‹ Hajji BabaChapitre 18 sur 25 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Réussite du devin dans ses-découvertes, et résolution qu’Hajjî Baba prend en conséquence de la découverte.

Je dois avouer que je commençais a regarder la restitution de mon bien comme désespérée. La science du devin lui avait fait, il est vrai, découvrir que

l’argent avait été enterré dans la maison de mon père, et il était parvenu à faire naître dans mon esprit des soupçons contre deux personnes que je sentais qu’il était injurieux de ma part de soupçonner; mais je doutais qu’il pût faire' davantage.

Cependant il revint, le jour suivant, accompagné du capiji et de plusieurs de ceux qui avaient assisté à la première

épreuve. L’âklion cependant ne parut pasj et ma mère était aussi absente, sous le prétexte qu’elle avait été obligée de visiter une de ses amies malade. Nous allâmes en corps au terrein; et le derviche, ayant fuit une sainte invocation , s’en approcha avec une sorte de respect mystérieux.

Maintenant* nous allons voir, dit-il, si les gins et les péris ont travaillé cette nuit5) ; et s’écriant -.•Bismillah ! il creusa la terre avec son poignard.

Après avoir retiré urfpeu de terre,

il aperçut une large pierre, et l’ayant ôtée, il découvrit, à l’étonnement de tout le monde, et à mon extrême satisfaction, un sac de toile bien plein. .

c( O mon âme ! ô mon cœur ! s’écria le bossu, en saisissant le sac ,• vous voyez que le derviche Teez-Negah n’est pas homme à* perdre un poil de sa barbe.

Là, là , dit-il, en me mettant le sac dans la main ; voilà votre bien : allez , et rendez grâces à Allah d’être tombé entre

mes mains ; et n’oubliez pas mon haksai (ma commission).

Chacun se pressa autour de moi , pendant que je brisais la cire qui scellait l’ouverture du sac, et sur laquelle

je reconnus l’empreinte du cachet de

mon père. L’empressement se peignit sur tous les visages , lorsque je dénouai le cordon qui 1'altacliait. La. tristesse s’empara- de tous mes traits, quand je \is qu'il ne contenait que de Tardent j car je m’étais attendu à y trouver de l or. Cinq cents réaux (i) formaient la somme dont je devenais possesseur;

j’en pris cinquante, que je présentai à l’homme ingénieux qui les avait découverts. .

« Tenez , lui dis je ; puisse votre maison prospérer! si j’étais plus riche, je vous donnerais davantage ; et, quoique

( i ) l’n réal vaut à-peu-près deux schellinjs; 8 réaux fout un tomuun,

ceci ne soit évidemment qu’une faible partie de ce que mon père doit avoir amassé , cependant, je vous dis encore, puisse votre maison prospérer! et je vous fais mes remcrcimens bien sin¬

cères. » . .

Le derviche fut content de ma manière d’agir à son égard , et il prit congé de moi; puis, bientôt après, le reste de la compagnie me quitta : le eapijî seul resta. «.C’est une fameuse affaire que nous avons faite aujourd'hui, dit-il ; ne

vous avais-je pas dit que ces devins faisaient des miracles ?|»

« Oui, dis-j e ; oui , c’est merveilleux ; car je n’aurais jamais pensé qu’il pût rien résulter de ses opérations. »

Poussé par un esprit de cupidité, excité par l’argent que je venais de voir ' briller devant moi, je commençai à me

plaindre d'avoir reçu si peu , et exprimai de nouveau a Ali -Mohamed mon désir d’exposer le cas devant le cadi ;

car, disais-je , si j'ai droit à ces cinq

cents réaux, j'ai droit egalement à tout ce que mon père a laissé ; et vous avouerez que cette somme doit n’étre qu’une très-faible partie de ses épargnes. »

« Mon ami , écoutez les paroles d’un vieillard. Gardez ce que vous avez, et soyez content. En allant devant le cadi, la première chose qu’il vous faudra faire, sera de donner de votre certain , pour acquérir le plus détestable de tous les biens, qui est l’incertain. Soyez -sûr,

qu’aprés vous être épuisé , en donnant vos quatre cent cinquante réaux , pour en acquérir cinq cents de vos adver-*

saires, vous aurez la satisfaction de l’entendre vous dire à tous deux: « Allez en paix, et ne troublez pas la ville de vos disputes. N avez-vous pas vécu assez long-temps^dans le monde, pour avoir appris ce proverbe vulgaire : « Les dents de tout le monde sont gâtées par les acides, et celles du cadi le sont par les douceurs ?»

Le cadi qui prend cinq concombres

pour présent, admettra quelque preuve que ce soit pour dix couches de melons.»

Après avoir délibéré quelque temps , je me déterminai à suivre le conseil du capiji ; car il était évident que si j’avais l’intention de poursuivre quelqu’un , ce ne serait que ma mère et l’âkhon ; et , en le faisant, j’aurais pu me susciter une telle armée d’ennemis, et donner nais¬

sance à un scandale tellement inoui , que peut-être je me serais fait lapider par la populace.

«Je disposerai de tout ce que j’ai à Ispahan , dis-je à mon conseil -, et en-

suite je quitterai celte ville pour n’y jamais revenir , à moins que ce ne soit

dans des circonstances plus favorables.

Elle ne me reverra plus-, m’écriai-je avec fierté , à moins que je n’y arrive

avec l’autorité en main. »

J’étais loin de me douter,, en prononçant ce discours orgueilleux , avec quelle diligence ma bonne étoile ira-

Taillait à réaliser le désir que j’avais ex¬

primé.

Le capiji applaudit a mon intention , d'autant plus qu’il vit son intérêt à ce que j’exécutasse mon dessein ; car il avait un (ils barbier, qu’il voulait mettre

dans les affaires ; et que pouvait-il désirer de plus , sous tous les rapports, que de le voir installé dans la boutique où mon père avait si bien réussi près de son poste du caravansérail ?

Il m’offrit de m’acheter, le fonds et tous ses accessoires , ce à quoi je consentis, sur l'estimation de quelque confrère bien connu j* et je fus ainsi débarrassé d’un des soins qui me restaient;

Quanta la maison et aux meubles de mon père , malgré le ressentiment que devait exciter en moi la conduite de ma mère à mon égard , je me déterminai , dans l’intention de me donner une bonne réputation (et j’en avais grand besoin), à lui* en laisser rentière [lusses-

s *on , me réservant les lé mes ouf s , ou actes qui m'en rendaient le légitime propriétaire.

Tout étant convenu , je me mis aussi* toi à 1 J ouvrage. Je reçus cinq cents piastres du capiji pour ma boutique ) car il av ait été aussi nrand cumulateur de-scs

épargnes; et tout le monde convint que c ct argent ne pouvait être mieux, employé-, puisqu'il était certain qu’on ne pouvait manquer de faire ses affaires dans la boutique, à cause de son exce-lente situation : par conséquent, je devins possesseur en tout, d’environ cent dix

tomauns d’or, monnaie en laquelle je changeai mon argent , parce qiVelle me donna plus de f milité de porter ma fortune sur moi. J’en employai une partie c n \ étemens, et une autre a facbal d'une mule, avec les harnais necessaires. Je donnai la préférence à une mule , parce qu’après une mure délibération , j e ‘

m’éiais déterminé à renoncer au cuiacl cre de Sahib Slicmshir (ho mme d epée),

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