CHAPITRE X
Hajjî Baba arrive \ Ispahan, et rentre sous le toit paternel assez à temps pour fermer les yeux à son père.
0>’ n’eut pas besoin de m’ordonner deux fois de partir ; et, sans regarder Une seule fois derrière moi, je quittai Kom et ses prêtres, et dirigeai mes pas Vers Ispahan el ma famille. J’avais quel-
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que monnaie dans ma poche , qui devait sei vir à ma subsistance sur la route ; j quant aux endroits pour me reposer ) le pays était assez bien fourni de caravansérails dans lesquels je pusse tou jours trouver un coin pour reposer ma tête* Tout jeune que j’étais, je commençais à me dégoûter du monde; et peut-être que , si je fusse resté assez long-temps a
Kom , et dans rinimeur où j’y étais ar~ rivé, j’aurais consacré le reste de ma vie
à suivre les leçons de Mirza-Abdul-Cos-
sim , et acquis la considération du inonde par nia taciturnité , mon austérité et ma stricte soumission à la discipline mahométane;mais le destin m’avait tissu une autre destinée. Le maidart (course de chevaux) de la vie m’était necore ouvert ; et le coursier de mon existence n’avait pas encore épuisé la moitié des bonds par lesquels il était accoutumé a me tenir dans un constant exercice. Je sentis que je méritais la plupart des infortunes qui m’étaient ar-
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rivées,à cause de l’oubli tola! où j’avais laissé mes païens.
J'ai élé mauvais fils , me disais-je !
Quand j’ai eu de l’autorité, et que j’étais enflé de l’orgueil de ma propre importance , j’ai oublié alors le pauvre barbier d’Ispahan ; et, ce n’est qu'à présent, que l’adversité barre mon pas-* sage, que je me souviens des auteurs de mes jours. Un proverbe, que mon maître d’école nous citait souvent en arabe , avec beaucoup d’emphase , me vint à l’esprit : « Quand on aurait les
trésors du liaient, ou ne pourrai en acheter un vieil ami. Rappeiie-toi donc, o jeune homme , que tes premiers , et par conséquent les vieux amis , sont ton père et ta mère ! »
lis verront qu’ils ont encore un (ils, dis je, sentant un grand élan de tendresse circuler dans mou cœur, en répétant ces paroles ; et, s’il plaît à Dieu, lorsque je serai arrive à la maison, ils
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n’auront plus à me reprocher de manquer de respect envers eux.
Cependant une voix douce me disait .basa l’oreille que j’arriverais trop tard ; et je me rappelais les pronosties de mon esprit , quand , plein de regrets pour la perte de Zeênab, je quittai Téhran, plein de résolutions vertueuses.
Lorsque je pus distinguer le pic de la montagne Colah Cazi, qui marque la situation d’Ispahan, mon cœur bondit
au dedans de moi ; et, à chaque pas, je réfléchissais ^ avec inquiétude,à Tétât dans lequel je trouverais ma famille.
Mon vieux maître d’école vivrait-il encore ? Trouverais - je notre voisin le Baguai ( chandelier) , dans la boutique duquel j’avais coutume de dépenser en confitures toute la monnaie de cuivre que je pouvais voler à mon père, quand je rasais pour lui : existerait-il encore?
— Et mon vieil ami le Capijî ( portier du caravansérail) , celui que j’avais
iant effrayé lors de l'attaque desTurcomabs ; la porte de sa vie est-elle toujours ouverte? Est-elle fermée sur lui pour jamais?
C’est ainsi que je révais , au bord du chemin, quand les sommets des mina rets d’Ispahan vinrent frapper ma vue.
Ravi du spectacle qui s’offrait à mes yeux* et plein de gratitude d’avoir été préservé jusques-la dans mon pèlerinage, je m’arrêtai pour dire mes prières ; alors , prenant une pierre que je plaçai sur une autre avec cérémonie, je fis le voeu suivant : O Ali, si tu accordes au plus humble , au plus abject de tes esclaves, le plaisir d’entrer chez lui en sûreté , à mon arrivée je tuerai un mouton et ferai un pilau pour mes amis et ma famille.
Je traversai les faubourgs de la ville, le cœur palpitant $ chaque endroit se retraçait à ma mémoire, et je suivis mon chemin à travers les longs bazars voûtés et les rues encombrées , jusqu’à ce que je me trouvasse en face de la boutique
de mon père et de la porte bien connue du caravansérail,
La porte de mon père était fermée, el aucun mouvement à l'entour n’indiquait que la maison fût occupée. Je m’arrêtai long-temps avant de me hasarder a avancer , car je regardais cela comme de mauvais ans lire i mais , me
remettant, je inc ressouvins que c’était le Sheb-i-J itmah(\di veille du vendredi) , et que probablement mon père, dans sa vieillesse, était devenu un-musulman trop scrupuleux pour travailler pendant ces heures , que les vrais croyans doivent sanctifier.
Cependant, le caravansérail était ouvert , et présentait à mes yeux l a meme scène qu’il m'avait toujours offerte depuis que je le connaissais. Des ballots de marchandises entassés en lots , entremêlés de mules , de chameaux et de leurs conducteurs. Des groupes d’hommes j sous divers costumes, les uns assis > les autres en grande conversation ;
quelques-uns regardant négligemment autour d’eux , et d'autres encore allant et revenant à la haie , la ligure pleine de souci et la tête remplie de calculs. Je cherchais l’ami de mon enfance, le Ca piji , et commençais presque a craindre qu’il n’eùt aussi fermé sa porte, quand j’aperçus cetîe vieille connaissance, se traînant tranquillement avec sa pipe d’eau en terre, et allant chercher son morceau de charbon de terre pour l’allumer. *
• Sa tête était considérablement enfoncée entre ses wépaules, et plus penchée que la dernière fois cpie je l’avais vu ; et la courbure extraordinaire de ses genoux indiquait que les années en pas- .
sant avaient compté scrupuleusement avec lui.
C’est le vieil Ali-Mohamed, dis-je, en marchant vers lui. Je connaîtrais son nez crochu entre mille , tant j’ai de fois coupé la moustache qui croît au-dessous.
( i SG) •
Lorsque je l'accostai, par le salut ordinaire de paix, il continua d'arranger sa pipe, sans meme lever les yeux, tant il était accoutumé à ce que les étrangers lui parlassent ; mais , lorsque je lui dis :
a Est-ce que vous ne me reconnaissez pas, Ali-Mohamed?^) Il leva sur moi son œii éraillé, et prononça : « Mon ami !
un caravansérail est un tableau du monde ; les gens y entrent et en sortent, et on n'y prend pas garde. Comment donc pourrais-je vous connaître? Ali- Mohamed est devenu vieux, et sa mémoire s’est en allée.» •
«Mais vous réconnaîtrez assurément HajjiBaba, le petit Hajji, qui avait coutume de vous raser la tête, et d’arranger votre barbe et vos moustaches. »
«Il n’y a qu’un Dieu , s’écria le portier dans la plus grande surprise! Etes-vous vraiment Hajji? Ab! mon fils, votre place a long-temps été vacante? êtesvous arrivé enfin? Eh bien donc!
qu Ali soit loué, de ce que le vieux Ker-
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belai-IIassan verra scs yeux fermés par son (ils avant de mourir.
«Comment dis-je! dites-moi. où est mon père? Pourquoi la boutique estelle fermée? Qu'avez-vous dit de sa
mort !» *
«Oui, Hajji, le vieux barbier a rasé
pour la dernière fois. Ne perdez pas un moment : allez à sa maison, et il est possible que vous arriviez assez tôt pour recevoir sa bénédiction avant qu’il quitte ce monde. Plaise à Dieu que je le suive bientôt! car tout est vanité. J’ai ouvert et fermé les portes de ce caravansérail
pendant cinquante ans , et je trouve que tout plaisir a cessé pour moi; mes clefs conservent leur poli, tandis que je m’use
par la rouille. »
Je ne m’arrêtai pas à entendre la (in du discours du vieillard, mais j’allai aussitôt en toute bâte â la maison de mon
père.
Comme j’approchais du lieu qui avait vu s’élever mon enfance, je vis deux
mollahs musant près de rentrée basse et étroite.
«Ha! pensais-je, vous êtes des oiseaux de mauvais augure; partout où l’œuvre de la mort s’avance, on est sûr de vous voir, » * •
J’entrai sans leur parler, et m’avançai de suite vers la chambre principale, que je trouvai complètement remplie de monde , qui entourait un vieillard couché sur un lit étendu sur le plancher, et que je reconnus pour mon père.
Personne ne me connaissait, et comme il est ordinaire que les étrangers qui
n’ont point affaire auprès du moribond, entrent sans qu'on les interroge, personne ne me remai qua. Le docteur était assis d’un côté, et je trouvai de l’autre un vieillard à genoux près de la tète du lit; je reconnus en lui mon ancien maître d’école. 11 administrait des consolations à son ami mourant, et scs paroles signifiaient à peu près ceci : « Ne vous découragez pas; Dieu veuille que vousajez
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encore quelques jours à rester sur la terre! Vous pouvez encore vivre pour voir votre fils; peut-être Hajjî Baba n’esl-il pas loin d’ici ; mais cependant il convient, et il est heureux que vous puissiez faire voire testament, pour designer votre héritier. Si tel est votre désir , nommez quelqu'un de ceux qui sont présens. »
«Ah! soupira mon père, Hajjî nous a abandonnés, je ne* le verrai plus. Il est devenu un trop grand personnage pour pensera ses pauvres parens ; il ne mérite pas que je le fasse mon héritier. «Ces pa-
l *°les produisirent un effet soudain; je lle pus retenir plus long-temps mon désir de me faire connaître , et je m’écriai :
« Hajji est ici! Hajji est venu pour recevoir votre bénédiction ; je suis votre fils,
ne me repoussez pas ! »
Sur quoi je m’agenouillai a colé du lit; et prenant la main du moribond , je la baisai et ajoutai à mes paroles des san-
fjlols et des lamentations, pour prouver ma piété filiale.
La sensation que je produisis sur tous ceux qui étaient présens, fut étonnante.
Je vis des regards de désappointement
chez les uns, d’incrédulité chez les autres, et d’étonnement chez tous.
Les jeux de mon pcre qui étaient presque fermés, brillèrent pendant un court intervalle, tandis qu’il s’efforcait de reconnaître mes traits, et joiguantses mains tremblantes, il s’écria : « Il hem dillahl Dieu soit loué ! j’ai vu mon fils, j’ai trouvé un hé ri lier! » Alors, s’adressant à moi, il dit: « Avez-vous eu raison,, mon fils,
de m’abandonner pendant tant d’années?
pourquoi n’ètes-vous pas venu plutôt ? »
Il aurait continué, mais l’effort qu’il avait fait, el l'agitation produite par un tel événement, étaient au-dessus de scs forces ; et il tomba sans connaissance sur son oreiller,
« Arrêtez , dit mon vieux maître d’é-
qui m’avait d’aboid reconnu; arrêtez, Hajjî, n’en dites pas davantage; haissez-le reprendre ses sens: il a encore s on testament à faire. »
— » Oui, dit un jeune homme qui c’avait considéré avec des regards hostiles ; — oui , il faut que nous voyons encore si c’est Hajîî Baba ou non. » J ap¬
pris ensuite qu'il était bis d’un frère de ia première femme de mon père, et qu’il avait espéré hériter de la plus grande partie de son bien. Quand je m’informai quels étaient les autres membres de rassemblée, je vis qu’ils étaient tous parens de ce lourdeau : ils Paient venus en troupe dans l’espoir d’obtenir une portion des dépouilles dont je venais les priver. •
Ils parurent tous douter si c’était bien moi, et m’auraient peut-être unanimement déclaré imposteur, si le maître d’école n’eût été présent; et il n’y eut point d’appel après son témoignage.
Cependant tous les doutes relatifs l\
mon identité se calmèrent aussitôt que ma mère parut. Ayant appris mon arrivée, elle n’avait pu rester plus longtemps dans son andernn ; elle s’élança au milieu de rassemblée, les bras étendus,.et son voile flottant, en s’écriant •
« Où est-ii ? où est-il ? où est mon fils V JJajji, mon âme, où es-tu ? »
Aussitôt cpie je me fus fait connaître, elle se jeta à mon cou en sanglotant r employant toutes les expressions de tendresse que son imagination put inventer, en me regardant de la tète au£ pieds avec un regard avide, et une impétuosité d’expression dont une mère
seule pouvait être capable.
Pour tirer mon père de la léthargie dans laquelle il était tombé en apparence, le docteur proposa de lui administrer un cordial qu’il avait préparé;* et il essava de le lui verser dans la gorge.
Pendant le mouvement qu’il lit pour soulever le corns, le mourant éternua une
lois; ce que tous les assis tans reconnu-
l’ent pour un si mauvais augure, qu’aucun homme sensé n'aurait osé lui faire prendrelebreuvage avant que (leux heures fussent expirées; par conséquent il resta dans la coupc.
Les deux heures expirées, on entreprit encore de lui administrer le médicament, quand à Feflroi de tous les assistans, et au désappointement de ceux qui espéraient qu’il faisaitson testament, il fut trouvé roide mort.
•«Au nom d’Allah , levez - vous, lui dit le vieux mollah, nous écrivons maintenant voire testament. Il s'efforça de
soulever la tète de. mon père, mais en Vain; la vie avait fui entièrement.
Alors, on lui exprima dans la bouche du coton imbibé d’eau ; ses pieds furent tournés avec soin vers le heblch ; et aussitôt qu’il fut certain qu’il n’y avait plus d'espoir, le prêtre qui était à son chevet commença à psalmodier le koran avec emphase. On lui mil alors un mouchoir sous le menton , que Fou attacha sur su
tête, et ses deux gros orteils furent aussi liés ensemble. Toute la compagnie pron ança le helemeh shehâdet (la profession de foi), cérémonie avec laquelle l’on supposait devoir renvoyer de ce monde un musulman pur et bien reconnu ; et durant cet intervalle on plaça une coupe d'eau sur sa tête.
Tout ces préliminaires ayant été dûment faits, toute la compagnie, composée de ceux qu’on supposait être ses amis et ses parens, s’assembla autour du cadavre, et proféra des cris aigus et lamentables. Ce fut un signal pour les deux mollah (dont j’ai parlé avant), qui étaient
montés sur le toit de la maison; et ils commencèrent alors à chanter en cadence des parties du koran ou des vers à cette occasion, dans le but de faire con* naître à tout le monde la mort d’un vrai croyant. *
Le bruit des pleurs et des sanglots devint alors général ; car il gagna bientôt les femmes, qui. assemblées dans un op-
parlement séparé, donnèrent cours à leur douleur dans les formes reçues. Mon père, par sa bonté et son naturel obligeant, avait été le favori de toutes les classes du peuple; et ma mère qui était elle-même une pleureuse de profession, et un des principaux acteurs des enterrcmens, connaissant particulièrement plusieurs femmes de son état, était parvenue à en réunir une telle bande au¬
tour d’elle pour cetle occasion, que l’on dit qu’aucun khan le jour de sa mort n'eut jamais un deuil semblable à celui de mon père.
Quant à moi, dontlessenlimens avaient oté déjà mis d’accord avec le ton de Finforlune, je devins un véritable pleureur; et le souvenir de toutes les actions de ma vie, dans lesquelles mon oubli total
de mes parens avait élé coni]>let, in’exciiait à regarder mon sort comme digne de j)ilié.
J'étais assis tranquillement dans un
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sanglots affectes du reste de la compagnie , quand un prêtre vint à moi et me dit qu’il était nécessaire que je dechi rasse mes habits,; car je ne pouvais 6ans cela.prouver que j’étais un bon fils; il ajouta que si je voulais le lui permettre, il allait faire celle opération pour moi sans abimer mon habit.
Je lui laissai faire ce qu’il demandait et il défit une des coutures du revers sur la poitrine, et le laissa pendre de trois ou quatre pouces. Il me dit aussi qu'il était d’usage de se tenir la tête découverte et les pieds nus, au moins jusqu’à ce que toutes les cérémonies des
funérailles fussent finies.
J’y consentis volontiers, et j^eus ensuite la satisfaction d'apprendre qu’on me considérait comme le moiieie des bons pleureurs.
La douleur de ma mère était excès-
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sive; elle avait caché scs cheveux, elle s’élail enveloppé la tête d un scball noir , et poussait des exclamations qui
exprimaient son angoisse, en prononçant le nom de son mari.
Pendant ce temps, les voisins, les passans, les personnes connues et inconnues delà famille, s’assemblaient autour de la maison, soit pour lire le koran ou pour l’entendre lire , ce que l’on regarde aussi comme un acte méritoire en ces occasions.
Parmi ces personnes., il en vint plusieurs sous le caractère de consolatrices, qui,par leur connaissance des formes de discours les plus propres à consoler, étaient regardées comme une grande acquisition dans les deuils.
Mon vieux maître d’école, éminent consolateur, me prit la main, et s’asseyant à mon côté, il m’adressa les paroles
suivantes :
« Oui, énfin votre père est mort. Ainsi soit-il. Quel mal cela fait-il ? la mort n’est-elle pas la fin de toutes choses ? Il est né, il a eu un fils, il a rempli sa course et il est mort ! Qui pourrait faire plus, maintenant? vous prenez sa place dans ie
T. III. I
monde. Vous êtes la lige naiss aille qui, avec un million d’autres , promet une abondante moisson, tandis que lui', il est répi mûr, qui, ayant été coupé, a été recueilli dans la grange. Devez-vous vous plaindre de ce qui est un snjetde joie? Au lieu de raser des télés d’hommes, il est
maintenant assis entre deux hourisbuvant du lait et mangeant du miel. Devez-vous pleurer à cela? Non; pleurez plutôt de ce que vous n’y êtes pas aussi. Mais pourquoi pleurer? Considérez les nombreux motifs pour lesquels, au contraire, vous devriez vous réjouir. Il aurait pu être
infidèle; mais il était vrai musulman. 11 aurait pu être Turc; mais il était Persan.
Il aurait pu être sûni; mais il était ski ah. Il aurait pu être un chrétien impur; il était un (ils légitime d’Islam.
Il aurait pu mourir maudit comme un juif; il a rendu le dernier soupir avec la profession de la vraie foi dansla bouche ; ces considérations sont des sujets de joie.ü
Il continua à parler ainsi ; el quand il
oui épuisé tout ce qu'il avait à dire, il me quitta pour joindresa voix auxlamen-
talions générales.
Ces hommes impurs, les mârdeshûr , ( laveurs des morts ) furent appelés , ils apportèrent la bière dans laquelle le cadavre devait être porté à la fosse. On me consulta pour savoir si on ferait un imareh , qui est une sorte de canapé , orné de drapeaux noirs, de schalls, et d’au très étoffes de cérémonie usitées dans les funérailles des grands personnages;
mais j'en référai à la décision de mon ami,
le maître d’école, qui dit aussitôt que, considérant que mon digne père avait exercé une sorte de caractère public, il pensait qu’il seraitconvenable de lui faire celle cérémonie. On se conforma à son avis ; le cadavre ayant été porté dehors par les parens éloignés, et déposé dans la bière, fut laissé à l’endroit de l’ablution , et remis aux laveurs, qui aussitôt se mirent à l’ouvrage. Le corps fut d'abord lavé avec de l’eau claire et froide
ensuite frollé avec de la chaux, du sel et du camphre, enveloppé dans le drap mortuaire, remis ensuite dans la bière , et enlîn porté au lieu de la sépulture.
Le grand nombre des personnes qui
s’offrirent à porter le corps, prouvait combien mon père avait été aimé ; même les étrangers, sentant que c'était une action digne de louanges de porter un bon musulman à sa fosse , s’empressèrent de prêter leurs épaules au fardeau; et avant qu’il eût atteint son dernier lieu de repos, la toule était devenue considérable.
J’avais sui.vià quelqucdistance, escorté de ceux qui se disaient amis et parens ; et après qu’un mollah eut dit une prière, qu’accompagnèrent, les voix de tous les assistans, je fus invité, comme le plus proche parent, à placer le corps dans la terre : ce qui ayant été fait, les ligatures du linceul furent défaites, et on prononça une autre prière appelée le talkhi .
Les douze Imans furent alors invoqués
tour-à-lôur, et le talklii ayant été relu une seconde fois , la fosse fut couverte.
Après cela , les assistans répétèrent tous 1 Qjalheh ( premier chapilre du koran); et la fosse ayant été arrosée avec de 1 eau,
toute l’assemblée se dispersa , pour se retrouver encore à la maison du mort.
Un prêtre resta près de la tombe pour
prier.
Je fus obligé de jouer un rôle; j’étais devenu le principal personnage de la tragédie, et une pensée involontaire se
présentait à mon esprit.
« Ali, disais-je , le voeu que j'ai fait en
appercevant la ville, doiL s’accomplir maintenant, que je le veuille ou non. Je dois agir hardiment, ou je serai regardé comme un (ils dénaturé. C’est pourquoi quand je retournai à la maison, j’ordonnai aveuglément que tout fût fait le plus grandement possible. On prépara
deux chambres, une pour les hommes
et l’autre pour les femmes. Selon la coutume reçue , je donnai un festin a tous
ceux qui avaient assisté aux funérailles ; et, dans celte occasion , mon mouton et mon pilau ne furent pas oubliés. Je louai
encore trois mollahs, dont deux reçurent ordredelirelekoran dans l'appartement
des hommes, et l'autre de rester près delà tombe dans le même but, logé sou* une petite tente, dressée pour lui. Je fixai.la longueur du deuil, qui dure, selon les moyens de la famille, trois, cinq,sept jours , durant lesquels chacun des parens donne un festin ; à la lin de celte époque, quelques-uns des plus anciens; hommes et femmes, environnèrent les^
pleureurs, et réparèrent leurs vêtemens déchirés; et ce jour-la, je fus encore invité à donner à dîner. Des feuilles séparées du koran furent distribuées a toute l’assemblée , et lues par chaque individu, jusqu’à ce que tout le volume sacré fut épuisé..
Après cela,ma mère et pliisieursdeses parens et de ses amies , se rendirent en corpsàla tombe de mon père, emportant
avec elles des confitures et du pain cuit au four à cet effet , qu’elles distribuèrent aux pauvres ; après en avoir mangé.
Elles s'en retournèrent ensuite en pleurant et se lamentant.
Deux ou trois jours s’étant écoulés , les amies de ma mère la conduisirent au bain , où ils lui enlevèrent ses vêtemens de deuil, lui mirent un habillement propre, et teignirent ses pieds et ses mains avec le kliena.
Ce fut la le complément de toutes les cérémonies^ je me trouvai avec délices
abandonné à moi-meme, pour régler les
affaires de mon père^ et bâtir un plan de conduite pour l’avenir.
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