ann:.!es de nia vie aventureuse, luM'aravane avait ]ïris un aspect militaire. Tons een\ cjui 'possédaient quelque chose qui oui la

Ibnne crime arme, le firent voir et s’ea parèrent. Toute celle scène nTen rappela une semblable cjue j'ai rapporlée dans b-’S premières pages de mon histoire, lorscju’accom])agné d’Osman-Aga, nous lûmes attaqués par les Turcomans. Les mêmes syniplômcs de crainte se manifestèrent dans celte occasion comme dans laulre ; et je suis assez honnête pour avouer que le temps n'avait point endurci mes nerfs', et ne m'avait donné aucun droit an litre de înangeur de lions.

ToiUe la caravane marchait en corps serré , conduite par un chaonslielpar le

conducteur, qtii, avec les domestiques 'de la femme du chef des prêli'es, formaientune espèce dbvaiit-gardedu corps principal. Moi qui devais consulter ma propre sûreté pour j)lus d'une raison , je me ]>ressai dans la foule , jouissant à l’idée deai’être embarrassé d'aucune autre propriété, (|ue de l'argent c£ue j'avais dans ma ceinture.

Nous marchions en silence^ on iTcn-

d’antre bruit que celui dessonï^eltes de la caravane, et je »élUichissais sérieusemenlà la manière donlj’emploiel’ais mes quatre-vingt-quinze lomaims, arrivant à Bagdad, quand en levant les yeux j’aperçus le conducleur-et un Persan bien équipe qui venaient à moi, à cbeva.

Le conducteur, îne montrant delà main, dit a son comj^agnon; Le voici I »

« Par la barbe d’Ali, pensai-je! ma bonne fortune m^l tourné le dos. »

Je regardai le compagnon du conducteur que je reconnus aussilôt pour ce lïienie Abdul-Keriin à qui j’avais soutiré les cent tomauns au village de Seidabad, au moyen de la lettre que j’avais écrite au nom du chef des prêtres , défiinl.

J’allais m^ibandonner moi - même comme un homme tout-à fait perdu, cpiand le conducteur me soulagea un peu

en disant : « ^ ous eles le dernier qui avez joint notre caravane, peut-être ])ourrez-vous nous dire vers quelle partie de

la frontière on dit qu’est maintenant le voleur Kelh-Ali-Khan.

Je lui réjiotulis avec le ])lns grand trouble; mais je lins mes yeux fixés sur Aljdul pendant Lout le temps. Abdul coinmeneaaussià me fixer de scs veuxpénélrans, qui relournèrent ])resque mon cœur’sens dessus dessous. Il me regardait d’abord comme (jueJqu’un qui doute, et je laeliais de m^es(|uiver; mais enfin, paraissant SC recueillir, il s’écria ; a Je le liens! je le liens! c’est mon liomme; c’est lui qui a li à ma barbe et m’a volé mes

cent tomauns.«Puis,s’adressaniaux spectateurs, il dit ; i(Si vous avex besoin d’un voleur, on voici un. Qu’on le saisisse, au nom du proplicle !»

Je commençai à l’aire des représentations et à nier l’objet de raccusalion.

Prohab! ement je serais parvenu à convaincre ceux qui nous cnlouraienl que j’étais rausseineut accusé , (piand , à ma consternation , le faiseur de mariages s’avança, me reconnut aussitôt et m’ap-

pc'la par mon nom. Alors toute mon histoire fut connue. Je lus dénoncé comme ^0 nieurlrier du chef des préires ; et cct t^véncmenl produisit laiiL de tumulte tians tonte Ja caravane, quela])eur des ' oleurs fut un instant suspendue, et lout lo monde s’avança pour me regarder.^ On me saisit; mes mains furent allachées derrière mon (it s; | allais être mené de\anl lu >cuvc du Uurilidi JBaslii pour cire cxéculc, (piand iijie bonne planète ■'înl à mou aide, et montra tout son as¬

cendant. iouL-à-coupoii enlemÜL un cri quelque di'-lance; cl jugez de mon bonheur, je \is un gros tie cavalerie se

précipilei’ en has (rime montagne voisine : c étaient les Cùrds tant i*edoutés.

La consternation fut universelle; toute la caravane fut dans la confusion, et la icaistance était ^alne , (juaiid le courage* ei ics bras maiic|uait-iu. Ceux qui élaient à cheval s’eiifuii cm ; les mul.jticrs, pour saincr leurs hèles, euii pci enl les eoroes ^«rardeaux, qui lotnhereut clrcslèrent

epars clans In plaine , à la merci des maraud eu rs.Leschameaiix furent également

décliargés de leurs faix ; et on voyait des corps morts par loule la route. Je reinarcpiai cjue l’espèce de cercueil contenant le chetMes |)rèlres était tombé dans un ruisseau , comme si le sort n’eùt pas ete fatigué de le noyer. Kiifin, la déroute fut universelle et complète.

Je fus bientôt laissé seul avec moiméinej et je ne tardai pas à trouver les moyens de me dégager de mes liens. Je remarquai que les Gûrds avaient dirigé leur attention, principalement sur la litière et ses habitantes , espérant y trouver des prisonnières d’importance ; et je me réjouis en voyant (pie ceux (pie, quelcpies minutes avant ^ je regardais comme destinés a causer ma ruine, et probablement ma moi t, étaient euxmêmes maintenant dans un embanas presqu’aussi grand cpie celui auquel je venais (i’écbapjjer.

Yainemeui les femmes de la veuve

ïiiPHacèrent, jurùi'cnt et défièrenl : rien put adoucir leurs fei’oces et ba» bares assaillans qui, sous (luelque prétexte il- ^ légal d’un droit h payer , commencèrent un pillage en forme de tous ceux de la caravane qui n’avaient pas fui leur attaque. J'eus encore Toccasion de m’assurer que nia bonne étoile l’avait empoiié ; car mainlenaiU que ceux qui possédaient quelque objet de parure, capable de leur donner un extérieur respectable, étaient devenus l^objet de l’aitenlioii tics voleurs , moi cl ma mule solitaire , nous eûmes la satisfaction de ï^ous trouver tellement indignes d’ctre rem;y(|ués , que nous procédâmes, sans em|iéchement, au but primitif de notre voyage. Je n’avais p; intde cadavre ; je

n’étais point obligé de rendre mes devoirs à un parent défunt; j’étais libre comme l’air; et , aussitôt que je me trouvai debarrassé des milliers de misères qui s étaient élevées autour de ïn.oi, et qui avaient presque aussitôt été

(lispei'sées comme par ma!,M’e ; je continuai mon cliemin en m'écriant: u/iar/kallah , ai tolleli mua ! C’est bien , ô ma bonne fortune ! »

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